sentiers

  • Au Mustang, les népalais : constructeurs et destructeurs...?

    Retour d'un voyage au Mustang au printemps 2019...

    Ils sont en train de tuer le Mustang ! Ou tout du moins la portion la plus connue... Non contents de la qualité de la piste historique construite il y a moins de dix ans, la nouvelle génération d'ingénieurs des « Ponts et Chaussées » locale a décidé qu'une route à vocation internationale (entre le Népal et la Chine par exemple...) ne doit pas faire moins de 20 mètres de large et que le tracé des pentes et des virages doit permettre d'y faire évoluer des semi-remorques de grande longueur. Et tout cela au milieu d'un espace naturel préservé depuis des milliers d'années... Et c'est bien là que le bât blesse ! Pas satisfaits du profil du tracé précédent, les concepteurs de cette route (qu'ils espèrent dans le futur devenir le nouvel axe commercial nord-sud...) ont défini de nouveaux tracés, si possible très différents des anciens (ce n'est pas un problème d'avoir deux ou trois tracés parallèles voire plus à quelques mètres de distance l'un de l'autre : l'ancien, le tout nouveau et tous les essais malencontreux qui se sont terminés dans une roche plus rebelle que les autres à vouloir se faire transpercer...). Il en résulte une vision apocalyptique d'espaces naturels d'une exceptionnelle beauté (autrefois...) qui se retrouvent lardés de multiples bandes parallèles disgracieuses au pied desquelles on distingue les vestiges des sentiers historiques perdu corps et biens (un exemple entre Chele et Samar où le sentier tracé dans la falaise n'est plus...), ensevelis qu'ils ont été sous les tonnes de gravats expulsés par la noria de Caterpillar© qui œuvrent juste au-dessus (Ah ! Newton...).

    Les travaux de la route à l'approche de Chele

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  • Traversée du Népal

    La traversee du nepal

    Ils l'ont fait ! Maxime et Justine, Max et Juju pour les intimes (ils m'avaient accompagné à l'automne 2013 sur la Kora du Dhaulagiri), ont réalisé une performance de choix : traverser dans sa longueur l'Himalaya népalais, de Jumla à l'Ouest du Dolpo à Tumlingtar au pied du Makalu côté Est, en une grosse centaine de jours. Le temps leur a manqué pour accomplir le périple en entier car ils ont rencontré des conditions météo difficiles, forte mousson au début (au Dolpo), froid intense à la fin... L'originalité de leur itinéraire qui s'est dessiné souvent au jour le jour du fait des nécessités de contournement de rivières en crue réside dans le fait qu'il ne s'est pas tenu stricto sensu au suivi des itinéraires de la G.H.T dessinés sur les cartes (Great Himalaya Trail), haute ou basse, mais qu'ils ont sans cesse louvoyé entre les deux itinéraires voire même ailleurs... En alternant passages de cols altiers à deux pas de la frontière tibétaine (le tracé de la high G.H.T), randonnées sur les sentiers du piémont himalayen (le tracé de la lower G.H.T) et autres chemins plus ou moins bien viabilisés, ils ont pu découvrir de manière complète un Népal des montagnes et des campagnes bien attachant. Et grâce aux rudiments de népali que Maxime possède, il leur a été permis d'agrémenter les étapes d'échanges verbaux lors des nombreuses rencontres sur les chemins, dans les villages où ils ont pu partager d'excellents moments avec la population qui y réside. Ils ont posé l'essentiel dans le site qu'ils ont complété de semaine en semaine sur place au gré des connexions WiFi dont ils pouvaient disposer. J'ai pu suivre leur avancée d'W en E et m'ont fait le grand plaisir de reprendre une partie de l'itinéraire de la Route des kharkas, trek "hors des sentiers battus" que j'avais créé en 2013. Pour effeuiller leur livre (numérique...) de voyage, cliquez donc sur l'image en entête du billet de blog. Et bon voyage à vous aussi, virtuel dans un premier temps mais qui saura vous inspirer pour créer votre propre itinéraire !

    Juju et Max

  • Mustang - Le chaînon manquant documenté !

    Au collet à 4905m, on tient le bon bout !

    Exploré et réalisé au printemps 2015 par Anthony Nicolazzi dans le sens Gayu kharka - Damodar kunda, il manquait sur le Net la documentation commentée de cet itinéraire d'exception alternatif au chemin des pélerins qui emprunte depuis Yara crêtes et plateaux en rive droite de la Dhechyang khola. Parcouru en sens inverse, de Damodar kunda à Gayu kharka à la fin du mois d'octobre 2016 (aidé en cela par les repérages et les quelques cairns laissés par Tonio...) dans le cadre du Grand Tour du Mustang, une collaboration Tamera et A.R.T guidée par Bibi..., je vous livre les explications, la carte et les photos commentées de cette liaison pédestre un tantinet sauvage à ne pas mettre entre toutes les mains : même si nous avons renforcé la signalétique sur le terrain, il s'agit, en attendant d'éventuels travaux de viabilisation opérés par les équipes népalaises de l'A.C.A.P, d'un itinéraire REELLEMENT sauvage à suivre avec toute l'attention désirée ! Info de dernière minute : pour 2017, Tamera le propose à nouveau à son catalogue.

    Pour clore ce billet de blog, je tiens sincèrement à remercier mes compagnons de route Anne-Marie, Dominique, Eric, Marinus et Martial côté "touristes" qui m'ont fait confiance tout au long de ce trek d'exploration, Bhoras, Thirta, les deux Bhim et Lakpa, mes trois assistants de route, ainsi que la totalité du staff népalais, porteurs et kitchen-boys, qui, par leur travail et leur abnégation de tous les instants, ont permis que ce Grand Tour du Mustang de 26 jours de marche soit une réussite totale. Merci aussi à Chhetup Tamang, directeur d'A.R.T, de m'avoir confié une aussi belle équipe !

    Et, à tout seigneur tout honneur, dédicace spéciale à destination de ce baroudeur-découvreur de Paulo Grobel pour la somme de ses repérages au Mustang depuis plus de 10 ans et sa judicieuse idée de "Chaînon manquant" ;-)
    Un immense merci !

    Pierre

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  • Infos Ladakh été 2015

    De retour du Ladakh - Zangskar, Christophe Aebi me communique les informations suivantes [après les coulées de boue de la fin du printemps 2015 consécutives à la libération de l'eau contenue dans le barrage sur la Tsarap chu et qui a (presque) tout raviné sur son passage -voir http://ladak.free.fr/commun/html/tripnews.htm]. Merci à lui !

    "Je rentre du Ladakh et du Zanskar. Nous avons réalisé à deux en autonomie le trek de Kanji à Darsha. Je peux vous transmettre les infos suivantes concernant l'état des routes, des itinéraires et des ponts. Sengge-La : depuis le Nord, la piste est coupée dans la montée vers Manechan, pont emporté l'hiver passé. Donc pas de circulation au col. Pas de tea-shop non plus. Il n'y a plus de pont à Nyerog. Traversée possible à pied (nacelle suspendue aux câbles), mais pas possible avec les mules. Pont à Pidmo : réparé. Pont à Pishu : emporté. Route de Padum à Reru : Ok Passerelle à Reru sur la la Zangspo : refait à neuf, très beau. Passerelles de Spang, Dordzong, Tsetang: détruits, emportés. Passerelle à Cha : praticable à pied. Passerelle à Phugtal Gompa : refait à neuf, praticable à pied, mais pas pour les mulets. Guest House de Phugtal Gompa : fermé pour raison inconnue. Pour d'autres infos, vous pouvez m'écrire : aebichris(at)bluewin.ch"

    Depuis l'alignement de chortens, vue plongeante sur la gompa de Phuktal

  • Grandes traversées GTAM

    Grandes traversées GTAM (Persée éditions)

    Dans une version au format guide de trekking à glisser dans son sac à dos pour une utilisation sur le terrain, il dispose par rapport à la version précédente des dernières corrections sur les itinéraires et de la présence du dernier opus, la GTAM n°5 de Talmakant à Imlil, qui s'en va explorer crêtes et sommets et remonte la vallée de l'assif Tafklast pour rejoindre le Toubkal par un itinéraire totalement abandonné aujourd'hui par les touristes, je veux parler du tizi n'Ouagane. Le jour par jour de chacune des GTAM est illustré de cartes topographiques qui seront, à n'en point douter, d'une aide précieuse sur le terrain (non, non, c'est vrai...).

    L’ouvrage que vous aurez entre les mains une fois que vous vous le serez procuré se propose de vous faire découvrir le haut-Atlas marocain au travers de 5 circuits de trekking d’un niveau technique modéré et d’une durée de 20 jours chacun. Ils parcourent la montagne en empruntant les sentiers historiques inter-villages et parfois quelques traces de chèvres sur des crêtes débonnaires. Entre Midelt et l’Atlantique, soit la traversée intégrale du haut-Atlas marocain, ce sont plus de 1000 kms d’itinéraires qui sont décrits représentant de l’ordre de 500 heures de marche, chacune des portions pouvant être réalisée indépendamment l’une de l’autre, en autonomie ou en accompagnement muletier (et c’est vraiment ce qu’il y a de plus sympa !). Je vous y emmène. Alors, bon voyage !

    Depuis octobre 2014, on le trouvait en librairie... A présent les éditions Persée l'ont retiré de leur catalogue mais je dispose encore de quelques exemplaires que je peux vous céder au prix de 30€ franco de port (Corse et continent). Il ne vous reste plus qu'à cliquer sur le bandeau ci-dessous :

    Commander l'album

    Attention En relisant le livre, bien des mois après sa création, j'ai pu constater que mon alimètre s'était dérèglé d'une centaine de mètres vers le haut lors de l'exécution de la GTAM n°5 entre Ijoukak et le tizi n'Ouagane. Si j'ai pu corriger le texte sur le site web, il en va tout autrement sur le papier ("verba volant, scripta manent" disaient les Romains...). Vous pouvez par vous-même effectuer les corrections à la main en minorant toutes les altitudes de 100 mètres. Autrement, vous pouvez télécharger le correctif en PDF ici :  Pdf image 1 corrections.pdf et l'insérer en lieu et place dans le livre. Merci de votre compréhension.

    Pour ceux qui sont plus attachés aux photos bien mises en valeur car reproduites sur un papier glacé de haute qualité, la version album reste toujours disponible, mais uniquement ici.

  • Le Vercors, c'est chouette...!

    A peine de retour du Ladakh, me voici de nouveau sur les sentiers, ceux du Parc naturel du Vercors, au moment du 15 août. Le Vercors, Marie et moi l'avions découvert en 2004 lors de notre première bambée sur les Hauts-Plateaux. Les 10 jours passés là-haut nous avaient enchantés si bien que quelques années plus tard, en 2010, alors qu'il fallait évacuer de notre esprit ce que nous avions "subi" au Ladakh lors des coulées de boue de la début août, le choix s'était immédiatement porté sur ce massif que nous avions identifié comme un splendide terrain de jeu aux innombrables ressources et qui allait pouvoir captiver notre esprit pour estomper le ressenti a posteriori. Nous étions partis fissa découvrir le nord et l'ouest du massif, la région des Coulmes. Encore une fois, pas déçus par les nouveaux espaces et les types de paysages au milieu desquels nous avions marché, je rédige le topo Vercors N et Tour des Coulmes pour inciter notre communauté de trekkeurs à se pencher un peu plus sur cet espace naturel de premier ordre. Chacun de ces deux circuits durait une dizaine de jours. Le nord, l'ouest, les Hauts-plateaux, la montagne du Glandasse, le cirque d'Archiane, un peu du piémont oriental autour du Mont-Aiguille, que nous restait-il donc à découvrir ? Eh bien, à l'occasion d'un week-end prolongé en juillet de l'année suivante, nous décidons de construire une boucle dans le sud, d'une durée réduite, 4 jours seulement, mais dense. On enchaînera ainsi depuis le village de Rousset la quasi totalité des sommets qui bordent le plateau du Vercors au sud (on les appelle ici les puys, les têtes, les buts...). Là encore, nouveau topo Vercors Sud.

    Le GR93 du côté du col du Rousset

    Là, quand même, on commence à couvrir une bonne partie du massif, non ? En fait, oui et non... Le constat est que l'on a souvent suivi les sentiers de randonnée en omettant de traverser les riantes vallées de l'intérieur : on ne connaît pas Autrans et Méaudre, Saint-Julien, Saint-Martin et La-Chapelle-en-Vercors, et très superficiellement le plateau de Saint-Nizier... Ce sont les endroits habités. Les villages et leurs alentours doivent aussi être sympas, non ? Et puis, avec tout ça, si on allait découvrir le balcon E ? Sur ce côté du massif où l'on a pour panorama sur la droite quand on remonte vers Grenoble les massifs de Belledonne, de l'Oisans, du Taillefer et du Dévoluy, alors que l'on chemine sur un petit sentier à flanc de pierriers parfois pentus issus des murailles calcaires qui dominent le Trièves, il se pourrait que l'on complète notre exploration vercusienne par la découverte de nouveaux coins sympas. C'est donc le projet de 9 jours de randonnée que j'ai proposé à Georges et à Marie (seulement pour 4 jours pour elle malheureusement, boulot oblige...), que nous avons réalisé avec une météo plutôt contrastée (du très beau, très chaud, au mitigé, voire au franchement dégueu...) et dont je vous livre à présent le topo Vercors centre et balcon E. Une petite merveille, je ne vous en dis pas plus, lisez donc...

    Avis de mauvais temps sur le Mont-Aiguille

    Et la suite ? Parce qu'il ne peut y avoir qu'une suite, bien sûr... Vous croyiez que j'en aurais fini avec le Vercors après ça ? Les grandes bambées que l'on s'est payées ne nous ont pas rassasié et cette randonnée itinérante, hébergements mi-gîtes, mi-cabanes, nous a ouvert de nouvelles opportunités pour concocter les opus des prochaines années... Peut-être avec un sac un peu moins imposant pour être plus à l'aise dans le franchissement de cols pentus et la grimpette sur quelques sommets, on essaiera sûrement de jouer à saute-crêtes entre le balcon E et le GR91. Le site web de Marielle me donne plein d'idées avec Grande et Petite Moucherolle et aussi Rochers du Ranc des Agnelons. Sinon il y a aussi cet excellent livre de Pascal Sombardier chez Glénat sur les Randonnées du vertige.

    Une autre fois, il serait sympa d'effectuer une transversale du massif d'W en E, je ne sais pas, de Saillans à la Mure par exemple, en traversant la Gervanne (les gorges de l'Omblèze) et le sud du plateau du Vercors, puis descendre par le vallon de Combeau, traverser le Jocou et finir en beauté en se mesurant à la Tête de l'Obiou... De beaux programmes, non ? C'est que le Vercors et ses satellites sont si attachants qu'on est bien obligé d'y revenir...

    Font d'Urle

  • Retour du Ladakh (été 2014)

    Qu'il est difficile de construire un itinéraire de trekking hors des sentiers battus au Ladakh ! Et surtout, une fois sur place, de le réaliser sur le terrain... Dit comme cela, ça peut faire peur : si on se contente de rester sur les itinéraires conventionnels (c'est d'ailleurs ce que font toutes les agences, hein ?), il y a peu de risques à être bloqué avec sa caravane de mules au pied d'un col enneigé ou à l'entrée du gorge dans laquelle une rivière rugit et charriant des tonnes de cailloux... Mais quand on veut sortir de la vallée de la Markha, du baby trek de Likir à Khalatse, du Stok kangri (pour ceux qui durent moins d'une semaine) ou de la Grande Traversée du Zangskar (l'historique en 20 jours de marche dont aujourd'hui 14 sur piste...), on pénètre dans des espaces quasiment vierges de touristes mais aussi d'autochtones, en rapport avec la nouvelle donne, celle de la désertification des villages de l'intérieur du massif.

    Alors, quand je propose un ambitieux itinéréraire de 44 jours de marche entre Honupatta (au centre du Ladakh) et Sarchu (au SE du Zangskar) sensé :
    - franchir de nombreux cols tous au-dessus des 5000m : Nigutse La, Yogma La, Timti La, Yoma La, Sapi La, Rasi La, Chardo La, Wakha La, Pudzong La, Marpo La, Kyerse La, Barmi La, Ralakhung La, Umasi La, Muni La, sTongde La et pour finir Surichun La,
    - suivre des vallées fluviales à débit variable et imprévisible : Kanji La Togpo, Oma Chu, Shingri Chu, Niri Chu et Tsarap Chu,
    - ne pas pouvoir aisément disposer de points ravitaillement d'où la raison de s'adjoindre une caravane de mules,
    - de devoir respecter un jour par jour précis pour honorer des rendez-vous car il est quasiment impossible de pouvoir téléphoner (il n'y a que très peu de téléphone satellite fixes dans les villages et le téléphone satellite portatif est interdit d'utilisation au Ladakh même pour appeler les secours !), etc.

    et que les aléas de la météo s'y invitent, la problématique devient insoluble. Il faut recomposer en permanence l'itinéraire, être à l'écoute des moindres rumeurs (tant soit peu que l'on rencontre du monde...) quant à l'état d'une portion de route ou d'une autre, si les rivières ont grossi ou non, si le bout de sentier que l'on a prévu de suivre existe encore...

    Que c'est long une journée d'attente au pied du Sirsir La...!

     

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  • [Maroc] Haute Route n°4

    Voilà pratiquement un mois que je suis revenu de cette escapade sur les crêtes du haut-Atlas occidental et je m'aperçois que je n'en ai pas beaucoup fait mention. Il est vrai que je suis parti de suite passer une semaine au bord de la Grande Bleue à Toulon (une nouvelle balade dans les Calanques) puis j'ai enchaîné de suite sur le tour de la Vallée de Chevreuse sur le week-end de l'Ascension... Mais revenons sur la montagne marocaine : cette virée sur les crêtes en autonomie, j'en rêvais depuis 2 ans, au moment où je m'étais rendu dans le coin lors de la GTAM4 et une autre fois l'année dernière lors du passage avec M'hamed alors que nous essayions de décrypter un itinéraire muletier dans cette région et qui s'est révélé devenir la GTAM5.

    Le tizi n'Louez au pied du Djbel Erdouz

    Pour ce cru du printemps 2014, l'accomplissement d'une haute-route, la quatrième du nom (car venant chronologiquement après les 3 premières Alpi-Toubkal 1, 2 et 3), M'hamed était de la partie, bien sûr, mais avec Martial et Pierre (qui m'avaient accompagnés sur la Kora du Dhaulagiri l'automne dernier) et trois "petits" petits nouveaux : Marielle et Yannick (arrivant de Chambéry avec une solide expérience des raids montagnards de ce genre) et puis Claude, résidant dans la Beauce et qui s'essayait sur ce genre de parcours sur les "injonctions" de Martial, son ancien collègue de travail. Seule possibilité d'avancer : être en autonomie avec 6 jours de nourriture dans le sac pour atteindre Arg, un village situé aux 2/3 du parcours et dans lequel on avait prévu de faire déposer chez l'habitant un ravitaillement.

                                                                                                                                                          Ijoukak (photo M.L-F)

    Tout avait bien commencé et les camarades de route qui ne connaissaient pas encore l'accueil berbère ont été enchantés par la soirée que nous avons passée au gîte d'Ijoukak, chez El Mahjoub. Mais, pour Claude, la balade pourtant commencée positivement s'est arrêtée brutalement à la descente du Gourza, dès le 3eme jour, en raison d'un oedème laryngé qui s'est sûrement déclenché du fait d'une montée trop rapide de 1000 à 3300m, en deux jours seulement. A 4000, 5000 ou 6000m, OK ! Mais là c'est la toute première fois que je suis confronté à ce problème à une aussi "basse" altitude... Plus de peur que de mal : du bivouac sous le tizi n'Ouddif, Claude, accompagné de Martial, a pu redescendre jusqu'au premier village. Avec l'aide logistique d'El Mahjoub à distance (via le téléphone mobile, eh oui, ça passe quelquefois là-haut...), le rapatriement a pu avoir lieu jusqu'à Marrakech suivi d'un retour fissa sur la France. Pendant cet épisode de 3 jours nous avons poursuivi notre parcours de crêtes, enchaînant les sommets de l'Imlit, du Tameksaout et de l'Erdouz, ascensions entrecoupées de bivouacs exceptionnels, soit dans les hauts vallons où l'on connaissait la présence de sources (merci les repérages des années précédentes !), soit directement sur la crête voire le sommet, à l'Erdouz par exemple, où de beaux névés tardifs nous ont permis de faire fondre la neige et de disposer d'eau pour le bivouac.

    Dans la partie chaotique entre l'Imlit et le tizi Melloult

    Martial se rendra directement à Arg avant de nous rejoindre au cours de notre descente de l'Erdouz et nous finirons tous ensemble (à 5 seulement...) le périple en traversant l'Igdet sous une météo très capricieuse, assez inhabituelle pour un mois de mai. Et comme d'hab', des paysages exceptionnels et de nombreuses rencontres avec les bergers qui traquent les moindres coins de verdure au coeur des vallons minéraux. Tout ça grâce à qui ? M'hamed bien entendu. Avec sa gouaille et sa débrouillardise, que de partages avec les locaux n'avons-nous pas connus... Et même des invitations à venir dormir à la maison avec d'excellents mets, tagines et couscous. La fête quoi ! Je l'ai même affublé d'un surnom : M'hamed "les bons tuyaux" à l'instar de Huggy dans la série TV culte Starsky & Hutch.

    Avis de mauvais temps sur l'Igdet (départ de la descente en biais dans le creux du vallon)

    Le topo [Maroc] Haute-Route n°4 est désormais en ligne. Pour les diaporamas, ils arriveront un peu plus tard (en fait je viens de les mettre en ligne ce 29 août...) et sûrement après le retour de la Grande Traversée du Ladakh n°2, itinéraire alternatif à la Traversée n°1 phagocytée aujourd'hui (pour le bien des habitants) par la piste qui rend désormais cet itinéraire autrefois d'exception bien peu intéressant à présent.

  • Festival Tiji 2014 à Lo Monthang

    C'est donc la deuxième année que je propose dans la rubrique des Treks en partance, celle qui contient les programmes de randonnée, un trek proposé par mes amis (et qui du fait de mon emploi du temps un peu chargé en ce moment je ne pourrai me joindre). Mais rassurez-vous, ce sont des treks hors des sentiers battus dont l'itinéraire a fait l'objet d'un repérage précis lors d'une de mes explorations et conduits par des accompagnateurs népalais qui connaissent les passages. Comme l'année dernière où 3 groupes ont adhéré à ce programme, revoici le trek de printemps dans une région qui me tient à coeur plus que de raison, je parle du Mustang. L'occasion est belle d'aller assister à la fête bouddhiste de Tiji (c'est à mon avis la plus belle et la plus accomplie de toutes celles auxquelles j'ai pu assister depuis de nombreuses années). Explications et diaporamas sont disponibles en cliquant sur ce lien.

    Scène de Tiji à Lo Monthang

    L'organisation du jour par jour permet d'optimiser le temps passé sur place (et le permis de séjour sur place de 13 jours) : durant les temps libres que laisse le programme du festival, vous partirez à la découverte des grottes sacrées et sites d'intérêt majeur qui fourmillent aux alentours de Lo Monthang. Et puis, une fois que ce seront tus les flonflons de la fête (je veux dire : une fois le démon immolé et le Mustang protégé pour une année encore...), vous rentrerez par un itinéraire peu touristique empruntant plateaux et canyons, inspiré du circuit que j'ai créé en 2012 et que vous pouvez visualiser ici sur Mustang, canyons et grottes sacrées.

    Entrée dans les gorges au niveau de Chele

    Mon ami Chhetup Tamang de l'agence népalaise A.R.T avec laquelle je fais souvent équipe vous propose ce circuit à des conditions financières très avantageuses : les "amis de ses amis sont ses amis" et c'est la raison pour laquelle il vous propose un prix très serré, un prix d'ami quoi ! Les dates sont déclinées du calendrier bouddhiste et les 27, 28 et 29e jours du 3e mois fluctuent d'une année sur l'autre. Cette année ce seront (obtenu de source officielle) les 26, 27 et 28 mai 2014. Vous trouverez ci-dessous le programme proposé :

    Téléchargez la fiche circuit au format PDF : Pdf image 1 tiji-2014.pdf

    Une fois que vous aurez lu le topo et que vous vous direz "Bon sang, mais c'est bien sûr, je ne peux pas rater ça...", n'hésitez pas à me solliciter pour des renseignements complémentaires en usant de la rubrique Contact.

    Bonnes fêtes de fin d'année (et quel beau cadeau de Noël à s'offrir...).

    Pierre

    Les chortens de Tangye

    PUB : Tiens au fait pour Noël si on ne peut pas se payer ce voyage, on peut toujours se rabattre sur l'achat d'un merveilleux livre qui a pour cadre le Mustang, juste dit comme ça, sans penser à mal...

  • La Kora du Dhaulagiri

    Je suis revenu depuis deux semaines et je ne suis pas encore totalement sorti de mon état second, celui qui m’empêche de totalement me passionner pour la politique, les faits divers, le championnat de foot ou de rugby, les fêtes de Noël qui approchent... bref, tout ce qu’un gars normalement constitué (bon, d’accord pour le foot, ce n’est pas une obligation...) est sensé s’intéresser. Même ma deuxième année d’apprentissage du népali à l’INALCO démarre couci-couça après quasiment 4 mois d’immersion sur place. Je n’arrive pas à rentrer... Si je ne suis pas (vraiment) là, où suis-je donc ? Reprenons depuis le début. Après trois randos de printemps au Maroc tout au début de cette année 2013 avec mon compagnon berbère M’hamed, voilà t’il pas que je me lance, à peine la GTAM 5ème du nom achevée avec succès, dans une randonnée itinérante plutôt longue. L’année dernière, j’avais bien organisé celle des 5 cols de l’Annapurna sur 32 jours suivie d’un petit tour au Mustang pour assister au festival Tiji à Lo Monthang sur une dizaine de jours, mais là, pour 2013, je n’y allais pas « avec le dos de la cuiller », je me lançais pendant l’été dans un voyage pédestre de 47 jours, un Grand Tour du Ladakh, avec au programme le secret désir de découvrir cette région de manière un peu moins superficielle. J’en reviendrai comblé : le programme que j’avais concocté devait parcourir de larges espaces aux paysages exceptionnels et changeant tous les jours, suivre des canyons et traverser des plateaux, alterner vallées fertiles et minéral intégral. Eh bien, c’était cela ! Une bambée d’une cinquantaine de jours, et à la fin même pas fatigué... Et il faut le noter également, la qualité d’organisation de Sonam Dawa, le directeur de l’agence Adventure Travel Mark de Leh, nous n’avons pas eu à déplorer un bémol. Incroyable randonnée !

    Mais ce n’était pas tout... La fin de l’année était prévue aller crescendo. Le programme d’automne au Népal promettait d’être lui aussi plutôt dense : une circumambulation avec comme barycentre l’immense chaîne de montagnes du Dhaulagiri qui s’étale du Tukuche à l’est à la Putha Hiu Chuli à l’ouest, il y avait de quoi se faire du souci quand même avec 60 jours de marche : là c’est Chhetup Tamang, directeur de l’agence népalaise Altitude Randonnée Trekking qui s’y colle en me proposant la meilleure équipe de porteurs, cuisiniers et accompagnateurs pour m'épauler dans ce trek « à tiroirs » pendant laquelle on pourra rencontrer de nombreuses embûches qu’il nous faudra contourner.

    Au moment de la construction, on a pensé à beaucoup de choses, par exemple :

    1) on ne met pas ses « œufs dans le même panier » : il y aura une équipe de porteurs (au fil des jours qui passaient, j’ai fini par les appeler, en népali, les thulo bhariya (strong porters) tant ils ont fait montre d’un professionnalisme exacerbé dans des conditions, comme on le verra un peu plus loin, que l’on a connues délicates...) complémentée par une caravane de mules : si les mules ont des difficultés sur le terrain, les porteurs eux passent partout, et inversement, quand le terrain est facile on peut décharger les porteurs pour charger les mules. On ne sait jamais...

    2) on recrute une équipe de porteurs dans une région où le portage fait partie du quotidien des villageois, le Solu-Khumbu par exemple. Dans les régions que l’on allait traverser, tout le portage s’effectue à dos de mules, de chevaux ou de yacks. Aucune possibilité de pouvoir recruter sur place. Certes ils habitent loin du Dolpo, on leur finance les voyages aller et retour, on leur prête l’équipement et cela garantit trois choses : que les personnes qui vont nous accompagner sont rompus à cette tâche du portage, qu’ils connaissent le monde de la haute montagne et ses conditions climatiques rigoureuses, et comme ils sont « délocalisés » ils n’auront pas la tentation de quitter le groupe en pleine pampa...

             

    3) on prévoit deux passages dans la région de Dunaï et Juphal car c’est le seul endroit où l’on peut se ravitailler en quantité dans cette région, ailleurs c’est impossible car les villageois vivent en auto-suffisance et les 30kg de pommes de terre ou l’orge qu’ils pourraient nous vendre viendraient à leur manquer pendant l’hiver.

    4) on a décidé de réaliser cette randonnée à la saison idoine, le début de l’automne : en démarrant de Beni, les pluies de mousson seront calmées et la nébulosité en train de repartir vers le sud-est asiatique (ça, cela s’est avéré vrai... il n’a que très peu plu sur Dhorpatan sur la deuxième quinzaine de septembre). Après on se dit qu’au Dolpo on y arrivera à la saison sèche et encore chaude, le mois d’octobre, permettant de se balader même dans le nord en gardant des températures agréables et sans craindre les chutes de neige qui pourraient bloquer les cols. Et puis pour traverser vers le Mustang, il ne fera pas trop froid, enfin juste un peu mais sans plus...

             

    5) et pour qu’un maximum de personnes puisse se joindre à cette expédition, on a prévu un circuit qui passe et repasse par Juphal, l’altiport du Dolpo. Donc les 5 randonneurs qui ont postulé pour la « totale » retrouveront les 5 autres au tiers du parcours à Dunaï, puis après le passage du Kagmara La l’un(e) d’entre eux  quittera le groupe et rejoindra Juphal, les autres pourvuivant vers le nord traverser le haut-Dolpo. Au retour du haut-Dolpo, on a prévu de revenir à Dunaï où les 2 qui ont « choisi » de ne faire que le tour du haut-Dolpo nous quitteront et reprendront l’avion vers Kathmandou via Nepalganj. Les autres, eux, remonteront vers Chharka Bhot, franchiront un col au pied de l’Araniko Chuli pour passer au Mustang par la route du nord, le long de la frontière tibétaine, avant de rejoindre Lo Monthang puis quelques jours après atteindre Jomosom et son altiport.

    6) cette année, comme l’année dernière d’ailleurs, j’aurai à disposition un téléphone satellite. Mais cette fois-ci, je l’emmène avec moi dans le sac à dos de la journée. On ne sait jamais... Et puis, à l’autre bout de la chaîne, il faut un correspondant au niveau de ce que l’on appellera le « camp de base » à Kathmandou et Chhetup, ce rôle, il l’a vraiment joué à la perfection. Je considère que la réussite de ce projet est autant conditionnée par la présence d’une équipe de qualité à mes côtés sur le terrain qu’à distance pour gérer nombre de problématiques auxquelles on ne pense pas : l’obtention des permis d’expédition, les backchichs de tous ordres, le choix des équipes, un répertoire téléphonique dans lequel on y trouve les numéros des personnes dont on aura un jour besoin et à qui on rendra la pareille à notre tour, l’organisation des déplacements terrestres ou aériens, les « coudes à coudes » qui font qu’un groupe se retrouve en tête de liste pour un départ alors qu’il était en dernière position quelques minutes auparavant...,

    Confiants dans notre organisation pour ce trek, nous voici donc partis ! Oui, oui, on avait bien pensé à tout, ou presque... :

    1) des porteurs et des mules : ce point nous a permis de pallier la défection inopinée du premier muletier qui a décidé d’arrêter, bien entendu alors que l’on était déjà sur le chemin, laissant les bagages en plan à Hurikot. Ce jour-là, les porteurs ont fait double journée en redescendant les chercher après avoir monté leurs charges auparavant... et permettant de monter un camp en haut et pour le sirdar, en bas, d’avoir le temps de chercher un autre muletier qui voudrait bien s’y coller.

              

    2) sur la compétence des porteurs (et du reste de l’équipe) : nous avons eu totalement raison puisque le travail réalisé par nos thulo bhariya a été d’un niveau exceptionnel, une abnégation de tous les instants même dans les conditions très difficiles qui ont été celles dans lesquelles on a dû évoluer... J’associe également l’équipe de cuisine au même satisfecit : ils portent et au camp ils changent de métier et se mettent en ordre de marche pour préparer les repas ! En gros, 16 heures de travail par jour...

             

    3) côté ravitaillement, « Papa » Chandra Raï (c’est le père du sirdar Chandra qui officiait aux fourneaux), il a disparu pendant 2 jours et 3 nuits entre Dunaï et Chaurikot mais il a organisé pendant cette période toute l’intendance pour les 45 jours qu’il restait à marcher. Un pro, quoi !

    4) et malheureusement 5) et la nécessité de disposer du point 6)... les délires de la météo, ses conséquences sur le jour par jour et de l’utilité d’un téléphone satellite là où le mobile pourrait avoir une utilité s’il y avait des antennes : c’était trop beau jusqu’à présent, tout avait marché comme sur des roulettes. Si le temps avait été relativement clément lors de la traversée de la réserve de chasse de Dhorpatan avec quelques ondées d’après-midi et par ci par là un orage, normal pour le district du Rukum aux paysages de végétation primaire (l’humidité doit y être pour quelque chose non... ?), on espérait chaque jour entrer dans le Dolpo pour enfin sentir le soleil réchauffer nos vieux os. C’était  devenu une litanie (que j’alimentais chaque jour d’ailleurs...) « Au Dolpo, vous verrez, il fait toujours beau »... Effectivement, la journée de descente du Jang La jusqu’à Dunaï nous a fait oublier l’humidité omniprésente des jours précédents. Dans la deuxième partie de la descente, il faisait beau et le soleil nous dardait de ses rayons.

    A Dunaï, après un début d’après-midi prometteur petite ondée d’après-midi et puis le lendemain quelques cirro-stratus dans un ciel bleu clair presque blanchâtre. C’est pas très bon ça... De plus, les autorités confirment que Juphal est fermé pour travaux un peu plus longtemps que ce qui était annoncé, jusqu’à... : il faut donc se déplacer vers Masinchaur où se trouve l’altiport de secours du Dolpo. Un jour et demi à marcher vers l’ouest pour récupérer nos 5 amis (Marie, Mireille, Luc, Martial et Pierre) mais rien de grave pour le planning car de toutes les manières il était prévu que le circuit passait non loin de là, ce n’était donc pas vraiment un détour... Le transfert pédestre s’effectue sous une couverture nuageuse de plus en plus présente, nuages qui disparaissent le soir avant de réapparaître le lendemain matin et nous immerger dans un épais brouillard. A Masinchaur, la biroute rouge et blanche bien qu’horizontale en raison d’un fort vent ne se voit pas beaucoup, cachée qu'elle est dans le brouillard.

              

    Puis les nuages disparaissent aussi soudainement qu’ils étaient apparus pour laisser la place à un chaud soleil. Les officiels, rassurants, nous indiquent qu’il faut juste attendre que la piste du « champ de patates » sèche un peu. On est prêts à accueillir de pied ferme le premier avion en provenance de Nepalganj vers midi. Notre groupe est prévu sur le troisième de la journée. Croisons les doigts... L’avion se pointe bien profitant d’une fenêtre météo clémente, pose ses 9 passagers et repart fissa vers le sud. Le deuxième, déjà en route, n’arrivera jamais : la couche de nuages au-dessus des montagnes qui protègent le Dolpo au sud s’est densifiée et l’avion a fait demi-tour. Clap de fin pour le restant de la journée. On couche sur place, le lendemain c’est pluie fine toute la journée, il n’y aura plus d’avion avant longtemps. Longtemps ? Mais combien de temps ? Qui peut le dire... A l’aide du téléphone satellite (oh, que c’est utile dans ces cas-là...), j’informe Chhetup Tamang, mon « camp de base » à Kathmandou, que j’ai décidé de continuer le circuit avec les 4 personnes qui ont débuté à Beni (Justine, Bernard, Maxime et Michel). Nous partirons le lendemain avec une grande partie de l’équipe de porteurs et de cuisine en laissant juste sur place un assistant guide et un cuisinier. Ils attendront la caravane de mules qui doit venir de Juphal avec le gros du ravitaillement. Quand le groupe arrivera par les airs (demain ou au pire après-demain...), tous ensemble ils rejoindront directement le lac Phoksundo où nous ferons la jonction. Pendant ce temps, histoire de ne pas se morfondre dans ce coin paumé on s’en ira franchir le Balangra Lagna juste avant de repartir en montée passer le Kagmara La avec juste ce qu’il faut de bagages pour ne pas surcharger les porteurs. A Ringmo, pas d’inquiétude, dès que nous serons réunis, on partira plein nord vers le haut-Dolpo. On réduira un peu la longueur du circuit mais on ira bien au haut-Dolpo. Notre départ de Masinchaur s’effectue par une nouvelle journée pluvieuse qui nous voit marcher (ou plutôt glisser...) en forêt sur des sentiers boueux à l’extrême. On ne va pas très loin tant la météo est excécrable. Dagin, c’est le village qui est situé dans le creux de la vallée au-dessus duquel il y a... Masinchaur. Il pleut continuellement. Les tentes n’arrivent plus à garantir l’étancheité tant les toiles sont saturées... C’est ce jour-ci que l’on décidera, Chhetup et moi, sur proposition du groupe en attente depuis 4 jours à Nepalganj, de changer d’aéroport de destination, de laisser tomber l’altiport du Dolpo et de tenter de dérouter le groupe sur Jumla, un altiport un peu plus permissif par temps pluvieux.

    Certes, si cela fonctionne on sera tous réunis (enfin...) mais le circuit dans le haut-Dolpo commence à avoir du plomb dans l’aile puisque pour faire la jonction entre les deux groupes, il est nécessaire de nous déporter encore plus à l’ouest avant de revenir vers l’est. Le nombre de jours de trek dont Marie et Martial vont disposer pour être de retour à Dunaï se consume à vitesse grand V et se réduit de jour en jour à peau de chagrin. Pour le reste du groupe qui va poursuivre vers le Mustang, pas d’inquiétude, il reste encore beaucoup beaucoup de temps... Autre facteur à prendre en compte pour Marie et Martial : si Juphal ne rouvre pas, il va falloir qu’ils retournent à Masinchaur, soit deux jours de moins sur leur trek... A partir de ce moment, le haut-Dolpo n’est plus envisageable et je recompose pour la suite un itinéraire qui traversera seulement les cols du bas-Dolpo pour revenir à Dunaï en temps et en heure. Enfin une bonne nouvelle dans la grisaille et l’humidité, les 5 vont pouvoir quitter Nepalganj le lendemain (ils piaffaient d’impatience) et nous décidons de nous retrouver au sommet du Maure Lagna qui sépare le Dolpo du pays de Jumla.

    Effectivement et toujours sous la pluie, deux jours plus tard, nous nous retrouvons au Maure Lagna avant de passer enfin notre première nuit ensemble (et au sec...). Au matin, grand beau temps. Ça y est ! Il fait beau sur le Dolpo... Un moment de tristesse avec le départ de Justine qui nous quitte pour rejoindre Jumla dans un premier temps, Nepalganj dans un deuxième et sortir du Népal par voie pédestre pour poursuivre par une quinzaine du côté de Benarès. On s’était bien habitués à vivre ensemble mais bon, on se retrouvera bien un de ces jours lors d’une nouvelle randonnée... On franchit dans une éclatante lumière le Bharbhare Lagna avec des paysages d’une rare beauté et des montagnes « repeintes » en blanc tout frais.

    Puis on descend sur Hurikot alors que notre muletier nous quitte comme un « voleur »... Chandra à la peine nous dégotte  un nouveau muletier prêt à en découdre avec notre itinéraire mais surtout avec une ou deux mules très vindicatives et rebelles lors des chargements et déchargements si bien qu’il faut que Bhim, un de nos deux assistants guides leur morde l’oreille jusqu’au sang alors que le (nouveau) muletier par des manœuvres osées tente d’attacher les sacs sur le bât.

    La météo repart au mauvais, voire au pire, alors que l’on est posé au camp de base du Kagmara La. Impossible d’engager le groupe sous une telle pluie. On passera la journée à jouer aux cartes, à lire et à goûter... Le lendemain, le soleil semble faire son apparition et nous franchissons le col avec beaucoup de vent mais dans des conditions correctes. La descente du vallon jusqu’à Sumdo révèle de magnifiques paysages de campagne au pied du massif du Kanjelarwa. Puis le temps se dégrade à nouveau alors que l’on doit monter rendre une visite au lac de Phoksundo, lac dont on appréciera malgré tout les couleurs sous une épaisse couche de nuages. Mais même dans ces conditions-là, le site est mythique et il fait bon s’y poser un moment. Pour les jours qui suivent, j’ai décidé de partir plein est vers Do Tarap en franchissant deux cols « tranquilles » le Baga La et le Numa La. Mais la pluie froide ne s’arrête pas et, alors que l’on vient d’arriver au camp de base du premier col, le groupe qui en descend ne nous conseille pas de le passer. Et quand bien même on y arriverait avec la neige (il faut aussi penser aux mules qui ne sont pas expertes de la marche sur un sentier enneigé) il faut penser que l’on va se trouver le lendemain soir pile poil entre deux cols, le Baga La et le Numa La, enfermés sans autre possibilité de s’échapper en cas de précipitation abondante que de revenir en arrière repasser le Baga La à 5100m ou avancer vers Do et passer le Numa La à 5300m... Je préfère ne pas prendre le moindre risque et le groupe redescend vers Dunaï et on suivra la vallée de la Phoksundo khola sous la pluie pendant 3 jours (ou 3 nuits, je ne sais plus, tant il pouvait faire sombre...).

    Dunaï ! Après des adieux frustrants car leur trek est raté à 80%, Marie et Martial montent en jeep à Juphal pour passer la nuit dans un lodge où ils s’aperçoivent que 28 personnes sont en attente d’un hypothétique avion depuis plusieurs jours et que le départ du lendemain, c’est pas gagné... Gros coup de blues le soir quand la pluie se remet à tomber de manière plutôt drue. Ça craint pour demain... Et le lendemain il fait beau ! Il a plu toute la nuit mais ce matin il règne un franc soleil, du ciel bleu et pas un nuage. Heureux présage, mais de courte durée : le premier avion se pointe vers midi passe en phase d’atterrissage et larde la piste toute nouvelle de deux trainées bien profondes. Las ! La piste n’était pas assez sèche et il vient de détruire le travail des 3 derniers mois... Le rouleau compresseur essaie bien d’aplanir mais ce n’est pas top. Il y a fort à douter qu’aucun pilote ne souhaitera poser sa machine sur ce désormais nouveau « champ de patates ». Marie et Martial se doutant bien que le problème ne va pas se résoudre à l’instant téléphonent à Chhetup pour qu’il leur propose une solution héliportée. Depuis Kathmandou, il se débrouillera de la meilleure des manières en leur trouvant cet oiseau rare à un prix défiant toute concurrence. Sur place, Marie et Martial ont trouvé trois clients prêts à les accompagner pour partager les US$5000 qui leur permettra de gagner la capitale népalaise en 1h30 de vol. Deux heures plus tard, le frêle oiseau rouge se pose et embarque ses voyageurs. Sauvés !

    Quant au groupe de 7 « touristes » qui poursuivent leur avancée vers le Mustang (Mireille, Bernard, Luc, Maxime, Michel, Pierre et Pierre), tout va pour le mieux : il fait beau, même très beau et la vallée de la Thuli Bheri khola qui permet de rejoindre Tarakot est vraiment superbe à remonter. Au camp, on retrouve même le ravitaillement préparé par « Papa » et que des mules ont acheminé quelques jours auparavant. On a repris le fil conducteur du programme avec quelques jours d’avance sur le planning, ce qui permet d’envisager un parcours un peu plus étoffé que prévu lors de la descente de Lo à Jomosom. Pendant une dizaine de jours on va longer les faces nord de la chaîne du Dhaulagiri, nous engager dans la vallée de Kagkot puis de Mukot, franchir un des cols disposant d’un des plus beaux panoramas du Népal, le Mu La à 5700m.

    Puis on rejoint par le sentier des caravanes Tibet - Mustang le village de Chharka Bhot. Ensuite, cap à l’est pour franchir le Col des Lacs au pied de l’Araniko Chuli et connaître la rigueur des nuits passées en altitude entourés de dizaines d’hectares de glaciers... Les vallées découvertes par Paulo Grobel dans ses précédents voyages sont réellement superbes et méritent VRAIMENT le déplacement. Ces lacs d’un bleu profond plantés au beau milieu d’un minéral intégral, ce sont des paysages que l’on ne peut pas oublier. Et si on ajoute les horizons composés de montagnes glaciaires, on se dit que l’on est pas loin de la beauté suprême, celle que Mère Nature nous a gratifiée, pour nous tous seuls...

    Puis ce sera la « descente » vers Lo Monthang (« descente » car il reste un col très sauvage à surmonter, le Kekyap La à 5600m, avant de rejoindre la capitale du Mustang...) . A Lo, après les 50 jours de marche qu’ils ont effectués, les porteurs souhaitent nous quitter pour rentrer dans leur lointain village. Nous recherchons une solution alternative et demandons les services d’un muletier local. Celui-ci résidant sur Jomosom, c’est l’autre bout de la Terre..., il lui faut trois jours pour nous rejoindre. Grâce à la bonne connaissance des sentiers du Mustang, je pourrai conduire le groupe pour une découverte du district de Chhoser (cette fois-ci à dos de cheval), puis le lendemain avec Pura Sangma Partchya de Bharcha nous monterons jusqu’à Konchok Ling. De retour à Lo, les mules étant arrivées nous pourrons partir vers l’est explorer quelques nouveaux sentiers et entre autres la liaison par les gorges entre Lo et Chudzong gompa via Makhchung, un must de la région avec cette remontée de canyons aux couleurs irisées d’où sortent des parois nombre de sources ferrugineuses. Un double bonheur de retrouver 2 ans après sa découverte lors du trek initiatique Mustang secret le site de Chudzong gompa : double parce que premièrement c’est beau, mais assurément pour une deuxième raison, c’est que du fait que l’intendance s’était trompée de chemin (je pense que le nombre de guides népalais qui savent lire une carte et se repérer sur le terrain doit tenir sur les doigts d’une seule main...) et que nous nous sommes repliés sur la gompa troglodyte, très accueillante, avec sa pièce annexe fermée par une porte et dans laquelle on peut faire un bon feu avec le bois sec qu’ont laissés des gens de passage. Grand merci à eux ! Nous avons passé un excellent moment au chaud en attendant que notre caravane arrive sur le site... Le lendemain, lors de la liaison vers Amaka, nous avons connu une tempête de neige qui a duré l’après-midi et une grande partie de la nuit, laissant au sol une couche de neige d’une dizaine de centimètres qui nous a permis de régaler les photographes avec de splendides clichés bien peu habituels.

    Une petite incartade vers Luri puis Yara avant de repasser rive droite de la Kali Gandaki pour aller explorer les plateaux au sud de Tsarang et découvrir une nouvelle « route » rejoignant une crête dominant les falaises de Dhakmar sous un angle bien peu habituel lui aussi. C’est ça le « trekking hors des sentiers battus »... Puis c’est Ghemi et Ghilling avant de repasser rive gauche en suivant l’unique « route » de galets qui remonte le canyon de la Kali Gandaki et rejoindre Tangge. Pas forcément une partie de plaisir tant la « fille du Mustang » était ce jour-là rebelle et qu’elle nous a gratifié à la fois d’une eau froide, d’un débit plutôt musclé et que le vent s’est invité à la fête pour rendre cette petite étape tranquille un exercice de haute voltige très fatigant. De Tangge et son célèbre mur de manis, il me restait à relever les passages du début du sentier du Teri La jusqu’à Kog : c’est la portion qu’il me restait à découvrir après le trek du printemps 2012 celui des 5 cols de l’Annapurna où je m’étais arrêté au pied du vieux village de Kog. C’est quelque chose quand même, et surtout la partie terminale de l’étape qui désescalade, depuis le rebord d’un plateau herbeux, un coteau détritique en zigzags serrés sur un sentier délité. Prudence, prudence ! Et pour l’avant-dernier jour, Chandra a joué au « zazou » et s’est fait une belle foulure à la cheville. Décision a été prise de rentrer au plus tôt et de squizzer la dernière journée qui devait s’en aller explorer le deuxième sentier situé dans le vallon de la Yak khola et qui conduit à Muktinath. Ce sera pour une autre fois, de toutes les manières, la neige tombée 4 jours auparavant étant restée sur les coteaux nord et elle encombrait le chemin, nous n’aurions de toutes les manières pas pu nous y engager avec des mules. Alors... On a sagement pris l’orientation de rejoindre le sentier « touristique » Tangge – Chhusang qui suit la crête de la Siyarko Tangk danda et nous avons terminé une longue, très longue journée puisque achevée à la nuit tombée, voire même déjà bien entâmée, après plus de 9 heures de marche, en glissant les pieds sous la table du lodge et commandant bière sur bière au tenancier. Maintenant on pouvait se lâcher, on rentrait en voiture sur Jomosom...

    Pour terminer ce long billet (mais il y en a des choses à raconter en 60 jours de randonnée...), il me reste à remercier les personnes qui m’ont fait confiance sur cet itinéraire d’exception « à tiroirs » quand même un peu perturbé. Soyons galant : place aux « filles » avec Mireille, Justine et Marie, puis aux gars, du plus vieux au plus jeune, de Bernard à Maxime en passant par Pierre, Michel, Luc et Martial.

             

    Et puis un coucou à Paulo (Grobel) que je tiens plus particulièrement à remercier (encore une fois...) pour m’avoir permis d’effectuer le circuit que j’avais composé avec les « billes » nécessaires pour que je puisse engager en toute sécurité l’équipe de porteurs, les muletiers et toutes les personnes qui m'avaient fait confiance pour les guider sur ce circuit, et plus particulièrement sur la partie de Dunaï à Lo Monthang, quasiment vierge touristiquement parlant... Grâce à ce qu’il avait posté en ligne et les informations qu’il m’avait données la dernière fois que l’on s’était rencontrés, j’ai pu aisément décrypter le paysage et cela m’a évité de tâtonner alors que j’avançais. Cela m’a également aidé à recomposer l’itinéraire au moment où la météo capricieuse a fait que ce trek devenait un peu moins pépère... 

    Vous trouverez ici, découpé en trois circuits, le topo de la totalité de la « Kora du Dhaulagiri ». En complément à la description de cette circumambulation, j’ai aussi rédigé le topo du petit tour campagnard d’attente du bas Dolpo .

    Et pour terminer, plus particulièrement à destination de ceux qui m'ont accompagné (et supporté...) pendant ces 25 ou 60 jours, j'ai collecté dans ce petit diaporama quelques uns des moments de la vie du groupe capturés à la volée. Bien heureusement, on s'aperçoit quand même que de francs sourires s'esquissent sur les visages même si la fête n'a pas été pour tous les participants (je pense à Marie et Martial) aussi belle qu'elle eût dû être...

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