[Inde] Jammu & Kashmir - Grande Traversée du Zanskar


La Grande Traversée du Zanskar, ou plus précisément celle du Ladakh et du Zanskar, est une épreuve de haut vol si l’on veut bien prendre en compte un certain nombre de facteurs :

1) en premier lieu les aspects météorologiques, maintenant totalement imprévisibles et une typologie des précipitations qui a évolué depuis quelques années : d’un désert d’altitude ne recevant que très peu d’eau de mai à octobre, la région subit à présent l’influence de passages pluvieux intenses, que ce soient des remontées de mousson dépassant la barrière naturelle et conventionnelle du Rothang La au S, ou des phénomènes exceptionnels se produisant à l’extrême N, localisés sur le plateau tibétain et provoquant des dégâts énormes au niveau de la vallée de l’Indus, ce fleuve collecteur de toutes les vallées du nord de l’Inde (voir le billet de blog écrit suite aux évènements de l’été 2010).
2) une première partie de trek caractérisée par un enchaînement de cols entre 4500 et 5100m (une bonne dizaine en dix jours…) suivie après Padum de la longue remontée d’une profonde vallée aboutissant à un col enneigé de plus de 5000m dans une ambiance de haute montagne assimilable à ce que l’on rencontre au Népal,
3) un isolement quasi-total : très peu de villages traversés, un très faible nombre de possibilités de déclencher des secours (le téléphone satellite portatif n’est pas le bienvenu dans cette région hyper militarisée coincée entre la Chine et le Pakistan), pas ou peu de ravitaillement hors Padum, des conditions d’hébergement rustiques, etc.

C’est la raison pour laquelle il est assurément préférable, même si dans le meilleur des scénarios ce ne soit pas nécessaire, de s’adjoindre les services d’un guide ladakhi connaissant le terrain, ayant déjà pratiqué l’itinéraire, et surtout sachant glaner de-ci de-là les informations nécessaires à la conduite de la caravane et au choix d’itinéraires à opérer (crues subites, glissements de terrain, etc.). Par contre un facteur vient jeter une ombre sur ce tableau idyllique : l'avancée de la piste  qui à l'été 2013 était de plus en plus présente sur cet itinéraire : de 21 jours initiaux de trek sur sentier, il ne reste réellement que 6 jours (oui, oui, 1, 2, 3, 4, 5, 6... vous avez bien lu) où elle ne déroule pas sa surface plane et il faudra vous habituer à voir débarquer des touristes à n'importe quel endroit de ce que vous croyiez être la "pampa"... Lisez ce billet de blog et faites-vous une idée...

Kanji, porte d'entrée de la Grande Traversée du Zanskar

Une fois que vous aurez accompli ce périple engagé et que vous aurez apprécié la profondeur et l’enchaînement des vallées, la « tentation » d’y repiquer une fois prochaine (« le Ladakh ça vous gagne… », pourrait-on paraphraser) devrait vous titiller pour partir à la découverte de nouveaux espaces, justement ceux que vous avez eu le bonheur d’entrapercevoir depuis les nombreux passages altiers que vous avez franchis et pourquoi pas par exemple :

- le plus « aisé » : l’exploration de la vallée de la Markha située en plein cœur du massif au pied du Stok Kangri, le sommet du coin,
- la « fameuse » Diagonale du Zanskar démarrant à Kanji mais, contrairement à l’itinéraire décrit ci-après, filant vers le S avant de revenir passer l’Hanuma La et repartir, à l’entrée de la vallée de Padum, vers deux cols, un lac et enfin deux nouveaux cols pour finir du côté de Sarchu. L’itinéraire est encore plus sauvage et seulement accessible, par le manque d’infrastructures mises à disposition pour traverser les rivières grossies en juillet et août par la fonte des neiges, à partir de mi-septembre.
- un trek original et peu fréquenté passant par les grands lacs de l’Est : partant de Rumtse sur la route Leh-Manali, il rejoint le lac Tsomoriri via le Tso Kar ; c’est un trek de haut vol au milieu de paysages minéraux dépouillés servant d’écrin aux étendues lacustres d’un bleu profond auprès desquelles se regroupent les familles de nomades, à quelques encablures de la frontière chinoise. On peut poursuivre au-delà du lac Tsomoriri pour s'en aller passer le Parang La et terminer à Kibber dans la région du Spiti. On peut alors envisager de revenir sur Delhi en voiture depuis Kaja en suivant les vallées de la Spiti et de la Sutlej à la découverte des temples bouddhistes et hindouistes.
- et pourquoi pas le nord du massif, en montant tutoyer le ciel du côté de la lointaine et reculée vallée de la Nubra,
- ne négligeons pas  de nous déplacer vers l’ouest aux alentours de Kargil où il y a aussi matière à bien s’amuser,
- et pour compléter ce tableau à la Prévert, que diriez-vous de la région du Lahaul que nous traverserons en toute fin de trek lors du retour en voiture vers Manali, présentant une alternative crédible grâce aux multiples possibilités d’exploration d’un massif s’apparentant, en type de montagnes, à ce que l’on rencontre en Suisse.

Féérie de nuages au-dessus du Sniugurtse La

Immense ! Le choix est quasi infini dans cet Himalaya indien bien peu connu (en tout cas bien moins que le Népal…) pour un créateur de circuits hors des sentiers battus. Profitez-en, faites-vous plaisir, ce topo n’est que le premier d’une longue série, croyez-en mon expérience… Allez ! Bon voyage et à l’année prochaine sur les sentiers du Ladakh…

Et n’oubliez pas en fin de topo les sous-rubriques Préparatifs, Sur Place, Dossier de voyage (avec la carte téléchargeable en PDF) et bien d’autres choses encore.

Téléchargez la carte du circuit au format PDF : Carte générale GTAM1 Carte [Ladakh] Grande traversée du Zanskar

LE TREK JOUR PAR JOUR

Jour 1 : Paris - Delhi

9h d’avion.
Vol de nuit depuis Paris-CDG par Air India, le meilleur rapport qualité / prix sur cette destination. Au petit matin, visite de la mégapole aux multiples quartiers à l’empreinte ethnique différenciée. Diaporama Delhi est réellement un melting-pot de civilisations et de religions. Au gré de vos envies, allez donc visiter des monuments empreints d’histoire comme le Fort Rouge, le palais d’Humayun ou le Qutub Minar, kitchissimes au possible comme le Lotus Temple, Laxmi Narayan ou le tout dernier né, le déjà célèbre Swaminarayan Akshkardham situé dans la banlieue NE au-delà du fleuve. Notez que si vous avez la possibilité de rester quelques jours dans la région avant de filer vers le nord, rien ne vous empêche de visiter alentour les villes de Jaïpur, Fatehpur Sikrit et Agra.

Delhi (India Gate)

Jour 2 : Delhi - Leh

1h d’avion.
Vol à l’aurore depuis l’un des deux terminaux de l’aéroport de Delhi (T1 domestique ou T3 international). A vérifier sur votre coupon électronique. Diaporama A l’arrivée, repos d’acclimatation le matin et dans l’après-midi, tentez une petite visite du Royal Palace et du fort mais mollo mollo… Nuit en guest-house à Leh à 3450m d’altitude.

Jour 3 : Leh et vallée de l’Indus

3h de voiture.
Diaporamas Visite de monastères (au choix Hemis, Tiksey, Chemre, Phyang, etc.) et/ou du Stok Palace. Derniers achats avant le trek (bien faire la check-list car après il n’y a plus grand’ chose sur le chemin, voilà, c’est dit !). Deuxième nuit en guest-house à Leh.

Bénédiction des drapeaux au monastère de Hémis

Jour 4 : Leh - Alchi - Lamayuru - Kanji

5h de route et 2h30 de visites
Diaporama De Leh on emprunte la route NH-1 en direction de Srinagar. Après avoir dépassé la piste de l’aéroport, on franchit un plateau jusqu’à venir dominer la rivière Zanskar et la fertile vallée de Nymmo. La route suit le cours de l’Indus, traverse Nymmo puis rentre au cœur de nombreuses gorges dans lesquelles les éboulements successifs ont mis à mal le goudron. On avance péniblement entre les chantiers de travaux. On croise également de nombreux convois de camions Tata transportant surtout du carburant destiné à alimenter l’aéroport et la vallée de Leh. Un peu en dehors de la route, on monte vers le vieux monastère d’Alchi d’un important intérêt touristique (Diaporama compter 1h30 de visite du site). Diaporama On revient sur la route principale pour se diriger toujours vers l’E. On quitte maintenant le cours de l’Indus pour passer un col routier et s’arrêter juste avant au monastère de Lamayuru Diaporama. D’un intérêt moindre que le précédent au niveau religieux, l’intérêt réside dans le fait qu’il est perché sur son nid d’aigle au sommet d’un piton rocheux et qu’il domine toute la vallée (compter 1h de visite). Diaporama Ensuite, on s’en va passer le col à plus de 4000m d’où la vue est extraordinaire et permettant d’apprécier quelques nouveaux délires géologiques que ceux dans lesquels on a évolué depuis le début de la journée. A la fin de la descente de ce col, au niveau du village d’Heniskut, on quitte la route de Srinagar et sa noria de camions pour s’engager sur la G dans des gorges très étroites sur une piste de 10 kms elle aussi bien mise à mal par les intempéries de l’année dernière. En fin d’après-midi, on atteint le village de Kanji (3850m) pour notre premier campement au pied du village. Nuit sous tente.

Mais quelle circulation sur cet axe stratégique...!

Jour 5 : Kanji - Dumbur

2h + 3h A/R / +450m / -230m.
Diaporama Passer en bas du village de Kanji et pénétrer dans la gorge de gauche pour suivre le canal d’irrigation en RG jusqu’à trouver le départ d’un sentier en légère montée pour s’affranchir d’un gros éboulement de terrain (nota : le vallon de droite part sur le Kanji La qui permet de contourner par le S le massif des Chomotang avant de retrouver l’itinéraire principal au niveau de Lingshed six jours plus tard, mais attention cet itinéraire de trekking, support de la Diagonale du Zanskar, n’est souvent praticable qu’à partir de fin août à mi-septembre à cause de la hauteur des eaux de certains torrents). On passe auprès d’une bergerie avant de poursuivre toujours RG de la rivière en faux-plat montant. Belles vues à l’arrière sur les roches travaillées par la surrection. Côté faune, les marmottes sont aux aguets, guettant les aigles qui tournoient dans le ciel à la recherche de proies. Le sentier disparait et on suit maintenant le large lit de la rivière jusqu’à traverser à gué un torrent venant de la droite. On laisse sur la droite un groupe de bergeries pour traverser une étendue gazonnée. Incliner vers la G pour établir le camp en bordure de champ auprès d’un petit torrent issu d’une source (2h, 4085m). Nous sommes à Dumbur et nous allons rester ici une journée.

La riante prairie de Dumbur

Dans l’après-midi, pour parfaire son acclimatation à l’altitude, il est conseillé de partir en balade dans le vallon de droite et pousser jusqu’aux bergeries de Kathimu où l’accueil des locaux est d’une grande gentillesse (compter 3h A/R avec 200m de dénivelée). Possibilité de goûter les produits fabriqués sur place comme le lassi, le curd et l’inénarrable thé salé au beurre de yack… Retour à l’alpage de Dumbur en passant par le village d’été. Nuit sous tente.

Jour 6 : Dumbur - Shillakong

5h / +850m / -420m.
Diaporama C’est la journée du passage du premier col ! Du camp à 4085m on remonte la vallée en direction du monticule (moraine centrale d’un ancien glacier) sur lequel on va s’élever en suivant le fil de l’arête jusqu’à un cairn (1h20, 4350m). On poursuit sur la moraine avant de virer à G sur un bon sentier à flanc en faux-plat montant. Par quelques ressauts, le sentier nous conduit au col venteux du Yogma La (1h45, 4710m) dans lequel flottent quelques drapeaux de prières. Rajoutons les nôtres, au préalable consacrés par un moine au monastère de Hémis (ou un autre…) en lançant la phrase « Ki Ki So So La Gyalo » à l’attention des dieux pour qu’ils nous protègent durant toute l’équipée. La descente s’effectue sur un excellent sentier pleine pente jusqu’à 4450m avant de partir sur la D en encorbellement et à belle hauteur au-dessus de la rivière. On évolue en simili courbe de niveau sans négliger quelques up / down bien cassants… Après avoir passé une portion friable (à parcourir avec un peu d’attention), le sentier parcourt le fond d’une combe bien verte qui invite à musarder un moment en découvrant les quelques pics ourlés de glace qui nous dominent de l’autre côté de la vallée. Une dernière montée nous conduit à un petit collet puis c’est la descente jusqu’à la rivière qu’il nous faut traverser à gué (1h30, 4410m). Après cette épreuve, on remonte en face jusqu’aux bergeries de Shillakong (15mn, 4500m, eau de « source », quelques places de camping). Noter le mauvais repérage du lieu-dit sur la carte Olizane au 1/150000e. Nuit sous tente.

Arrivée au Yogma La (4710m)

Jour 7 : Shillakong - Camp Spong Tongpo

5h30 / +700m / -610m.
Diaporama Du camp, monter vers la G en direction du « village » de Shillakong. Contourner la montagne par la gauche et rester sensiblement à la même hauteur pour rejoindre le sommet d’une colline coiffée d’un drapeau à prières (30mn, 4600m). On poursuit tout droit en courbe de niveau pour aller traverser la rivière et remonter de l’autre côté sur un plateau jusqu’à un collet (25mn, 4620m) duquel on peut constater qu’il va falloir redescendre dans un vallon pour rejoindre le sentier qui mène au col. Comme attendu, descente dans le vallon et, en contournant une aiguille rocheuse, nous voici dans le sens de la remontée sur une épaule d’éboulis jaune en direction du col. On franchit un thalweg dans lequel coule un torrent. On prend pied maintenant sur une langue d’éboulis noir (50mn, 4685m). On suit le sentier bien tracé jusqu’à un plat bien plaisant (1h10, 4910m). En face de nous les austères pentes de petit schiste du Sniugurtse La s’élèvent comme un rempart infranchissable et pourtant quelques traces nous indiquent le chemin, chemin qui se révèlera au fur et à mesure de l’ascension d’excellente facture. Voici le passage du col (1h, 5100m, appelé aussi Kongma La) et sa flopée de drapeaux qui flottent au vent. D’en haut, la descente semble interminable mais très « roulante » avec un premier lacet bien large avant de rejoindre le milieu du vallon. Puis le sentier s’engage entre de magnifiques pitons rocheux élancés sur lesquels on se plait à inventer des voies d’escalade de très haut niveau, et voire jusqu’à ABO, tant les parois sont raides, délitées et les prises systématiquement en dévers… La suite de l’itinéraire parcourt une large vallée au creux de laquelle la rivière étale son lit de galets. Le sentier sort enfin de la pierraille pour s’élever de quelques mètres en RD et traverser de larges espaces gazonnés. Puis on suit le fil d’une moraine herbeuse jusqu’au confluent de deux torrents où l’on établit le camp (1h25, 4600m). Nuit sous tente.

En descendant du Sniugurtse La

Jour 8 : Camp Spong Tongpo - Photoksar

3h15 / +350m / -730m.
Diaporama Rejoindre le petit collet dans la moraine qui nous domine sur la droite et basculer de l’autre côté sur un sentier à flanc qui conduit vers le fond du vallon. Lorsque l’on se trouve à hauteur du pont sur lequel la piste franchit le torrent, laisser le sentier filer vers l’amont tout au fond de la vallée et incliner hors sentier vers le bas pour aller traverser la rivière (35mn, 4510m). Remonter pleine pente pour aller couper un des lacets de la piste puis s’engager dans le thalweg qui se présente juste devant. Après être monté dans le lit d’une rivière à sec, on débouche sur un petit plateau juste avant le col (40mn, 4690m, buvette, jonction avec le sentier « officiel » qui arrive de Hanupatta et Lamayuru). Après la petite halte bienvenue, continuer en direction du col en s’engageant dans un vallon étroit dans lequel on coupe plusieurs fois les lacets de la piste. Par une dernière diagonale sur la G, nous voici débouchant au passage du Sirsir La (30mn, 4805m).

Le passage du Sirsir La

Pour la descente, il n’est plus recommandé d’emprunter le sentier historique très pentu et à présent en très mauvais état. Il est préférable de suivre la piste sur 500m sur le versant Photoksar et trouver dans le premier virage le départ d’un nouveau sentier qui rejoint le fond de la vallée. On s’engage dans un large espace gazonné ceint de parois ruiniformes jusqu’à rejoindre un monticule sur lequel se dresse un chorten (55mn, 4340m) offrant une vue panoramique sur la verte vallée dans laquelle on distingue au loin le village de Photoksar accroché à la falaise. Il ne reste plus qu’à descendre jusqu’au terrain de camping situé en amont du village à proximité de la rivière (15mn, 4220m, buvette). Dans l’après-midi, visite du village de Photoksar, d’un intérêt plus que limité si ce n’est la vue plongeante sur les gorges étroites à l’extrémité S du bourg. Nuit sous tente.

Photoksar accroché à sa falaise

Jour 9 : Photoksar - Sengge La BC

4h40 / +730m / -300m.
Diaporama Du camping, descendre en direction du village à travers champs (ne pas suivre la piste), passer la cahute qui sert de relais téléphonique satellite et rejoindre la rivière. Franchir le cours d’eau sur un pont de fortune et remonter vers la porte chorten située en RD dans le coteau. Partir vers la G en longeant les champs d’orge. On s’élève doucement avec comme point de vue le village de Photoksar accroché à sa falaise. Plus on avance, plus les gorges s’ouvrent laissant deviner d’autres merveilles. On incline à D pour traverser une rivière et prendre pied sur un plateau désertique. La fine crête du Bumiktse La se présente à l’avant et cela ne nous prendra que quelques minutes pour l’atteindre (1h25, 4445m). De l’autre côté s’étale un immense plateau d’altitude vallonné fermé par la barrière du Sengge La et son pic émissaire sur la droite.

Le Burmiktse La

Le sentier est évident et contourne la vallée par sa RG en explorant toutes les combes par une succession de up / down bien cassants. La falaise qui compose la rive opposée présente une barrière torturée et infranchissable. Et puis quel délire géologique : entre les couleurs chamarrées ocre et rouge et les motifs dus aux forces de surrection de la création, nous pouvons apprécier une composition de folie. Tout au fond, le Sengge La commence à se rapprocher, mais peut-être n’est-ce qu’une vue de l’esprit ? Et toujours ce sentier qui n’en finit pas d’en finir… On continue la marche à flanc dans des pentes couvertes de bruyères et d’aulnes rachitiques. On atteint une grosse rivière qui descend tout droit des glaciers d’un massif sans nom et que l’on doit franchir à gué (2h, 4380m, 3 bras à passer, buvette). On poursuit vers le fond de la vallée par une petite montée suivie d’un faux-plat montant en bordure du lit de la rivière. On passe un premier campement (40mn, 4500m). On pourrait s’arrêter là mais il est préférable de poursuivre encore un peu pour rejoindre un deuxième emplacement de camping situé 150m plus haut pour réduire la marche d’approche du Sengge La du lendemain matin. De plus, la vue panoramique est exceptionnelle et présente l’enfilade des cols que nous avons passés les trois derniers jours : tout d’abord celui d’aujourd’hui le Bumiktse La, puis celui d’hier le Sirsir La et enfin le Sniugurtse La d’il y a deux jours. Il serait dommage de s’en passer… Nuit sous tente à 4650m (eau, buvette).

Camp de base N du Sengge La

Jour 10 : Sengge La BC - Kyumpata Gongma

5h / +600m / -1000m.
Diaporama Monter dans les alpages derrière le camp pour retrouver le sentier qui part RD du thalweg. Une fois la première butte franchie, on aborde une partie en faux-plat juste avant d’attaquer le zigzag tracé dans l’éboulis de petit schiste. L’arrivée au Sengge La (1h15, 4963m) permet de découvrir l’horizon nouveau que propose le Zanskar avec sa kyrielle de sommets enneigés. Une vallée verdoyante au loin invite à la descente. Alors, go ! Sur un chemin tracé en larges lacets, on désescalade une combe assez froide le matin. Le soleil apparait 30mn plus bas, égaie la descente et réchauffe les membres frigorifiés… Le site est très agréable à parcourir entre ce paysage montagneux torturé et la présence d’un bel ensemble de cargneules. On traverse une rivière issue d’une gorge entre deux pics qui nous dominent sur la droite (35mn, 4450m, emplacement de camping pour les trekkeurs qui parcourent l’itinéraire en sens inverse). On laisse partir tout droit un sentier vers le fond de la vallée en direction de Nyerak et l’on s’engage main droite sur un chemin balcon en légère ascendance. On traverse une zone de gros éboulis rouges avant de remonter à un collet pour prendre pied sur un canal d’irrigation désaffecté (30mn, 4500m). Il se révèle un exceptionnel sentier balcon au-dessus d’une gorge profonde dont la RG présente de remarquables formes géologiques de surrection. Ce que l’on contemple est réellement incroyable de beauté et de magnificence. Et toujours au fond qui nous domine, de plus en plus en plus loin quand même…, la large échancrure du Sengge La.

Dans la descente du Sengge La

Puis on quitte le rebord de la gorge pour se diriger vers le fond d’un large vallon dominé par le massif rocheux que l’on est en train de contourner. Le panorama est toujours aussi grandiose. On passe un emplacement de camping (30mn, 4440m, eau, buvette) pour s’engager dans une remontée d’une cinquantaine de mètres jusqu’à un collet suivi d’un parcours en courbe de niveau (à la mode ladakhie, c’est-à-dire en up / down…) qui explore deux combes. Un dernier effort et nous voici au Kiupa La et ses taluchos qui flottent au vent (40mn, 4450m). De ce belvédère, le cirque de montagnes au milieu duquel se niche le village de Kyumpata Gongma est du plus bel effet. La descente s’effectue sur un sentier sablonneux excellemment tracé, très emprunté, mais ne nous le cachons pas, vertigineux. Soyez donc très précautionneux par grand vent et n’oubliez pas de vous effacer lorsque des convois de chevaux vous croisent ou vous dépassent. Il y a encore tant de merveilles à découvrir lors de la suite de la traversée…

Descente sur Gongma

On arrive à la rivière (40mn, 4140m). En face, on s’engage dans une « petite » remontée jusqu’au rebord de la moraine fluviale sur laquelle Kyumpata Gongma est posé. On poursuit sur la G en bordure des champs d’orge. On atteint le chorten, porte d’entrée du village (détour possible pour visiter le village et sa dizaine de maisons, téléphone satellite). On continue tout droit sans franchir la porte pour se diriger vers le fond de la vallée où se trouve le terrain de camping, lové au milieu du cirque de montagnes. Au-delà c’est le no man’s land (35mn, 4140m, eau, buvette aléatoire). Nuit sous tente.

Le village de Gongma

Jour 11 : Kyumpata Gongma - Lingshed gompa - Lanak (Hanuma La BC)

5h / +730m / -300m et 1h30 de visite.
Diaporama Descendre du terrain de camping une centaine de mètres en direction de la rivière et trouver RD le départ d’un sentier qui s’élève assez régulièrement vers le col bien visible du bas. Arrivée au chorten pour une vue panoramique sur la région (40mn, 4300m). On remonte encore un peu sur la G pour franchir un plateau et rejoindre en quasi courbe de niveau un passage au-dessus du Murgum La (40mn, 4400m). On poursuit en descente jusqu’à croiser l’itinéraire venant du bas (et qui passait par le col proprement dit) peu avant d’arriver à un collet sans nom duquel on dispose d’une vue plongeante sur la vallée verdoyante de Lingshed (20mn, 4290m). On peut également s’amuser à suivre des yeux le sentier circulaire qu’il va falloir emprunter cet après-midi pour rejoindre le camp de base de l’Hanuma La, passage altier bien visible sur la gauche. Descente poussiéreuse jusqu’au monastère de Lingshed (30mn, 3930m, compter 1h30 de visite des trois superbes salles de prière, photos sans flash autorisées Diaporama).

Le monastère de Lingshed

Diaporama Sortir du monastère et le contourner par le chemin du haut pour trouver un sentier en zigzag qui longe les habitations des moines. On arrive au canal d’irrigation que l’on suit à D sur une centaine de mètres avant de le quitter pour rejoindre la rivière (15mn, 3880m). Remonter en face jusqu’au chorten qui domine la vallée de Lingshed (15mn, 4000m) et suivre le sentier en légère descente jusqu’au fond de la combe où l’on traverse une rivière (30mn, 4000m). Il s’ensuit une courte mais rude montée jusqu’à un carrefour de chemins (10mn, 4030m). Laisser partir tout droit l’itinéraire du Kyerse La et prendre à G (Gare ! Le départ du sentier n’est pas évident…). Le chemin devient plus étroit et chaotique louvoyant entre les monticules de petit schiste, up / down garanti ! Une étendue plane invite à une petite pause bien gagnée (15mn, 4195m). Laisser l’itinéraire du Barmi La partir tout droit (et accessoirement celui des muletiers qui rejoignent notre camp par un itinéraire un tantinet moins scabreux que le nôtre mais aussi de la variante de la GTZ passant par le Kanji La et Dibling). Incliner à G pour aborder la dernière difficulté de la journée. Par une montée régulière on atteint un col sans nom (35mn, 4200m). Descente sur la D vers Lanak assez vertigineuse sur un sentier de qualité médiocre par endroit. Camp auprès de la rivière (30mn, 4030m, buvette). Nuit sous tente.

Dernier col avant Lanak

Jour 12 : Lanak - Snertse - Oma Chu

6h30 / +900m / -1500m.
Diaporama Prendre le sentier très bien tracé qui part du camp et escalade le coteau en lacets serrés jusqu’à une traversée sur la G, elle aussi ascendante, dans un éboulis friable. On reprend pied sur une épaule un peu plus solide sous le pied pour une remontée en zigzag jusqu’à une partie plane invitant à une pause et à la découverte du panorama. La suite du programme est encore raide et on doit s’employer, bien que l’on soit sur un large plateau incliné, à monter sur un sentier très sablonneux (donc fatigant…) jusqu’au passage du Hanuma La (2h40, 4710m). Après avoir apprécié la vue circulaire, descente sur un sentier d’abord à mi-pente au-dessus d’un ruisseau à sec puis, à partir de la cote 4600, directement dans le lit du cours d’eau qui commence à apparaître. Parfois il est nécessaire de sortir du lit du cours d’eau à cause de quelques ponts de neige résiduels qui obstruent le passage. On rejoint une vallée fluviale qui arrive de la droite (45mn, 4400m, possibilité de campement d’altitude pour les trekkeurs qui font la montée au col depuis le sud). Longue longue descente pratiquement sans perdre d’altitude jusqu’à ce que les gorges dans lesquelles nous marchons se rétrécissent. Et si on se posait pour le lunch ? (50mn, 4150m). Le « repas » englouti, nous voici dans le vif du sujet : une gigantesque désescalade, hommes et bêtes, entre des parois austères et un chaos rocheux de tout instant. On doit sans cesse passer d’une rive à l’autre, reprendre de l’altitude pour contourner une cascade ou un pont de neige, un délire total ! Et il faut y voir aussi les chevaux…

Hanuma La

Les gorges s’élargissent un peu sans que le sentier soit beaucoup plus praticable car on descend maintenant fortement au milieu d’une coulée basaltique d’un noir de jais. Au loin, tout là-bas, d’autres gorges se profilent, la rivière n’en a pas fini de son parcours chahuté… Nous, nous évoluons maintenant pratiquement en courbe de niveau le long de la rivière en louvoyant entre les bosquets de lauriers et de cynorhodons. On arrive à Nyete (1h, 3750m, buvette, campement), havre de paix entre les gorges du haut et celles d’en bas qui paraissent encore plus impressionnantes. Eh bien, pour s’en rendre compte, allons donc traverser la rivière et remonter en RD sur un sentier balcon qui permet de disposer d’un belvédère exceptionnel sur les parois impressionnantes de verticalité (il parait que des vautours y nichent). Garder toute l’attention requise pour ne pas s’écarter du chemin, la chute pourrait être irrémédiable… Puis c’est la dégringolade, le mot n’est pas trop fort, sur un « sentier » sablonneux au possible jusqu’à la rivière Oma Chu, un affluent de la Zanskar Chu. On traverse le cours d’eau sur le « nouveau » pont de bois (celui de droite) pour rejoindre en quelques pas le terrain de camping en bord de rivière. Peu de place, beaucoup de monde mais une ambiance sympa (1h, 3400m, buvette)… Nuit sous tente.

Les falaises de Snertse

Jour 13 : Oma Chu - Pidmo

5h30 / +700m / -660m.
Diaporama Longer l’Oma Chu sur le sentier et remonter vers le Parpi La bien visible d’abord par de courts lacets puis, après une traversée qui mène jusqu’à une tente buvette, plus directement jusqu’au passage du col (1h30, 3900m). Zanskar nous voici ! On descend rapidement quelques lacets entrecoupés de moments de facile désescalade sur des roches inclinées ou des couloirs bien pentus (les chevaux ne sont pas à la fête, ils prouvent ainsi leurs dons d’équilibristes…). Nous voici maintenant en encorbellement au-dessus du fleuve Zanskar sur un sentier en courbe de niveau explorant toutes les combes creusées par le lit des torrents à sec issus de la falaise qui nous domine sur la droite (quelques passages délités sont à négocier avec attention…). On franchit un collet marqué par une drôle de concrétion sableuse (40mn, 3570m) avant de faire une traversée un peu touchy car vertigineuse. Le bruit sourd du fleuve commence à se faire entendre donnant au site une solennité rare : la force tranquille (mais dévastatrice, rappelons-nous l’été 2010…).

Le fleuve Zanskar

On traverse une grande étendue sablonneuse couverte de genévriers rachitiques avant d’entamer une descente d’une cinquantaine de mètre pour rejoindre le bord de la rivière (1h, 3440m) afin de contourner par le bas un bel élément rocheux en strates. On s’en vient traverser un torrent à sortie d’une gorge étroite (certaines saisons, il est nécessaire de se mouiller les pieds) pour prendre pied sur une petite plage de galets qui invite à la pause lunch (15mn, 3380m). Une fois sustenté, on repart en légère ascendance pour quitter la rive et monter sur la moraine détritique juste avant de redescendre par un rapide couloir jusqu’au niveau de l’eau. On suit la rivière de très près (il est possible que ce chemin aménagé puisse être parfois submergé, il n’en faudrait assurément pas beaucoup…). Un dernière remontée conduit au terrain de camping d’Hanamur (35mn, 3400m, buvettes, herbe bien grasse pour poser la tente).

C'est encore loin la mer...?

On continue vers le N en descendant emprunter le nouveau pont de bois. La suite et fin de l’étape longe la rive du Zanskar et traverse de splendides sites de « demoiselles coiffées ». A la sortie d’un virage, on découvre au loin le plateau sur lequel Pidmo, notre village étape, est érigé. Entouré de cultures d’orge et de blé, ces couleurs chatoyantes nous changent radicalement la perception de la plaine alluviale austère que nous parcourions jusqu’à  présent. Un dernier effort pour contourner le mur d’enceinte par la D (1h15, 3415m) et nous voici rejoignant le « centre » du village et le terrain de camping (15mn, 3435m, eau propre dans la rigole, ravitaillement à la boutique mais pas de téléphone). Nous  sommes ce soir le centre d’intérêt de tout le village et le camp va devenir le passage obligé de tous les déplacements intra-muros… Et comme ce n’est pas une étape « officielle », on n’est pas embêté par les voisins ! Nuit sous tente.

Tashi Dolma et sa fille à la guest-house de Pidmo

Jour 14 : Pidmo - Padum

40 kms de marche (sur 2 jours) ou 1h30 de bus ou de voiture.
Le 7 mai 2015 au matin, le barrage qui retenait le lac de 15 kms qui s'était formé à l'automne 2014 bien amont des gorges de la Tsarap chu à cédé. Une vague de plus de 10 mètres de haut à déferlé jusqu'à Nyemo, le village qui se trouve tout au N au confluent avec l'Indus, détruisant toutes les infrastructures : ponts, portions de routes ou de chemins, habitations, etc. Bref, à cet endroit la traversée n'est plus possible... (voir le site ladak.free.fr pour toutes les informations). Eventuellement, on doit pouvoir continuer jusqu'à Karsha en suivant le vieux sentier qui est tracé RG de la Zangskar chu.
Diaporama Descendre du village pour rejoindre le pont piétonnier qui permet de franchir le fleuve Zanskar et remonter sur la route goudronnée qui le longe. Cette route en construction est sensée offrir une alternative plus courte pour relier Padum à Leh via Chilling d’ici deux à trois ans au lieu du large détour par Kargil obligatoire à ce jour. Mais le chantier est titanesque, on peut s’en douter. La portion de Pidmo à Padum est déjà réalisée car elle est tracée sur de larges espaces alluviaux plats entrecoupés de quelques traversées de torrents mais ce n’est rien à côté de ce qui doit être gagné mètre par mètre lorsqu’il faut faire sauter des pans entiers de falaise au niveau des gorges resserrées en aval… Titanesque vous dis-je ! Mais revenons à notre trekking où plusieurs solutions sont envisageables pour rejoindre le gros bourg de Padum :

- le service de bus qui opère (presque) tous les jours depuis le pont de Pidmo (départ à 8h sauf le dimanche),
- le stop (payant ou pas), mais il ne passe pas grand monde sur cette route et les véhicules débordent souvent d’occupants lorsqu’ils arrivent à votre niveau,
- la marche : il y a 40 kms de route en RD ou de chemin en RG à se « taper » sous le cagnard ou le vent violent de face lorsqu’il pleut (ne pas négliger le facteur poussière, elle est omniprésente…). Ce serait quand même plus sympa d’arriver le plus rapidement possible dans le cœur de la vallée de Padum et se concentrer sur les visites (monastère de Karsha par exemple). Et pourquoi ne pas s’octroyer une journée de repos plutôt que de marcher au milieu d’un paysage désolé et bien peu intéressant ? Mais c’est vous qui voyez…
- la réservation à l’avance d’un taxi de Padum (tel : 9419784760) qui pourra venir vous chercher au pont de Pidmo et vous convoyer à Padum.

Le fleuve Zanskar du côté de Pidmo

Si vous choisissez la dernière option, vous pouvez aussi convenir d’un parcours découverte de la vallée sur la journée avec par exemple au programme un arrêt à Zangla (nonnerie, palais royal et éventuellement fortin), une halte à la gompa de Stongde et une visite à celle de Karsha (très spectaculaire et d’un grand intérêt culturel Diaporama) à quelques minutes du centre ville de Padum, tout cela pour un prix all inclusive (compter dans les Rs4000 pour ce périple en voiture pour 4 ou 5 personnes). Pendant ce temps, les chevaux que vous aurez allégés en embarquant dans le véhicule 4x4 une grande partie des charges qu’ils portaient pourront rejoindre le camping super sympa de Padum (celui de Padma en face de la guest-house Zambala) en toute fin de journée. Nuit sous tente.

Fresques murales anciennes à la nonnerie de Zangla

Un mot sur Padum : Diaporama ville sans âme mais tout de même attachante par la variété de sa population et où l’on trouve de tout mis à part un distributeur automatique de billets (ATM). Possibilité de ravitaillement en produits frais et manufacturés, pharmacie, médecins, gare routière au SE du village permettant de repartir vers Kargil (une épreuve…), guest-houses et quelques restaurants basiques. Alentours, possibilités de faire des excursions aux monastères de Pibiting et surtout de Sani où se déroule chaque année sur plusieurs jours un festival coloré où l’on peut contempler les femmes ladakhies portant leurs coiffes couvertes de turquoise, les fameux péracs.

La coiffe traditionnelle ladakhie, le pérac

Jour 15 : Padum - Reru

22kms à pieds moitié sur sentier RD puis sur la route en RG (7 à 8h / +600m / -200m) ou 1h de voiture.
Diaporama Le parcours est d’un intérêt largement supérieur à celui de la journée précédente : on remonte les gorges somptueuses de la Lung Nag Chu avec un passage à la gompa de Bardan (check-post). La longueur de l’étape et le fait que la moitié du périple se déroule sur une route goudronnée, certes défoncée en maints endroits par les éboulements rocheux, mérite quand même que l’on se fende que quelques centaines de roupies pour se faire convoyer jusqu’au bout de la route à Reru (compter dans les Rs2500 pour cette location de voiture à la demi-journée). Ce village marque le début du trek de la traversée du Zanskar de Padum à Darsha via le Shingo La, ultime épreuve de la GTZ. Nuit au camping de Reru à proximité du « lac » et du complexe scolaire.

Rigzum Gönpo au lac de Reru

Jour 16 : Reru - Kalbok

8h / +650m / -600m.
Diaporama Du « lac » de Reru à 3790m, remonter vers le village et prendre tout de suite à D pour suivre le canal d’irrigation en direction du chorten. Continuer sur un sentier qui descend passer la rivière sur un pont (25mn, 3700m).
Le 7 mai 2015 au matin, le barrage qui retenait le lac de 15 kms qui s'était formé à l'automne 2014 bien amont des gorges de la Tsarap chu à cédé. Une vague de plus de 10 mètres de haut à déferlé jusqu'à Nyemo, le village qui se trouve tout au N au confluent avec l'Indus, détruisant toutes les infrastructures : ponts, portions de routes ou de chemins, habitations, etc. Bref, à cet endroit la traversée n'est plus possible... (voir le site ladak.free.fr pour toutes les informations). A priori aujourd'hui, il n'y a plus de solution pour continuer vers le S, le chemin passant alternativement d'une rive à l'autre...
Remonter en zigzag sur la rive opposée pour franchir un éperon rocheux. Passé cet obstacle, le sentier toujours ascendant tracé à flanc nous conduit à un collet quelques 200m au-dessus de la rivière bouillonnante (40mn, 3890m). Que de monde sur cette piste qui suit la RG de la Lung Nag Chu, locaux mais aussi touristes qui n’ont pas choisi (ou connu…) cet itinéraire d’altitude. Dommage… Le sentier s’aplanit à présent jusqu’à un autre collet dans lequel on croise un mur de manis avec un mât coiffé d’un trident (15mn, 3940m). Finie la partie sympa, nous voici à nouveau dans un zone scabreuse pour franchir un nouvel éperon rocheux, dernier obstacle sérieux avant de se laisser aller au milieu des champs qui annoncent l’arrivée imminente au village d’Yichar, enfin c’est ce qu’on pourrait croire… On croise des dizaines de paysans dans les champs. Profitons-en tant qu’il fait beau et chaud, l’hiver arrive si vite par ici… On passe deux séries de chortens puis, concession au modernisme, une antenne GSM qui détonne un peu dans le paysage. Juste derrière, on revient au traditionnel séculaire avec un bel ensemble de chortens en rebord de falaise avec une vue imprenable sur le village droit devant. Juste un petit détail : un gorge profonde nous en sépare… Descente parfois acrobatique sur des rochers patinés par les passages incessants de chevaux ferrés jusqu’à un petit pont de bois. Une série de moulins à grain hydrauliques jouxtent l’édifice. La remontée sur la rive opposée est sans concession : une bonne cinquantaine de mètres pour atteindre le centre du village, assurément l’un des plus beaux du Zanskar, avec son petit étang dans lequel se reflètent les montagnes enneigées alentours (1h20, 3890m).

Le village idyllique d'Yichar

On sort du village par le S en passant à proximité de l’école puis on s’engage sur un bon chemin. Attention à ne pas poursuivre beaucoup plus loin sur cette voie pourtant bien belle mais qui conduit à une impasse (le sentier se termine en cul-de-sac au pied d’un col…). Trouver rapidement un petit sentier en zigzag qui désescalade le coteau en retrouve la piste un peu plus bas. Deux alternatives :

- partir sur la D, traverser la rivière sur le pont d’Yichar et s’engager sur le sentier RG,
- suivre la route sur la G jusqu’à l’entrée du village de Dordzong, descendre en direction du pont et traverser la rivière pour rejoindre la RG.

Les deux itinéraires se rejoignent ici sur cette place malodorante provenant des déjections équines (30mn, 3750m, « camping », eau).

La vallée de la Lung Nag Chu du côté de Dordzong

Maintenant et pour le reste de la journée on va suivre la RG de la rivière. Le sentier qui courait sur la RD fait désormais partie du passé puisque les travaux de la piste le détruisent au fur et à mesure de l’avancée des travaux. Face au village de Dordzong posé en RD au milieu des champs, on commence par une montée dans les éboulis qui rejoint un sentier balcon en courbe de niveau taillé à même la falaise, une cinquantaine de mètres au-dessus de l’eau. Peu à peu on se rapproche de la rivière jusqu’à la toucher presque au niveau d’une plage de sable gris (45mn, 3700m). Après un parcours quasiment plat, on arrive après une petite descente au lieu-dit Pepul (45mn, camping, eau, boutique, « hôtel »). Après la petite halte réparatrice, nous voici dans une nouvelle grimpette pour repartir sur un sentier balcon en courbe de niveau de toute beauté. A l’approche du village d’Enmu en RD lui aussi, une nouvelle grimpette d’une cinquantaine de mètres se présente suivie d’une désescalade assez pentue pour aller chercher un pont au fond d’une gorge bien étroite (1h15, 3825m). Remontée en zigzag pour en sortir et atteindre le « village » (une maison seulement…) de Tsetang (camping avec vue imprenable au milieu d’un jardin admirablement fleuri, boutique, eau).

Délire géologique du côté d'Enmu

Au-delà, on poursuit à plat avec le village d’Enmu en vis-à-vis jusqu’à un chorten (40mn, 3825m). Après, par le sentier de G, on entame une descente en douceur pour atteindre le bas de la prairie du village de Surle et franchir juste après un cours d’eau sur un pont un peu branlant (1h, 3800m). Il s’ensuit un faux-plat montant pour retrouver un passage à flanc de falaise et atteindre la moraine sur laquelle le village de Kalbok est érigé (25mn, 3855m, camping, boutique, eau). Nuit sous tente sur les terrasses aménagées sous le village.
Noter qu’il est possible de raccourcir l’étape en suivant la piste en construction jusqu’à Dordzong. On réduit le temps de marche à 6h et on économise 300 mètres de dénivelée. Ceci dit, on ne fait que passer au pied du village d’Yichar alors qu’il mérite vraiment le détour, de même que le sentier qui y conduit depuis Reru.

En route pour Kalbok

Jour 17 : Kalbok - Purne - A/R Phuktal Gompa

1h20 + 3h A/R / +700m / -550m + 1h de visite.
Diaporama Descendre au pied du village de Kalbok pour franchir le cours d’eau. Suivre le sentier à flanc et après une petite remontée prendre pied sur un plateau face au village de Cha. Laisser partir un sentier sur la gauche (il rejoint le village de Cha) et continuer tout droit pour s’engager dans la gorge (20mn, 3830m). Au moment où l’on débouche dans un collet au milieu de concrétions sableuses, prendre le sentier de G si la hauteur de l’eau est compatible avec le cheminement au bord de l’eau (un autre sentier passe beaucoup plus haut et rejoint lui aussi le pont de Purne). On passe au pied de la moraine sur laquelle Purne est posé après avoir dépassé le confluent de la Tsarap Chu venant de gauche et de la Kargyak Chu arrivant de droite. On s’engage (mais de toutes les façons il nous serait impossible de faire autrement…) le long de la Kargyak Chu pour aller chercher le pont à l’extrémité du village. Traversée de la bruyante rivière puis remontée rapide à Purne et arrêt au premier camping que l’on rencontre (50mn, 3850m, boutique, eau, terrain assez peu étendu mais entretenu avec passion par la gérante).

En route pour le monastère de Phuktar...

Le 7 mai 2015 au matin, le barrage qui retenait le lac de 15 kms qui s'était formé à l'automne 2014 bien amont des gorges de la Tsarap chu à cédé. Une vague de plus de 10 mètres de haut à déferlé jusqu'à Nyemo, le village qui se trouve tout au N au confluent avec l'Indus, détruisant toutes les infrastructures : ponts, portions de routes ou de chemins, habitations, etc. Bref, à cet endroit la traversée n'est plus possible... (voir le site ladak.free.fr pour toutes les informations). A priori aujourd'hui, il n'y a plus de solution pour aller vers Phuktal, ni poursuivre vers le S...
Diaporama Pour l’excursion en aller-retour au monastère de Phuktal, continuer le large chemin en direction de la vallée creusée par la Tsarap Chu, passer au-dessus du deuxième camping (un peu moins sympa que le premier, boutique, eau) et atteindre un collet au niveau du village de Kangsar (camping) avant de s’engager sur une longue portion de chemin en courbe de niveau. Puis le sentier se met à nous proposer des séries de up / down assez cassantes en rapport avec la conformation des berges. La gorge est en tout point exceptionnelle par le melting pot de couleurs et quelques pitons d’un beau rouge sombre. Une dernière partie plane nous amène au pont à l’aplomb du site de Phuktal que l’on ne distingue pas encore. Nous n’avons pas encore pris un seul mètre d’altitude depuis Purne… On passe en RD pour opérer deux lacets qui nous permettent de sortir de la gorge au niveau d’un chorten précédant de quelques mètres la guest-house de Phuktal (1h40, 3870m, boutique, « hôtel-restaurant », camping).

Les gorges de la Tarap Chu

Le monastère nous apparait droit devant accroché à la falaise : réellement impressionnant ! On poursuit le chemin en direction du monastère sur un sentier en zigzag. A l’intérieur, de nombreux escaliers successifs invitent à l’ascension jusqu’à la cour principale, lieu de croisement des moines et des touristes qui ont fait le déplacement (20mn, 3950m, 2 salles de prières, grotte et chorten datant de plus de 2000 ans). L’accueil de la communauté monastique qui réside dans ces lieux est des plus sympathiques. Le site accroché à la falaise et semblant être construit de bric et de broc fait l’objet de perpétuels travaux. Il faut bien entretenir le fragile édifice… Après un bon moment de partage et de convivialité partagée, redescente par le même itinéraire jusqu’à Purne en quelques minutes de moins qu’à l’aller, eh oui, les up / down… Nuit sous tente.

Le monastère de Phuktar

Jour 18 : Purne - Shing (Camping de Kargyak)

6h45 / +450m / -250m.
Diaporama Descendre au pied du village de Purne pour franchir le cours d’eau sur le pont par lequel on est arrivé hier puis montée à G de près de 200m avant de s’engager sur un faux-plat descendant jusqu’à un chorten (50mn, 3940m). La vallée s’élargit. Au loin, on devine les champs qui entourent le village de Marling. On passe le village de Yul et ses splendides chortens Rigzum Gompo noir, blanc, jaune. On s’en va descendre suivre la RG de la Kargyak Chu. On franchit un torrent émissaire venant de la droite pour passer un peu plus loin auprès d’une grosse pierre tombée (1h30, 3870m). Petite montée rude jusqu’à un ensemble de chortens et de murs de manis qui précède une traversée bucolique de champs d’orge et de pommes de terre pour arriver au village de Testa (35mn, 3980m, camping, boutique, eau). Changement radical de paysages entre aujourd’hui et deux jours en arrière alors que nous étions enserrés dans des gorges rocheuses. Ici, la vallée est large et couverte de cultures. Les paysans plaisantent avec les passants. On entend des rires fuser de partout et des « Julley » sortir de derrière les buissons : c’est super sympa ! On entre dans le village de Kuru (30mn, 3990m). On s’en va traverser un torrent avant de descendre longer la Kargyak Chu sur un sentier sablonneux et poussiéreux. Il n’est pas loin de 11h du matin et le vent violent de face commence à se lever comme pratiquement chaque jour. Et jusqu’à la fin de l’étape il va falloir le supporter… On laisse un premier pont sur la gauche pour continuer en RG le long de la rivière jusqu’au pont suivant (1h30, 4020m). On traverse la Kargyak Chu pour aborder une montée vers Trangtse et se diriger vers une série de chortens (camping, eau).

La vallée de la Kargyak Chu du côté de Table

Par la suite on traverse un plateau rocailleux bordé à sa gauche de superbes falaises rouges (noter que c’est en suivant un de ces canyons sur la gauche que l’on peut s’engager sur la route alternative au Shingo La et sortir sur la route de Leh à Manali en franchissant les cols de Toden La et du Phirtse La qui tutoient les 5500m !). En se retournant, on peut apprécier un panorama qui s’élargit, offrant un tableau des plus charmants, au fur et à mesure de l’avancée vers le petit village de Table. A proximité du village, incliner vers la G pour aller passer le pont accolé à la paroi rocheuse (55mn, 4080m). Descendre le long du torrent pour retrouver un sentier bien large qui traverse les champs avant de descendre jusqu’à la plaine alluviale. Après quelques minutes de marche en bordure de moraine fluviale RD, voici qu’apparait au détour du chemin le mythique Gumburanjon (5320m) dont la face NW est composée d’une paroi verticale de plus de mille mètres. Sinon, tout autour, c’est la platitude absolue jusqu’au pont de Shing (50mn, 4088m). Au-delà, on poursuit sur la même rive quelques minutes supplémentaires pour trouver le camping « officiel » de Kargyak alors que le village se trouve à plus de 2kms en amont et que celui de Shing nous domine, posé sur la moraine qui se situe rive opposée ! Va comprendre Charles… (10mn, 4100m). Nuit sous tente.

La haute vallée de la Kargyak Chu (au fond le Gumburanjon)

Jour 19 : Shing (Camping de Kargyak) - Lhakhang (Shingo La BC N)

6h / +700m / -100m.
Diaporama Départ juste au moment où le soleil commence à toucher le campement. L’itinéraire est d’une simplicité biblique : il faut poursuivre notre longue remontée de la vallée… Avec le Gumburanjon comme point visé. Et c’est qu’il est de plus en plus beau, si beau que nous allons bientôt le frôler et laisser sa fameuse paroi NW nous dominer de toute sa raideur. Mais avant cela il nous faut avancer à travers champs jusqu’à Kargyak (35mn, 4160m, camp, eau, check post) et poursuivre, une fois le charmant village traversé, vers les chortens qui se dressent sur la butte qui fait face au village. C’est le moment pour prendre pied sur un immense plateau en RD de cette large vallée glaciaire qui semble ne jamais en finir. Et puis le vent vient se rappeler à nous… Double peine ! C’est ensuite la traversée d’alpages d’altitude et l’arrivée devant un large ruisseau qu’il faut passer à gué (1h45, 4280m, doksas). Toujours en direction du Gumburanjon qui se rapproche (quand même…), la présence d’une autre doksa invite à se poser pour le lunch bien à l’abri du vent (1h20, 4330m).

Remontée de la haute vallée de la Kargyak Chu

La traversée du large cône de déjection issu de la vallée qui vient de la gauche du Gumburanjon sera pour plus tard. Tout bon moment ayant une fin, on attaque la traversée à gué de plusieurs ruisseaux qui courent au milieu des éboulis avant de contourner par sa base une moraine frontale bien proéminente en suivant la rivière (30mn, 4370m). Nous voici dans la vallée glaciaire sous la paroi démoniaque du Gumburanjon au milieu de gros blocs d’éboulis entre lesquels il faut se frayer un passage. Le chemin devient moins chaotique et reprend son train de sénateur en faux-plat montant jusqu’à arriver en vue de Lhakhang Sumdo où l’on doit un peut s’élever à flanc de moraine latérale pour éviter de se tremper les pieds, la Kargyak Chu ayant pris quelques libertés avec son droit de passage… Nous voici au pont de Lhakhang Sumdo (1h, 4470m, camping, eau). La journée n’est pas finie : il reste à grimper la moraine sur laquelle est tracé le sentier que l’on distingue en RG de la vallée. Pour cela on passe le pont et on traverse en diagonale la large plaine alluviale jusqu’à une baraque posée une vingtaine de mètres en hauteur. Le sentier est très agréable de douceur en regard avec la rocaille de galets que nous avons foulée ces deux dernières heures et on atteint un premier collet (30mn, 4600m) puis, après une traversée moins pentue, on en atteint un deuxième (20mn, 4700m), avant de « plonger » sur le lieu-dit Lhakhang où l’on établit le camp d’altitude dans un vallon très verdoyant où paissent quelques yacks placides (15mn, 4680m).

Dans les premières pentes sous le Shingo La

Jour 20 : Lhakhang (Shingo La BC N) - Shingo La - Chumik Nagpo

4h30 / +430m / -500m.
Diaporama Lever aux aurores pour passer le col du Shingo La dans des conditions acceptables. Il est souvent enneigé : à la montée certes rendant l’ascension un peu plus ardue mais aussi à la descente alors que le vallon orienté plein S aura déjà bénéficié des rayons du soleil et vous proposera de marcher ou plutôt de patauger dans une « soupe » neigeuse bien peu portante et ragoutante… On rejoint le fond du vallon pour s’élever RD sur une moraine latérale et atteindre un tertre (1h40, 4900m). On opère une traversée longitudinale légèrement vers la G pour passer le torrent qui sourd des bases du col bien visible maintenant et, par des pentes débonnaires, on atteint en 50mn le Nirvana, notre dernier col de la longue série entamée au Yogma La quinze jours plus tôt. Après avoir accroché les derniers drapeaux à prières sortis du sac, nos « Ki ki So ko La Gyalo » entonnés pour l’ultime fois du trek, il est bien temps de se repaître du panorama offert depuis le Shingo La (5015m).

Les montagnes de l'Himachal Pradesh depuis le Shingo La

Il règne dans ce large passage entre Zanskar et Himachal Pradesh une ambiance hyper sympathique de fin de trek où les touristes et les locaux se congratulent au milieu des dizaines (peut-être une centaine) de chevaux dans un joyeux foutoir bon enfant. Grand moment de convivialité. On sait que l’on va pouvoir basculer de l’autre côté, les uns accomplir ce qu’ils étaient venus chercher, une traversée nord sud de la chaîne himalayenne, les autres, les locaux, retrouver leur maison et leur famille du côté de Manali. Au fait, qu’en est-il du paysage ? Totalement haute montagne au S avec un lac de moraine d’un bleu pur bordé de hauts pics glacés assez accessibles bien qu’ils tutoient les 6000m. Devant, c’est une longue allée au milieu d’un ensemble de sommets qui se dressent quasi à l’infini : on est loin d’être à l’extrême sud du massif… Avant de basculer, un dernier regard en arrière sur la vallée que nous avons remontée les jours précédents et il est bien difficile maintenant de considérer le Gumburanjon avec autant d’emphase car à bien y regarder on le voit sous son aspect le moins glorifiant, à savoir que ce beau pic « n’est que » la terminaison d’une arête rocheuse issue d’un sommet plus lointain. Ce n’est pas grave car il nous aura fait rêver tout au long de la montée d’hier…

Descente du Shingo La

Du col, on descend longer le lac par sa RG avant de traverser le ruisseau émissaire pour remonter sur la moraine détritique en RD. Puis c’est une première bascule vers un plateau caillouteux au niveau de la langue du glacier de laquelle réapparait la rivière (45mn, 4850m). On poursuit RD de la vallée à flanc de moraine tout en up / down (remontées de 15m pour en descendre 20…) à distance de la rivière pour atteindre le premier campement herbeux de la journée à Chumik Nagpo (1h10, 4660m).

Jour 21 : Chumik Nagpo - Zanskar Sumdo - Palamo

5h30 / +350m / -1200m.
Diaporama Quelques minutes après avoir quitté le camp, on s’en va traverser un large torrent à gué dans une prairie fleurie. Au-delà, notre série de up / down de la veille se poursuit, voire même, s’accentue… On atteint Ramjak et son lieu de campement un peu touchy par mauvais temps du fait des chutes de pierres (1h, 4435m). Il s’ensuit un grand moment de marche où l’on ne va ne pas perdre un seul mètre de dénivelée absolue mais alors qu’en relative il en est tout autre… On se remet à monter pour éviter un effondrement de la moraine et négocier quelques passages à gué de torrents. On descend sur un espace gazonné (35mn, 4385m) avant de remonter vers un cône de déjection issu de l’altier sommet du Ramjak (6250m quand même…) qui nous propose une traversée d’un torrent aux eaux boueuses (10mn, 4390m). Attention ! Il est vraiment préférable d’effectuer cette traversée le matin alors que la fonte des neiges n’est pas au top, car en fin d’après-midi c’est quelque peu effrayant… On continue sur des moraines herbeuses en up / down avant de basculer (enfin !) vers la vallée de la Jankar Chu que l’on atteint après avoir désescaladé un dernier rognon morainique. Passage de la rivière sur un pont de bois (qui ne tient plus guère… mais rassurez-vous, la route se construit) et arrivée à la piste qui va permettre de descendre aisément jusqu’à Palamo puis Darsha (respectivement 8 et 18kms).

Long, long est le chemin...

Nous sommes à Zanskar Sumdo (1h30, 3980m, campement, eau, boutique). Descente sur Palamo en moins de 2h à pieds ou en 25mn si vous avez la chance qu’un camion de travaux vous prenne à son bord. A Palamo, le camping se trouve à côté de la base arrière du chantier donc endroit bruyant et poussiéreux mais présence de deux boutiques bien achalandées. Sinon, il est possible de descendre 10mn plus bas et se poser à D de la route au milieu des champs sous une impressionnante moraine frontale. Ambiance pastorale cool assurée ! Depuis Palamo, possibilité de prendre la navette taxi pour Darsha (Rs 200) ou d’avoir prévu un transport touristique (la route est ouverte jusque là et pas au-delà).

Hommage aux travailleurs de la route, les Bihârs

Pour la partie entre Reru et Darsha, si l’on dispose d’un peu de temps devant soi, il est préférable de faire des étapes plus courtes et de découper le périple (proposé en 6 jours dans ce topo avec des horaires assez tendus) en 7, voire 8 jours. Voici une proposition d’ordonnancement des étapes :

  • J1 en 5h : Reru – Yichar – Pepul,
  • J2 en 4h : Pepul – Purne,
  • J3 en 3h A/R : Purne – Phuktar – Purne,
  • J4 en 5h : Purne – Trangtse,
  • J5 en 4h30 : Trangtse – Doksa (2h après Kargyak près du torrent en pleine nature),
  • J6 en 3h30 : Doksa – Lhakhang,
  • J7 en 4h30 : Lhakhang – Chumik Nagpo,
  • J8 en 5h30 : Chumik Nagpo – Palamo.

Les paysages de l'Himachal Pradesh entre Darsha et Koksa

Jour 22 : Palamo - Darsha - Manali

Entre 5 et 10h de route en 4x4 selon conditions.
Diaporama Descente de Palamo vers Darsha sans problème puis route à D jusqu’au pont en fer et arrêt obligé RD de la Jankar Chu pour pointer au check-post (boutiques, restaurants). Ensuite on s’enfile dans une vallée « alpine » de toute beauté avec des myriades de pics qui se dressent dans le ciel et des somptueux glaciers qui dégoulinent dans des gorges encaissées. On dirait la Suisse, mais puissance 10 ! On passe quelques villages ou gros bourgs dont les constructions attestent que de nombreux indiens des plaines viennent profiter du bon air de la montagne en été, fraicheur assurée et paysages de génie. Un must ! Puis à partir de Tandi, après avoir passé le confluent de deux grosses rivières, on remonte une autre vallée aussi belle que la précédente jusqu’au village de Koksa (restaurants, boutiques, check-post) juste au pied du Rothang La.

Le Rothang La côté N

Jusqu’à présent, la route n’était pas folichonne mais le passage de ce col à 4050m emprunte une « route » incroyable, en travaux perpétuels, du moins entre le 15 juin et le 15 octobre, seul créneau où le passage est libre de toute neige. Et même en saison, le périple peut être apocalyptique par temps de pluie accompagné de brouillard. Le Rothang La est la ligne de crête sur laquelle vient buter la mousson : côté N, c’est ciel bleu et vent frais, côté S, c’est le mur vertigineux très verdoyant, du genre forêt tropicale bien humide, qui domine de plus de 2000m la vallée de Manali. La montée côté Koksa se déroule dans des alpages d’altitude bien stabilisés mais la descente sur Manali est boueuse à souhait en été. Elle est sujette à de nombreux éboulements de terrain. La route est tracée sur un conglomérat qui ne soutient pas grand chose : c’est le ballet des voitures qui chassent pour franchir d’incessantes séries d’ornières, et que dire des motos, nombreuses sur cette route, avec tous ces bikers qui « font la route » en Royal Enfield… Les travailleurs de la route, de la caste des Bihârs, font bien tout ce qu’ils peuvent mais à l’impossible nul n’est tenu… Dernier point à ne pas négliger : le col peut rester fermé quelques heures au mieux pour dégager un bloc erratique ou détourner un cours d’eau subit, mais aussi quelques jours au pire (5 jours consécutifs à l’été 2011 lors d’une période de pluie intense) et là, c’est la cata…

Le Rothang La côté S

La descente sur Manali est une interminable succession de virages pour désescalader les 2000m de dénivelée heureusement pour moitié dans la partie basse sur une route asphaltée de bonne viabilité. Ca détend un peu après l’épreuve d’en haut ! D’ici 2 ou 3 ans, les travaux de percement du tunnel depuis le Lahaul jusqu’à Manali devraient être achevés et l’ouverture de ce passage souterrain sera à même de désenclaver cette vallée reculée de l’Himalaya. Quant à celle de Manali, on passe une série de villages-rue sans âme, pas plus d’ailleurs que le bourg de Manali lui-même qui s’inscrit dans un charmant écrin de verdure composé de pins mais dont le centre ville est phagocyté par les boutiques de touristes et les restaurants occidentaux Diaporama. « Incredible India » disions-nous ?  Mais est-ce bien encore l’Inde ici bas…

La verdoyante vallée de Manali

Jour 23 : Manali - Delhi

Entre 10 et 12h de route en bus de nuit.
Depuis la gare routière (voir rubrique Sur Place - Revenir sur Delhi pour les destinations et prix) au centre ville de Manali ou son annexe à 500m plus au S sur la route de Chandigarh, vous avez à disposition des services d’autobus de qualité standard à Rs600 ou supérieure à Rs1150 pour rallier Delhi, ou plutôt une gare routière improvisée autant qu’improbable à 30 kms au NW du centre de la capitale, du côté de Kashmiri Gate. Sympa de se retrouver au petit matin, l’esprit encore un peu embrumé par la nuit passée sur des sièges couchettes qui n’égaleront jamais le confort d’un bon lit, entourés d’une nuée de chauffeurs de taxis et de tuk-tuks flairant la bonne aubaine de plumer un « pigeon ». Noter que quelques kilomètres avant ce « terminus » (I.S.B.T), il y avait eu une correspondance pour l’aéroport n’obligeant pas à traverser Delhi et s’engluer dans les embouteillages (passage par outer ring road côté W). Et là, à moins d’avoir convenu d’un rendez-vous programmé avec un chauffeur de voiture d’hôtel (sage précaution…), vous allez vous retrouver confrontés à devoir entendre tout et n’importe quoi comme tarifs de courses (jusqu’à Rs12000 pour aller vers Connaught Place…!). Un conseil : prenez un tuk-tuk pour moins de 2kms (quelques dizaines de roupies) jusqu’à la station de métro Jahangirpuri, terminus N de la Yellow Line. Celle-ci vous conduira à peu de frais jusqu’à la gare centrale de Delhi ou à Connaught Place… Hé, hé !

Delhi gare centrale

Jour 24 : Delhi - Paris

9h d’avion.

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Relevés de terrain août 2011

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Commentaires (8)

1. CHABERT Christian 27/10/2011

Bonjour
Toujours en balades sur votre site si riche ...nos pas se croisent souvent aussi sur les sentiers du monde...Le Ladakh Zanskar recèle de magnifiques pétroglyphes... en cours de destructions hélas, car quasi méconnus ! Voir site http://blankonthemap.free.fr/1_accueil/index.php?code=3015 ou Trekmag 89 de 04/2007 et aussi un autre Trekmag plus récent... Roches gravées a faire connaitre pour qu'elles ne disparaissent pas. MERCI PAR AVANCE !
CC

2. LOUVARD Didier 27/06/2013

Bonjour,
J'ai réservé la grande traversée du Zanskar auprès de Rencontres au bout du monde. Malheureusement, je suis le seul inscrit et le programme va être annulé (j'avais pris le circuit 6 si vous regardez sur leur portail).
Je vois que vous recommandez RATNA Voyages. Est-ce toujours une valeur sure comme vous le dites. Je souhaite à la fois concilier l'esprit sportif du trek et la rencontre avec les populations locales ... est-ce une de leur valeur ?
Merci pour vos précisions
Didier Louvard (Français Sarthois)

3. piotr (site web) 04/03/2014

Je reviens justement de cette région avec la traversée du Chadar en hiver et une tentative d'ascension du Stok Kangri... je me suis promis d'y revenir pour des treks et ascensions en été.... merci pour ce récit que je mets en favori ;)

4. GIROUD Françoise (site web) 30/12/2014

Bonjour,
Bravo pour votre dynamisme et votre site qui me semble bien riche en informations (quoique je n'ai encore pas tout lu!!). J'ai eu connaissance de votre site en lisant le dernier numéro de trek mag, numéro spécial sur le Ladakh et Zanskar. J'ai juste été très déçue par l'information que vous donnez en ce qui concerne "Avec qui partir ?" en page 116. Je ne partage pas votre avis selon lequel il n'y aurait qu'une agence locale à Leh qui peut proposer tout type de trek. Notez la publicité faite dans ce même trek mag pour l'agence Djule Adventure, http://www.trekkinginladakhzanskar.com/, dirigée par notre ami STANZIN CHotaks. En effet, nous faisons de l'humanitaire au Zanskar/Ladakh depuis des années (l'Association Alpes Himalaya a 14 ans d'existence!!), nous oeuvrons largement pour la scolarisation des jeunes dans ce pays, le maitien des cultures et traditions dont la médecine tibétaine et le développement raisonné dans les hautes vallées du Zanskar. Nous sommes heureux de pouvoir annoncer que de nombreux jeunes étudiants, à ce jour diplômés, qui ont travaillé des années comme guide ou helpers pour d'autres agences locales savent se montrer à ce jour très performants dans ce domaine et proposent des services de qualité, dans une ambiance jeune et sympathique, dans le respect de l'environnement, des cultures et traditions de leur pays. Par leur travail ils font vivre à ce jour de nombreux habitants des villages des hautes vallées (horsemen, cook, homestay ...).
Bonne continuation à vous.

5. martinpierre (site web) 30/12/2014

Bonjour,
Certes j'ai été "un peu" dur sur cette partie de l'article. J'aurais pu (dû...) formuler cette partie de l'article sous la forme "l'une des quelques agences"... Désolé. Je pense qu'il y a évidemment d'autres agences capables mais je n'ai évidemment pas pu tester ni recenser l'ensemble des agences de Leh ou Manali aptes ou désirant le faire pouvant ou désirant se lancer sur des treks originaux de reconnaissance. Ni que ce qui est écrit sur le site web correspond réellement à une possibilité de faire les voyages sur le terrain... Lorsqu'il s'est agi en 2010 de trouver un partenaire local pour partir à la découverte des coins reculés du Ladakh et du Zangskar, nombre d'agences que j'ai consultées par mail ou sur place ont décliné les propositions de circuits sur lesquelles je leur proposais de m'accompagner soit 1) parce que c'était problématique pour l'intendance (et même si je leur proposais d'adapter leurs prix à la contrainte...), 2) soit parce que leurs guides ne connaissaient pas les coins, ou 3) "parce que ce n'était pas intéressant" (me renvoyant sur les 3 ou 4 treks habituels...). Et même deux d'entre elles pour ce Grand tour du Ladakh incluant la traversée Zangla - Sangtha ont prétexté 4) "qu'il y avait une femme dans le groupe et que cela serait trop dur" (sic). Je pense que sur Leh il y a "de tout" mais quand même beaucoup d'opportunistes (ça s'est malheureusement "népalisé"...).

6. Grégoire Montjaux (site web) 19/01/2015

En tout premier lieu félicitation pour ce magnifique site plein d'informations et de très belles images.
J'ai fait plusieurs treks dont certains "hors sentier" au Laddakh entre 2005 et 2007. Sur le sujet des agences je voudrais citer Zanskar Treck : http://www.zanskartrek.com/index.htm qui a toujours répondu à nos demandes les plus "ardues" avec beaucoup d'efficacité.
Tu peux aller faire le tour sur mon site. Il pourrait te donner quelques idées ou envies pour d'autres treks (que je n'en suis pas sur vu ta grande connaissance de la région).
Amicalement,
Grégoire.

7. Christophe Aebi 07/08/2015

Bonjour,

Merci à Martin Pierre pour son excellent site et ses nombreuses infos. Je rentre du Ladakh et du Zanskar. Nous avons réalisé à deux en autonomie le trek de Kanji à Darsha. Je peux vous transmettre les infos suivantes concernant l'état des routes, des itinéraires et des ponts. Sengge-La: depuis le Nord, la piste est coupée dans la montée vers Manechan, pont emporté l'hiver passé. Donc pas de circulation au col. Pas de tea-shop non plus.

Il n'y a plus de pont à Nyerog. Traversée possible à pied (nacelle suspendue aux câbles), mais pas possible avec les mules.

Pont à Pidmo: réparé.
Pont à Pishu: emporté.
Route de Padum à Reru: Ok
Passerelle à Reru sur la la Zangspo: refait à neuf, très beau.
Passerelles de Spang, Dordzong, Tsetang: détruits, emportés.
Passerelle à Cha: praticable à pied.
Passerelle à Phugtal Gompa: refait à neuf, praticable à pied, mais pas pour les mulets.
Guest House de Phugtal Gompa: fermé pour raison inconnue.

pour d'autres infos, vous pouvez m'écrire: aebichris(at)bluewin.ch

8. Anne-Marie 12/09/2015

C'est avec un grand intérêt mais aussi avec surprise que je lis votre grande traversée du Zanskar-Ladak. En effet, j'avais effectué ce trek en été 2000 et il n'y avait aucune route, ni début de construction de route ! Et pas un seul nuage pendant les 20 jours de traversée ! Ca a bien changé ! Je pense y retourner d'ici un an ou deux pour faire la Nubra et le Tsomoriri. En tout cas merci pour ce beau récit et ces belles photos qui me rappellent d'excellents souvenirs !

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