[Maroc] Tour et sommet de l'adrar Meltsène

Ca faisait un petit moment que l'envie d'aller découvrir la vallée du Zat me titillait, on ne peut pas le dire autrement... Une vallée fluviale préservée du tourisme et enserrée au milieu de deux chaînes de montagnes qui tutoient les 4000m, derniers remparts méridionaux du haut Atlas avant que ne commencent les plaines arides, ça doit avoir de la gu...! Et puis ce serait l'occasion de repérer la conformation du terrain pour envisager la construction et l'exécution d'une 5ème haute route (la 4ème dans la région du Toubkal après les n°1, n°2 et n°3), vous savez celles où l'on marche en autonomie sur les crêtes altières sans avoir besoin de redescendre dans la vallée. On est en autonomie pour assurer deux ou trois bivouacs sur les crêtes avant de rejoindre la caravane de mules, histoire de partager un bon souper roboratif non-lyophilisé... Comme on la réalise au printemps, le bivouac du soir sur les crêtes ne pose pas de problème puisqu'il y a encore de la neige à faire fondre pour disposer d'eau... Mais, même pour une randonnée d'exploration, construire une randonnée itinérante en aller-retour ne me passionne guère, alors quel miracle va-t-il me permettre de dessiner une randonnée en boucle, histoire de revenir à son point de départ ? Eh bien, mes compères épistolaires, je les nomme ici pour leur rendre un hommage appuyé, Michael Peyron et Hamish Brown, ont laissé des compte-rendus bien détaillés de leurs explorations (voir dans la sous-rubrique Préparatifs les références de leurs écrits). Je savais par avance qu'avec une caravane de mules il serait impossible de remonter l'intégralité du Zat pour sortir de la haute vallée par le col au pied duquel la rivière prend sa source (ce n'est pas tant le col qui est difficile mais l'approche, les pieds dans l'eau, à louvoyer entre les blocs de granit effondrés (voire devoir en escalader quelques uns ?...) car étant tombés des pentes relevées du Tougroudadène et du Taska n'Zat à l'endroit où les gorges sont les plus étroites, c'est ballot !

La crête du Taska n'Zat vue depuis l'itinéraire de montée au tizi n'Tilst

Alors, pourquoi ne pas envisager le passage historique du tizi n'Tilst ? De tout temps, et encore de nos jours, il a permis aux habitants des villages enclavés riverains du Zat de se rendre à Setti Fadma en une grosse journée de marche en suivant le sentier muletier. Pourquoi celui-ci est-il tombé en désuétude jusqu'à l'abandon total par les groupes de touristes ? Il me fallait élucider ce mystère : Hamish Brown y était passé la dernière fois à la fin du siècle dernier avec des mules, et selon les habitants de Tourcht, plus aucun groupe de randonneurs ne s'est présenté après 2008. Seuls quelques bagpackers en autonomie s'y sont rendus pour prendre pied dans ce point de faiblesse au milieu de la crête qui relie l'adrar Meltsène à l'Arjoût pour mener à bien l'ascension de ce dernier. Si d'aventure ce col était toujours franchissable avec une caravane de mules, le retour pourrait s'effectuer par l'itinéraire GTAM qui traverse le Yagour (je n'y étais plus retourné depuis 2008 et le circuit Les cols secrets du Toubkal). Et, pendant qu'on y est, pourquoi ne pas envisager la possibilité de réaliser une traversée de l'adrar Meltsène en montant par la combe NE depuis les azibs n'Ouagouns et redescendre en suivant longitudinalement l'arête E afin de rejoindre le site des gravures rupestres côté oriental du plateau. Ca, c'est si le coeur vous en dit, la traversée alpine étant optionnelle... Alors, en route pour 6 jours et demi de marche d'une randonnée somme toute assez familiale et, vous allez le découvrir très vite, un tantinet ludique et rafraîchissante...

Deux jours à patauger dans le Zat, super ! Non ?

Et n’oubliez pas en fin de topo les sous-rubriques Préparatifs, Sur Place, Dossier de voyage (avec les cartes téléchargeables en PDF) et bien d’autres choses encore.

Téléchargez la carte du circuit au format PDF :  Pdf image 1 Carte - Tour et sommet de l'adrar Meltsène

 

LE TREK JOUR PAR JOUR

Jour 1 : Marrakech - Azgour - Imerguen

2h de route jusqu'au bout du goudron de la route qui remonte la vallée du Zat.
En arrivant de la plaine du Haouz, la vallée se resserre après avoir dépassé Arba Tighedouine (souq le mercredi). Le goudron se poursuit au-delà d'Azgour (boutique, camping) sur les 12 kms qu'il reste pour aller jusqu'à Anssa. On sera passé à Ouimins et Tizzirt avant de quitter le goudron et plonger vers la confluence de l'assif Anssa avec le Zat (1550m, parking, boutique, bar, C Maroc Télécom). Rencontre avec les muletiers. C'est ici que commencera le trek demain. Nuit sous tente.

Le parking d'merguen, un lieu d'échanges entre le monde moderne et celui qui l'est moins...

On se trouve au pied du villlage d'Imerguen ("la bouche fermée" en berbère...), un village accroché à flanc de falaise au-dessus du Zat. Sur cette plateforme située au croisement de deux vallées fluviales dans un lieu plutôt austère, les hommes des villages alentours, à l'exception d'Imerguen, d'Anssa et d'Annamer qui disposent d'une desserte par une piste, doivent descendre avec leurs mules le lendemain du jour de souq à Arba Tighedouine pour récupérer les victuailles et les biens de consommation courante (matériaux de construction inclus...) et les remonter dans l'après-midi. Dans la vallée enclavée du Zat, on recense trois villages qui ne sont pas reliés par la piste : Tiniguine, Zerouane et Tarzirt, au pied desquels on va passer pour atteindre la base du col du tizi n'Tilst, col qui va nous permettre de basculer vers la vallée de l'Ourika et Setti Fadma. Noter tout de même que tous les villages de la vallée du Zat disposent de l'électricité.

A Imerguen, si on en profitait pour changer les pneus...?

Jour 2 : Imerguen - Azibs Aoudel Idila - Tarzirt

3h35 / +645m / -215m.
Compter une bonne cinquantaine de fois à devoir traverser la rivière...

Diaporama Equipons-nous dès le départ du camp des sandales aquatiques et des bâtons de randonnée car la piste en terre que l'on va suivre ne dure que... 200m. Un pont en construction marque l'entrée des gorges dans lesquelles il n'y a quelquefois pas assez de place pour le passage conjoint de l'eau et du chemin. De suite, on a les pieds dans l'eau et l'on va passer d'une rive à l'autre du Zat, avec de temps en temps un peu de courant, d'où l'utilité des bâtons pour se stabiliser... On atteint l'entrée d'une gorge très étroite où l'eau descend en cascades bouillonnantes successives. Impossible d'y pénétrer (45mn, 1605m). En RG, un sentier a été tracé. Il permet de contourner l'écueil par en haut. Après 150m, on laisse partir sur la droite le chemin d'Imirguel alors que l'on poursuit tout droit en up / down. Surprise ! Un pont en béton permet de franchir à pied sec le Zat (10mn, 1620m). On évolue à présent en RD où chaque parcelle de terre des banquettes situées de part et d'autre du lit de la rivière est utilisée pour les cultures d'orge ou de maïs, parfois de taille très réduite, moins d'un are... En restant toujours à hauteur de la rivière, on continue de s'élever à la base des falaises de granit rose et jaune. On passe sous une bergerie construite au bord d'un impressionnant couloir rocheux juste avant d'apercevoir en RD le village perché de Tiniguine. Bienvenue aux azibs Aoudel Idila (25mn, 1665m).

Le Zat au niveau des azibs Aoudel Idila

On reste en RD du Zat sur le sentier tracé à hauteur de la rivière sous les frondaisons des noyers centenaires mais, assurément, comme les locaux nous l'ont affirmé pour décrire l'itinéraire de remontée du Zat, ce sera "assif, assif"... ("le chemin est dans l'eau"...) et donc il faut s'attendre à re-faire trempette d'ici peu... Encore un peu de répit avec le franchissement de la rivière sur un pont en béton. Mais de suite, derrière, c'est dans l'eau que l'on va progresser jusqu'au pont suivant (20mn, 1700m), pont d'ailleurs que l'on néglige pour poursuivre RG sur un sentier caillouteux. A la fourche de chemins, on continue à suivre la rivière (le sentier qui monte rejoint Tiniguine...). Après 300m, on trouve un sentier qui s'élève en 2 fois d'une trentaine de mètres en RG pour passer au milieu des terrasses d'un micro-village (même pas repéré sur la carte...). On reste à hauteur tout en sortant à découvert pour évoluer sur un excellent sentier-balcon alors que l'on passe en face du village de Zérouane, pas si petit que ça... On poursuit en montée progressive vers l'W. Vue d'en haut, la vallée est vraiment superbe, typique du haut Atlas avec les noyers en bas et le granit rose et jaune à flanc de parois. Tout au fond apparaît la crête alpine du Taska n'Zat, dernier rempart du haut Atlas vers le S. On pénètre dans le village de Tarzirt (1h25, 1980m) où l'on descend immédiatement à main G entre les maisons pour rejoindre l'école et y trouver juste derrière le départ du chemin qui va permettre de redescendre à la rivière. On dévale dans le thalweg et, après 200m, on s'échappe du couloir à main D pour suivre un sentier qui rejoint les terrasses plantées de céréales appartenant à une autre partie du village. On évolue brièvement en balcon au-dessus des gorges avant de dégringoler sur un sentier en lacets et rejoindre le Zat (30mn, 1825m). Camp sous les noyers en bordure de rivière. Nuit sous tente.

A l'approche de Tarzirt, au loin le Louah et l'adrar Meltsène

Noter que l'on aurait pu éviter la montée sur Tarzirt (c'est d'ailleurs ce qu'on fait les muletiers et leurs mules...) mais, outre le fait que l'on aurait marché 3kms de plus dans l'eau, on n'aurait pas profité de la vue plongeante sur les gorges ni de la gentillesse des villageois que l'on a croisés...

Jour 3 : Camp au pied de Tarzirt - Azibs n'Tislit - A/R à l'entrée de la gorge du Zat

2h40 / +300m / -75m + option A/R 1h40 / +130m / -130m.
Compter une bonne cinquantaine de fois à traverser la rivière...

Diaporama Du camp sous les noyers, on part avec les sandales aux pieds car qui dit retour au bord de l'eau implique traversées successives de la rivière... Un répit est offert (45mn, 1885m) avec la présence d'un sentier hors d'eau qui traverse une forêt de noyers en RD. La vallée du Zat s'élargit et l'on commence à pouvoir contempler la haute vallée du Zat avec la chaîne de montagnes du Taska n'Zat qui s'est bien rapproché. La vallée d'un coup devient plus minérale et on poursuit la remontée d'un champ de galets sur plus de 2kms, sans oublier de traverser la rivière, celle-ci étant libre de venir lécher les parois de part et d'autre, ne laissant pas d'autre choix au marcheur que de se mouiller les pieds... On dépasse une bergerie ruinée (30mn, 1930m) puis, de méandre en méandre, on commence à pénétrer dans la haute vallée du Zat. On rencontre un certain nombre d'azibs jusqu'au resserrement de la vallée fluviale marqué par un monolithe dressé en plein milieu de la rivière avec un genévrier qui a poussé au sommet (1h10, 2020m). C'est le signe que le "camp de base" S du tizi n'Tilst n'est plus très loin ! On traverse un azib érigé sur une plateforme avec de belles et larges terrasses en plein milieu d'un méandre de la rivière pour trouver derrière, venant de la gauche, une large vallée fluviale qui descend de la crête (a priori, en la remontant et en franchissant le tizi n'Tazarzit, on pourrait rejoindre Eç Cour). On traverse la rivière un peu au-dessus de la confluence puis on remonte en face pour établir le camp sur une plateforme (15mn, 2050m, eau en contrebas à la rivière qui arrive du vallon émissaire, GPS 31°12'55"N 7°35'5"W). On se trouve juste en face des trois azibs, dont un en ciment jauni, qui marquent le départ du chemin d'ascension vers le tizi n'Tilst.

A l'approche des azibs n'Tislit

Occupation de l'après-midi : La vallée du Zat que l'on va quitter demain mérite que l'on se projette un peu plus haut. Un A/R de moins de 2h permet de se rendre jusqu'à l'entrée de la haute vallée du Zat, un sillon enchâssé entre Taska n'Zat à gauche et Tougroudadène à droite. Et là, le paysage va changer du tout au tout en passant d'un équilibre végétal-minéral au minéral intégral ! L'idée n'est pas de monter jusqu'aux sources du Zat, des azibs n'Tislit au pied desquels se situe le "camp de base" il faudrait compter deux jours de "marche" et d'évitement des rochers de taille gigantesque qui obstruent le passage entre les parois de granit et nécessitent quelques "acrobaties" pour avancer. Non ! Juste de rejoindre une bergerie perchée sur un monticule à la sortie des gorges à seulement 1h du camp pour apprécier la beauté du lieu (GPS 31°12'16N 7°36'13"W). Qui plus est, on aura l'opportunité, avec le recul, de contempler la crête qui relie le Tougroudadène au Louah et au milieu de laquelle se situe le passage de demain, le fameux tizi n'Tilst, tombé en désuétude depuis quelques dizaines d'années et qui pourtant mérite que l'on y porte attention tant "il vaut le coup...".

Le but de la rando de l'après-midi : l'azib à l'entrée des gorges du Zat avec suffisamment de recul pour disposer d'une belle vue sur la crête du tizi n'Tilst

Jour 4 : Azibs n'Tislit - Tizi n'Tilst - Tourcht

5h20 / +740m / - 1250m.
Une seule traversée de la rivière dès le départ puis walou ! c'est fini...

Diaporama Une fois en RG du Zat, on rejoint la base du couloir herbeux un peu sur la D et dans lequel a été tracé le sentier historique. C'est parti pour la grimpette (le départ est plutôt sévère...) sous les genévriers ! On dépasse les trois bergeries. On rejoint une plateforme couverte de genévriers et on vient dépasser les ruines de ce qui a dû être une bien belle bergerie (15mn, 2130m). L'itinéraire est cairné (depuis mai 2022...) car le sentier n'ayant pas été emprunté par des groupes depuis longtemps (selon les dires des locaux, depuis 2008...), il a été repris à certains moments par la végétation. Entre autres, vers 2200m, une forêt de genévriers nécessite de louvoyer entre les arbres tout en prenant garde à poursuivre en direction W avec comme point visé le mamelon recouvert de genêts. Puis c'est la remontée d'une petite épaule dont le sommet est occupé par deux gros blocs de rochers d'où l'on dispose d'une superbe vue sur la chaîne de montagnes du Taska n'Zat.

Sabir Aït Hammou sur le chemin du tizi n'Tilst

Vers 2300m, on remonte pleine pente le vallon WNW avant d'incliner à G pour traverser une combe. En RD de la combe, on trouve la suite du sentier tracé en zigzags (il en reste d'ailleurs de belles mais courtes portions aménagées...) dans la pente E du mamelon (recouvert de genêts, on y est...). Ici, faute de passage de bipèdes et surtout de quadrupèdes..., les buissons ont repris leurs aises et il est parfois difficile de suivre l'agencement des lacets du sentier pour les hommes et surtout les mules. Plus haut dans la pente, on contourne le sommet du monticule par la G puis on s'oriente au N pour suivre la crête à présent dégagée. La marche est à présent plus sereine (2h, 2600m). Vers la gauche, belles vues sur le sillon tracé par le Zat depuis son origine, un large col entre Borj n'Oufraou et Arjoût à l'E, et sa confluence avec l'assif Anssa, où l'on a commencé la trek. Sur la large crête à découvert, on peut retrouver un rythme pour avancer tout en profitant au fur et à mesure que l'on s'élève vers le col de panoramas de plus en plus étendus. Par quelques lacets bien conservés, on contourne un ressaut par sa G avant de s'échapper vers la D afin de ne pas continuer vers les aiguilles de forme cubique. On avance rapidement en direction de la crête par une traversée rectiligne à flanc de petit éboulis et par quelques zigzags serrés on rejoint le tizi n'Tilst (40mn, ~2790m, GPS 31°13'4"N 7°36'8"W, emplacement erroné sur Google Earth, C INWI).

Au tizi n'Tilst

On dispose d'un panorama à 360° à connotation très montagne :
- du S au N par la gauche, Taska n'Zat, Arjoût, Tougroudadène, dans le lointain adrar n'Ouhattar et la plaine du Haouz.
- du N au S toujours par la gauche, la partie occidentale du plateau du Yagour, l'adrar Meltsène et le Louah. Beaucoup plus loin, ce sont les montagnes qui entourent le tizi n'Tichka.

Au tizi n'Tilst, vue côté Ourika

Maintenant, descente ! Dans les pentes supérieures côté N, le sentier égrène de larges lacets bien conservés. C'est plutôt tranquille... au moins jusqu'à 2400m, où l'on trouve une source dans le vallon verdoyant à main gauche en contrebas (camp possible sur un espace plan au sommet de la moraine, plutôt utilisé dans le sens de la montée..., C INWI). Le sentier est tracé sur la moraine centrale et devient caillouteux, voire très caillouteux. Certes, il est encore bien présent mais comme il est (très...) peu emprunté par les convois de mules, le terrain n'est pas stabilisé et les cailloux roulent sous les pieds, l'accentuation de la déclivité n'arrangeant rien... Les 300m de descente jusqu'à l'azib (salvateur...) sont très éprouvants. Au-delà du potentiel lieu de bivouac, le sentier a été amélioré en 2024 par un groupe de jeunes dirigés par le gérant du gîte d'étape Hassan d'Amlougghi (c'est à ce jour l'un des plus beaux sentiers de l'Atlas marocain... Merci à lui ! (Noter qu'il veut poursuivre côté Zat et ainsi réhabiliter la totalité de la traversée Zat - Ourika. Si vous voulez l'aider à financer ces travaux, n'hésitez pas à prendre contact avec lui. D'avance merci !) Une fois au niveau de l'azib (1h25, 2065m, source), le sentier que l'on va suivre est emprunté par les bergers de la vallée et la pente est aussi moins rude...

Au mitan de la descente  du col, une pause bienvenue à l'azib...

On suit le chemin qui part sur la G face à la pente. En se retournant, on pourra apprécier l'austérité des parois qui dominent ce vallon que l'on imagine d'ici verdoyant avec ses vergers de taille imposante plantés en contrebas. On incline légèrement sur la G pour passer entre deux bergeries juste avant de traverser un torrent (25mn, 1810m). Après c'est que du bonheur ! Presque oubliée la "galère" que nous a fait subir la désescalade de la moraine... On évolue sur un chemin campagnard, un peu caillouteux certes, tracé entre des murets de galets qui délimitent vergers de cerisiers, de pommiers et de noyers. On passe RD de la large vallée fluviale peu après que le canal d'irrigation en ait fait autant (25mn, 1670m). On va s'y tenir jusqu'à l'étape malgré toutes les sollicitations rencontrées pour s'en aller sur la gauche rejoindre la piste... On traverse une piste (15mn, 1575m) pour poursuivre tout droit "hors sentier" sur la plaine de galets pendant 250m. Juste avant d'atteindre la confluence avec la vallée qui arrive de la droite et au fond de laquelle trône l'adrar Meltsène que l'on voit sous sa face la plus austère, l'occidentale, on s'arrête au niveau des places de camping aménagées en aval du village de Tourcht (5mn, 1550m, eau dans le canal d'irrigation, GPS 31°14'5"N 7°38'21"W). Noter que côté boutique à Tourcht, c'est plutôt "la dèche"... Demain matin, lorsque l'on rejoindra la route goudronnée qui relie Setti Fadma à Marrakech, on aura l'occasion de compléter ses provisions de bouche.

Au petit matin, vue en enfilade de la vallée de Tourcht dominée par l'adrar Meltsène

Jour 5 : Tourcht - Amloughi - Imi n'Taddert - Ouigrène - Azibs Amdouz

4h50 / +810m / - 320m.
Diaporama On reprend la descente de la vallée principale en RG à présent le long d'une noyeraie en restant à hauteur de la rivière. On dépasse un pertuis dans lequel s'engouffre le torrent puis on descend par quelques zigzags pour se retrouver au niveau de l'eau. Par le moyen d'une passerelle de fortune, on traverse le torrent pour suivre sur une trentaine de mètres le canal d'irrigation avant d'incliner légèrement à D sur le chemin tracé sous les frondaisons de noyers. On repasse RG du torrent au moyen d'un pont de rondins et le sentier se transforme en piste (15mn, 1510m). On se trouve face au village d'Amloughi construit sur la rive opposée. Ici, et plus généralement tout le bassin versant de l'Ourika, c'est le paradis de la cerise !

Sur la piste d'Amloughi

On sort à découvert et au fur et à mesure que l'on s'approche de l'Ourika les horizons W dévoilent leurs pépites : en premier lieu l'Angour, puis juste derrière l'Aksoual et enfin l'Annrhemer. En suivant la piste on arrive bientôt au pont automobile sur l'Ourika au niveau de la sortie N d'Azgaour sur la grande route de Marrakech (30mn, 1370m, boutique, restaurant, si besoin de ravitaillement plus conséquent on trouvera d'autres commerces à moins de 15mn en remontant la vallée jusqu'à Setti Fadma). On poursuit sur la route principale vers la D pendant 1km. Dans le village d'Imi n'Taddert, on descend par un escalier en béton pour rejoindre l'Ourika que l'on va traverser sur une passerelle suspendue (35mn, 1335m, les mules font le tour par la piste qui traverse l'Ourika un peu plus bas...).

La passerelle quasi himalayenne sur l'Ourika à l'aplomb du village d'Imi n'Taddert

En RD, on remonte la ruelle du village pour trouver en haut le départ d'un sentier-balcon. On le suit en direction de l'E. Lorsqu'il se retrouve au niveau de la rivière de galets (20mn, 1455m), on trouve en face la suite du chemin en escaliers. Après quelques zigzags dans le coteau, on se retrouve sur une portion plane où il ne faut pas surtout pas poursuivre tout droit vers l'W en direction du petit village perché mais continuer de remonter à main D par une succession de petits sentiers en courts lacets qui permet de rejoindre le sentier sous lequel court la canalisation d'eau (15mn, 1500m). On le suit vers la D et on s'élève de lacets en lacets pour rejoindre le sentier principal (10mn, 1555m). La vue arrière se dégage et présente la crête qui relie le Tougroudadène à l'Arjoût. Toujours en montée soutenue, on se dirige vers le sommet de la butte recouvert de plantations de céréales. On commence à distinguer les maisons du village de Ouigrène et l'on rejoint la piste qui dessert le village. On sort des terrasses à la D de l'école (30mn, 1710m).

On s'élève au-dessus de Ouigrène pour rejoindre la crête du Foudrar qui permet de basculer sur le plateau du Yagour

La montée sur le chemin du Yagour emprunte un sentier assez mal viabilisé. Après avoir emprunté sur 200m la piste supérieure au départ de l'école, le sentier s'élève dans une garrigue où les plantes ne sont pas toutes bien sympathiques. Attention, donc... Il effectue malgré tout une grande traversée vers l'E au-dessus du village, se perd très vite (il faut poursuivre la marche dans la même direction en montant de dégré en dégré, on trouve toujours un chemin qui arrive d'on ne sait où, qui va permettre de poursuivre...). On contourne par la G une épaule rocheuse et on atteint un collet dans l'arête W du Foudrar (1h, 2020m, bergerie). Côté N, belle vue plongeante sur la vallée d'Annamer et ses immenses dépendances cultivées. Vers l'E, c'est le plateau du Yagour dominé à sa droite par l'adrar Meltsène. On passe côté N du Foudrar pour suivre un chemin tracé à flanc de falaise à belle hauteur du fond de la vallée.

Sur le sentier-balcon du Foudrar face au plateau du Yagour

Alors que le sentier explore tous les fonds de thalwegs, on croise une première source (15mn, 2000m) qui en annonce plusieurs autres reconnaissables au tapis de verdure qui ceint chacune d'entre elles. Le contraste avec la terre rouge carmin est saisissant. Et que dire des falaises qui terminent le plateau au-dessus d'Annamer ? Pas moins qu'une savante disposition de rochers en "pile d'assiettes" de basalte. Pénétrer sur le plateau du Yagour par cette voie est féérique ! A 2050m, on traverse le ruisseau pour prendre pied sur une belle prairie d'herbe grasse. A main droite, l'adrar Meltsène présente une face caillouteuse austère. On contourne les azibs Amdouz par la D pour trouver juste au-dessus un plateau gazonné sur lequel on établit le camp (45mn, 2140m, C INWI, C Maroc Télécom à 200m du camp au bord occidental du plateau). Un emplacement de rêve pour une nuit au calme. Noter que sur quelques uns des rochers de grès rouge qui ceignent le plateau gazonné on peut repérer quelques pétroglyphes gravés par les habitants du plateau du Yagour il y a 3 milliers d'années (on en trouvera bien d'autres, en grand nombre et bien plus beaux, après-demain soir à l'étape...).

Aux azibs Arboni Irkane (Taska n'zat, Arjoût, Annrhemer et Angour)

Jour 6 : Azibs Amdouz - Tizi n'Reilhis - Lac d'Iferd - Camp aux azibs Ouagouns supérieurs

4h15 / +580m / -220m.
Journée découverte de la partie W du plateau du Yagour avec une excursion jusqu'au "lac" d'Iferd qui, même s'il est à sec la majorité du temps, offre une vision circulaire panoramique sur la partie méridionale du plateau dont l'adrar Meltsène.

Diaporama De la plateforme située au-dessus des azibs, on suit l'itinéraire GTAM vers l'E pour contourner par sa base l'éperon N de l'adrar Meltsène. On s'élève doucement en RG du ruisseau sur des prairies pour dépasser les azibs Arboni Irkane (25mn, 2200m) puis incliner légèrement à D afin de franchir l'épaulement de grès rouge qui défend le passage du tizi n'Reilhis (noter qu'il existe un chemin alternatif plus direct pour se rendre au lac : il faut suivre la combe qui part vers le NE depuis les azibs Amddouz au pied de l'épaulement rocheux...). A l'arrière, on identifie quelques unes des montagnes de la partie orientale du massif du Toubkal avec l'Arjoût, l'Iferouane, l'Annrhemer, l'Aksoual et l'Angour. Par une dernière pente herbeuse un peu plus soutenue, on atteint le large passage du tizi n'Reilhis (1h10, 2350m). Vue imprenable sur les faces N de l'adrar Meltsène avec au fond de la combe les azibs n'Ouagouns, azibs où se situera le camp de ce soir.

L'adrar Meltsève vu depuis le plateau situé au-dessus du tizi n'Reilhis

On laisse l'itinéraire GTAM descendre vers l'E alors que l'on va suivre une direction NE hors sentier, mais facile..., pour une traversée à flanc en légère ascendance afin de rejoindre le fil de la crête au niveau d'un genévrier solitaire à la forme caractéristique (30mn, 2410m). Juste derrière passe le sentier officiel cairné qui relie Arba Tighedouine au plateau du Yagour et passant à peu de chose près par le lac d'Iferd (voir les premiers jours du topo Les cols secrets du Toubkal (version 2008)). On suit le sentier vers le N, sentier qui sinue dans un petit thalweg avant de sortir à 2460m sur une première prairie à l'herbe rase suivie d'une seconde encore plus étendue. A l'extrémité de la seconde prairie, on incline légèrement à main G pour rejoindre un col situé à la D d'une bergerie (30mn, 2500m). On descend légèrement en direction de la cuvette herbeuse (5mn, 2465m, sur la droite démarre le chemin vers Aït Ouarri et au-delà Arba Tighedouine). Une fois dans cette cuvette, on s'élève vers la G pour franchir un collet (5mn, 2480m) et découvrir un peu sur la D la large cuvette caillouteuse du lac d'Iferd.

La cuvette du lac d'Iferd

Cap à l'E pour franchir la crête au S de la bergerie avant de descendre rejoindre le chemin de l'aller au milieu de la prairie, sentier que l'on suit mais en sens inverse jusqu'à retrouver le genévrier solitaire (25mn, 2410m). On continue tout droit face à l'adrar Meltsène sur le chemin officiel en suivant la ligne de cairns. Une fois que les cairns ont disparu, il suffit de descendre en louvoyant entre les plaques de grès et de basalte pour rejoindre les azibs en fond de vallon (15mn, 2270m) où l'on retrouve l'itinéraire GTAM. On le suit vers l'E pour descendre dans une dépression au pied d'azibs. On traverser la rivière eavant de remonter jusqu’aux premiers azibs à 2300m et poursuivre sur une moraine fluviale jusqu’aux azibs n’Ouagouns supérieurs 200m plus haut au pied des parois N de l’adrar Meltsène (1h20, 2555m, en saison, deux sources à proximité). On est au pied de la voie d'ascension la plus aisée de l'adrar Meltsène. Nuit sous tente.

Jour 7 : Azibs Ouagouns supérieurs - Camp au-dessus des azibs Berkous (par la traversée des arêtes de l'adrar Meltsène ou par le plateau)

Version traversée de l'adrar Meltsène :

6 à 8h / +1100m / -1500m
Le deuxième gros morceau du trek après de tizi n'Tilst avec cette grimpette sur ce sommet emblématique et peut-être dans les temps anciens vénéré par les habitants du plateau comme un dieu d'où les pétroglyphes à l'instar de ceux de la Vallée des Merveilles dans le Mercantour au pied du mont Bégo... Des azibs, on emprunte le thalweg qui part sur la D plein W et, hors sentier, on remonte de manière évidente le vallon jusqu’au col à 3107m (2h). Vous aurez pu noter que dans la 2ème partie de l’ascension la pente devient plus soutenue mais sans excès... Du col, on monte pleine pente sur la G par la crête NW jusqu’à un sommet pointu (30mn) derrière lequel se cache un collet. A l’approche de l’antécime W, la pente se redresse à nouveau. On poursuit toujours sur la crête pour atteindre le dernier ressaut qui donne accès, par un faux-plat montant, au sommet proprement dit à 3597m (1h45) pour une large vue à 360° : au N, le plateau du Yagour, au S, la vallée encaissée du Zat, vers l'W, le sommet du Toubkal flanqué des Ouanoukrim et du plateau du Tazaghart. La suite de la journée est une longue descente sur le fil de la large arête orientale de l'adrar Meltsène, descente ponctuée de quelques béquets rocheux à contourner ou à traverser dans le deuxième partie du suivi de la crête (quelques pas de I+ ou II et une aptitude à "sentir" les passages...) jusqu'à croiser le sentier qui relie le village de Taliwine dans la vallée du Zat aux azibs Berkous, sentier que l'on empruntera vers la G, bien évidemment (2h30, ~2800m) d'abord jusqu'au tizi  n'Ikiss puis encore à G en direction du plateau. Au milieu de la descente, on repérera sur le plateau le long et sinueux sillon formé par la canalisation en ciment qui permet d'acheminer l'eau pour irriguer les cultures de Ouarzast et on la rejoindra à vue pour atteindre le camp situé au niveau du plateau des gravures (1h45, 2220m, eau dans le canal, C Maroc Télécom, GPS 31°18'55"N 7°33'28"W). Nuit sous tente.

A quelques encablures du sommet de l’adrar Meltsène

Version plateau :

2h / + 100m / -380m.
Diaporama Journée tranquille en suivant la caravane de mules. Mais tranquille ne signifie pas inintéressante... Le plateau du Yagour dans sa partie centrale très cultivée est un régal pour les yeux ! Des azibs n'Ouagouns supérieurs à 2500m, on reprend l'itinéraire de montée en sens inverse jusqu'à retrouver le sentier GTAM à l'E de la cuvette (45mn, 2260m) et on le suit sur la D. On franchit un large col (15mn, 2280m) avant de contourner une large combe plantée de céréales et se terminant par une profonde gorge. Par une série de up / down, on rejoint les azibs Berkous (40mn, 2175m). Un grand virage vers la G permet de passer au-dessus des habitations pour fouler une plaque rocheuse ornée de pétroglyphes (ils datent de plus de 3000 ans et ont été réalisés par des artisans métallurgistes de la protohistoire). On découvre une cuvette herbeuse ceinte d'empilements de grès rouge. On traverse cette cuvette puis on remonte sur le plateau qui suit en laissant à main G, provisoirement, le groupe de bergeries qui occupe le sommet du mamelon. On établit le camp en face des bergeries et à proximité du canal d'irrigation en béton (20mn, 2220m, eau dans le canal, C Maroc Télécom, GPS 31°18'55"N 7°33'28"W).

L'une des gravures rupestres du plateau du Yagour

Exploration du plateau des gravures (commun aux deux options) : Diaporama On trouvera dans une zone de 300m au N du camp beaucoup de spécimens de pétroglyphes, entre autres à l'W des deux bergeries groupées deux des plus remarquables, les fameux "soleils", mais aussi alentour plusieurs dizaines de gravures rupestres y compris en suivant le rebord de la falaise vers l'ENE. A peu près à hauteur du bassin de rétention d'eau côté S, une pierre isolée arbore une superbe tête de "sorcier". Bonne quête !

Jour 8 : Camp au-dessus des azibs Berkous - Ouarzast - Azgour

3h / +40m / -870m.
Diaporama Du camp face aux gravures du Yagour situé à 2220m, on reprend le sentier GTAM vers l'E pour rejoindre la mosquée du village de Ouarzast (40mn, 2065m, fontaine). En chemin on sera passé au milieu des champs cultivés, principalement d'orge. Mais ici, au pied de la mosquée, c'en est bien fini avec les petits chemins du plateau. Place à la piste de 8kms qui descend dans la vallée du Zat, seul itinéraire possible aujourd'hui ! Cette piste a été tracée en RD d'un vallon et reste très longtemps à hauteur jusqu'à passer au pied d'un pylône télécom. Quelques centaines de mètres plus loin, au passage d'un collet, elle commence une série de lacets alors qu'elle plonge fortement vers la profonde et encaissée vallée du Zat. Il ne reste que deux occasions en se retournant pour dire adieu au seigneur du Yagour, l'adrar Meltsène.

Le village de Ouarzast sur le versant oriental du plateau du Yagour

Vers 1600m, on commence à trouver des coupe-lacets, des restes du sentier historique..., qui descendent dans un maquis de genévriers, d'ajoncs et de cistes odorants. Encore quelques lacets de la piste et voici que l'on atteint la route goudronnée 1km en aval du village d'Azgour (2h, 1370m). On suit le goudron vers la D pour passer au pied du village perché au-dessus de la route et rejoindre un emplacement de camp sous les noyers situé en contrebas de la route juste à proximité de la rivière (20mn, 1370m, eau, WC, boutique à deux pas, C).
Possibilité de rester pour la nuit dans cet endroit pour le dernier repas du trek ou alors retourner en 2h de véhicule automobile directement vers Marrakech.

Fin du trek à Azgour où l'on retrouve le Zat

7 jours de marche / 34h / +4400m / -4220m.

Relevés de terrain mai 2022 et mises à jour en mai 2024

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