[France] Alpes - Dôme de Neige des Ecrins (1993)

Carte topographique IGN Top25 au 1/25000e 3436 ET Meije - Pelvoux - Parc National des Ecrins

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C'est à l'occasion d'un stage d'alpinisme au centre UCPA de Monêtier-les-Bains que j'ai eu l'opportunité de pouvoir remonter l'intégralité du Glacier Blanc en allant fouler la cime du Dôme de Neige des Ecrins, une excroissance du sommet principal de la Barre des Ecrins. Une semaine pendant laquelle nous avions pu toucher à pas mal de choses et entre autres du rocher : dès le lundi nous avions été nous mesurer à la voie UCPA de la Roche Robert, un sommet satellite de Roche Colombe, situé à deux pas de l'alpage du Lauzet. Uniquement du rocher avec des passages en III, en tout cas pas vraiment une journée de préparation à ce qui nous attendait en deuxième partie du stage "Neige et glace"... Car, là, on nous l'avait caché jusqu'au départ, "on irait faire un beau sommet" nous avaient-ils promis !

Sur le Glacier Blanc (Pelvoux)

Diaporama Jour 1 : Nous prenons la direction de Briançon puis descendons la vallée de la Guisane jusqu'à Argentière-la-Bessée où nous obliquons à droite pour rejoindre Vallouise puis Ailefroide et enfin nous poser au gigantesque parking (payant aujourd'hui...) du Pré de Madame Carle. Trois jours en haute montagne avec dès les premiers lacets du sentier qui mène au refuge du Glacier Blanc une impression de déjà vu (j'ai arpenté ce sentier tant de fois jeune, ado et même adulte) mais l'ambiance y étant toujours aussi exceptionnelle c'est un réel bonheur de s'y trouver. Que de sommets mythiques entre lesquels on louvoie en passant du Glacier Noir au Glacier Blanc. Au pied de la langue terminale du Glacier Blanc, on a prévu de s'équiper pour occuper intelligemment une partie de l'après-midi afin d'effectuer une école de glace. On ne peut s'empêcher de regarder alentours pour essayer de deviner le programme qui va suivre. Une certitude, ce soir, on dort au refuge du Glacier Blanc, acclimatation oblige...

La Barre des Ecrins vue depuis le refuge des Ecrins

Jour 2 : Ce matin, le réveil n'est pas trop matinal. On a entendu se lever les cordées d'alpinistes qui vont se mesurer aux Agneaux, au Pic de Neige Cordier ou effectuer la traversée du col du Monetier (celle-là, je la connaissais déjà, l'ayant pratiquée 5 ans auparavant lors d'un stage dans le même centre lorsque j'avais réalisé le tour de la Barre des Ecrins en passant par le col du Clot des Cavales et le col de la Temple). Au départ du refuge, je marche en terrain connu car je suis déjà venu deux ou trois fois au refuge des Ecrins en A/R à la journée, ce qui est une belle bambée lorsque l'on part du Pré de Madame Carle). A l'approche du refuge des Ecrins, on laisse l'itinéraire "normal" d'accès au refuge pour remonter la pente de neige qui se présente à main droite dans le couloir S du col Emile Pic. Selon les conditions qu'apprécieront les encadrants, guide et aspirant-guide, ils choisiront notre destination de la journée, le Pic de Neige Cordier à droite ou la Roche Emile Pic à gauche. Heureuse idée que de nous proposer cette course facile, d'abord en neige jusqu'au col et un peu après et pour finir du mixte, neige, glace (un peu...) et rochers. Au col, la vue plonge sur le vallon de Tombe-Murée et je peux enfin contempler l'autre face du massif Roche Méane - Grande Ruine sur lequel j'avais fait ma première course de haute montagne. Côté S, on s'aperçoit que l'on a pris pas mal d'altitude et il semble que l'on fait jeu égal avec la massive et envoûtante Barre des Ecrins. Ah, vue d'ici, elle se redresse bigrement ! 

La Barre des Ecrins vue depuis le sommet de la Roche Emile Pic

Le choix des encadrants sera de partir à main gauche pour faire l'ascension de la Roche Emile Pic. Ils ont jugé que pour cette mi-juin les conditions d'évolution en toute sécurité sur l'arête E du Pic de Neige Cordier n'étaient pas optimales, surtout pour un groupe d'alpinistes composé en majorité de débutants. On est là pour se faire plaisir. Quelle que soit la montagne, pourvu qu'on ait l'ivresse (des sommets, bien sûr...) ! L'accession au sommet de la Roche Emile Pic ne pose aucun problème technique et la vue de là-haut ne doit pas être très différente de celle du Pic de Neige Cordier, à l'exception de la vue plongeante sur le glacier du Monetier et les Agneaux. Mais ce qui reste est tout simplement gigantesque... On déguste les paysages le temps nécessaire avant d'entamer la descente jusqu'au col et au-delà du couloir S pour rejoindre le refuge des Ecrins à 3175m d'altitude.

De bon matin au départ du refuge des Ecrins

Jour 3 : Hier soir, les guides nous ont enfin dévoilé le but ultime de notre course : ce sera le Dôme des Ecrins à 4015m. Youpee ! "Mais pourquoi pas la Barre ? ce n'est que 100m de plus..." demande-t-on. Les guides avaient devancé notre question et après discussion avec le gardien du refuge qui dispose du retour d'expérience des cordées qui ont précédemment fait l'ascension et qui repassent au refuge pour un débriefing, la crête qui va de la Brèche Lory au sommet est englacée et les voies d'ascension directes depuis la trace d'accès sont trop techniques pour le niveau de notre cordée, pas trop à la montée mais surtout à la descente. C'est ce qu'ont relevé nos professeurs lorsqu'ils ont étudié notre "marche en crabe" avec les crampons... Donc, nous nous en tiendrons à la "seule" ascension du Dôme de Neige des Ecrins. C'est dit !

La Meije vue depuis le Dôme de Neige des Ecrins

Nous partons du refuge au moment où le soleil commence à faire rougeoyer les pentes glaciaires de la Barre et de ses satellites. C'est exceptionnel de beauté. Par contre, un petit vent frisquet balaie le Glacier Blanc et c'est un doux euphémisme que de dire qu'il fait froid lorsque l'on s'arrête à l'ombre. Et comme toute la remontée du glacier en rive gauche restera à l'ombre, on n'en a pas fini de grelotter... On vient négocier le grand virage à gauche sous le col des Ecrins (il permet de redescendre dans le vallon de Bonnepierre vers La Bérarde, c'est caillouteux en diable...) et on en vient à passer sous une barre glaciaire où les séracs, des immeubles de 5 à 6 étages, ne demandent qu'à tomber et nous écraser. D'ailleurs, l'un des guides nous fait accélerer la cadence, presque à courir, ayant encore en mémoire la vision de son camarade de cordée emporté l'année précédente au même endroit et bien malheureusement décédé. Ambiance, ambiance... La montée, bien qu'elle ne paraisse pas si relevée que ça, est, au souffle, assez fatigante. Et surtout que le vent, même si à présent on est inondé de soleil, se fait toujours sentir. Plus haut, vers 3800m, on évite quelques crevasses avant d'incliner à droite et poursuivre la montée à l'aplomb du sommet de la Barre en forme de crête de coq. On distingue parfaitement les voies directes qui conduisent au sommet et même si la perspective les fait croire"empruntables", on se dit que ça n'est peu-être qu'une illusion d'optique... On atteint la Brèche Lory à quasi 4000m pour obtenir une première récompense visuelle avec la contemplation des pics qui nous entourent. D'ici, la Barre des Ecrins vue de son flanc W est monstrueuse et que dire des voies d'accès qualifiées précédemment d'"empruntables", elles sont tout simplement sérieusement relevées... Pfouh ! Encore 10 minutes et nous voici au sommet du Dôme de Neige des Ecrins à explorer les proche et large horizons. Une excellente occasion pour réviser sa géographie des Alpes françaises et italiennes (le ciel est tellement dégagé qu'on distingue le Mont-Blanc, le Cervin et le Mont-Rose).

La Barre des Ecrins vue depuis la brèche Lory

Bon ! C'est pas tout, on n'est pas d'ici... Pas question de perdre trop de temps car le parcours de retour se déroule pour moitié dans les pentes de neige qui avec le réchauffement dû aux rayons du soleil vont prendre la consistance d'une "soupe" (c'est l'expression consacrée...). La descente est assez rapide dans la première partie, en gros jusqu'à la barre de séracs. Encore plus rapide pour passer en dessous... car c'est la bonne heure pour que des séracs se "fassent la malle". De retour au refuge, on récupère le superflu et on enchaîne la descente jusqu'au refuge du Glacier Blanc où l'on retrouve un sentier en dur pour finir cette désescalade de plus de 2000 mètres. Mais alors, que de souvenirs dans la tête ! Si bien que des dizaines d'années plus tard, je n'ai pas pu résister à scanner les diapos de l'époque et les proposer sous forme de diaporama.

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