[France] Alpes - Traversée E-W du Mont-Blanc

Ce samedi 12 septembre 2010, nous sommes présents au lieu de rendez-vous que nous a donné l’agence Allibert, à Chamonix devant la gare du téléphérique de l’Aiguille du Midi. Pas spécifiquement préparé mais rempli d’une tonne de bonne volonté…

Diaporama Nous sommes 4 (Gustavo, Eric, Georges et moi) à rejoindre Paul Bonhomme, le guide de haute-montagne en charge de cette course. Paul nous indique qu’un deuxième guide nous rejoindra par la dernière benne pour former deux cordées de 3 demain matin. Le programme d’aujourd’hui : montée au sommet de l’Aiguille du Midi avec le téléphérique dans une benne « japonisée » puis course facile jusqu’à la Pointe Lachenal, un sommet secondaire au pied du Triangle du Tacul et qui domine la Vallée Blanche. Beau belvédère pour pique-niquer. Petite descente dans l’après-midi pour rejoindre le refuge des Cosmiques à 3613m et sieste d’acclimatation. Au moment du souper, Philippe Gleizes, le guide de renfort, nous rejoint et nous faisons connaissance. C’est avec lui que nous effectuerons la traversée, il vaut mieux savoir qui va nous eng… cette nuit dans le noir.

Après une nuit ultra courte (réveil 1h pour un départ à 2), nous partons dans la nuit noire traverser le col du Midi en suivant le long ruban lumineux qui s’est formé en direction de l’épaule du Tacul droit devant nous. Il fait bon, le ciel est étoilé et la première difficulté se franchit aisément. Il est un peu moins de 5h lorsque nous basculons dans la légère descente qui conduit au col Maudit. Devant nous, nous retrouvons le « sentier lumineux » des ascensionnistes en proie à la deuxième difficulté, à savoir l’épaule du Mont Maudit. Cette ligne de lumière parait, dans le noir absolu, comme très longue et semblant ne pas finir (non, là, c’est une étoile qui brille…). Autrement plus technique que le premier, le couloir se redresse pour finir en roche et un peu de glace. Il y a quelques cordes fixes pour aider à franchir la partie terminale. Nous prenons pied sur l’arête vers 7h. Diaporama C’est à ce moment que le soleil se présente juste derrière le massif du Mont Rose et commence à nous envoyer ses rayons. Nous découvrons enfin l’univers dans lequel nous évoluons. C’est vraiment grandiose ! Le Mont-Blanc est juste devant nous et nous attend. Pfft, allez, deux heures tout au plus…

C’est assurément sans compter sur le petit vent du nord insidieux qui va nous accompagner dès le col de la Brenva et qui va geler tout ce que nous avions emporté avec nous comme ravitaillement. L’eau s’est figée dans les poches et les gourdes, les barres énergétiques sont congelées (nous aussi d’ailleurs, il doit bien faire dans les -10 ou -20°C). J’ai juste réussi à sauver un litre d’eau que j’avais protégé dans la fourrure polaire au milieu du sac. Il faudra faire avec… Le Mur de la Côte se franchit dans la douleur mais de manière régulière mais je sens que je commence à puiser dans mes réserves usé par le manque d’eau et de vitamines et puis ce vent qui glace les extrémités. On arrive au pied des Rochers Rouges qui donnent accès à la dernière montée, celle des Petits Mulets. Il reste 350m de dénivelée (nous pensions qu’il n’en restait que 150… par habitude de regarder les indications erronnées de l’altimètre à la compensation en altitude souvent mauvaise). Je passe en mode « de toutes les manière c’est plus long de retourner que de traverser » et avance avec le peu d’énergie qui me reste, je puise au plus profond de moi-même, bien aidé par Philippe, très professionnel, qui aura souvent testé la résistance de sa corde à la traction et Georges derrière moi, compréhensif et patient… Merci à eux deux, le froid qui me gagne ne doit pas non plus les épargner… Péniblement nous absorbons la pente morceau par morceau, virage après virage, et atteignons le Nirvana sur le coup des 10h (du matin quand même, faut pas déconner…). Le vent est toujours aussi fort et comme il a dû décourager de nombreux vainqueurs à ne pas rester pique-niquer ici, la cime est étonnamment peu encombrée.

La vue à 360° est immense est couvre une grande partie de l’arc alpin occidental : en partant du Sud et en tournant dans le sens des aiguilles d’une montre, le Mercantour (Argentera), le Queyras (Viso) puis l’Oisans, la Vanoise et le Ruitor dont on peut aisément suivre les itinéraires de rando décrits dans les topos Tour de la Vanoise et Tour du Ruitor, le Beaufortain, Les Aravis et les Aiguilles Rouges, puis on apprécie l’enfilade des sommets du massif (Chardonnet, Argentière, Verte, Triolet, Grépon et l’arête des aiguilles de Chamonix jusqu’à l’Aiguille du Midi d’où nous sommes partis). Sur la frontière franco-italienne, nous pouvons enfin découvrir l’itinéraire que nous avons emprunté passant par le Mont-Blanc du Tacul et le Mont-Maudit alors qu’en second plan nous pouvons admirer le massif des Grandes Jorasses, du Mont-Mallet, des arêtes de Rochefort au milieu desquels la Dent du Géant forme une « canine » des plus élégantes… A l’horizon, l’Oberland, le Grand-Combin, le Cervin, le Mont-Rose et pour finir ce tour visuel, le massif du Grand Paradis. Heureux ! Un petit regret toutefois : nous sommes tellement hauts que nous dominons toute la région et cela nous semble comme vu d’avion. Ça manquerait presque de relief, c’est dire…

Mais notre (petite) déception passagère va se voir effacée par la beauté du parcours de l’arête du Goûter où, redescendant sur Terre, les montagnes alentours reprennent de la hauteur : Bionassay et le massif de Trélatête jaillissent du néant et proposent leurs frêles arêtes et leurs sommets rocheux élancés. Le col Infranchissable est bien comme son nom l’indique, l’arête de neige de l’Aiguille de Bionassay fait bien peur et l’on peut s’apercevoir que l’itinéraire des Aiguilles Grises passant par le refuge Gonella (V.N. italienne) n’est pas non plus une partie de plaisir… Bien agréable cette descente. On passe devant Vallot avant de se poser dans le col des Dômes vers midi pour un petit pique-nique bien mérité. Redémarrage en douceur par la facile grimpette du Dôme du Goûter avant de descendre abruptement dans une large pente peu crevassée (mais crevassée quand même, attention !) jusqu’à la dépression qui précède la remontée vers l’Aiguille du Goûter. Arrivée au refuge vers 14h30.

Dans la foulée, désescalade du couloir du Goûter, une belle m… que l’on ne donnerait pas comme punition à son pire ennemi. C’est assez incroyable ! Il est vrai que lorsque l’on arrive de Sallanches par l’autoroute et que l’on voit ce triangle de débris rocheux qu’est la face WNW de l’Aiguille du Goûter, il faut vraiment peiner à s’imaginer qu’il y a un passage là-dedans et que des dizaines de milliers de prétendants au sommet y circulent à longueur d’année. Eh bien, sa réputation peut être à la hauteur de ce qui est raconté. Ce doit être apocalyptique avec des conditions de neige ou de grésil. Quant à nous, nous avons la chance de passer ces 2h de descente entre soleil et brume mais les pieds au sec. Appréciable… Juste une grosse attention le temps de traverser la partie basse du couloir dans lequel les parpaings s’en donnent à cœur joie et nous voici pénétrant dans la douce chaleur du refuge de Tête-Rousse à 3178m, fracassés et ne pensant qu’à une chose, boire, se restaurer et… dormir le plus vite possible. On est levés depuis 1h du mat, il est maintenent 5h de l’après-midi et on n’a pratiquement pas mangé grand-chose.

Ce dimanche soir, orage de grésil qui se prolongera dans la nuit, pour nous offrir au lever une nouvelle décoration à l’extérieur : gommant toutes les imperfections du glacier de Tête Rousse en train de se faire forer pour aller pomper l’eau du lac souterrain qui pourrait détruire la ville de St Gervais (ça s’est déjà passé à la fin du XIXeme siècle), les grêlons ont tout recouvert et vont nous offrir une descente touchy sur l’antique sentier des Rognes remis en service pendant la période des travaux, l’itinéraire principal du Nid d’Aigle ainsi que la circulation des trains entre Mont Lachat et le Nid d’Aigle ayant été suspendus par arrêté municipal. Diaporama Crampons aux pieds, on descend la première partie du chemin qui, comme nous l’attendions, est recouverte d’une couche de glace solidifiée. Passé le névé, nous remontons vers le col des Rognes pour trouver le départ du sentier des Rognes un peu moins glacé mais sur lequel il faut attention garder : les cailloux plats sont glissants et la pente est dissuasive… On retrouve un bon chemin en vue de la ligne ferrée et nous finissons à la gare intermédiaire, aujourd’hui terminus du TMB, de Mont Lachat. Descente par le train jusqu’à Bellevue puis téléphérique jusqu’aux Houches et bus pour rejoindre Cham’.

Heureux d’en avoir fini, certes, mais avec au fond de nous le sentiment d’avoir bien fait le « boulot », la certitude de vouloir y revenir une prochaine fois découvrir ce qui nous a été occulté dans la première partie de la course, c’est-à-dire les montées au Tacul et au Maudit. Il faut que l’on programme cela dans les prochaines années en course à la journée en prenant la première benne du matin, ou en couchant aux Cosmiques avec ce coup-ci un départ à seulement 5h du mat’.

        Carte générale GTAM1 Télécharger la carte au format PDF

 

  G Et après les plaisirs terrestres, si on s'envoyait en l'air...?

Commentaires (2)

1. Gleizes Philippe 26/09/2010

Eh bien, c'était une bonne idée de te laisser tout le temps nécessaire pour ces photos qui sont bien belles...!
Mais quand à retourner au Tacul et Maudit, n'oublies pas qu'ils sont aussi beaux que de plus en plus dangereux avec des séracs douteux!
Justement, je me suis dit que personnellement, je ne passerais plus par là!
Tu sais, il y a encore l'arête nord du Dôme du Gouter (en juin), la voie "du Pape" (Aiguilles Grises), l'éperon de la Tournette (plus difficile),...
J'ai aussi regardé tes infos sur le Maroc: une mine!
Je ferais bien un jour une GTAM à skis et à pied, la plus complète possible, mais en prenant mon temps, pas pour faire des chronos!
Si tu as des idées d'itinéraires, je suis preneur.
A+, et profites encore bien de ce souvenir du Mont Blanc,
Philippe.

2. annick 25/10/2010

Bravo, que dire de plus ! et quel bonheur vous avez dû éprouver (hormis la difficulté, mais quelle récompense). Ce massif nous l'avons vu plus modestement en 1988 en faisant le TMB en guise de voyage de noces ! mais à chacun son niveau.
Je voulais encore vous remercier pour vos renseignements sur le Mare à Mare Nord, vous qui avez eu la gentillesse de nous répondre ; quand je vois votre niveau ! mais il en faut pour tout le monde. Nous avons choisi l'option gites Corté.....Evisa....Guagno.....Corté (parcours officiel, mais en Juin il ne devrait
pas y avoir la foule).
car la mécanique en ce qui me concerne commence à fatiguer, et plus question de tente. Nous passerons donc par les points "officiels" mais qu'importe, l'essentiel est de se faire plaisir après notre abandon du GR 20 en juin pour difficulté et mauvais temps, comme je vous l'ai déjà dit. Nous sommes de bien modestes randonneurs, mais j'espère que nous prendrons autant de plaisir que sur le Mare e Monti ; ce n'est que la 3e fois que nous allons en Corse et il y a tant à faire, loin des foules et sentiers battus.
Encore toutes mes félicitations et mes remerciements pour vos renseignements et surtout votre modestie. Rien à voir dans vos récits avec tous ces "performeurs" que nous avons rencontrés sur le GR 20. et continuez à nous faire rêver sur votre blog.
ANNICK

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