[Népal] Les vallées de Naar et Phu


Naar et Phu sont deux villages du bout du monde qui fleurent bon, encore aujourd’hui, le calme et la sérénité. Ouvertes depuis peu au trekking, elles n’avaient vu passer jusqu’à présent que des expéditions dont le but était l’ascension du Kang Guru ou du plus lointain Himlung himal sur la frontière tibétaine. Les vallées qui conduisent vers les deux villages méritent assurément le détour lorsque l’on désire ardemment sortir du très commercial Tour des Annapurnas.

 

Tiens parlons-en de ce Tour des Annapurnas en péril ! Certes les paysages de haute montagne proposés sur ce circuit sont spectaculaires (ils ne vont pas changer avant quelques millénaires…) et pas loin d’être dans le Top 10 des spots mondiaux de trekking. Somme toutes, la fréquentation n’est pas si incommodante que cela du moment que l’on a choisi de tourner dans le même sens que les autres (95% des trekkeurs partent de Besisahar), à moins de souhaiter croiser la totalité des groupes de randonneurs sur les 20 jours que dure la randonnée (épreuve à réserver aux sado-masochistes…). Par contre, on va dire depuis une quinzaine d’années, en dehors des paysages, ne faîtes pas le Tour des Annapurnas à la recherche de l’authenticité dont vous ont parlé vos aïeux : tout habitat au bord du chemin a été transformé en épicerie ou en lodge (reconnaissable à la table en bois où trône le seau rafraîchissant dans lequel on distingue une antédiluvienne bouteille de Coca et un Fanta). Et comme il faut bien attirer le chaland, d’autres lodges se sont construits alentours, tous plus rutilants les uns que les autres, et c’est bien cette débauche de couleurs pétantes qui indispose en premier lieu.  Le reste vient peu après… Les maisons traditionnelles, certes ternes avec leur toit en pierre gris foncé ou de lattes de bois et au travers duquel s’échappent les volutes de fumée âcre (ne devrait-on pas d’ailleurs tout simplement les raser ?), font pâle figure comparées à ces édifices d’un kitch surréaliste…

 

Et puis je ne peux pas passer sous silence la construction de la piste entre Besisahar et Manang et dont les travaux doivent s’achever en 2010 (ou beaucoup plus tard...) : sur cette section, les sentiers historiques empruntés depuis des siècles ont en grande partie été détruits ou ensevelis sous les gravats… La contradiction réside dans le fait que la piste va permettre d’amener à bon coût du matériel pour construire des lodges, du ravitaillement, mettre la capitale à une journée de bus de Manang, permettre au progrès de pénétrer dans la région… Mais y aura-t-il encore des touristes pour s’arrêter au bord de la piste avant Pisang et permettre aux locaux de rentabiliser les sommes investies dans la construction des infrastructures dédiées au tourime ? Que deviendront les sympathiques villages de Bahunedanda, Syange, Tal, Dharapani, Koto, Chame, Pisang ? Y aura-t-il encore du travail pour les habitants des villages qui assurent aujourd’hui la totalité du portage, matériel et biens de consommation, depuis Besisahar jusqu’aux villages les plus reculés ? Que vont devenir toutes ces familles sans revenus ? Iront-elles s’entasser à la périphérie de Kathmandu avec le vain espoir de trouver du travail, là où déjà aujourd’hui s’entasse dans des bidonvilles la moitié de la population du Népal ? Il y a de quoi être atterré du peu de cas que les décideurs locaux, en mettant dans le même panier ceux qui leur apportent l’argent (les pays occidentaux ou du sud-est asiatique), font de l’équilibre économique existant hyper fragile ! Je peux malheureusement prendre les paris que le Tour des Annapurnas va mourir de sa belle mort d’ici à 5 ans, allez 10 ans au mieux, et que Manang va devenir, pour les randonneurs, un camp de base pour des traversées ou des mini-tours s’inscrivant pile poil sur la semaine. Comme Lukla ou Namche Bazar dans la région de l’Everest, Manang sera un village commerçant sans intérêt. Ces villages qu’autrefois on atteignait avec envie et bonheur après 10 à 12 jours de marche depuis la route, comme une halte bienvenue à mi-parcours, ne sont maintenant considérés par le trekkeur qu’avec dédain. Une seule envie : les fuir au plus vite ! On a déjà l’exemple avec Lukla qui ne survit que grâce à la présence de l’altiport (grossistes et hôteliers, ces derniers étant très contents lors d’une dégradation des conditions météo avec l’effet direct de remplir les lodges…). Manang ne correspondra absolument plus à ce que le trekkeur est venu chercher au Népal, cette authenticité qu’on lui a maintes et maintes fois décrite avec enthousiasme ! Le Tour des Annapurnas, demain, se résumera à un passage de col, de Manang à Jomoson, au choix du trekkeur de suivre le circuit « canal habituel » et franchir l’historique Thorong La à 5416m ou se diriger vers l’W en direction du lac de Tilicho et affronter le Mesokanto La à 5315m, plus alpin. La piste, un désagrément pour le touriste, c’est une évidence, une manne pour les locaux, j’en doute sur le moyen-long terme…

 

Un peu long comme introduction, je vous le concède, mais il fallait que je vous expose ce que j’avais sur le cœur… C’est fait ! La charge est moins lourde quand on la partage à plusieurs… Maintenant, il va s’agir de rebondir et rebondir, c’est entre autres inventer de nouveaux itinéraires qui répondront à notre quête d’attractivité. Au Népal, elle s’appuie sur de somptueux paysages de montagne, des scènes campagnardes dont on n’ose même pas penser qu’au XXIème siècle cela puisse encore exister, des villages tout empreints d’âme et bien entendu l’accueil et la gentillesse de ses habitants. C’est la raison pour laquelle je souhaite vous présenter un topo ayant pour cadre ces deux vallées secrètes dont je vous rappelle le nom : Naar et Phu.

 

 

On quitte le chemin du Tour des Annapurnas à Koto au moment où l’Annapurna II nous présente ses faces S verglacées. C’est frustrant d’autant plus qu’après la traversée de la Marsyandi khola sur une passerelle suspendue, on pénètre assez rapidement dans une gorge un peu hostile, le sentier longeant la rivière bouillonnante entre deux parois de hauteur démesurée et tout espoir de panorama à jamais rangé. Bon ça met dans l’ambiance : le bruit assourdissant du torrent, la moiteur semi-tropicale, le soleil confidentiel ou alors, juste à midi… Cette entrée en matière ne dure pas que quelques minutes, non, non ! Cinq à sept heures de route, ça calme ! Et puis, la révélation… Je n’en dis pas plus, la suite est dans le topo juste en-dessous accompagné d’une collection d’images choisies. Cela devrait finir de vous convaincre d’aller explorer ces coins (encore) perdus avant qu’ils ne perdent à tout jamais leur authenticité. Il y a de fortes présomptions pour que cet itinéraire devienne la future liaison entre Koto et Manang (par les sentiers). Allez savoir pourquoi, en corrolaire à cet afflux de randonneurs, j’ai du mal à imaginer l’implantation d’un ou de plusieurs lodges aux couleurs flashy à l’entrée de Naar ou de Phu. Et pourtant, le risque ne peut pas être écarté… Vous me donnerez votre impression au retour ? Ne tergiversez pas trop longtemps, c’est tout de suite, seul, ou demain à plusieurs… Bon voyage !

La carte interactive est disponible sur Google Maps et n'oubliez pas en fin de topo les sous-rubriques Préparatifs, Sur Place, Dossier de voyage (avec la carte téléchargeable en PDF) et bien d'autres choses encore.

 

Téléchargez la carte du circuit en PDF :  Carte générale GTAM1 Carte Naar-Phu

 

Trek naar phu

 

LE TREK JOUR PAR JOUR

 

Jour 1 : Kathmandu - Besisahar - Khudi - Bhulbule

6h de bus et 1h / +50m / -0m

Après avoir passé un ou deux jours à la découverte de la vallée de Kathmandu Diaporama, nous voici à la gare routière au N de Kathmandu pour s'engager dans un voyage en local bus de 5h30 jusqu’à Besisahar. Certains d’entre eux continuent sur Khudi et au-delà pour 60mn supplémentaires de piste un peu défoncée. On a juste à traverser la passerelle pour rejoindre le village de Bhulbule proprement dit (850m). Nuit en tente sur le terrain de camping de l’autre côté de la rivière au pied des maisons. Vous pouvez aussi choisir de dormir dans l’un des deux ou trois lodges présents sur le site.

Jour 2 : Bhulbule - Bahunedanda - Syange


5h / +500m / -250m

Diaporama Parcours bucolique au milieu des champs en terrasse. Belles vues sur les pics enneigés du Ngadi Chuli, montagne qui termine au S la chaîne du Manaslu. A Ngadi bazar, traversée de la Ngadi khola sur un pont suspendu (930m, 1h30). Continuation le long de la Marsyangdi khola avant de s’élever jusqu’à Bahunedanda, ce village peuplé de brahmanes qui coiffe une colline sculptée en terrasse (1310m, 1h30).

 

Rencontre à Bahunedanda

Une particularité : le gigantesque banyan qui marque le passage du col, véritable centre de vie du village et « arbre à palabres » multilingue. Il y a dans le village de nombreux lodges où se poser pour le repas de midi. Pendant que le repas se prépare, faites un petit tour dans les ruelles du village. Bien que très touristique, il a gardé un charme certain et devrait le conserver pour les années à venir du fait que la piste a été tracée sur l’autre rive de la Marsyangdi khola. La suite de la journée, c’est tout d’abord une descente prononcée pour retrouver un sentier étale qui louvoie entre les terrasses et les maisons disséminées le long du parcours. On passe à Kanigaon (1200m, 1h15, lodge sympa, on peut s’y arrêter…) puis à Ghemnu avant de rejoindre par quelques lacets en forêt le terrain de camping à deux pas du pont suspendu qui donne accès au village de Syange (1140m). Nuit en tente.

Jour 3 : Syange - Jagat - Tal

5h30 / +850m / -250m

Passer en RD de la Marsyangdi khola, traverser le village peu amène et suivre pendant quelques kilomètres la rivière jusqu’à Jagat puis Chamje sur un large sentier en montagnes russes.

 

Les cascades à Jagat

De nombreuses cascades de belle hauteur agrémentent le paysage sur la RG. On peut s’arrêter à Chamje pour le repas de midi (1430m, 3h, nombreux lodges). Il s’ensuit une descente en forêt pour rejoindre une très longue passerelle suspendue qui nous fait retrouver la RG. Juste avant de prendre le sentier creusé dans la roche, noter les champs de marijuana sauvage (bien sèche, hé, hé…) au milieu des galets juste au bord de la rivière. Les gorges se resserrent, le sentier présente de grandes portions pavées et le trafic de mules qui dégage des monceaux de poussière rend souvent l’air irrespirable. Enfin on atteint Sattale (1680m, 1h15) un village situé au pied d’un chaos rocheux de belle taille. Le sentier s’élève en zig-zag pour franchir le verrou et atteint le col depuis lequel on peut distinguer Tal posé au milieu de sa moraine fluviale. Il y a quelques lodges juste derrière le col après avoir franchi un porte monumentale en bois peint. Mais je vous conseille de descendre en douceur jusqu’à Tal en empruntant un ensemble de murets de galets qui permettent au randonneur de se maintenir les pieds hors d’eau (1700m, 1h15). Nombreux lodges, possibilité de camper dans les arrière-cours ou au terrain de camping situé non loin de la cascade.

 

Jour 4 : Tal - Dharapani - Timang

5h / +950m / -350m

Sortir de Tal au N sur la RG de la Marsyangdi khola. On vient buter sur d’étroites gorges. L’itinéraire initial restait RG, il a, depuis quelques années, été basculé en RD pour plus de sécurité. On franchit une passerelle au-dessus des flots fougueux : c’est impressionnant ! Encore une petite remontée pour atteindre un ensemble de champs en terrasse, on traverse un village avant de repasser RG au niveau de l’Hotel Dorchester : mazette, ça en jette ! Le nouveau sentier s’élève franchement pour rejoindre la forêt à quelques 100m au-dessus du torrent. L’ancien tracé est toujours praticable et suit la rivière au plus près sur les galets mais nécessite un peu d’acrobatie au passage de quelques blocs effondrés ; c’est le chemin qu’il vous faut prendre si vous souhaitez doubler une caravane de mules, de yacks ou de randonneurs (…) qui ahane dans la montée… Le sentier parfois bien abîmé par les divers glissements de terrain revient à proximité de la rivière et repasse RD au niveau de la centrale hydro-électrique (1960m, 2h15). On traverse les deux villages qui composent Dharapani. C’est ici qu’arrive le sentier du Tour du Manaslu en provenance du Larkya La (4950m) passant par Tilje, Karche et Bimtang (de ce côté, on peut espérer atteindre le col en 3 ou 4 jours de marche + une nécessaire journée d’acclimatation à Bimtang). Dharapani, c’est aussi l’endroit où l’on retrouve la piste qu’il est préférable de suivre du fait que les travaux ont totalement ou au mieux partiellement enseveli sous les gravats le sentier historique. Je vous le dis tout de go, c’est le passage le moins sympa depuis notre départ. Heureusement, cela ne dure que jusqu’à Bagarchap, village sympa où il est coutume de s’arrêter pour la pause repas (2160m, 1h15).

 

Noter le long du chemin ces cabanes dans lesquelles on vend de l’eau purifiée en remplacement des eaux de source. Ces dernières ont l’inconvénient majeur d’offrir à la planète un écrin de plastique supplémentaire, non recyclable sur place, et que vous laisserez au mieux dans la poubelle du gîte lorsqu’il sera vide. Imaginez ce que les tenanciers des lodges en feront ? Eh bien, ils le brûleront... Piste encore de Bagarchap à Danakyu pour 30mn. Le village est orné d’un superbe mur de manis qui prend place au milieu de la rue principale. A G toute ! Juste à la sortie, nous allons affronter notre première difficulté réelle en dénivelée, l’ascension en forêt souvent humide vers le plateau de Timang. Le sentier historique semble devoir être conservé en parallèle de la piste. Quelques gouttes de sueur pour un paysage étendu sur le Manaslu himal (2300m, 1h, nombreux lodges, terrain de camping). Noter que c’est de Timang que démarre le chemin qui conduit à Pokhara via le Namun La et Siklis.

Jour 5 : Timang - Koto - Dharmasala

6h30 / +1500m / -500m

Derniers moments sur le sentier du Tour des Annapurnas. Au-delà de Timang, le sentier chemine plus ou moins en courbe de niveau (quelques montées et descentes au passage de ravines mais bon). On traverse un plateau avant de descendre sur Chaurikharka, beau village traditionnel encore préservé, avant de suivre un sentier dans une forêt de résineux juste au-dessus de la rivière. C’est à ce moment qu’apparaît furtivement la cime de l’Annapurna II (7937m).

 

Porte à KotoOn entre dans Koto (2630m, 1h30), long village rue, dominé par ce géant étincelant sous les rayons du soleil, tout de glace paré. Beau morceau quand même. Stop ! Check-post, présentation du permis spécial qui donne accès pour 7 jours qui viennent aux vallées de Naar et Phu et exercice d’écriture sur le grand cahier. En le feuilletant, on peut constater que toutes les nationalités sont représentées dont deux d’entre elles, israélienne et française, de manière très importante. Les destinations sont Manang et Jomoson, Naar et Phu ne sont quasiment référencées… C’est de bon aloi ! La partie administrative accomplie, on oblique à droite à l’extrémité W du village pour passer sous une porte en bois peint. Descente en douceur jusqu’à la passerelle suspendue pour pénétrer dans l’inconnu. Tiens, c’est surprenant, il n’y a plus personne… Le sentier que l’on emprunte de l’autre côté de la Marsyandi khola est très « roulant », bucolique à souhait au milieu des prairies engazonnées et des résineux vert pomme. On se sent bien… Première descente abrupte pour rejoindre le lit de rivière, la Naar khola, notre nouveau fil conducteur pour les jours à venir. A l’autre bout du bras mort que l’on traverse, on souffre un peu dans une remontée un peu space dans une portion qui s’est écroulée récemment. La forêt jusque là très claire s’assombrit soudainement au moment où les parois rocheuses se rapprochent. Le sentier longe la rivière sur la rive. Le sentier est bien entretenu ; il faut dire que c’est le « chemin de vie » pour les villageois d’altitude dont nous partons à la rencontre…

 

On traverse plusieurs fois le torrent, le sentier épouse les irrégularités du terrain et s’élève peu à peu pour atteindre le site de Dharmasala (3230m, 5h) quelques minutes après être passé en-dessous d’une impressionnante cascade. Mais c’est le luxe ! Une maison en dur, une autre en bois, de la place pour camper, on va être bien pour récupérer des fatigues de la longue journée. Juste un peu humide et frais…

Noter que, si l’on a pris du retard dans ces gorges, la possibilité de camper au bord de la rivière, à peu près 2h avant d’arriver au camp prévu. Il conviendra alors de prévoir l’étape du lendemain à Meta, puis la suivante à Kyang avant de reprendre l’ordonnancement initial. Compter de ce fait une journée de plus pour le périple.

Jour 6 : Dharmasala - Meta - Kyang

5h / +900m / -120m

Diaporama Continuation du bon sentier en forêt avec le bouillonnement assourdissant du torrent en contrebas. Après une remontée en zigzags sur une moraine, on rejoint le plateau sur lequel se trouvé posé le village de Meta (3560m, 1h30, lodge). Idéalement placé, vous y serez accueillis par les premiers rayons du soleil matinal. On attendait cela depuis hier midi ! Une pensée émue en regardant au-dessus du village en direction de l’austère paroi du Kang Guru (6981m) en mémoire des 18 népalais et 7 français disparus en octobre 2005. Alors qu’ils étaient au camp de base, une avalanche a balayé le campement sans crier gare... Parmi eux, Daniel Stolzenberg, directeur de l’expédition, bien connu dans le monde de la montagne et particulièrement au Népal.

 

Reprenons le fil de notre périple : la suite de l’itinéraire se passe sur un large sentier sablonneux au milieu de landes d’altitude aux couleurs pétantes, tendance jaune ou rouge fluo. De l’autre côté de la vallée, au-delà de la Phu khola que nous suivrons à présent, on distingue le sentier qui monte à Naar et sur sa droite la masse imposante du Chhubche qui culmine à 5605m. Derrière nous le Pisang peak à 6091m présente des faces glaciaires de belle facture. Nous poursuivons plein N. Au pied des impressionnantes murailles du Chhubche, la vallée s’élargit.

 

Au pied du glacier NW du Kang Guru

Le sentier est bucolique à souhait et chemine en courbe de niveau légèrement ascendante. A droite, nous commençons à apercevoir la langue glaciaire NW du Kang Guru qui dévale d’une échancrure de belle taille (3650m, 1h30). C’est là, au bord du torrent, que nous nous poserons pour la pause repas à distance plus que respectable de ce fleuve de glace. Impressionnant ! Après le déjeuner, remontée sur un plateau pour atteindre le lieu-dit Junam Goth (3700m, 45mn), ensemble de bergeries encore utilisées aujourd’hui. Sera-ce l’occasion de pouvoir contempler la horde de chèvres bleues (le bouquetin local ou bharal) qui colonise l’espace ? Descente en forêt pour traverser un torrent émissaire de la Phu khola en préalable à la remontée d’une moraine chaotique d’une blancheur oppressante jusqu’à un chorten. Kyang n’est plus qu’à quelques minutes derrière, au pied de splendides aiguilles dolomitiques (3910m, 1h15). C’est le village d’été des habitants de Phu, lorsque les conditions atmosphériques ne permettent plus le franchissement des gorges à cause des coulées de boue qui rendent le sentier dangereux. Le terrain de camping aménagé nous accueille pour la nuit.

 

Jour 7 : Kyang - Phu

2h45 / +350m / -150m

Du terrain de camping le sentier longe le village et contourne la montagne jusqu’à atteindre un chorten. On continue à prendre de la hauteur pour franchir l’entrée des gorges dans lesquelles règne le matin une ambiance glaciale. Le sentier a bénéficié d’aménagements colossaux pour proposer aux marcheurs un itinéraire sécurisé : la roche a été creusée sur plusieurs mètres de profondeur mais aussi en hauteur car il faut penser aux lourdes charges des porteurs qui s’entassent dans le doko. Dans ce panier en osier muni d’une lanière et que les népalais portent au front s’entasse tout l’attirail nécessaire au groupe (matériels de camping, batterie de cuisine, sacs, réserves de nourriture,...). Parfois, la hauteur des charges atteint bien 2m. Il ne faut pas risquer de basculer en se cognant dans la voûte. Il s’ensuit un parcours étale jusqu’à rejoindre un mur de manis au bord de la rivière (3900m, 1h).

 

Arrivée sur le site de Phu gate (en bas)Toujours en RG, on franchit un obstacle naturel en forte montée avant de reprendre une marche en courbe de niveau. Selon la praticabilité des chemins, vous pouvez rester RG et franchir un torrent verglacé ou passer RD et retrouver un terrain déjà baigné par les rayons du soleil et moins glissant… Pour cela il aura fallu traverser le lit de la rivière, ce qui n’est pas forcément facile rapport au débit de l’eau. De toutes les manières il faudra revenir RG pour retrouver le sentier 20mn plus avant. Devant nous, apparaît le premier site remarquable de la journée : nommé Phu’s gate (la porte de Phu), cet étroit défilé dans lequel hurle le torrent est splendide. Des aiguilles rocheuses de belle grandeur obstruent le passage que la Phu khola a décidé un jour d’emprunter. Impressionnante aussi la montée sur un sentier en zig-zag, étayé par endroits d’ouvrages de pierre et de madriers de bois, qui nous met dans l’ambiance type accès au château de Peyrepertuse sur le sentier cathare… Eh bien ! Les envahisseurs potentiels n’avait qu’à bien se tenir… 100m plus haut (4000m, 45mn), on passe sous une porte en bois peint de belle facture qui donne accès à un « little Mustang ». Le défilé se poursuit au milieu de coulées des rochers offrant des couleurs dans les tons rouge et orangé. Cà et là, des chortens bouddhistes marquent le chemin tracé en encorbellement au-dessus de la rivière. Toujours pas de village à l’horizon. La vallée s’élargit au détour du chemin alors que l’on pénètre sur un site où sont dressés des dizaines de chortens de couleur rouge grenat.

 

Encore quelques minutes de marche en faux-plat montant sur des galets pour atteindre le terrain de camping établi sur la RG de la Phu khola (4075m, 1h15). L’endroit est paisible, quelques yacks paissent dans les champs alentours. On peut être déçu car il y a quand même peu de montagnes enneigées à l’horizon. Gageons qu’en prenant un peu d’altitude, cela va se résoudre… Il va donc falloir se bouger un peu pour bénéficier de paysages plus attrayants. A gauche, quelques maisons accrochées au terrain que l’on suppose friable dominent le vallon où nous nous trouvons. On devine qu’elles ne doivent représenter que la partie immergée de l’iceberg. Comme nous le verrons cet après-midi, le reste des habitations se trouve bien derrière...

 

Le camp installé, le déjeuner englouti, on traverse la rivière sur le pont suspendu pour suivre le sentier d’accès au village de Phu. On débouche au niveau de quelques maisons puis on poursuit tout droit en direction du sommet du village. De là on commence à apprécier la topologie du site, construit en fer à cheval orienté vers le sud. Ne pas hésiter à descendre au niveau des champs et remonter en face : c’est bien de cet endroit que vous disposerez de la plus belle vue sur le village avec comme horizon l’altier Kang Guru.

 

Phu

N’hésitez pas non plus à grimper jusqu’à la vieille gompa qui trône au sommet d’un monticule une cinquantaine de mètres au-dessus des maisons. Flânez le long des ruelles, posez-vous et laissez-vous imprégner de cette atmosphère particulière de bout du Monde. D’ailleurs, vous aurez sûrement l’occasion de rencontrer quelques personnages dont le souvenir restera à jamais présent. Au moment où le soleil commence à décliner, descendez jusqu’au camp pour une nuit sous tente.

Lorsque vous êtes à Phu, rien ne vous empêche de vous poser une ou deux journées et partir explorer en A/R vers le N le fond de la vallée par laquelle se termine la traversée initialisée par Paulo Grobel en 2007 en provenance du Mustang. Celle-ci suit la frontière tibétaine et passe par le Damodar himal et un col d’altitude le Saribung La. Une autre fois, il vous sera possible d’envisager de rejoindre le Himlung himal BC et poursuivre sur la moraine le long du Pangri glacier vers l’E.

Paulo Grobel a également ouvert un itinéraire "hors sentiers" qui permet depuis Phu de rejoindre Naar en 3 jours en passant par les vallées de la Loha khola et de la Labse khola. Un petit tour sur cette page excellement bien commentée avec des photos sur lesquelles sont tracés les itinéraires.

Attention ! Le permis de trek de US$90 par personne n’est valable que pour une durée de 7 jours. En y ajoutant le temps nécessaire de visite du village de Naar et la sortie de la vallée, le temps que vous allez consacrer à explorer les alentours de Phu vous fera dépasser le délai réglementaire : « Pas vu, pas pris », faudrait-il encore qu’il y ait des contrôles… ou, au pire, une petite simulation de M.A.M d’un membre de l’expédition pourra être considéré comme une excuse valable…

Jour 8 : Phu - Kyang - Mahendra Pul (Yughat)

5h / +200m / -700m

Diaporama Pas d’autre alternative que de faire le chemin en sens inverse (encore que... voir remarque précédente), ceci dit, il n’est pas si désagréable que ça et au bout de 4h15 de chemin, au niveau de la partie sableuse qui se situe un peu avant Meta, prendre à D au niveau d'une bergerie sous roche. La suite de la journée emprunte un sentier en up / down jusqu’à une bifurcation à D au niveau d’une bergerie sous roche (le chemin tout droit conduit en 25mn à Meta (lodge) et au-delà à la descente directe en 5h sur Koto par la gorge). On descend au travers d’une forêt clairsemée de résineux jusqu’à la rivière en empruntant un chemin en zigzag assez délité. Entre des pitons rocheux, on trouve la passerelle qui permet de franchir la Phu khola qui gronde ici au fond d'une impressionnante gorge d'une profondeur de 80m. Brrr ! Le terrain de camping du lieu-dit Mahendra Pul à 3600m est juste de l’autre côté, 20m au-dessus du pont (eau, camping, tea-house).

 

Jour 9 : Yughat - Naar

3h30 / +750m / -0m

Sentier excellement tracé qui offre tout au long de la montée des vues magnifiques sur le Kang Guru et le Pisang peak. Le Chhubche, à droite, n’est pas en reste et depuis quelques belvédères, le point de vue sur l’enfilade de la vallée de la Phu khola est bien sympathique. A mi-pente, on franchit une porte en bois peint en préalable à l’arrivée sur un ensemble de chortens alignés qui composent un premier plan de choix au Kang Guru.

 

Ensuite, c’est une montée dans les alpages où paissent des dizaines de yacks (quand ce sont des vrais, les poilus, soyez humbles et faites un détour, ces bêtes-là sont parfois bien caractérielles…) pour tomber sur le village de Naar bien caché derrière un repli du terrain. Lodge basique mais propre à disposition. Terrain de camping derrière le lodge. Après-midi de découverte du village resté à l’état brut. De nombreuses scènes agraires comme le battage de l’orge en haut du village à proximité de la gompa font partie du quotidien des villageois à la bonne saison (au milieu de l’automne).

 

Lorsque vous êtes à Naar, vous pouvez explorer les alentours en poursuivant jusqu’à Kang La Phedi (aire de bivouac) pour mieux apprécier les faces N du Pisang peak (à faire si vous avez choisi de redescendre sur Besisahar). Sinon, une autre idée pourrait être de remonter au N le long de la Labse khola, pour rejoindre le Mustang et Jomosom en franchissant le Teri La. L'itinéraire est décrit dans le topo Les 5 cols de l'Annapurna.

 

Idées de poursuite du trek

Depuis Naar, vous avez plusieurs possibilités de continuer le voyage.

Votre temps est limité ou bien vous souhaitez ne pas dépasser les 4000m. Alors dans le sens de la descente, je vous propose :

- le retour sur Besisahar en 5 jours. Les étapes s’effectuent à Meta, Koto, Tal, Bahunedanda et Bhulbule, plus sympa que Khudi pour le dernier soir avec toute l’équipe de porteurs. On reprend tôt le lendemain matin le bus à Bhulbule (cela nécessite que le sirdar traverse la rivière pour acquérir les billets la veille au soir afin d’être sûr d’avoir de la place). Local bus jusqu’à Besi Sahar (Rs350/pers), changement de véhicule pour rejoindre Kathmandu via Dumre et Mugling (Rs650/pers). Voir le Diaporama.
- le retour sur Pokhara en 8 à 9 jours, en traversant la campagne népalaise : on suit l'itinéraire précédent jusqu'à Bhulbule puis vous passez par Baglungpani, Nalma et Karputar avant de rejoindre Begnas Tal et Sisuwa. Local bus pour Pokhara. L'itinéraire est décrit en fin du topo du Tour du Manaslu. Voir le Diaporama.

Vous souhaitez découvrir un itinéraire hors du commun, je vous propose le retour sur Pokhara en 10 à 12 jours en passant par le Namun La et Sikles. Itinéraire assez peu emprunté avec passage d’un col souvent enneigé à 4800m (et pas 5500m comme c'est indiqué sur les cartes) au pied du Lamjung himal (en bonnes conditions d'octobre à mi-décembre). Vous trouverez sur le web quelques sites anglais ou népalais qui abordent brièvement ce sujet (mot-clef Namun La).

 

Dans le sens de la montée, vous pouvez rejoindre Manang en 3 jours en franchissant sur un sentier bien tracé le Kang La à 5306m. Belvédère de premier choix sur toute la partie E du massif des Annapurnas. La descente est prononcée et laissera à vos genoux un souvenir impérissable... La traversée Kang La Phedi - Ngawal est décrite sur le J21 du trek "Du Mustang à Phu". Etapes à Kang La Phedi 2h30 / +600m / -0m (emplacement de camping), Ngawal 6h / +600m / -1650m (lodges, camping) puis Manang 4h / +200m / -300m (lodges, camping) via Braga où l’on retrouve le Tour des Annapurnas. A Manang, vous pouvez prendre une journée de repos (il y a quelques balades à la journée comme rendre une petite visite à un moine qui habite un petit monastère accroché à la falaise et qui vous bénira moyennant quelques centaines de roupies glissées dans la donation box ou faire le tour d’un lac de moraine permettant de prendre du recul sur la chaîne de l’Annapurna). Ensuite, on choisit pour les 4 ou 5 jours qui suivent de franchir soit le Thorong La, soit le Mesokanto La via le lac de Tilicho. Voir les derniers jours du topo Les 5 cols de l'Annapurna pour la description des passages du Thorong La (à l'envers) et du Mesokanto La (dans le bon sens...).

Le point final du trekking se trouve, dans les deux options, être Jomoson. Pour retourner sur Kathmandu, avion ou... 4x4, eh oui !

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Relevés de terrain en octobre 2006

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Commentaires (3)

1. Wibert Claudine 19/10/2012

Nous avons le projet d'un trek au Népal en octobre ou novembre 2013.
Ce sera la première fois que nous marcherons là-bas et nous serons 2 4 ou 6 personnes.
C'est mon mari et moi qui préparons et présenterons le projet aux copains.
Nous ne voudrions pas nous tromper de circuit. De clic en clic et lectures de récits, je suis un peu perdue.
En gros, voilà nos critères : 12 à 15 jours de marche - 5 à 6 heures par jour -
Pas au delà de 4500/5000 mètres -
Pouvez-vous nous conseiller "quelque chose"

2. YAMS Herve 24/11/2014

vers le12avril 2015,nous pensons aller trekker dans les vallees du nar et du phu
cela en plus du tour du manaslu!
peut etre avez vous un contact avec un porteur-guide qui pourai se charger de mon sac de 15kg?
NOUS AIDER A FAIRE LES DEMARCHES DE TREKK?
MERCI D AVANCE Herve

3. Capaleste (site web) 11/03/2016

super article!

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