[Inde] Ladakh - Changthang depuis Ligche

Le Changthang, une immense région de plateaux herbeux séparés par des montagnes recouvertes de neiges éternelles, est partagé entre la Chine et l'Inde. La portion indienne s'inscrit dans la province du Ladakh dont elle occupe le NE et l'E. Très peu parcourue par les touristes, elle a comme défauts principaux son altitude moyenne (entre 5 et 6000m), ses cols enneigés tardivement (jusqu'à fin juillet) et pris par les neiges hâtives de l'automne dès la mi-septembre ! Ca laisse peu de temps, non ? Et pour les trekkers "rapides" l'obligation de respecter les paliers d'acclimatation à l'altitude (3 à 400m entre deux nuits) réduisant les "journées" de marche à la portion congrue : 2 à 3 heures maximum... En effet, les vallées sont profondes et les 400m quotidiens sont bien vite atteints. Et, pas question de doubler les étapes ! La physiologie du corps humain se rappellera très vite à vous... Alors, il faut prendre son mal en patience et accepter de partir à la découverte de ces espaces naturels de toute beauté en alternant demi-journées de marche et repos le reste du temps ! C'est sûrement l'une des raisons qui fait que l'on ne rencontre pas grand monde sur les sentiers du Changthang.

Un camp au-dessus d'Ongpo pullu

A l'exception notable de la partie méridionale que l'on appelle le Rupshu caractérisée par une succession de plateaux d'altitude similaire séparés par des cols, altiers certes, mais qui permettent de ne pas déroger à la sacro-sainte règle des "pas plus de 400m entre deux nuits successives"... Le Rupshu a aussi le bonheur de posséder les lacs de Tsokar et de Tsomo Riri, et là, on a tout dit : les touristes affluent ! Les marcheurs pourront s'acclimater tranquillement en partant de Rumtse et rejoindront le Tsomo Riri sans emcombre voire même iront se mesurer aux 4900m du Parang La pour aller découvrir cette superbe région enclavée du Spiti.

Mais revenons à cette randonnée : elle se trouve dans la catégorie des Explorations en cours car les conditions météo au Ladakh en ce mois de juin 2019 ont été défavorables. Une neige tardive est tombée en masse début juin et a condamné le franchissement de l'ensemble des cols de cette région située au nord du sillon de l'Indus. Déjà qu'en "temps normal" la période pour y randonner est très réduite, alors, en cette année 2019, c'était la portion congrue.

A l'approche du Tundup La (fin provisoire de la rando...)

La traversée proposée ci-après ne fait pas partie des randonnées à prendre à la légère. Courte certes, 6 jours seulement, assez peu d'heures de marche et de dénivelée, elle a tout pour être mise au rebut ! Eh bien, ce serait une erreur tant elle est belle. A vous de voir... Il est tout de même possible de l'effectuer en suivant le programme stricto sensu mais aussi s'en servir de base pour une phase d'acclimatation à un trek plus étoffé (par exemple au retour sortir par le Steansi La ou le Gun La...) voire même opérer une traversée depuis le Tundup La et rejoindre Chibra dans la vallée de Harong, là où, l'année précédente, nous avions été obligés de rebrousser chemin en partie à cause des cumuls de neige hâtive tombée à la mi-septembre... Décidemment, le Changthang ressemble à un "signe indien"...

LE TREK JOUR PAR JOUR

Jour 1 : Leh - Shey - Thikse - Stakna - Matho - Sakti

3h30 de voiture.
Journée visite de monastères de l'E de la vallée de l'Indus. Nuit en guest-house à Sakti pour raison d'acclimatation.

Jour 2 : Sakti - Thag Tok - Chemre - Hemis - Upshi - Ligche - Kagtsa

3h30 de voiture.
Poursuite de la visite de monastères de l'E de la vallée de l'Indus et convoyage en voiture jusqu'à Kagtsa, un village du bout de la route, l'une des portes d'entrée au S du Changthang. Entre Upshi et Ligche, on suit la superbe route goudronnée qui longe l'Indus en RD avant de tourner à G pour s'engager sur une petite route goudronnée qui évolue tout d'abord en RD du torrent jusqu'à Tugla (dernière possibilité de connexion téléphonique C BSNL). On passe RG et on poursuit la remontée d'une vallée minérale très encaissée où l'on a la surprise de découvrir de minuscules villages accrochés au coteau détritique avec à leur pied une mince bande de végétation gagnée sur la rivière (Sherak, Zagok, Namchang). La pente devient plus relevée (et la route un peu moins bien viabilisée...) et l'on atteint le village de Kagtsa à 4254m où un emplacement gazonné en bord de rivière accueille le premier camp.

Accueil à Kagsta par l'amchi Rigzin Angchek de Tugla

Jour 3 : Kagtsa - Drilche doksa

2h20 / +450m / -0m.
Dos à la vallée par laquelle on est arrivé, on remonte la vallée de D (à gauche, l'autre vallée mène au Yogma La, voir le topo Changthang) sur le chemin qui suit la RG. Les espaces gazonnés présents au milieu du lit de la rivière et au milieu desquels l'eau s'écoule remontent assez haut vers l'amont et rendent la vallée un peu moins austère qu'elle ne pourrait être... Alors que le relief de part et d'autre du vallon se fait moins pentu (1h20, 4500m), on note à main droite la présence d'un cairn qui indique l'itinéraire direct du Steansi La). On reste en bas et on poursuit tout droit vers l'E pour rejoindre, après un coude de la vallée, un large espace herbeux au confluent de plusieurs vallées fluviales qui débouchent de vallons enserrés dans des montagnes glaciaires. On traverse la rivière pour passer RD et on pose le camp à la doksa de Drilche sur les banquettes d'herbe, juste après avoir dépassé le pont (1h, 4705m, eau de source dans le petit bras de la rivière, GPS : 33°45'03"N 78°05'56"E). L'endroit est vraiment enchanteur et fait la part belle aux paysages de montagne.

Bataille de kiangs à Drilche doksa

Jour 4 : Drilche doksa - A/R sur les moraines S

3h / +420m / -420m et 1h35 / +300m / -300m pour les sommets.
Journée optionnelle d'acclimatation (randonnée non obligatoire mais bien utile permettant d'affiner sa forme).
Du camp, on traverse la doksa vers le S pour rejoindre un espace gazonné en RG et effectuer un large virage vers la D qui permet de contourner "sans effort" la moraine détritique qui borde la doksa au S. On atteint un large plateau gazonné humide (30mn, 4830m, source, possibilité de camp). Puis on poursuit en montée régulière vers l'W pour aller chercher le fil d'une moraine qui domine la vallée fluviale qui descend du Steansi La (20mn, 4915m). On incline la marche légèrement à G pour suivre à hauteur le thalweg verdoyant et se connecter à l'itinéraire direct d'accès au Steansi La marqué d'une ligne de cairns et que l'on a laissé hier à 4500m (10mn, 4960m). On découvre vers le S l'ancien vallon glaciaire du sommet du coin, le Ichu. Le col situé à gauche du sommet reste caché derrière un mamelon morainique.

Un troupeau de yacks dans le vallon du Steansi La

On continue d'avancer vers le S jusqu'à dominer la zone de pozzines (15mn, 5015m), zone verdoyante qui débute à l'aplomb d'un couloir d'avalanches (pour ceux qui ont choisi de traverser le Steansi La, il y a possibilité d'établir un camp aux alentours de 5030m, et même plus loin vers 5200m, moins confortable, une fois que l'on a franchi la zone d'avalanche). Noter que ce col orienté N-S n'est franchissable qu'au milieu de l'été, son accès versant N, celui du côté duquel on se trouve, étant gavé de neige... Donc, pour cette randonnée d'acclimatation en boucle, l'avancée vers le S est terminée. On monte à main G afin de rejoindre l'arête qui descend des sommets arrondis qui occupent la partie E de cet alpage d'altitude. Vers 5100m, on dispose d'un large panorama à quasi 360° et on poursuit au NE rejoindre la base de l'épaule marquée d'un double cairn (45mn, 5125m).

Au pied des deux mamelons avec le Steansi La sur la droite

D'ici, on peut tenter l'ascension des deux mamelons (compter 50mn et +220m pour le premier, 15mn de plus et +80m pour le second). D'en haut, la vue s'ouvre sur la partie cachée qui barre cette région du Changthang d'une crête bien redressée dont le seul passage identifié est celui du Steansi La). Pour ceux qui ne se sont pas mesuré à l'ascension des deux mamelons, ils rejoignent vers l'E une bosse pierreuse marquée d'un cairn (10mn, 5165m) d'où l'on redescendra vers le camp. Le sentier en zigzags serrés descend fortement vers l'E sur une centaine de mètres de dénivelée. Après, les pentes présentent une déclivité trop importante pour poursuivre tout droit. Il convient de partir à flanc sur la D avec comme point visé un double cairn situé en contrebas. Au double cairn (25mn, 4970m), on descend rejoindre la rivière et on suit la RG sur des banquettes herbeuses jusqu'à atteindre une bergerie (15mn, 4860m). Puis on retrouve un semblant de chemin qui traverse la rivière et remonte sur la moraine centrale du vallon. On, la suit en descente jusqu'à son extrémité où l'on s'échappe sur la G pour retrouver un entrelacs de petits ruisseaux qui ramène au camp de Drilche doksa (20mn, 4705m).

Drilche doksa, un lieu enchanteur...

Jour 5 : Drilche doksa - Doksa à 5115m (Ongpo pullu)

2h / +410m / -0m.
Du camp, on s'engage dans la large vallée qui s'ouvre au NE. On la remonte en RD jusqu'à atteindre une confluence de vallées où l'on incline la marche légèrement sur la D pour rejoindre un piège à loup ruiné (35mn, 4835m). On suit la vallée vers l'E sur un sentier cairné tracé à flanc de moraine RD. On atteint un plateau gazonné (15mn, 4920m, possibilité de camp) au milieu duquel louvoie la rivière. On passe au milieu de troupeaux de dzos pour lesquels la tranquillité de la rumination est juste perturbée par les courses folles des marmottes. On rejoint un petit monticule coiffé d'un cairn (25mn, 4990m) puis on dépasse une bergerie ruinée (10mn, 5040m). Toujours en restant sur les banquettes herbeuses de la RD, on passe à l'aplomb d'un cairn érigé à l'extrémité d'une langue morainique d'éboulis (15mn, 5075m) avant de redescendre légèrement retrouver le bord de la rivière. On suit le cours d'eau sur 400m et on s'échappe à main G pour grimper sur la moraine (10mn, 5100m) juste avant de rejoindre le parc à bestiaux d'Ongpo pullu (5mn, 5115m) où l'on établit le camp.

Ongpo pullu

Jour 6 : Doksa à 5115m - Gongma La BC E

1h45 / +375m / -0m.
On poursuit sur la banquette gazonnée sur 500m en restant au-dessus de la rivière pour trouver à main G le départ d'un sentier cairné qui s'en va au départ vient tutoyer le ruisseau émisssaire qui sort du thalweg. On laisse la verdoyante vallée se poursuivre tout droit et on s'élève en larges lacets dans les pentes morainiques qui s'inscrivent au pied du sommet coté 6040. On rejoint ainsi un imposant cairn (55mn, 5310m) posé à l'entrée d'un plateau à l'herbe rare, plateau que l'on va traverser en suivant une direction N pour trouver un abri de bergers (10mn, 5370m). Derrière, on a accès à une zone humide bosselée recouverte de pozzines qu'il faut traverser pour rejoindre le camp posé au niveau de la confluence de deux anciennes vallées glaciaires (40mn, 5490m, GPS : 33°44'40"N 78°10'15"E). Malheureusement, plus haut, pas de possibilité de camp...

Les dernières banquettes d'herbe avant le minéral (Gongma La BC E)

Jour 7 : Gongma La BC E - A/R Tundup La et Gongma La

4h50 / +500m / -500m.
Journée d'exploration des cols du bassin versant (et, pour les alpinistes ne craignant pas de brasser de la neige, la possibilité d'accrocher à leur palmarès, en suivant les crêtes à partir des cols, un ou deux sommets à 6000m).
Du camp de la confluence, on poursuit la vallée principale vers l'E. On évolue plutôt en RD et à flanc de gros éboulis. Quelques cairns balisent l'itinéraire. On retrouve le fond du thalweg (35mn, 5530m) et on poursuit la montée légèrement en RD pour entrer au coeur du cirque glaciaire. Face à nous, côté E, on identifie aisément le large passage du Gongma La avec le chemin en zigzags qui permet d'escalader la pente détritique. Ce col qui mesure 5850m permet de franchir une arête constituée de montagnes glaciaires dépassant les 6000m. On traverse la langue glaciaire fossile qui occupe le fond du vallon et on égrène un à un les lacets qui permettent d'escalader ce point de faiblesse dans la moraine latérale RG. Au sommet (1h45, 5850m) on découvre un large plateau sur lequel sont érigés deux cairns.

Au Gonma La, vue plongeante sur le vallon E (photo Tundup)

Au-delà, en poursuivant vers l'E, le plateau se termine et il va falloir opérer un choix pour rejoindre la vallée qui descend du Gun La : à droite, le vallon semble assez perturbé et peu amène, à gauche, l'accès à la vallée paraît évident mais il faudra franchir en RD une barre morainique qui défend l'accès à un lac... Et là, on s'arrête car, comme c'est le cas de nombreux cols du Changthang, impossible de le franchir en début de saison (juin, juillet et jusqu'à début août...) les versants N et E étant gavés de neige, ancienne et/ou nouvelle, suite à une chute tardive en toute fin de printemps... On redescend la série de zigzags côté SW pour reprendre pied sur le glacier fossile (30mn, 5665m) et poursuivre l'exploration jusqu'en haut de la vallée. On remonte la large pente neigeuse jusqu'à la base des pentes terreuses jaunâtres qui défendent l'accès à un large col, le Tundup La (50mn, 5800m, il a été baptisé à l'occasion de son franchissement à l'été 2019).

Au Tundup La, vie plongeante sur le vallon NW

On dispose d'une belle vue périphérique côté N sur un cirque glaciaire. Côté N, là aussi en présence de neige, pas question de pourvoir descendre : l'itinéraire passe par la D et est sensé traverser la combe E en suivant un tracé en large courbe... Mais ça, comme nous l'apprendront les locaux, pour pouvoir rejoindre la vallée de Harong et le village de Chibra (voir topo de la tentative de 2018), il va falloir patienter ! Mais en une belle journée de milieu de l'été voire de début d'automne ça devrait pouvoir se faire... Du col, retour au Barma La BC E en 1h10.

Jour 8 : Barma La BC E - Kagtsa - Leh

3h35 / +0m / -1235m et 2h30 de voiture.
Retour au point de départ de cette exploration, le village de Kagtsa, en une journée de marche. Et possibilité de revenir sur Leh dans la foulée si le rendez-vous automobile a été convenu à l'avance...

Noter que depuis le sommet du Tundup La il est possible, lorsque la neige a disparu, de rejoindre le village de Chibra dans la vallée de Harong. C'est de ce village que l'on avait commencé notre randonnée trop tardivement en septembre 2018.

Perdrix des neiges

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Relevés de terrain juin 2019

6 jours / 19h / +2450m / -2450m.

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