Ladakh, l'amertume...

Je n’ai pas pour habitude sur ce site de vous raconter ma vie. Je mets à votre disposition des topos de randonnées que j’ai construits et exécutés sur le terrain afin de vous proposer le meilleur niveau de détail et que vous puissiez randonner avec des informations les plus précises possibles. Tout le monde n’a pas la chance ou simplement le temps de pouvoir préparer avec autant de minutie ses vacances et sur le genre de destinations couvertes, il n’y a pas de place pour l’à peu près… Les topos vous apportent toutes « les billes » pour que vous puissiez monter vos propres itinéraires « hors des sentiers battus ». Le blog était jusqu’à ce jour uniquement utilisé comme lettre d’information : des nouveaux topos qui sortent, des diaporamas qui viennent illustrer des topos existants, le programme de randonnées à venir ou bien les bons plans que j’avais pu glaner sur le web, ou transmis par des amis, et que je voulais vous faire partager. Je vous avais donc annoncé dans un précédent billet de blog que Marie et moi avions décidé de partir cet été pour l’Inde du Nord. Paysages splendides, cols de haute altitude, air pur, il n’en fallait pas plus pour que nous rejoignions les nombreux trekkeurs de tous pays qui s’y rendent chaque été s’adonner à leur passion. Cette région a pour nom le Ladakh. Elle se situe dans la province du Jammu-Kashmir en Inde du Nord, coincée entre le Pakistan à l’W et la Chine (Province du Tibet) à l’E. La capitale s’appelle Leh. Même si le drame vécu au Pakistan a souvent monopolisé (à raison) les bulletins d’information pendant l’été, l’Inde du Nord ne doit pas vous être totalement inconnue côté faits divers. Rappelez-vous…

Revenons quelques mois en arrière : au printemps, Marie et moi cherchions donc une destination pour notre grand voyage de l’année, destination qui puisse concilier nos impératifs d’emplois du temps bien différents. Une chose était sûre : il lui serait impossible de se libérer comme à l’habitude soit en novembre pour le Népal soit en décembre pour la Réunion à cause du programme chargé de cours qu’elle suit à l’université. Comme les voyages c’est plus sympa à deux… je n’envisageais pas non plus de partir seul faire un trek techniquement « dans ses cordes ». Nous tombâmes d’accord que la seule période envisageable était le mois d’août et, pour randonner dans la chaîne de l’Himalaya, la destination du Ladakh s’imposait d’elle-même. Cette région désertique d’altitude présente des paysages désolés et se caractérise par un climat sec de juin à septembre, une particularité dans la chaîne de l’Himalaya à cette époque, puisque la mousson reste cantonnée sur la plaine indienne, bloquée qu’elle est par les premiers contreforts montagneux (il ne tombe que 100mm d’eau par an dans la région…). Marie avait déjà expérimenté cette destination en 1995 pour une randonnée du village d’Hémis au lac Tsomoriri. Elle en gardait un souvenir ému. Quant à moi, cette région m’était inconnue et, bien évidemment, je souhaitais ardemment la découvrir. Si fait ! Nous recherchons comme à notre habitude une agence locale pour nous aider à monter notre trek et décidons de partir avec Shanti Travels, agence franco-indienne installée à Delhi, présentant un large panel de treks sur son site web. Contact hyper rapide, très professionnel, devis dans les deux jours qui suivent, réponse immédiate aux demandes d’explications, bref, de la belle ouvrage… Les premiers contacts par mail semblent vraiment très prometteurs. Qui plus est, les prix annoncés sont dans nos cordes. Tout baigne ! Date est prise pour le circuit de la Grande Traversée du Zanskar et une extension vers Agra et Jaïpur en fin de séjour pour un prix total de 3000€ pour deux, hors voyages aériens internationaux, entre le 1er et le 29 août 2010. A fond la forme comme disent certains… On se prépare du feu de dieu sur la GTAM3 au Maroc en juin que je complète d’un Alpi-Toubkal3 début juillet. Plus affiné tu meurs !

Voici donc le jour par jour de ce voyage merveilleux qui s’est malheureusement transformé en voyage au bout de l’enfer… Si je n’écris ce billet qu’aujourd’hui, c’est que nous en sommes revenus profondément touchés de ce que nous avons vécu sur place. Il nous a été impossible de coucher les mots plus tôt bien que rentrés sur Paris depuis la mi-août. Il fallait d’abord se reconstruire…

VERBATIM « Grande Traversée du Zanskar 2010 »
ou chronique d’un été pas comme les autres…

J1 Dim 01/08 : Paris - Delhi
8h d’avion
Arrivée tardive en Inde. Excellent vol par KLM via Amsterdam. Accueil à l’aéroport par Pascale, notre contact Shanti Travels. La mousson est bien présente : dès la sortie de l’aérogare, une chape de chaleur moite nous étouffe. Traversée de nuit de l’axe sud-nord de Delhi pour aller passer la nuit dans un des nombreux hôtels de la capitale (Aura hotel, non loin de la gare, dans le vieux quartier de Pahar Ganj avec WiFi).

J2 Lun 02/08 : Delhi
Visite touristique de la ville tentaculaire. Beaucoup de circulation, conduite au klaxon, « loi de la nature » en vigueur, à savoir que le piéton s’efface devant le vélo qui se garde bien du tempo (tuk-tuk pétaradant) qui ne doit penser qu’à éviter les écarts des voitures dûs aux dégarages imprévus des autobus Tata gênés dans leur avancée par des camions (Tata aussi…) mal garés parce qu’il y a une cariole qui décharge anarchiquement son contenu au milieu de la chaussée… Pour une visite découverte, le mieux, c’est de louer les services d’un taxi à la journée et faire le tour de la cité sans que l’on ait à chercher son chemin au milieu des grandes avenues et sur les rond-points (dangereux d’ailleurs car la priorité est donnée à qui veut la prendre rapport avec la « loi de la nature » citée plus haut…). En gros cela coûte dans les Rs1000 (18€). Pas mal de coins intéressants mais des temps de parcours assez longs entre sites du fait de la circulation dense.
On effectue quelques visites en débutant par le Laxmi Narayan Temple, un temple sikh pas trop kitch que l’on visite pieds nus ou en chaussettes et sans appareil photo…, on poursuit par l’avenue des ministères, du Parlement et du Palais présidentiel, on descend la grande avenue jusqu’à India Gate, l’Arc de Triomphe indien. Cap au sud pour rejoindre l’un des moments forts de la journée, à savoir Qutub Minar, un temple islamique du XIIe siècle doté d’un minaret d’une hauteur de 75m et plein d’autres merveilles alentour. Nous remontons vers le nord pour passer auprès du Lotus Temple, très moderne mais élégant, et finir la journée par le tombeau d’Humayun, un pré Taj Mahal en brique rouge et marbre blanc, le véritable deuxième moment fort de la journée.
Comme il est conseillé de se rapprocher de l’aéroport domestique à cause du départ aux aurores vers Leh, une chambre a été réservée au Saptagiri hotel situé en bordure de l’avenue qui conduit à l’aéroport international Indira Gandhi (pratique, assez cher mais WiFi). On s’y rend en petit taxi pour Rs450 (les transports ne sont pas vraiment chers ici).

J3 Mar 03/08 : Delhi - Leh
1h de vol
Diaporama Vol matinal Jet Airways sans problème. Cette rotation aérienne est parfois sujette à quelques incertitudes rapport aux conditions météo sur Leh. En effet, l’approche de l’aéroport est assez problématique du fait de l’altitude de la vallée de l’Indus (3500m) et son exigüité obligeant le pilote du Boeing 737 à disposer d’une parfaite visibilité au moment où il doit tutoyer les montagnes… En gros, 2 à 3 vols par jour (KingFisher, Jet Airways et parfois Air India), plus, si les compagnies aériennes doivent rattrapper le décalage météo d’une journée ou deux… Donc, attention pour le vol retour sur Delhi, éviter de prévoir trop juste pour la correspondance avec le vol international. Depuis fin juillet 2010, tous les vols intérieurs sont opérés depuis le terminal T1 (l’ancien aéroport international) qui s’appelle « Domestic Airport » sur toutes les pancartes de signalisation routière (il se trouve à 6 kms avant l’IGIA, le nouvel aéroport international Indira Gandhi sur le tarmac duquel nous avons atterri deux jours auparavant).
A Leh, ville impersonnelle et bruyante, on prend un taxi pour remonter dans le haut de la ville, on se pose dans une guest-house (Asian guest-house à l’W de Leh dans le quartier calme de Changspa), on complète le petit déjeuner frugal de l’avion avant d’aller dormir. Un leitmotiv pour la journée : pas d’efforts ! On vient de passer de 350m à 3500m en 1h de temps, il ne s’agirait pas de faire le zozo : le M.A.M (Mal Aigu des Montagnes) nous guette. Pas d’imprudence donc… En milieu d’après-midi, promenade tranquille dans le centre ville de Leh et montée, le plus lentement possible, jusqu’au palais moghol qui domine Leh. En cours de restauration (entrée Rs100), on dispose de belles vues plongeantes sur la capitale du Ladakh et le parcours dans les entrelacis de couloirs et de pièces du palais est assez ludique. Côté achats, on trouve de tout à Leh. Si d’aventure on avait omis de prendre ses gants ou son bonnet mais aussi que l’on veuille compléter sa garde-robe, on peut acquérir des pantalons et des T-shirts. Possibilité également de se ravitailler en produits frais et manufacturés. Beaucoup d'agences de trekking (il faut dire qu'il y a de la matière alentour), des militaires partout (nous sommes pris en étau entre la Chine à l’E et le Pakistan à l’W), des junkies, des motards (jeunes et moins jeunes, junkies ou pas…) chevauchant de pétaradantes Royal Enfield. Et encore, le quartier de Changspa est réputé calme... On regrette vraiment la douceur et le silence de Pokhara au Népal... Au soir, nombreux restos de cuisines variées pour un solide dîner avant le retour à la guest-house. Un point important à noter et qui aura de l’importance pour la suite du séjour : les militaires ont restreint l’usage de la téléphonie mobile aux seuls possesseurs d’une carte SIM indienne. Pas de roaming autorisé. Par contre, beaucoup de cyber-cafés internet et téléphonie IP via Skype via liaison satellite.

J4 Mer 04/08 : Leh – Tiksey – Chemre - Stakna
5h de voiture
Diaporama Exploration en voiture des vallées à l’E de l’Indus et visite de trois superbes monastères perchés comme il se doit sur leurs pitons rocheux. De nombreuses agences sur Leh proposent ce circuit à la journée. Certaines d’entre elles rajoutent le superbe monastère de Hemis mais la journée devient vite longue et fastidieuse. Profitez déjà des beautés secrètes des trois premiers cités. Et puis comme c’est une journée d’acclimatation, allez-y doucement sur les montées d’escaliers… On nous adjoint les services d’un guide francophone pour les explications. Bonne pioche ! Jonathan en connaît un rayon… Retour à Leh en fin de journée. Nuit à l’Asian guest-house. Ce matin, il n’y aura pas eu de rotation aérienne avec Delhi, les abords de Leh étant restés enfouis sous les nuages. Ce n’est pas encore aujourd’hui que nous pourrons profiter du langoureux coucher de soleil sur le sommet du coin, le Stok Kangri. C'est la haute saison au Ladakh, beaucoup de monde dans les restos, on frise la saturation de la capacité d'hébergement...

J5 Jeu 05/08 : Leh – Nimmo – Phyang - Leh
3h de voiture
Diaporama Il a beaucoup plu toute la nuit, l’orage s’est fait entendre à plusieurs occasions, mais nous n’y prêtons pas attention car focalisés sur notre départ en trek et vraiment impatients de passer aux choses sérieuses. Comme convenu, ce matin, c’est le départ vers Phanjila (3800m) avec au passage la visite des monastères réputés de Alchi et Lamayuru. On entasse hommes et bagages dans le minibus coréen puis direction W sur la route en direction de Lamayuru. Surprise ! L’orage a dû être plus violent qu’il n’y paraissait : le goudron disparaît assez souvent sous des coulées de boue dans lesquelles voitures et camions patinent. On franchit un col qui donne accès à la confluence de l’Indus et de la rivière Zanskar. Les fleuves sont grossis par les chutes d’eau de la veille mais les infrastructures routières semblent tenir… Pas pour longtemps cependant ! On laisse partir sur la gauche la route de Choksti et Chilling, portes d’entrée de la vallée de la Marka et duquel part le fameux trek hivernal de la rivière gelée, la Chadar. On entre dans Nimmo et nous voici bloqués devant un gué englouti sous des monceaux de boue, des amas blocs de rochers et un agglomérat de parpaings arrachés aux habitations détruites. Un unique caterpillar s’affaire mais le temps parait long… Nous apprenons sur place, alors que nous assistons au déblaiement du gué, que la route de Leh à Lamayuru (160 kms) a été recouverte en plusieurs endroits par des coulées de boue et qu’elle a subi de nombreux dégâts. On imagine la puissance du flot de boue à voir la grosseur des pierres qui ont été charriées. Une personne ayant été ensevelie dans la deuxième coulée de boue 5 kms plus loin, la route restera coupée toute la journée pour les recherches du corps. Le mieux que nous ayons à faire est de reporter notre voyage au mieux au lendemain et de retourner sur Leh. Pas de panique pour le respect de l’emploi du temps du trek : la piste de Phanjila ayant été prolongée plus au cœur du massif, nous ferons la première étape en minibus… Retour sur Leh : au passage, histoire de ne pas avoir fait tout ce chemin pour rien, on rend une petite visite du monastère de Phyang posé au milieu d’une large vallée fertile, une vingtaine de kilomètres avant Leh. On peut y admirer dans les deux gompas des peintures murales originales du XIVe siècle. Re-Leh et ambiance lourde du fait de l’incertitude de la météo pour les jours à venir... Les nuages s’amoncellent au-dessus de nos têtes. Nuit à l’Asian guest-house.

J6 Ven 06/08 : Leh
Diaporama Un orage dantesque s'est produit dans la nuit. Des trombes d'eau sont tombées sur Leh et en amont, du côté de la vallée de la Nubra. On nous rapporte que des maisons se sont écroulées à côté de la gare routière, emportées par un flot de boue descendu d’un vallon aride duquel, de mémoire d’homme, on n’avait jamais vu une goutte d’eau en sortir… Il y aurait des centaines de blessés dirigés vers l'hôpital local qui a aussi subi des dégâts car positionné en bordure de la zone, et des ponts coupés vers l'W. Re-re-Leh ce soir encore ? L'agence de trek s'active pour trouver une destination de substitution mais les possibilités se réduisent à peau de chagrin du fait des pluies qui ont raviné les pentes arides et grossi les fleuves de boue quand elles n'ont pas détruit des passerelles stratégiques... Evidemment, très peu d'informations, beaucoup de rumeurs, une situation de crise conventionnelle... Aujourd'hui, pas de rotation aérienne avec Delhi, le tarmac de l’aéroport est en cours de nettoyage. Nous allons constater de visu une partie des dégâts de la veille du côté de la gare routière. La ville est morte, l’ambiance pesante, genre « gueule-de-bois de lendemain de cuite » pourrait-on dire…, sous le choc des événements qui se sont produits pendant la nuit. Nous arrivons sur les lieux de la coulée. Apocalyptique ! Les maisons ont été emportées sur 500m, des autocars se retrouvent perchés au 2e étage des maisons encore présentes, la boue occupe maintenant l'espace de ce qui était la route et dans laquelle des centaines de ladakhis sans distinction se relaient pour sonder la terre et dégager des corps. On apprend vers midi le bilan provisoire de ce flot de boue qui a touché le quartier de la gare routière : plus de 100 morts et peut-être encore 500 disparus ! A 8 kms de Leh en remontant la vallée de l'Indus, le village de Chomlangsar a été rayé de la carte : il ne serait pas étonnant que le chiffre des disparus soit réévalué ! Et puis d'autres informations nous arrivent : toute la région a été touchée, certaines routes ont été emportées par les coulées de boue, le pont de Phyang que nous avons emprunté hier et au pied duquel nous avons pris notre pique-nique n'existe plus, de même que le camp scout de l'armée. Toute la ville est sous le choc, les magasins restent fermés en signe de solidarité. Internet et le téléphone ne passent pas. Leh est isolé. Et toujours ces nuages noirs qui s'amoncellent derrière les montagnes. Vers 2h de l'après-midi, un orage se déclenche une nouvelle fois sur les montagnes de la vallée de la Nubra à une cinquantaine de kilomètres au nord de Leh. A 6h du soir, alerte générale, les locaux reçoivent des appels téléphoniques passés par des amis qui habitent la haute vallée : le torrent commence à charrier des flots de boue qui, suite à l'orage du début d’après-midi, pourraient mettre en péril le quartier W de Leh (Changspa où nous résidons). Toute la population est appelée à se diriger vers le Shanti stupa qui semble être la seule alternative sécuritaire en cas d'arrivée subite d'un torrent de boue. Ce stupa est situé à une centaine de mètres au-dessus de la vallée sur un solide roc. Le bruit du torrent se fait de plus en plus pesant, le niveau monte, la boue vient lécher une maison, envahit le jardin, fait ployer un ou deux peupliers. On entend l’espace d’un moment un bruit d’effondrement : qu’est-ce donc ? Puis le niveau de la rivière se stabilise. La boue reste canalisée dans le lit habituel de la rivière. La maison construite sur la rive G est toutefois emportée par les flots. Vers 9h du soir, juste avant que le crépuscule ne rende le sentier assez peu praticable, quelques personnes commencent à redescendre sur Changspa. A l’aide des jumelles, nous pouvons apprécier le niveau du torrent : il reste stable et, les orages terminés, il nous semble qu’il y a peu de risques nouveaux à redouter pour aujourd’hui. Nous leur emboîtons le pas. Cependant, la majorité des ladakhis reste passer la nuit sur le tertre. La nuit semble vouloir être clémente au niveau météo. A Changspa, la rivière a certes élargi son lit, rogné ses rives, détruit nombre de jardins qui la bordaient, jusqu'à emporter la terrasse de l'Asian guest-house dans lequel nous étions hébergés, fragilisant peut-être le bâtiment principal. Difficile de voir les dégâts alentours tant la nuit est noire. Nous décidons de ne pas prendre l'option de dormir dans nos chambres (va savoir le respect de normes de construction des bâtiments au Ladakh… !). Nous recherchons un plan B qui se trouve être la guest-house Greenland, juste en face de l’Asian et à distance respectable du torrent, où les aubergistes nous accueillent. Les chambres sont déjà occupées mais ils nous ouvrent leur salon de réception pour en faire un dortoir de fortune pour 6 personnes. En retrait de la rivière, le bâtiment a peu à craindre (quoique..., les rumeurs de "ceux qui savent bien" prédisant le pire). Au matin, petite pluie mais qui ne prête pas à conséquence.

J7 Sam 07/08 : Leh
Diaporama On se lève après une nuit dans ce dortoir de fortune. On prend un petit déjeuner alors que le reste du groupe qui a passé la nuit dehors nous rejoint. Ils nous annoncent qu'ils sont passés à l'Asian guest-house et que la terrasse appartient désormais au passé. Le nouveau bâtiment semble vraiment fragilisé et décidons d'un commun accord ne pas y retourner dormir... Le torrent charrie toujours arbres et rochers mais le flot semble maîtrisé même s'il n'a pas retrouvé sa couleur et son débit habituels. Nous passons une grande partie de la journée à la guest-house puisque de toute façon tous les rideaux sont baissés. Toujours pas d'électricité et d'internet. Seuls quelques téléphones fonctionnent dans toute la ville, pris d'assaut comme il se doit. Au vu des risques sanitaires, du manque de ravitaillement possible à court terme, que les ladakhis ont plus la tête à panser leurs plaies qu’à nous emmener en trek, le groupe décide dans son ensemble de demander le rapatriement sur Delhi. De toutes les manières, la région aujourd'hui est totalement impraticable au tourisme (trekking ou visite de sites culturels). Au soir, on nous annonce le renfort des rotations aériennes pour le lendemain avec au moins 4 vols Air India. Nous passons une nouvelle nuit dans la guest-house Greenland.

J8 Dim 08/08 : Leh
Diaporama Lever aux aurores pour rejoindre l'aéroport. Les routes autour de Leh ont totalement été défoncées et il est difficile de circuler. On passe par le quartier de la gare routière et constatons qu'un chemin a été rétabli là où le flot de boue était passé mais, tout autour, de nombreux ladakhis aidés de touristes étrangers sondent encore le terrain à la recherche d'autres disparus. A l'aéroport, les files d'attente devant les guichets Air India, KingFisher et Jet Airways sont impressionnantes et on ne les voit pas beaucoup se réduire. Les avions promis sont bien au rendez-vous mais le guichet Jet Airways se referme juste devant nous et Air India en fait de même... KingFisher lui n'a pas ouvert ! Enfin une bonne nouvelle : quatre personnes du groupe de douze que nous constituons ont pu échanger leurs billets existants et partir (avec difficulté...) sur un vol Jet Airways. Nous ne sommes plus que huit de notre groupe à rester une journée de plus à Leh. Il est 1h passée, nous rentrons sur Changspa et, comme des places se sont libérées dans les hébergements, nous établissons nos quartiers dans la Zambhala guest-house, flambant neuve, et toujours l'accueil ladakhi hyper sympathique. Ca fait du bien après la déception de l'aéroport. Dans l'après-midi, nous partons faire un tour en ville : les magasins rouvrent peu à peu, la vie se réorganise, l'atmosphère n'est pas à la gaieté… L'eau minérale commence à être rationnée mais, point à relever, son prix n'a pas changé... Marie fête son anniversaire (un demi-siècle) en allant chercher un gâteau au chocolat à la « german bakery » du coin et du jus de pomme ladakhi dans les magasins de commerce équitable. Une bouteille de Champagne rosé Billecart-Salmon acquise pour l'occasion à la duty-free de Roissy sort du sac et vient ouvrir cette fête. Moment sympathique au plein milieu de cette période perturbée... Le point info du soir nous présente une stratégie d'achat de billets en groupe dès l'ouverture de l'aéroport demain matin. Une personne sera sur place et détiendra tous les passeports. Demain sera-t-il le bon jour ? On ne sait. Mais la nuit est très plaisante dans la guest-house et les matelas bien agréables.

J9 Lun 09/08 : Leh
Diaporama Lever aux aurores et petit-déjeuner light fait de corn flakes et de thé (le pain de mie commence à manquer). Mieux organisé que la veille, le transport vers l'aéroport se fait en minibus. Nous passons par des rues moins défoncées que la veille mais ce n'est pas le luxe quand même ! A l'aéroport, les files d'attente sont encore plus grandes que la veille mais on annonce le même nombre de vols. Notre envoyé spécial "achat des billets" est en troisième position dans la file Jet Airways. Ce que nous découvrirons au fur et à mesure de la matinée, c'est que les guichets ne délivrent que le complément de places libres sur les vols et que la majorité des avions ont été réservés depuis Delhi par différents consulats (entre autres le consulat israélien qui s'est super bien débrouillé et qui a pu faire évacuer une grande partie de ses ressortissants) et qu'il ne reste que peau de chagrin pour les gens qui attendent sur place. Bad luck ! Nous avons choisi la file Jet Airways mais c'est Air India qui marche bien aujourd'hui... On voit plein de personnes qui s'envolent mais nous restons sur le tarmac, encore une fois, en première position dans la file. Arrivée du vol KingFisher depuis Delhi et qui ne voit-on pas débarquer (enfin...) ? Les représentants des consulats anglais, américain, espagnol, italien et français aussi (pas Kouchner mais un indien qui prend les choses en main aidé en cela par les représentants de notre agence Shanti Travels sur place). Il note tous nos noms sur un papier et part dans l'aéroport négocier en direct avec le représentant local de KingFisher 30 places (d'autres groupes revenant de la montagne se sont joints à nous) sur un vol du lendemain. Nous retournons à la Zambhala guest-house et reprenons possession des chambres que nous avions abandonnées quelques heures auparavant. La taille des files d'attente devant les seuls points téléphone qui fonctionnent se sont réduites attestant bien que nombre de touristes sont repartis hier et ce matin.

Il fait beau cet après-midi. Nous décidons de nous changer les idées et partons à l'assaut du fort de Leh qui jouxte le palais. Large vue sur la ville. Les stigmates des violents orages sont partout présents : ici une route recouverte de boue séchée, là-bas des maisons écroulées, le fameux terrain de polo converti en parking de voitures d'intervention, et puis ces nuages de poussière qui s'envolent de partout et qui rendent l'atmosphère irrespirable dans le centre ville au moment du passage des camions. De retour à la guest-house, nos passeports sont là avec la bonne nouvelle espérée : nous avons des places sur le vol KingFisher de 11h50 demain matin, bien entendu si les conditions météo le permettent... Croisons les doigts. Vers 10h du soir, les billets sont en notre possession mais constatons bien que la compagnie KingFisher n'a pas joué le "jeu" de la solidarité puisque le prix des billets s'inscrit entre Rs11000 et Rs13500 (de 180 et 220€) soit les prix habituellement constatés sur cette destination. Jet Airways et Air India sont restés respectivement aux prix annoncés de Rs8500 et Rs9000 (140 et 150€). Business à tout prix…

J10 Mar 10/08 : Leh - Delhi
1h30 de vol
Diaporama Lever à 7h30. Les montagnes autour de Leh sont prises dans les nuages mais toute la vallée se réveille sous le soleil et le ciel bleu. Gageons que la situation puisse durer… Pourtant la météo avait annoncé trois jours de temps maussade… On commence à entendre les premiers avions arriver à Leh. Petit déjeuner à la guest-house puis les taxis arrivent vers 9h30. On descend à l’aéroport et on entre dans les locaux de l’aérogare. Nous retrouvons le représentant du consulat et Aurélie de Shanti Travels. Nous remboursons les frais avancés par l’ambassade de France avant de rentrer dans l’univers impitoyable de la salle d’embarquement. Kafkaïen puissance 10 ! Incohérence dans ce qu’on doit garder sur soi ou mettre dans la soute. Certains peuvent faire passer le petit sac à dos, d’autres sont refoulés au contrôle de police… On nous appelle pour embarquer. On monte dans l’avion, il est plein à ras bord : il n’y a pas que des touristes mais aussi quelques familles indiennes accompagnées de très jeunes enfants dont leur seule richesse se trouve être la pelure qu’elles ont sur la peau. Les réacteurs se mettent en marche. L’affaire est-elle enfin finie ? Non, pas vraiment… L’un d’entre nous constate en regardant par le hublot que nos bagages sont restés sur le tarmac ! Petite échauffourée à l’arrière de l’avion avec les hôtesses. Celles-ci nous expliquent qu’ils ont dû laisser nos bagages sur place pour privilégier l’embarquement de personnes mais que l’avion revient dans l’après-midi faire une rotation et que nos bagages nous serons livrés vers 5h à Delhi. Nous faisons contre mauvaise fortune bon cœur et arrêtons de protester. L’envol de l’A320 vers midi par une température dépassant les 30°C est plus que laborieux, en bout de piste, avant de suivre péniblement la vallée de l’Indus et repasser au-dessus de Leh à l’altitude de 5000m. Le voyage est assez chaotique, d’abord au-dessus de la chaîne himalayenne ennuagée, puis par-dessus la plaine jusqu’à Delhi où nous atterrissons sans encombre sous une pluie battante de mousson. A la délivrance des bagages, nous ne retrouvons (normalement…) que 2 des 14 bagages enregistrés. Une partie du groupe décide de rester sur place pour les récupérer lors du retour du vol de l’après-midi. Direction l’hôtel Aura puis débriefing dans les bureaux de Shanti Travel. Vers 9h du soir, retour à l’hôtel Aura où nos bagages arrivés par le vol de l’après-midi ont été récupérés par ceux qui étaient restés à l’aéroport. Nous sommes enfin réunis : certains partiront dès demain matin ayant pu faire décaler leur vol, d’autres attendent leur changement et nos amis allemands envisagent de poursuivre leur périple en Inde par le Rajasthan avant de mettre le cap sur l’Europe. Demain matin, petit dej’ à 7h tous ensemble pour la séparation. Ce que nous avons vécu ensemble a soudé les liens et on pressent une suite à notre épopée avortée… Grâce à la connexion WiFi de l’hôtel, on peut explorer les sites d’info français qui commencent tout juste, ce 10 août, à aborder les inondations de Leh, quatre jours après qu’elles se soient produites. Il faut dire qu’on annonce le décès de 3 français. On a peur que ce soit réellement vrai (bien malheureusement confirmé depuis)…

J11 Mer 11/08 : Delhi
Lever à 6h45. Bises d’adieu avant de réfléchir à l’occupation de la journée. Un constat : Marie et moi ne considérons plus que ce voyage soit celui que nous avions construit… Il n’est plus question pour nous de partir sur une destination de substitution. Nous demandons à la centrale de réservation de Shanti Travel de déplacer notre vol de retour KLM à une date plus proche ou à défaut de nous réserver un vol sur Air India dès que possible (jeudi, vendredi,… ?, le prix sur Internet est indiqué à 345€ sur le site www.airindia.com). En attendant, que faire ? Il nous reste à explorer quelques lieux touristiques dans Delhi comme le Fort Rouge, la Jma Masjid, le temple Swaminarayan Akshardham… mais aussi se fondre dans la vie locale de cette mégapole côté hindi ou musulman. Nous louons les services d’un voiturier qui se révèle n’avoir rien compris à notre demande de circuit et ne fait que nous balader (plutôt malhabilement…) dans son 4x4. Nous demandons fermement le retour à l’hôtel ! La matinée est perdue mais bah, on se console par un repas d’excellente facture à deux pas de l’hôtel. Dans l’après-midi, nous essayons le transport par tuk-tuk pour nous rendre à la grande mosquée Jma Masjid. Bien mieux qu’en voiture, cette course ne nous coupe pas de la vie de la rue. 30mn plus tard nous sommes, après de nombreux embouteillages, au pied de la mosquée rouge brique, située au cœur d’un quartier musulman grouillant et sympathique. Visite rapide avant de décider de rentrer par nos propres moyens, à pieds. Immersion dans un entrelacis de ruelles commerçantes avant de déboucher, une heure après, sur l’avenue de la gare. Il est 4h30 et un orage de mousson se décide à nous inonder. Nous nous abritons du mieux possible alors que nous constatons que cette période fait partie de la vie « habituelle » de l’habitant de Delhi : la vie ne s’arrête pas sous les trombes d’eau chaude. Au bout de deux heures, une accalmie nous permet, alors que la lumière du jour commence à s’atténuer, de commencer à nous diriger vers le quartier de la gare en alternant passage sur les trottoirs encombrés par les immondices et les traversées de rues où les flaques d’eau boueuses sont légion… La pluie qui n’a pas cessé reprend de la vigueur et nous décidons d’accélérer notre retour au bercail en louant les services d’un rickshaw, ce vélo à deux places. La densité de la circulation est telle que nous terminons cette épopée trempés… Douche à l’hôtel. Quand on tient une bonne table, on y retourne. Nous revoici donc à la table du restaurant attenant à l’hôtel Ajanta. Poulet Tandoori de haute facture avant d’aller au dodo…

J12 Jeu 12/08 : Delhi
Hier soir nous avons eu la confirmation que notre vol KLM ne pourrait être avancé qu’à une date postérieure à notre départ prévu… Nous partirons donc sur Air India vendredi midi. On commence la journée par rendre une petite visite au quartier hindi de Main Bazaar sous une petite pluie fine. Mais que donc faire de toute cette journée, qui plus est maussade ? Et si on allait du côté du temple Swaminarayan Akshardham dans la banlieue NE de Delhi ? On nous en a vanté monts et merveilles… Tuk-tuk de nouveau et arrivée sur un site dont nous ne soupçonnions pas l’importance : gigantesque ! Il mérite sûrement bien plus qu’une heure de visite tel que nous l’avait suggéré le chauffeur. On se dit qu’on va prendre des tonnes de photos que l’on décryptera à la maison. Mais las, équipements électroniques (appareils photo, mobile, MP3,…) ou livre, je rajoute également la nourriture, sont interdits ! On dépose tout à l’entrée avec vidéosurveillance au guichet, sur une même photo, la tête du déposant et les équipements qu’il laisse à la consigne… Il ne nous reste plus que les yeux pour pleurer sur les excellents clichés que l’on aurait pu réaliser. Car il y a matière : ce temple est fantasmagorique ! Les corps de bâtiment, les expositions et les jardins méritent une journée entière de découverte. Nous y reviendrons assurément… De retour dans le quartier de la gare de Delhi, visite de la gare-même avant de retourner sur Main Bazaar. Fin de journée sous la pluie et re-restaurant de l’hôtel Ajanta…

J13 Ven 13/08 : Delhi - Paris
8h de vol
Après un petit dej’ rapide, départ pour l’aéroport. L’IGIA est vide, il faut dire que les indiens ont prévu grand… Enregistrement des bagages, passage du contrôle de police et nous voici au cœur d’une galerie commerciale qui semble être le lot de tous les nouveaux aéroports construits. A noter une extraordinaire duty-free alcools où des whiskies single-malt extrêmement rares sont présentés à la vente. Quel pied ! Si le porte-monnaie pouvait suivre… On va essayer de ne pas trop faire chauffer la MasterCard… Vol qui décolle à l’heure prévue, sans encombre, service impeccable à bord, arrivée à Paris à l’heure dite, nickel ! Et pourtant, après toutes nos péripéties, on avait quand même pris un dernier risque : nous voyagions un vendredi 13…

Epilogue :
Retour en début de soirée à la maison. Les images trottent dans notre tête. Le sommeil ne vient pas alors que le décalage horaire devrait nous aider (il est quand même 2h du matin à l’heure de Delhi…). Il faut présenter le constat : nous avons été touchés psychologiquement avec, en plus, ce sentiment, de plus en plus fort au fur et à mesure que les heures passent : nous aurions pu être dans le lot des victimes, nous nous en sommes sortis, sains et saufs… Au lieu de nous « échapper » de Leh, n’aurions-nous pas dû rester sur place aider les secouristes ? Facile à dire maintenant… On se "jette" sur Internet pour explorer les sites des ONG afin de verser des dons pour venir (modestement...) en aide à ces populations défavorisées auxquelles il ne reste que 2 mois avant de trouver un toit sous lequel passer l'hiver (il fera -20°C à Leh fin octobre, Brrr !). Le Pakistan a la "vedette". On ne parle que des inondations dévastatrices (à raison...). Le Ladakh semble loin des préoccupations mondiales... Le site de la Croix-Rouge a notre préférence. Pourquoi celui-là plutôt qu'un autre ? Leur politique d'attribution des aides ne se fait pas par "coup médiatique" mais la manne financière commune est gérée par un comité qui décide de doter tel ou tel programme d'aide quel qu'il soit selon l'urgence avérée. Si ce récit vous a touché, n'hésitez pas vous aussi à apporter votre soutien. Pakistanais, chinois, ladakhis,... ils en ont tous besoin !

Pour information, crédits photos Michaël R. J. Krämer.

En date du 27 septembre 2010, Trek Magazine a publié sur son site web un billet de Céline Moulys accompagné d'une vidéo que vous pouvez retrouver sur le site de Dailymotion. Les mots justes et le poids de l'image...

 

 

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Commentaires (7)

1. Véronique 30/08/2010

Merci Pierre pour ce billet qui retrace avec une absolue fidélité les jours passés au Ladakh pour ce trek que nous avions tous espéré très différent. Merci aussi d'avoir trouvé les mots justes pour expliquer notre désarroi sur place et, au-delà, de retour en France.
Amicalement,
Véronique

2. Gérard S. 30/08/2010

Coucou Pierre et Marie,

Nous ignorions que vous étiez au Ladakh alors que nous suivions les infos tragiques.

Votre récit traduit avec précisions les événements dramatiques de cette région du globe.

Je suppose que Marie se souviendra longtemps de son anniversaire...

Bises à vous 2 en attendant de nous revoir

Gérard

3. Mag (site web) 05/09/2010

Un récit qui donne des frissons ... J'espère que vous parvenez doucement à apaiser ces souvenirs difficiles.

Magali

4. Murakami 28/09/2010

Nous étions sur place à Leh, et je suis toujours aussi étonnée de voir que les touristes se sont rués en masse sur des avions pour partir, alors qu'il y avait tant à faire sur place pour aider.
Ma conception du voyage n'est pas de consommer du pays, mais de partager des moments de vie, bons ou mauvais.
Bien sûr que vous auriez du rester sur place, chaque main était utile et nécessaire.J'ai eu honte d'être française quand j'ai assisté à cette fuite des vacanciers...
Et j'en conclus que finalement, c'est toute la différence entre le tourisme et le voyage... Vous êtes passés à côté d'une occasion de faire preuve d'humanité.
Je ne vous juge pas... même si c'est une attitude incroyable à mes yeux. Jamais, à aucun moment, il ne m'est venu à l'idée de partir et de laisser les Ladakhis sans aide... Tout le monde s'accorde à parler de la générosité, de l'accueil des peuples de l'Himalaya... et les touristes étrangers offrent le spectacle d'une fuite à tout prix, en se permettant d'avoir des exigences pour rentrer à l'abri chez eux...Heureusement qu'un grand nombre d'étrangers ne leur a pas tourné le dos, nous étions nombreux à aider à déblayer, remettre en état...
Votre récit, que j'ai lu, est celui de gens qui ont vécu les choses de l'extérieur... Je préfère très nettement celui de Celine, qui ne parle pas d'elle, mais de ce que vivent et ressentent les gens là-bas.

Que ce post ne soit pas le début d'une polémique sur ce qu'il fallait faire ou non...C'est sans intérêt. Je voulais juste rétablir le fait que les gens les plus malheureux ne sont pas les touristes qui ont du renoncer à leur voyage...

5. Pierre MARTIN (webmaster) 28/09/2010

Bonjour,

D’abord merci de votre franchise. Cette réponse n'est apportée que pour clarifier certains points et ne constitue pas un début de polémique.

Il est possible que le titre de mon billet de blog ait pu prêter à confusion : quand j’ai écrit « Ladakh, l’amertume… », très loin de moi était l’idée que l’amertume était consécutive au fait que j’avais pu rater mes vacances… L’amertume caractérisait les nombreux états dans lesquels je me trouvais entre la vision de la désolation, la prise en compte des malheurs de ce peuple, le fait qu’il faudrait des années pour retrouver une vie normale et que l’attrait de trekker dans cette région risquait à jamais d’être terni. Le tourisme est quand même l’une des principales ressources de cette région.
Le sujet « Ladakh » n’est pas encore cicatrisé en moi, pour preuve, j’ai continué à alimenter ce billet de blog de nouvelles complémentaires. Oui, j’ai toujours au fond de moi cette « fuite », il me sera difficile de l’occulter avant longtemps. C’est sûrement une des raisons pour laquelle j’ai tenu à indiquer le lien vers l’article de Trekmag dans la continuité de ce billet pour présenter une vision alternative à celle que j’avais décrite à mon retour précipité. Je pense que ce malaise ne pourra se dissiper, ou du moins s’apaiser, qu’en retournant sur place. Et je ne compte pas attendre des années avant de le faire… Quant à la rédaction du billet de blog, je l’ai voulue de cette forme (d’ailleurs je l’ai nommé verbatim) pour présenter une vision de la catastrophe de manière brute, sans fioriture, sans essayer de me donner un beau rôle. C’est ce que j’ai vécu et ne considère pas donner de leçons. Je le considère comme un témoignage au même titre que celui de Céline mais vu côté touriste (avec son évident centrage sur ma personne, c’est la personne que je connais le mieux…).

Le contexte : nous étions venus découvrir un pays, un peuple, nous avons été confrontés (je dirais pour la première fois en une vingtaine d’années de trek) à l’inconcevable, celui qui surgit sans même qu’on ait pu à un moment en effleurer l’idée. J’ai randonné de nombreuses fois au Népal pendant les temps forts de la guérilla maoiste, dans des régions reculées où le pouvoir légitime n’existait plus (Ganesh, Manaslu et Naar-Phu entre 2000 et 2006). J’y allais en confiance quand même car le danger était identifié et je savais que face à moi il y aurait des hommes avec lesquels je pourrais discuter, faire valoir des arguments et éventuellement persuader. C’est d’ailleurs ce qui s’est produit au Manaslu une première fois puis au Ganesh (deux fois) où nous avons discuté « le bout de gras » avec des maos intellectuels qui débordaient de leurs prérogatives de racket (nous nous sommes opposés fermement à la « taxe » qu’ils voulaient imposer aux porteurs népalais). Là, au Ladakh, j’ai été happé malgré moi dans une spirale environnementale de panique latente qui régnait à Chanspa (le premier orage avait touché la partie est de Leh et Choglamsar, donc loin de l’endroit où je résidais). Je pense que mon comportement aurait été bien différent si j’avais résidé à proximité de la bus station et directement impliqué dans les opérations d’urgence… Ce qui a déclenché la « fuite » fut l’alerte du lendemain où nous dûmes partir préventivement nous réfugier en haut du stupa. Mis à part quelques dégâts matériels du côté de la guest-house Asia, cela s’était plutôt bien terminé. Autour de nous, dans les tout premiers jours, nous n’avons absolument pas vu sur Leh cette solidarité dont parle Céline. Quelques ladakhis recueillaient des dons au pied de la mosquée, puis deux jours après ce furent quelques occidentaux qui en firent de même. Pendant tout ce temps-là, nous avons pu voir les soldats rester cloitrés dans leurs casernes (cela a duré 3 jours au moins), nous avons continué à voir des arrivées de touristes à l’aéroport, les envoyés des ambassades n’ont débarqué que le 3e jour, pas pour apporter de l’aide mais pour récupérer leurs ouailles… Et que dire des bureaux centraux de l’agence Shanti qui n’ont fait aucun effort depuis Delhi pour aider leur équipe sur place ! En France, combien d’ONG se sont-elles mobilisées spontanément ? Aucune, je vous le dis. Le choc des vidéos en provenance du Pakistan occultait le reste… Croyez-vous qu’avec autant d’aide internationale il aurait été possible d’aider efficacement le peuple ladakhi ? C’est encore le cas aujourd’hui malheureusement. Deux mois après, avez-vous connaissance d’une ONG qui présente nommément un programme d’aide à la reconstruction des quartiers sinistrés de Leh, de Choglamsar, de Nimmo et autres villages… ? Je cherche et n’ai pas (encore) trouvé. J’aurais tant apprécié sur place qu’une structure organisée se déplace de Delhi (ou d’ailleurs) puisque l’aéroport n’a été bloqué qu’une seule journée pour dépoussièrage. Comme Sœur Anne, j’ai attendu et n’ai rien vu venir… Même les militaires continuaient à protéger les frontières de leur pays comme dans un mauvais remake du « Désert des Tartares » version indienne, bien piètre comparé à l’œuvre de Dino Buzatti… Deux images me reviennent à présent :
- suite au premier orage, nous sommes bloqués à Nimmo : un militaire haut gradé regarde un caterpillar essayer de déblayer le gué. Que fait donc son escorte ? Elle nettoie précautionneusement la voiture H.M blanche des taches de boue qu’elle a pu collecter durant le chemin.
- la catastrophe ne devait pas être si importante que cela au vu du comportement des autorités militaires : l’interdiction de roaming pour les téléphones portables étrangers n’a pas été levée (il y avait juste une ligne de code informatique à rentrer dans les commutateurs téléphoniques…). Cela aurait pourtant pu aider grandement à l’acheminement des aides et permettre à de nombreux touristes de rassurer leurs familles. Cette non-action a aussi participé au climat de peur qu’il a pu se créer.

Tous ces points transparaissent dans le texte de l’unique billet de blog que j’ai écrit, vous n’y trouverez pas, il me semble, de référence à ce dont nous avons été frustrés (le trek proprement dit), cet état de fait est (heureusement) bien loin de mes pensées...

Bien cordialement

Pierre

6. Guillaume (site web) 22/01/2011

Bonjour,

Je viens de tomber par hasard sur votre site et le récit de votre voyage de l'été dernier au Ladakh. Je m'appelle Guillaume Perrozet et je fais partie d'une petite ONG française qui œuvre au Ladakh et dont vous avez peut-être entendu parlé suite au drame de cet été. Cette association s'appelle Niyamdu.Dro (http://niyamdu.dro.free.fr). Si je poste ce petit message, ce n'est pas pour faire de la publicité mais bien en réponse à votre récit très touchant. Lorsque les inondations ont eu lieu début août, mes parents et de nombreux membres de notre association se trouvaient au Ladakh. Fort heureusement, tous sont sortis indemnes physiquement de cette catastrophe mais profondément touchés comme vous. Ils sont tous restés là-bas pour participer à l'aide. Mais en l'absence de structure sur place, il n'était pas vraiment évident de savoir quoi faire de façon efficace. C'est pourquoi la décision de quitter le Ladakh qui s'est imposée à vous comme à beaucoup est tout à fait compréhensible et ne saurait être blâmée dans ces circonstances. En outre, la forte présence de l'armée et les moyens mis assez rapidement en place par le gouvernement n'ont pas laissé beaucoup de place aux petites initiatives individuelles. Il faut savoir que le gouvernement indien a refusé l'aide internationale suite à cette catastrophe et les grandes ONG ont monopolisé leurs moyens sur le Pakistan. Pour vous rassurer cependant, même si la situation est encore difficile pour certains en ce début d'année 2011, nos amis au Ladakh nous ont indiqué que le gouvernement avait débloqué en novembre/décembre les fonds nécessaire à la reconstruction des maisons. Il s'agit là bien sûr de l'aide d'urgence permettant de parer au plus pressé pour l'hiver. Mais ces terribles inondations ont laissé des traces qui mettront des années à cicatriser, tant dans le paysage que dans les esprits. C'est pourquoi il est important que les activités, en particulier touristiques, reprennent dès que possible au printemps. Des petites associations comme la notre œuvrent à cette reconstruction sur des projets ciblés.
En tout cas, j'espère que vous aurez l'occasion de retourner découvrir cette région fabuleuse dans un avenir proche.

Guillaume

PS: pendant ces événements dramatiques, j'étais en contact très régulier avec Alex de Shanti Travel qui a été probablement la source d'info la plus complète et la plus fiable. Le sérieux de cette agence mérite d'être souligné à nouveau.
PS2: j'avais lu l'article dans Trek Mag... je suis heureux d'avoir pu lire le témoignage complet!

7. Pierre MARTIN (webmaster) (site web) 24/01/2011

Bonsoir et merci pour votre commentaire,

Je suis très content qu’une association (malheureusement peu connue) soit implantée au Ladakh et aide le peuple ladakhi par des projets qui ont du sens et maintenant l’épauler à sortir de cette épreuve qu’il a subie. Le commentaire que j’avais reçu suite à mon billet de blog fin septembre m’avait semblé dur et un tant soit peu injuste car il ne prenait en compte que l’action réflèxe sans rechercher les causes de cette action. J’avais répondu le plus honnêtement possible à ce commentaire.

Dès mon retour précipité du Ladakh l’été dermier, j’avais cherché un moyen d’aider à la reconstruction du Ladakh mais sans trouver d’ONG m’assurant que les fonds donnés serviraient bien à cette cause (vous le dites bien : Le Pakistan a vraiment squatté tous les média, il est vrai avec des images spectaculaires…). Encore en cette fin d’année, j’ai écumé les pages du moteur de recherche Google avec les mots-clés « Ladakh » et « dons » sans plus de succès…

Ma femme et moi avons décidé il y a peu de temps de retourner cet été reprendre à zéro notre projet de traversée du Zanskar et par l’occasion retrouver ce peuple chaleureux que nous n’avons côtoyé que bien peu de temps. Nous sommes allés solliciter les camarades de randonnée de l’année dernière afin qu’ils nous accompagnent. Deux d’entre eux ont déjà répondu positivement, nous attendons la réponse de deux autres très prochainement. Cela sera un réel plaisir de retrouver cette contrée et pouvoir faire travailler les acteurs locaux. Cela nous permettra assurément de tisser des liens avec la population comme nous pouvons l’avoir fait au Maroc ou au Népal, deux de nos destinations de prédilection de trekking (mais cela va bien au-delà de la randonnée…). Le peu de temps que nous avons passé sur place à Leh nous a convaincu d’une gentillesse et d’un dévouement des ladakhis de très haut niveau et nous souhaitons le rendre au moins à l’égal.

Guillaume, vous ne souhaitez pas « faire de pub » mais je pense justement qu’elle est nécessaire : j’ai déjà relayé l’information sur l’existence de votre ONG auprès de mes amis et je vais poursuivre cette action dans les prochains jours vous référencer sur la page d’accueil de mon site comme je l’ai fait pour l’association des « Amis d’Ait Souka » (je réfléchis à la manière la plus opportune…). Je vous assure en attendant de mon soutien et de ma considération pour les actions passées, présentes et à venir.

A bientôt !

Pierre

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