Juillet 2019 au Ladakh : 50 sur 360...

Le Ladakh, connu pour ses paysages de désert d'altitude où il n'y pleu(vai)t que très rarement en été, vient de connaître un mois de juillet 2019 plutôt agité côté météo... en attendant peut-être pire côté politique avec la décision de Narendra Modi de mettre fin unilatéralement à l'autonomie du Cachemire !

Sur le plateau des Kyun tso, ça va pas tarder à tomber...

50 heures de soleil au lieu des 360 possibles soit 15% ! Au début, c'était marrant à comptabiliser et, plus on se prenait des saucées sur la gu..., moins ça l'était ! Car il n'y a pas eu que du ciel nuageux, non, non, tout juste occultant le soleil, on peut même dire que ce fut assez rare. Il y eut des journées entières de pluie (à 5000m, glacée...), des demi-journées de grêle ou de neige, subies sur les sentiers ou au fond de la tente dans le duvet. Et puis, il y a eu les orages, imprévisibles dans le quart d'heure qui précède, dantesques pour quelques uns d'entre eux, oh, pas nombreux, juste 4 ou 5, pas plus, mais exceptionnellement violents dont un qu'il nous est impossible d'oublier tant il nous a cueilli à froid (ça on peut le dire...) à la descente du col du Kostse La, nous laissant trempés comme des serpillères.

Entre Sangtha et Pogmar

Déjà que la saison de trek avait plutôt mal commencé avec l'impossibilité de réaliser le programme du Changthang fin juin en raison des chutes de neige (très) tardives : aucun col ne pouvait être franchi tant les voies d'accès au N comme au S étaient gavées de neige fraîche sous forme de plaques à vent dangereuses à traverser si bien pour les humains que pour les animaux de la caravane. Abandon et repli stratégique sur le Rupshu, un peu plus central et "théoriquement" moins touché par les intempéries. Mais, là aussi, certes il y avait moins de neige accumulée mais quand même en suffisance pour nous obliger à faire demi-tour au pied des cols. Le bipède pouvait passer (et encore avec de la neige jusqu'à la culotte...), les quadrupèdes ne pouvaient s'y engager en toute sérénité, ils auraient été ensevelis : 300kg d'une bête chargée s'enfonçant dans la neige molle, il y a de quoi prendre peur pour la vie de l'animal...

Depuis le Gongma La au Changthang, ça aurait été sympa de descendre mais...

Donc, obligation de reconstruire en temps réel le tracé défini (et étudié depuis près de 18 mois !). Tempête sous les crânes et nécessité de bien connaître le terrain. Et puis pas vraiment dans la sérénité puisque les choix devaient aussi tenir compte de cette p... de météo distillant ces intempéries quotidiennes ayant une incidence directe sur les temps de marche. Marcher, d'accord ! mais dans des conditions humainement acceptables pour les "touristes" mais bien évidemment aussi pour le staff ladakhi et les animaux de bât. Bref, seulement 4 jours sans intempéries et encore en incluant les 2 jours de repos ! Pas cool sauf pour les nécessités de séchage du linge après la lessive à la rivière... Par contre, un soleil radieux et des conditions optimales pour réaliser la journée de rando en haute altitude du tour du Shukule, dans laquelle on ne se serait pas engagé si la météo n'avait pas été au top. Car avec des conditions défavorables, il eut été inconscient de s'y engager. Ce fut la plus belle journée de trek avec des paysages et des panoramas exceptionnels. Une vraie rando du Ladakh ! Une de celles que l'on connaissait les autres années lorsque la tendance était inversée : 50 heures de mauvais temps pour 310 de soleil...

A la descente du Shukule, il y en a une belle sur le Norbu La...

En 6 voyages d'exploration dans cette partie de l'Himalaya, juillet 2019 est la première fois où je randonne sans un plaisir de tous les instants tant certains moments ont été difficiles à assimiler : passages de cols dans le brouillard, le vent, la pluie, la grêle... traversée de plateaux face au violent blizzard (il n'y a pas que dans les régions polaires...), averses répétitives... et même les phases de récupération ont été difficiles lorsque l'on est dans la tente à grelotter tout l'après-midi ou la nuit.

Entre le Barma La et Rajun Karu, on a failli louper le lac glaciaire tant il était noyé dans le brouillard...

En tout cas, je ne saurais oublier de remercier le staff qui nous a entouré pendant ce mois de juillet et qui a subi évidemment les mêmes désagréments que nous, avec en plus le devoir de nous servir et rendre ce séjour le plus merveilleux possible. Ca, il l'ont réussi, mais qu'est-ce qu'ils en ont ch...! Et même si ça fait "distribution de récompenses" je pense aussi à ce qu'ont subi les chevaux de bât qui ont oeuvré dans ces conditions difficiles avec en complément, alors que nous, humains, sommes en train de récupérer au fond de notre duvet, l'obligation de passer la nuit, très froide et humide, sans qu'ils n'aient à disposition de tente ou de duvet... "Bêtes de somme" les appelle-t-on parfois, le travail le jour dans des conditions parfois incroyables, et l'abnégation la nuit dans l'extrême froidure et l'humidité parfois à plus de 5500m ! Quels artistes quand même, eux qui contribuent, faut-il le rappeler, à la réalisation de nos treks. Et assurément, ils en sont la composante majeure...

N'ayons peur de rien ! Pour 2020 j'ai remis à mon programme de l'été un tour complet du Changthang, celui qui me "fuit" depuis deux ans. Après début juillet, trop tôt, et fin septembre, trop tard, ce sera donc en août, à grande distance des dernières chutes de neiges de début juin (ce qui laissera le temps à celle qui aura été déposée de fondre...) et en espérant que celles, hâtives, de l'automne ne le seront pas trop, hâtives...

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Commentaires (1)

1. Jacques 13/10/2019

Et Bien !... Faudra alors pouvoir consulter Madame Soleil pour la Météo de ce 2020.

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