[Ethiopie] Autour de Lalibela

Voici une "petite" randonnée qui permet de sortir, l'espace de 2 journées de marche, du microcosme "Lalibela" très (trop ?) touristique. Certes les églises hypogées sont exceptionnellement belles et méritent amplement leur classement sur les listes de l'UNESCO, mais on peut aussi regarder alentour. Alors, on part à la découverte des plateaux N et E qui dominent la bourgade. Et ça en vaut vraiment la peine ! C'est une boucle en forme de 8 qui fait la part belle aux parcours de crêtes, comme d'habitude en Ethiopie, mais aussi à la traversée de plateaux agraires à la terre généreuse (merci aux volcans qui ont poussé à la surface tous ces bons nutriments qui assurent d'abondantes récoltes si d'aventure la pluviosité estivale est bien au rendez-vous...). On traverse de nombreux villages, oh, quelques familles parfois. L'habitat est très simple : une hutte ronde faite de bois d'eucalyptus recouvert de torchis et un toit de chaume. Tout au long de ces 12h de marche sur des sentiers pas si confortables que ça (qu'est-ce qu'il y a comme monde dessus !), on a accès à des paysages grandioses alors que l'on évolue entre 3 et 4000m.

Sur le sentier de Ber Metebekiye

Coup de coeur : on passe la nuit dans un emplacement exceptionnel en bordure de la falaise avec une quantité de volatiles qui passent (et rapaces... je ne pouvais pas la laisser passer) dans l'espace quasi infini. Le coucher de soleil est un grand moment ! Que l'on peut déguster confortablement assis dans des chaises longues avec fourniture de couvertures pour ne pas attraper froid. On est arrivé dans un de ces luxueux lodges à la demi-pension stratosphériques ? Eh bien, vous n'y êtes pas... Pour cette étape, les habitants du village de Degosay ont eu l'idée de proposer une étape conviviale tout en haut de leurs alpages : ils ont ainsi construit plusieurs huttes en pierres taillées dans le basalte couvertes d'un toit de chaume, huttes SIMPLES qu'ils ont aménagées avec des lits confortables (bon, il est quand même conseillé d'apporter son duvet car la nuit peut être fraîche...). On prend le repas dans la maison commune autour d'un bon feu de bois, un repas à la mode locale préparé par une excellente cuisinière. Il est vraiment dommage que cette initiative des habitants de ce village ne soit pas couronnée de succès : en février 2020, le dernier passage au lodge datait de plus de 3 mois ! Alors que ce mini-trek a vraiment de la gu... Comme quoi, on peut avoir d'excellentes idées mais malheureusement pas de résultat. Quel dommage !

Téléchargez la carte du circuit en PDF :  Pdf image 1 Carte du trek en 2 jours autour de Lalibela

Une hutte au pied du pic de Chebertey

 

LE TREK JOUR PAR JOUR

Jour 1 : Lalibela - Ber Metebekiye - Degosay - Lodge de Degosay

6h / 22kms / +930m / -30m.
Diaporama Départ en 4x4 pour 7kms de piste à l'E de Lalibela afin de rejoindre le départ du trek. Dans l'avant-dernier virage de la piste avant qu'elle ne se dirige franchement vers le S  (2900m, belle vue plongeante sur le bourg de Lalibela "chevauchant" la crête), on trouve au NE le départ d'un sentier qui remonte au coeur de la forêt d'eucalyptus pour rejoindre un plateau cultivé à l'habitat épars et dominé par les falaises de basalte (15mn, 2950m). On s'élève dans une zone de rochers effondrés avant d'attaquer une grimpette dans une barre rocheuse. Mais que de monde sur ce sentier ! C'est le chemin le plus court pour les habitants de Ber Metebekiya pour se rendre à la ville. Et gratuit... Certes il y a bien une piste qui dessert le haut des falaises mais elle fait un grand détour et qui plus est les transports, même dans la benne d'un camion, sont d'un prix peu abordable pour ces paysans au revenus plus que modestes. Alors, comme dans la majorité du pays, on marche...

La falaise de Ber Metebekiye

On atteint une selle rocheuse (25mn, 3120m) de laquelle on dispose d'une vue élargie à l'infini sur les plateaux où la moindre parcelle est cultivée. Au-delà de Lalibela les plateaux sont veinéspar de profonds thalwegs au fond desquels coulent des rivières. Il faut dire qu'en amont, à plus de 3500m, justement en dessous du plateau basaltique de Ber Metebekiya que l'on est en train de gravir, se trouve un immense réservoir naturel dont le trop plein s'écoule tout au long de l'année. On poursuit au NE sur un large sangle sur lequel a été tracé un sentier-balcon à la pente maîtrisée. On contourne un béquet pour se retrouver immergé dans une forêt de branles. On peut alors découvrir d'en haut une nouvelle combe agrémentée de terrasses cultivées. Sur ce chemin, on dispose là aussi de splendides panoramas. On atteint un col (35mn, 3260m) d'où on suit sur la G le fil d'une crête rocheuse pour rejoindre le plateau de Ber Metebekiya (20mn, 3300m). En se rendant sur le bord de la falaise E, on découvre un autre paysage sensiblement différent de vallons et de plateaux, plus chaotique et moins facile à domestiquer pour les besoins de l'agriculture que celui qui était visible à l'W. Toujours en direction du NE, on recommence à s'élever tranquillement jusqu'à atteindre le pied d'un goulet de gypse.

Sur le chemin de Mitili

On s'insinue dans le couloir blanchâtre pour ressortir en haut et trouver côté S de la crête la suite du chemin, quasiment étale (25mn, 3390m). De ce côté-ci, on domine à main droite un entrelacs de plateaux tabulaires érodés. On se dirige à présent vers un collet qui s'inscrit à la base d'un piton basaltique au sommet duquel sont posées quelques cases en bois et toit de chaume (lodge ?). Au-delà du collet, on passe côté NW pour un parcours à flanc de falaise sur un sentier mal commode car encombré de cailloux de basalte qui rendent la progression un peu fatigante. La pente reste modérée jusqu'à atteindre "la porte de sortie" présentant quelques zigzags et qui permet de poser le pied sur le plateau de Lasta (45mn, 3530m). C'en est fini jusqu'à ce soir quant à la proximité des falaises ! Le basalte est à présent caché sous de belles terres arables. On traverse le plateau dans le sens de la longueur. Les habitations sont regroupées par dizaines et occupent les bords d'une large prairie humide destinée à accueillir les troupeaux de vaches et de chèvres (là encore l'école doit être fermée car ce sont des enfants de tout âge qui gardent le cheptel...!). On s'élève vraiment très doucement pour dépasser le village un peu plus important que les autres de Mera Barbu disposant d'une école (50mn, 3575m). 

Pause café au village de Degosay

On traverse ensuite le plateau de Mitili, consacré à l'agriculture céréalière, et on rejoint la piste qui arrive de Lalibela (30mn, 3620m). Pratiquement en face, on trouve le départ d'un sentier qui monte dans un champ en biais vers la G pour rejoindre le village de Degosay (5mn, 3255m, un petit café peut-être ? Attention, ici, le sucre étant une denrée rare et chère, le café est servi salé, on aime ou pas, mais surtout pas ! Par contre, les villageois peuvent vous faire goûter de la bière d'orge de leur fabrication, breuvage à la saveur bien marquée mais pas si loin de nos bières de malt). On remonte au-dessus des maisons à travers les terrasses cultivées (SVP, suivez le large chemin qui sinue entre les murets de pierre sèche et ne coupez pas dans les champs) pour prendre pied à G des dernières habitations sur un plateau couvert de buissons ras (25mn, 3750m), plateau que l'on traverse avec comme point visé un ensemble de cahutes espacées construites sur la crête.

Les huttes du lodge de Degosay à 3800m d'altitude

Après avoir traversé la clôture grillagée qui protège le site des divagations des animaux domestiques, on atteint par une montée peu marquée le site du lodge de Degosay (30mn, 3800m, source en contrebas, cahutes pour dormir sur de bons lits, 1/2 pension possible), idéalement placé en bord de falaise et qui augure pour le soir, et dès maintenant, de superbes moments de zenitude et de contemplation... Et c'est vraiment le cas puisque l'on peut prendre son temps, assis sur des chaises confortables placées en bord de falaise, pour apprécier les paysages somptueux des plateaux éthiopiens quand ce n'est pas l'apparition de volatiles comme des faucons blancs ou des gypaètes barbus. Et ce jusqu'au coucher de soleil...

Coucher de soleil

Jour 2 : Lodge de Degosay - Pic de Chebertey - Eglise Kan Kanit Mikael - Selassié - Lalibela

6h20 / 23kms / +210m / -1350m.
Diaporama On descend du lodge jusqu'à franchir la clôture puis on incline sur la G pour rejoindre le rebord N du plateau. On poursuit à l'E sur une trace à flanc qui évite par sa G un piton basaltique pour se retrouver sur une planèze. On franchit un collet puis on descend dans un vallon cultivé en restant toujours à G non loin du rebord N du plateau. On contourne largement la combe alors que l'on passe au-dessus d'un village. Puis on franchit un nouveau collet (1h05, 3735m). Côté N, il est difficile de décrypter le paysage tant les chaînes de montagnes, dont chaque point culminant dépasse sans coup férir les 4000m, s'affichent à l'infini jusqu'à se perdre sur une ligne d'horizon brumeuse.

Dans le vallon au pied du pic de Chebertey, on croise des villageois qui reviennent des champs

On traverse la combe et on poursuit sur un sentier en bord de cirque pour rejoindre la dernière vallée avant le sommet. A proximité d'une retenue d'eau destinée au bétail (la source d'eau potable se trouve un petit peu plus en amont, il suffit de suivre à quelque moment de la journée la noria de femmes et d'enfants qui se dirigent vers le point d'eau munis de leur bidon orange...), on monte pleine pente en direction du béquet rocheux qui n'est autre que le pic de Chebertey. Du sommet (40mn, 3850m), on découvre à l'E un large espace de cultures en contrebas et la présence d'un gros village. On note aussi que l'accès aux chaînes de montagnes orientales nécessitent une grosse désescalade pour traverser un profond vallon boisé, suivi d'une remontée que l'on peut imaginer harassante... Du sommet, on suit la large selle au SW sur laquelle on évolue en bordure de champs labourés. On descend de gradin en gradin en inclinant peu à peu à D pour dépasser une église située sur un monticule en RD de la vallée et affublée d'un drôle de piton basaltique en forme de champignon... On atteint la piste de Lalibela (35mn, 3680m).

Un village sur le plateau de Mitili

On suit la piste vers la D pendant quelques 2kms (la circulation y est inexistante...). Après avoir dépassé la prairie verdoyante qui s'inscrit au pied d'un joli petit village accroché au coteau (30mn, 3605m), on suit un large chemin qui part juste derrière une grange rectangulaire sur la G pour rejoindre, après avoir croisé l'itinéraire que l'on a suivi hier entre Mera Barbu et Degosay, le coteau N du plateau de Mitili (15mn, 3565m). La récréation est finie, place à la descente, et une "belle" dont on se souviendra, nos genoux surtout !

La fin de la voie de descente du plateau de Mitili

Donc, pour rejoindre le plateau inférieur, il va falloir s'engager dans un goulet naturel relativement étroit -allez, 3 à 4 mètres de large, taillé dans le basalte. Au-delà, on retrouve un sentier large mais caillouteux à l'extrême. On descend en larges lacets de manière saccadée avant d'évoluer sur un sentier-balcon en quasi courbe de niveau mais toujours aussi caillouteux ! On domine les champs en terrasse où, il ne faut pas se leurrer, les cailloux y sont aussi nombreux que sur le chemin... Les agriculteurs les laissent sur leurs parcelles car ici pas de risque d'endommager les griffes d'une moissonneuse-batteuse, il faudrait qu'il y en ait ! Et indéfiniment, les paysans grattent les pentes relevées pour dégager des espaces de cultures de plus en plus proches à la base des falaises. Par une "dernière" descente sur un chemin sur lequel quelques passages pentus ont été aménagés, on atteint la terrasse sur laquelle l'église Kan Kanit Mikael a été construite, il y a bien bien longtemps, aux alentours du VIème siècle (1h, 3180m). La visite d'une vingtaine de minutes est intéressante même si les travaux entrepris pour consolider l'édifice gâchent un peu le plaisir par le nombre d'échaffaudages qui couvre les murs. Après avoir franchi une porte, on se retrouve dans une cour intérieure au milieu de laquelle le lieu saint a été érigé. Petit de taille, l'édifice recèle en son centre l'Arche d'Alliance contenant des textes sacrés, des croix, une assiette et un calice. Théoriquement, le contenu doit rester caché au public mais le prêtre qui officie dans cette église est moins rigoriste que les autres et ne voit pas d'inconvénient à nous les présenter.

Le prêtre de l'église de Kan Kanit Mikael qui nous présente, chose rare, le contenu de l'Arche d'Alliance...

Après cet intermède culturel et très enrichissant, nous voici repartis pour la descente. Celle-ci d'ailleurs commence par une courte grimpette au milieu des eucalyptus. Puis, c'est parti pour la dégringolade en empruntant un chemin tracé en zigzags caillouteux avant de se retrouver sur un sentier-balcon bien sympatique à fouler, et bien moins caillouteux... On poursuit en descente directe jusqu'à rejoindre une canalisation d'eau que l'on laisse partir vers le bas. Plus loin alors que l'on approche du village de Selassié, on s'engage sur le sentier de D pour rejoindre la RD de la rivière et la suivre vers l'aval à mi-hauteur. Peu à peu, on se rapproche de son lit composé de blocs chaotiques et on le traverse (1h20, 2615m). On remonte en face pour suivre un canal d'irrigation et traverser 2 rivières. On poursuit à plat en bordure des champs pour venir croiser la troisième rivière. En RG du thalweg, on remonte le chemin en forte pente qui se présente. Un peu plus haut, à l'approche d'un village, il rejoint la fin d'une piste (40mn, 2660m). Et c'est là que l'on monte à bord des 4x4 que l'on a réservés la veille. Ils vont nous permettre de rallier Lalibela, distante de 10kms, en empruntant une piste tout en up / down et poussièreuse, bien peu sympathique à parcourir à pieds pendant plus de deux heures si l'envie première avait été celle-là...

Le vallon de Selassié où se finit le trek

2 jours de marche / 12h20 / 45kms / +1150m / -1390m.

Relevés de terrain février 2020

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