Cent fois sur le métier...

Cent fois sur le métier... remets ton ouvrage ! C'est l'adage bien connu des personnes persévérentes. C'est aussi celui du génie de l'armée indienne qui travaille en permanence sur la NH-1, de Manali à Leh et de Leh à Srinagar. Tout au long de l'année, les équipes de travailleurs venus du lointain et chaud Bihar (c'est une des provinces indiennes du Teraï qui possède une frontière commune avec le sud du Népal) qui sont employés, souvent avec femme et enfants sur ces chantiers d'altitude, entre 1800 et 5600m. Ils construisent des camps itinérants selon les chantiers prévus et/ou lors de réparations de fortune suite à des éboulements, des inondations, etc.

Un groupe de Bihars à l'oeuvre au pied du Rohtang La

Altitude, froid, vent, pluie, grêle, neige, boue rythment leur vie de labeur dans des conditions d'hygiène limites (pour ne pas franchir le pas d'insalubre...), à l'opposé de celle de leur pays de naissance, hyper chaud mais dans des conditions de vie tout aussi pauvres et insalubres... La seule (grosse) différence est qu'ils sont payés : ce n'est pas gigantesque mais il y a des rentrées d'argent assurées.

La route NH-1 à l'approche de Gramphu dans la descente du Rohtang La

A la fin de l'été 2018, j'ai eu l'occasion lors de mon retour du Spiti vers Leh en automobile, en avoir terminé avec le trek De l'Indus à la Chandra, de suivre la "route" de Batal à Gramphu (lire le précédent billet de blog La route de tous les possibles...) et, dans un deuxième temps, d'effectuer l'intégralité du parcours de près de 400kms entre Gramphu, le village d'entrée au Lahaul, et la capitale du Ladakh, Leh. Avec tous les cahots et les péripéties associées...

Le KR4 (?) au passage du Paralatse La

Les péripéties ? Rien de particulier : deux ou trois éboulements de falaises, des traversées de lits de rivières bien caillouteuses, des franchissements de thalwegs au pied de cascades furieuses (ou qui l'ont été à la fonte des neiges...), des conducteurs qui coupent les virages, en moto, voiture, autocar ou camion, et puis une attente assez longue (mais au milieu d'un paysage magnifique à 20kms au N de Sarchu dans la montée du Nakee La) en attendant qu'une dépanneuse de l'armée indienne vienne au secours d'un camion militaire qui, ayant négocié un virage un peu trop large, avait dévalé la pente en tonneaux et bloqué la route trois lacets plus bas... Même s'il n'y a pas énormément de circulation comparé à nos routes européennes, le bouchon créé de part et d'autres de l'accident a bientôt atteint plus d'1km de long.

Le long de la Tsarap entre Sarchu et le Nakee La

Et pour un camion chargé, comme ce n'est pas vraiment évident de repartir dans une côte à 10%, la route étroite ne prédisposant pas de pouvoir doubler, eh bien, on se traîne à la queue-leu-leu jusqu'en haut du col derrière un panache de fumée noire d'encre. Ah, vertige des hauteurs, air pur des sommets... Je peux vous assurer que les particules fines sortant des pots d'échappement de ces mastodontes sont bien occultées par des particules de suie beaucoup moins fines !

Dans la descente du Lachulung La vers Pang

D'une année à l'autre, ce sont des portions de plusieurs kilomètres, voire dizaines de kilomètres, qui sont réhabilitées par les équipes du GREF (le service du génie des armées). On se dit, qu'avec les milliers de tonnes de goudron qui sont étendus, ils vont bien finir par avoir terminé un jour... Eh bien, non ! Des parties que j'avais vues roulantes il y a 3 ans ont été arrachées par les intempéries (chutes de neige, écoulements de torrents, éboulements de la montagne, etc.) ou alors, comme la route reste prise par la glace 6 mois durant, en gros de mi-novembre à mi-mai, ça doit travailler dur là-dessous et à la fonte des neiges au début de l'été, la glace s'en va, certes, mais le goudron aussi...

Un camion sur More Plains

A mon retour, donc sain et sauf, j'ai pu concocter un Diaporama composé de clichés réalisés pour la plupart d'entre eux de l'intérieur de la voiture (mais comme on ne va pas vite, il y a peu de risque que les images soient floues, à moins de rencontrer un nid de poule au moment d'appuyer sur le déclencheur...). Je vous invite à le visionner pour vous rendre compte de la magnificence des paysages variés que l'on est amené traverser : campagnes riantes côté S, ambiance minérale de la plus stricte obédience lors de la montée au Paralatse La, pics glacés tout autour lors de son franchissement, plateaux sableux arides veinés de canyons de part et d'autre de Sarchu, le "village" frontière qui sépare l'Himachal Pradesh du Jammu & Kashmir, montagnes détritiques et colorées jusqu'à Pang, plateau gazonné à l'herbe rase d'une longueur interminable (le fameux "More Plains" dont l'éthymologie viendrait du fameux "Waterloo, morne plaine" de Napoléon en 1815...), le passage du Tanglang La qui à plus de 5300m est le plus haut col de cette route de l'impossible, avant de descendre "tranquillement" jusqu'à la verdoyante vallée agraire de l'Indus.

More Plains

Noter que sur 400kms, on ne dénombre qu'une seule station de ravitaillement en essence, à Tandi, un village-rue situé à la confluence des rivières Chandra et Bhaga, en gros à plus de 300kms de la destination, Leh. Effectuer cette route à moto, en chevauchant une Royal Enfield par exemple, nécessite de prévoir d'emmener des réserves de carburant. D'ailleurs, toutes les motos indiennes sont équipées de rangements additionnels situés à l'arrière pour y loger deux bidons additionnels d'essence...

Faire de la moto sur la NH-1

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