trek

Le Vercors, c'est chouette...!

A peine de retour du Ladakh, me voici de nouveau sur les sentiers, ceux du Parc naturel du Vercors, au moment du 15 août. Le Vercors, Marie et moi l'avions découvert en 2004 lors de notre première bambée sur les Hauts-Plateaux. Les 10 jours passés là-haut nous avaient enchantés si bien que quelques années plus tard, en 2010, alors qu'il fallait évacuer de notre esprit ce que nous avions "subi" au Ladakh lors des coulées de boue de la début août, le choix s'était immédiatement porté sur ce massif que nous avions identifié comme un splendide terrain de jeu aux innombrables ressources et qui allait pouvoir captiver notre esprit pour estomper le ressenti a posteriori. Nous étions partis fissa découvrir le nord et l'ouest du massif, la région des Coulmes. Encore une fois, pas déçus par les nouveaux espaces et les types de paysages au milieu desquels nous avions marché, je rédige le topo Vercors N et Tour des Coulmes pour inciter notre communauté de trekkeurs à se pencher un peu plus sur cet espace naturel de premier ordre. Chacun de ces deux circuits durait une dizaine de jours. Le nord, l'ouest, les Hauts-plateaux, la montagne du Glandasse, le cirque d'Archiane, un peu du piémont oriental autour du Mont-Aiguille, que nous restait-il donc à découvrir ? Eh bien, à l'occasion d'un week-end prolongé en juillet de l'année suivante, nous décidons de construire une boucle dans le sud, d'une durée réduite, 4 jours seulement, mais dense. On enchaînera ainsi depuis le village de Rousset la quasi totalité des sommets qui bordent le plateau du Vercors au sud (on les appelle ici les puys, les têtes, les buts...). Là encore, nouveau topo Vercors Sud.

Le GR93 du côté du col du Rousset

Là, quand même, on commence à couvrir une bonne partie du massif, non ? En fait, oui et non... Le constat est que l'on a souvent suivi les sentiers de randonnée en omettant de traverser les riantes vallées de l'intérieur : on ne connaît pas Autrans et Méaudre, Saint-Julien, Saint-Martin et La-Chapelle-en-Vercors, et très superficiellement le plateau de Saint-Nizier... Ce sont les endroits habités. Les villages et leurs alentours doivent aussi être sympas, non ? Et puis, avec tout ça, si on allait découvrir le balcon E ? Sur ce côté du massif où l'on a pour panorama sur la droite quand on remonte vers Grenoble les massifs de Belledonne, de l'Oisans, du Taillefer et du Dévoluy, alors que l'on chemine sur un petit sentier à flanc de pierriers parfois pentus issus des murailles calcaires qui dominent le Trièves, il se pourrait que l'on complète notre exploration vercusienne par la découverte de nouveaux coins sympas. C'est donc le projet de 9 jours de randonnée que j'ai proposé à Georges et à Marie (seulement pour 4 jours pour elle malheureusement, boulot oblige...), que nous avons réalisé avec une météo plutôt contrastée (du très beau, très chaud, au mitigé, voire au franchement dégueu...) et dont je vous livre à présent le topo Vercors centre et balcon E. Une petite merveille, je ne vous en dis pas plus, lisez donc...

Avis de mauvais temps sur le Mont-Aiguille

Et la suite ? Parce qu'il ne peut y avoir qu'une suite, bien sûr... Vous croyiez que j'en aurais fini avec le Vercors après ça ? Les grandes bambées que l'on s'est payées ne nous ont pas rassasié et cette randonnée itinérante, hébergements mi-gîtes, mi-cabanes, nous a ouvert de nouvelles opportunités pour concocter les opus des prochaines années... Peut-être avec un sac un peu moins imposant pour être plus à l'aise dans le franchissement de cols pentus et la grimpette sur quelques sommets, on essaiera sûrement de jouer à saute-crêtes entre le balcon E et le GR91. Le site web de Marielle me donne plein d'idées avec Grande et Petite Moucherolle et aussi Rochers du Ranc des Agnelons. Sinon il y a aussi cet excellent livre de Pascal Sombardier chez Glénat sur les Randonnées du vertige.

Une autre fois, il serait sympa d'effectuer une transversale du massif d'W en E, je ne sais pas, de Saillans à la Mure par exemple, en traversant la Gervanne (les gorges de l'Omblèze) et le sud du plateau du Vercors, puis descendre par le vallon de Combeau, traverser le Jocou et finir en beauté en se mesurant à la Tête de l'Obiou... De beaux programmes, non ? C'est que le Vercors et ses satellites sont si attachants qu'on est bien obligé d'y revenir...

Font d'Urle

Retour du Ladakh (été 2014)

Qu'il est difficile de construire un itinéraire de trekking hors des sentiers battus au Ladakh ! Et surtout, une fois sur place, de le réaliser sur le terrain... Dit comme cela, ça peut faire peur : si on se contente de rester sur les itinéraires conventionnels (c'est d'ailleurs ce que font toutes les agences, hein ?), il y a peu de risques à être bloqué avec sa caravane de mules au pied d'un col enneigé ou à l'entrée du gorge dans laquelle une rivière rugit et charriant des tonnes de cailloux... Mais quand on veut sortir de la vallée de la Markha, du baby trek de Likir à Khalatse, du Stok kangri (pour ceux qui durent moins d'une semaine) ou de la Grande Traversée du Zangskar (l'historique en 20 jours de marche dont aujourd'hui 14 sur piste...), on pénètre dans des espaces quasiment vierges de touristes mais aussi d'autochtones, en rapport avec la nouvelle donne, celle de la désertification des villages de l'intérieur du massif.

Alors, quand je propose un ambitieux itinéréraire de 44 jours de marche entre Honupatta (au centre du Ladakh) et Sarchu (au SE du Zangskar) sensé :
- franchir de nombreux cols tous au-dessus des 5000m : Nigutse La, Yogma La, Timti La, Yoma La, Sapi La, Rasi La, Chardo La, Wakha La, Pudzong La, Marpo La, Kyerse La, Barmi La, Ralakhung La, Umasi La, Muni La, sTongde La et pour finir Surichun La,
- suivre des vallées fluviales à débit variable et imprévisible : Kanji La Togpo, Oma Chu, Shingri Chu, Niri Chu et Tsarap Chu,
- ne pas pouvoir aisément disposer de points ravitaillement d'où la raison de s'adjoindre une caravane de mules,
- de devoir respecter un jour par jour précis pour honorer des rendez-vous car il est quasiment impossible de pouvoir téléphoner (il n'y a que très peu de téléphone satellite fixes dans les villages et le téléphone satellite portatif est interdit d'utilisation au Ladakh même pour appeler les secours !), etc.

et que les aléas de la météo s'y invitent, la problématique devient insoluble. Il faut recomposer en permanence l'itinéraire, être à l'écoute des moindres rumeurs (tant soit peu que l'on rencontre du monde...) quant à l'état d'une portion de route ou d'une autre, si les rivières ont grossi ou non, si le bout de sentier que l'on a prévu de suivre existe encore...

Que c'est long une journée d'attente au pied du Sirsir La...!

Eh bien, c'est ce qui s'est passé courant juin en y greffant une succession de problèmes complémentaires que l'on avait absolument pas envisagé qu'il puissent se produire :
- Le muletier Donitchen avec lequel j'avais réalisé le Grand Tour du Ladakh à l'été 2013 (un homme de confiance) est resté bloqué du côté des grands lacs à l'E du massif alors qu'on attendait sa venue à Honupatta ; pourquoi donc ce retard bien peu coutumier de sa part ? Eh bien, alors qu'il faisait route depuis Manali sur la NH-1, pas encore opérationnelle fin mai et recouverte d'une épaisse couche de neige et de givre (il a quitté sa maison le 27 mai avec ses mules à vide), au passage du Paralatse La, une de ses 7 mules s'est fracturée une jambe et que la mort dans l'âme (je vous passe les détails...). Ca, on ne l'apprendra que 15 jours plus tard...

Donitchen

Ebranlé par cette épreuve, Donitchen poursuit tout de même sa route pour nous rejoindre et descend jusqu'à Pang. Il continue vers Rumtse bien décidé à franchir le plus rapidement possible les 3 cols de l'E : le Nakee La, le Lachulung La et le plus haut d'entre eux le Tanglang La, quand, lors d'un bivouac sur le plateau du Tso Kar, une des mules s'échappe la nuit, attirée qu'elle a été par un groupe d'ânes sauvages, les fameux kiangs. Là, c'en est trop pour un seul homme. Donitchen littéralement "pète un câble", rejoint Rumtse en 2 jours, confie ses 5 mules restantes à un habitant, achète quelques vivres et repart seul à la recherche de sa mule manquante. Ni Sonam le directeur de l'agence A.T.M de Leh qui l'a engagé, ni le responsable de la centrale de réservation de Manali ne recevront de coup de téléphone (le choc...). Pendant plus de 10 jours (il n'y a pas de téléphone satellite fixe dans toute la région), les deux hommes craindront que le pire soit arrivé, se déplaceront même deux fois sur place (la route vient enfin d'être ouverte au trafic ce 15 juin) pour partir sur le terrain à sa recherche... Mais, une fois sur place, où donc chercher ? Les plateaux sont immensément larges, les nomades ne sont pas encore arrivés et toutes les directions de la rose des vents sont envisageables.
- Pendant ce temps, Sonam essaie de nous trouver une caravane de mules de remplacement sur Leh mais c'est là qu'intervient le deuxième "problème" : le Dalaï Lama a décider cette année de dispenser son enseignement (la 34e édition de Kalachakra) à Leh... La quasi totalité des habitants du Ladakh et du Zangskar vont converger à pied, à cheval, en bus, en voiture depuis leurs villages jusqu'à Leh pour ne pas rater cet évènement. Et nombreux seront ceux qui habitent Leh et sa banlieue proche qui ne voudront pas risquer de manquer ce rendez-vous du 3 au 14 juillet, quitte à refuser un travail rémunérateur 3 semaines à l'avance. Impossible donc de trouver un muletier bouddhiste sur Leh...! Dire qu'avec Donitchen qui est hindouiste on avait une solution de confort... Enfin, Sonam après moult recherches nous en trouve un : ce brave homme demande simplement d'être de retour à Leh pour le début de Kalachakra. On est le 13 juin, on peut commencer le trek à Kanji presque à l'heure, les mules arriveront par camion "express" à Phu deux jours plus tard, et cela laisse du temps à Donitchen pour nous rejoindre où qu'il soit, quoi qu'il fasse, et bien entendu s'il ne lui est pas arrivé malheur... En attendant le "camion à mules", l'intendance se fera par convoyage automobile. Au fait, le 13 juin, nuit de pleine lune, c'est Purnima à Alchi, la plus grande fête de l'année, fête que nous partagerons sur place avec les pèlerins. Et comme il reste un peu de temps, on va faire un tour aux grottes peintes de Saspol avant de revenir dormir au lodge de Lamayuru. Tout a l'air de bien vouloir se remettre en ordre...

Alchi : nous aussi on va fêter Purnima !

Les 10 jours qui suivent sont consacrés à la découverte de l'W du Ladakh (ou l'on découvre que la conformation du terrain a permis la construction de plusieurs pistes et routes...) en effectuant la traversée de Kanji au Rasi La duquel nous constaterons de visu (on est à près de 5000m) que la vallée d'accès au Wakha La est recouverte d'une neige compacte de bas en haut, 5220m tout de même... Les mules ne passeront jamais ! On nous explique que les régions W et SW du massif ont subi de fortes chutes de neige tardives au mois de mars ("c'est inhabituel" nous dit-on...). On abandonne évidemment l'idée d'une traversée du Wakha La mais comme le chemin que l'on a suivi jusqu'à présent est suffisamment intéressant, j'ai tenu à rédiger le topo De Kanji à Bartu : il y a quand même de la matière ! Certes on n'est jamais très loin de la route NH-1 ou d'une piste mais le franchissement du Timti La au tout début et du Rasi La le dernier jour contenteront les amateurs d'espaces vierges et de panoramas étendus.

Le Timti La en introduction...          ...et le Rasi La en conclusion

Quant aux aficionados des sites culturels, ils seront gâtés avec la visite de la gompa de Gyal, celle du site historique de Pokhar Ogyan Rzong et, à la sortie de la vallée de la Phulangpa Togpo, le passage à Kartse pour admirer l'un des trois Bouddhas du futur taillés dans la falaise. De Bartu, nous rallions Rangdum en voiture (Sonam avait prévu de nous ravitailler, ça tombait plutôt bien...), Rangdum où nous patienterons une journée entière, le temps nécessaire pour les mules de nous rejoindre après un parcours en sabots de près de 100kms effectués en 2 jours et demi, belle performance !

La gompa de Rangdum

Rangdum : Une fois la désillusion passée (il n'y a vraiment pas grand chose : un lodge, un téléphone satellite à la gompa, une ou deux boutiques), je suis quand même assez confiant pour la suite du parcours car l'itinéraire envisagé reprend une partie de ce que j'avais réalisé à l'été 2013 entre le camp dans la Kanji La Togpo et Dibling en franchissant le Pudzong La (jours 10 et 11). Mesurant tout de même 5020m mais d'un accès aisé et surtout, à 15 jours près l'année dernière, j'avais franchi sans aucune difficulté technique le Pudzong La entièrement sec. Ca laisse de l'espoir... Eh bien, le signe indien va nous poursuivre également dans cette vallée : nous atteignons la base du col après avoir surmonté moult difficultés dans la gorge, difficultés dues à la présence de neige tassée au pied de quelques couloirs d'avalanche empêchant le passage des mules et les obligeant à faire des détours un peu scabreux. Manque de chance, après une exploration à pied du passage du col entièrement recouvert de neige, on s'aperçoit bien qu'il sera impossible de faire passer les mules là où demeure, sur le plateau morainique qui marque le passage du Pudzong La, une plaque de neige poudreuse de 800m de longueur et d'une épaisseur proche d'un mètre.

Dans la gorge d'accès au Pudzong La          Le Pudzong La tout enneigé vu de la moraine d'en face où on a établi le camp de fortune

Après le gel nocturne les piétons pourront passer, les mules qui sont 7 à 8 fois plus lourdes, qui plus est avec leurs charges, risquent de rester bloquées : plus un pas en avant, plus un pas en arrière... Après une nuit sur la moraine austère qui fait face au col, force est de nous résigner à rebrousser chemin pour revenir à Rangdum. Ce seront 4 jours de perdus, mais surtout il n'est plus question d'effectuer la liaison envisagée vers Phe en suivant l'Oma Chu jusqu'à Dibling puis, en empruntant le Marpo La, le Kyerse La et le Barmi La, retrouver l'Oma Chu pour une journée de marche que l'on envisageait déjà légèrement humide à cause des multiples traversées de rivière avant de s'attaquer au Ralakhung La.

Même les yacks de Dibling qui ont franchi le col le matin-même se demandent ce qu'il se passe...

Pour mettre un peu de "baume au coeur" dans notre "malheur", nous retrouvons la plaine de Rangdum 3 jours et demi après l'avoir quittée au moment précis où Sonam revient de Padum, les sièges de la voiture occupés par des membres de sa famille qu'il achemine vers Leh (et Kalachakra...). Débrouillard comme pas deux, il nous dégote un transport automobile (un copain qui habite le village de Rangdum et qui nous emmènera à Ating dès le lendemain matin). Mais là, sans les mules, puisque nous sommes fin juin et qu'il est temps pour notre muletier de remplacement de rejoindre la capitale du Ladakh (il trouvera rapidement un camion remontant à vide sur Leh dans lequel il prendra place avec ses mules et pourra assister comme demandé aux séances d'enseignement du Dalaï Lama...). Et dire que je n'avais jamais "fait" la route de Kargil à Padum ! Eh bien, ça y est, et je peux attester que les paysages traversés sont en tout point splendides mais qu'on sort de la voiture au bout de la journée le cul tanné par les milliers de cahots. On obtient également plusieurs bonnes nouvelles : on a retrouvé Donitchen qui a réussi à faire revenir la mule qui avait pris la poudre d'escampette. Un camion de passage a conduit tout ce beau monde à Leh où Sonam a fait reprendre à Donitchen goût à la vie en l'accueillant deux jours dans sa maison de Choglamsar. Et depuis quelques jours, Donitchen est en route pour Dibling. Malheureusement cette fois-ci, c'est nous qui ne serons pas au rendez-vous, à cause du Pudzong La... Comme il y a un téléphone satellite fixe au village, Sonam va pouvoir lui indiquer de se diriger vers Padum (il faut 4 jours de marche) et nous nous retrouverons (quand même...) pour la dernière partie du trek de Padum à Sarchu.

Ating, au moment du départ pour l'excursion alpine (plutôt engageante la météo ?)

En attendant, nous sommes accueillis dans la famille de Tundup dont la maison se trouve à Drokhang à côté de Ating, un village situé à une vingtaine de kilomètres avant Padum. On se prépare à se lancer sur le petit circuit alpin sur glacier qui de Ating à Sani en 7 jours doit nous permettre de découvrir l'univers glaciaire qui s'inscrit entre les cols de l'Umasi La et des Muni La. Pour cette "escapade" pas besoin de mules mais Sonam a recruté pour l'occasion une dizaine de porteurs zanskarpa conduits par un "papy" de 62 ans, l'oeil vif et le jarret musclé. Il connait les passages qui vont nous permettre de franchir par deux fois la barrière de l'Himalaya dans une ambiance que l'on imagine très haute montagne... Et c'est parti ! On utilise une voiture pour rejoindre la gompa de Dzongkhul avant de remonter la vallée de la Malung Togpo jusqu'au camp de base de l'Umasi La que l'on devine très alpin au milieu des parois rocheuses qui ceignent les bassins d'alimentation de plusieurs glaciers-fleuves. J'ai dit "que l'on devine"... car cette fois-ci ce n'est pas l'enneigement qui pose problème mais une météo franchement pourrie qui nous accueille notre caravane à 5000m. Comment dans ces conditions-là, une averse de grêle toutes les 10mn, envisager de s'engager en haute montagne ? Qui plus est avec une dizaine de porteurs équipés relativement sommairement... Prudence est mère de sûreté et selon l'adage "un bon guide est un guide vivant"..., nous décidons d'attendre une journée de plus au camp de base (pas mieux !) avant de, là aussi, rebrousser chemin et repousser à des années futures cette excursion... C'est, bien au chaud engoncé dans le duvet, que je décide de créer une nouvelle rubrique sur le site : celle des Explorations en cours dans laquelle le premier topo à y entrer sera celui de l'Umasi La...

Dans la tourmente à l'Umasi La BC nord

Maintenant on le sait : il aurait fallu attendre une journée de plus. Car à partir du moment où nous avons commencé à nous replier le beau temps est arrivé, aussi subitement qu'il s'était dégradé... Mais comment opérer des choix de route alors que l'on ne peut disposer d'aucun moyen de communication qui permette, comme au Népal avec le téléphone satellite, de contacter des amis pouvant donner des tendances météo ? C'est assurément LE plus gros problème du trekking au coeur de l'Himalaya indien : il n'y a aucune possibilité de gérer sa sécurité dans ces endroits hostiles a priori et a posteriori !

On est au début juillet et le temps semble se stabiliser au beau, même au très beau. On migre d'Ating vers Padum, un village fantôme puisque abandonné de tout bouddhiste qui se respecte (ou presque...), migration vers Leh pour Kalachakra oblige, et on attend que Marie nous rejoigne sur place pour se lancer sur le trek vers Sarchu. A Padum on retrouve (tout de même...) Donitchen que l'envie de partir en montagne explorer de nouveaux sentiers en ma compagnie démange. J'essaie bien de recomposer un itinéraire partant d'Ating et rejoignant l'Oma Chu via le Ralakhung La mais Sonam au téléphone balaie d'une phrase mes velléités de passer par là : "l'Oma Chu est déchaînée, impossible de faire l'étape de la confluence Ralakhung Togpo - Oma Chu à Lingshed Sumdo" et rajoute-t-il "les quelques groupes engagés dans le passage ont tous rebroussé chemin"... Et de l'autre côté, vers Zingchen et le Parpi La ? "Le sentier tracé dans la gorge vient d'être explosé par des chutes de rochers, on peut le rayer de la carte...". Donc, on attend : limite ambiance de la série TV Le Prisonnier avec Patrick McGoohan ! On prend notre mal en patience en allant rendre une petite visite au palais de Sani et à la gompa de Bardan, mais quelle galère pour trouver la personne qui détient les clefs : les bâtiments sont vides, re-Kalachakra...

Sani          Sani (c'est bien une école drukpa...)

Le 8 juillet dans l'après-midi Marie arrive à Padum et nous envisageons de démarrer notre trek de sTongde à Sarchu dès le lendemain, mais en douceur car, si nous sommes acclimatés en étant sur place depuis 1 mois, Marie, elle, vient tout juste de débarquer... Le 9 au matin, on rejoint la gompa de sTongde en voiture et pendant que l'on visite le monastère perché sur son piton (là aussi, c'est tranquille !), Donitchen nous rejoint avec ses mules. Enfin vers midi c'est le départ, petite étape histoire de ne pas trop monter en altitude pour le premier jour... Le lendemain, Marie pourra quand même franchir le sTongde La, belle performance à 5140m sans acclimatation, et nous nous poserons juste de l'autre côté du col eu égard à son état de fatigue bien compréhensible.

Marie au sTongde La à 5140m

Puis c'est la descente de la haute vallée de la Shingri Chu jusqu'à venir buter à l'entrée du canyon sur la nécessité de traverser la rivière déchaînée : les mules ont du mal à résister au courant, les plus frêles d'entre nous ne peuvent pas lutter et arrivent quand même à passer sur l'autre rive mais au prix d'énormes efforts,... Une fois de l'autre côté, on constate que la traversée suivante devra s'effectuer dans des conditions encore pires que lors de la précédente, nous décidons de ne pas aller plus avant. Mais, rebrousser chemin implique qu'il faut bien évidemment retraverser la rivière pour reprendre pied sur la rive par laquelle nous sommes arrivés. Et là, à peine 1h plus tard, ce n'est plus la même "chanson" : insidieusement le courant a forci et le premier essai de passage des mules se solde par un échec. Force est de devoir les débâter pour qu'elles puissent un peu plus aisément franchir la rivière. Et les 500 kg de bagages, qu'en fait-on ? Avec la corde de 80m que nous avons eu l'intelligence de garder avec nous, nous montons une tyrolienne et, charge après charge, nous transférons tout de l'autre côté (plus de deux heures de manoeuvres éreintantes quand même...). Voir le diaporama des manoeuvres en fin de billet.

Traversée tumultueuse de la Shingri Chu

On établit le camp un peu plus en amont au confluent de la Shingri Chu et de la Leschun Togpo et on commence à étudier les solutions proposées par la carte Olizane. Officiellement, il n'y a rien de dessiné comme "sentier" autre que celui qui descend les gorges de la Shingri Chu et de la Niri Chu. Mais la qualité du fond de plan autorise à pouvoir rechercher des pistes de substitution à l'obligation de retourner jusqu'à Padum (une fois de plus...). Nous identifions deux possibilités d'exploration avec des pentes qui semblent compatibles avec ce que peuvent endurer des mules (bien sûr, rien ne peut présager de l'accessibilité des cols présumés, mais bon on peut essayer...) :
- la première est la vallée de la Ronchil Togpo dont le confluent avec la Shingri Chu se situe à Salang Stagda. Tout au sud, au pied du Garungo, elle semble proposer deux possibilités de franchissement de l'arête pour rejoindre Ychar ou Dordzong dans la vallée de la Lung Nag Chu.
- la seconde est la vallée de la Leschun Togpo qui semble assez large et surtout en RG présentant des pentes détritiques ou d'alpages (nul ne peut savoir avant d'y être allé, Google earth n'est pas disponible sur place...) peu pentues. En remontant cette vallée (il y a même un sentier de bergers au départ) on atteindra un grand bassin d'alimentation qui draine les eaux de fonte en provenance du sommet glaciaire du coin : le Cha.

Au Phuktal La BC

C'est la seconde option qui retiendra notre attention (peut-être aussi à cause du chemin de bergers que l'on a repéré...) et qui nous permettra en deux jours d'atteindre un incroyable alpage d'altitude dont les pentes détritiques qui l'entourent sont colonisées par des dizaines de mouflons, mouflonnes et éterlous de Marco-Polo. Un repérage des alentours permettra à Tundup et Donitchen de découvrir un large col donnant accès à la verdoyante vallée de la Phuktal Chu. Ils feront même l'aller-retour jusqu'à un canal d'irrigation écroulé en RD de la vallée afin de savoir, bien qu'il y ait beaucoup de bergeries le long de la rivière, s'il existait bien, au-delà du col, un sentier muletier. Ils seront les premiers à pouvoir contempler depuis un collet la vallée de la Tsarap Chu et le village de Yugar situé en face de la gompa de Phuktal. De retour au camp alors que la nuit était tombée depuis un bout de temps, il ne leur restait plus le lendemain qu'à nous guider sur leurs traces de la veille.

Le Phuktal La (ne le cherchez pas sur les cartes, c'est une nouvelle route !)

C'est ce que nous ferons avec un plaisir non dissimulé et le sentiment, après avoir subi des nombreux revers sur cette campagne d'été 2014, d'avoir accompli un "truc" de grand... Et pas seulement nous, les touristes : quand on voit la mine réjouie de nos "baroudeurs" zangskarpa, on a peine à croire que ça les a laissés insensibles... En tous les cas, c'est une belle variante panoramique au parcours du bas le long de la Lung Nag Chu. Moins de bière dans les boutiques, certes, mais à la place un grand bol d'air frais !

Après le passage du phuktal La, Sonam, Donitchen et Mutup tout sourire...

La suite de l'itinéraire passe par la gompa de Phuktal (y arriver par le haut, ça change tout !), Kalachakra oblige il ne reste sur place qu'un moine et un gardien dans le monastère... Par contre, le chemin de descente le long de la Tsarap Chu est en travaux : le chemin est en train d'être remplacé par une piste financée par le monastère et réalisée par des népalais... Vous en penserez ce que vous voulez ! On rejoint Purne puis Testa puis Kargyak (c'est l'itinéraire de la GTZ "canal historique") et on laisse les touristes franchir le Shingo La pour nous engager dans une gorge étroite en direction du Surichun La, dernier écueil d'importance sur la route de Sarchu. On suivra le nouveau chemin tracé dans les alpages pour rejoindre Wathang, le camp de base du col, mais là encore il faudra croiser les indications erronnées du tracé de la carte Olizane avec celles présentes sur le terrain : heureusement qu'on dispose parfois de cairns pour se guider sur le terrain parce que si on devait faire confiance à ce qui est dessiné sur les cartes, même celles qui semblent les plus fiables parce que disposant d'un fond de plan de qualité, on serait mort depuis bien longtemps ! Une erreur d'1cm sur la carte, c'est 1500m sur le terrain au 1/150.000e soit une vallée de différence, et ça peut tout changer... Dans le brouillard par exemple ? Un peu de sérieux, Messieurs les concepteurs !

Olizane kargyak

La descente sur Sarchu ne posera pas de problème si ce n'est la longueur des plateaux morainiques, interminables, le long de la Lingti Chu. La traversée de Padum à Sarchu est accomplie avec une réussite au-delà de nos espérances alors que cela aurait pu tourner au 3ème rebroussement de chemin. Le topo est en ligne et a rejoint les autres randonnées au sein de la rubrique Treks en Asie : De Padum à Sarchu.

La plaine alluviale de Sarchu (Lingti Chu en face avec au fond le sommet du Khamberop, Yunam Chu à G)

On arrive donc 6 jours en avance à la route puisqu'on a squizzé le détour prévu depuis Testa par les vallées de la Lenak et de la Gyambal du fait que les habitants de Testa nous ont déconseillé de faire ce détour par cet itinéraire depuis longtemps abandonné par les bergers du village. Ils craignent que les mules qui nous accompagnent ne puissent pas disposer de conditions optimales pour pratiquer cette traversée. Et puis, la météo s'est remise au moche et nous pouvons aussi craindre des chutes de pierres. Comme nous l'avions envisagé depuis notre étape à Testa (en ayant joint Sonam par le seul téléphone satellite fixe de la vallée), nous décidons de tenter d'effectuer la liaison de Sarchu au lac Tsomoriri, histoire de finir en beauté dans un site exceptionnel. Le sentier tracé sur la carte Olizane édition 2008 partant du pont sur la Tsarap Chu 8 kms au N de Sarchu semblait remonter une vallée fluviale « assez » large. Et, alors que nous allions nous mettre en route, nous avons le bonheur de rencontrer un berger de l’Himachal Pradesh qui nous rassure sur le fait qu’il y a bien un chemin, parfois un peu délité, mais que pour atteindre les grandes étendues de galets sur laquelle la Tsarap Chu se constitue, nous aurions à débâter deux fois pour franchir des béquets rocheux, parfois tracé en hauteur sur des moraines détritiques et souvent à même le lit de la rivière. Et dernière précisions : selon le moment de la journée, nous pourrions avoir à traverser de nombreuses fois la rivière, peut-être même avec quelques difficultés du fait du fort courant... Quant à la liaison vers le lac Tsomoriri passant par le Langpo La, il n’avait pas d’informations puisqu’il était toujours resté avec des troupeaux au niveau des alpages qui bordent la Tsarap Chu et qu’il n’avait jamais eu l’occasion d’emprunter ce chemin. Nous avions repéré sur la carte que si nous franchissions le col, côté E, nous aurions à traverser un plateau d’altitude très vaste pour atteindre la vallée de la Phirtse Chu à Manechan où nous retrouverions l’itinéraire muletier arrivant de Pang (emprunté par quelques groupes de randonneurs). Après, on serait en « terrain connu » puisque rejoignant Kyangdam en une journée de marche puis le lendemain, en suivant la rive W du Tsomoriri, on débarquerait vers midi à Korzok. Nous voici donc en route, hommes et mules, le long de la Tsarap Chu, remontant vers ses sources situées en face N des montagnes du Spiti.

Le long de la Tsarap Chu

Le "chemin" existe, on ne peut pas le nier, mais on sent qu'il n'est pas très emprunté. Au tout début il y a pas mal de crottes d'ovins et de caprins mais au bout d'1h de route il n'y a plus que des "traces" d'une ou deux mules qui ont dû passer par là il y a un bout de temps. On trouve quelques cairns deci de là et, histoire de participer à la pérennisation d'un futur itinéraire de randonnée (puisqu'à la suite de cet article vous ne manquerez pas d'y aller faire un tour, hein...? surtout après tout ce que je vais vous raconter par la suite), chacun d'entre nous participe au renforcement d'un bout de sentier (il faut bien que les mules passent en sécurité) ou du balisage (indiquer les bons passages à emprunter donne plus de chances qu'il reste un chemin). Toute la première partie de l'itinéraire se situe entre la traversée de plateaux morainiques à mi-hauteur de la rivière (quand même quelques passages délités dans les thalwegs sableux) ou alors directement en bordure sur des galets.

Donitchen au travail

On avance vers l'inconnu (même si le berger rencontré au début nous a assuré de la "viabilité" de l'itinéraire). Le premier bivouac se situe sur une plage de galets un peu en retrait de la rivière (au cas où...) disposant juste au-dessus d'une prairie (les mules disent merci !) et où je découvre une petite source d'eau fraîche sortant d'un couloir d'éboulis. La matinée du deuxième jour est la copie conforme de l'après-midi de la veille jusqu'au franchissement d'un col marqué de nombreux cairns et dont le balisage minéral de la descente est pléthorique. Mais pourquoi donc une telle "débauche" de moyens alors que jusqu'à présent le balisage était plutôt confidentiel ? C'est que ce passage marque une transition sans pareille : avant, ce n'étaient que moraines délitées et parois peu amènes ; de ce belvédère, on découvre que la suite de l'itinéraire empruntera une large vallée fluviale sur laquelle la progression pourra être beaucoup moins chaotique, exception faite de nécessaires traversées de bras de rivière... La large vallée fluviale que nous allons remonter à présent directement sur le lit de galets nous permet d'avancer réellement plus vite. Il y a certes des traversées de bras de rivières (le régime sandales est préconisé...) et  plus le soleil tape plus on se dit qu'à un moment on ne va plus pouvoir traverser à cause d'un courant trop fort. C'est ce qui se produit au moment d'une Nième trempette où la corde qui avait servi dans la Shingri Chu fait sa réapparition pour sécuriser le franchissement de la Malung Chu, l'un des deux bras qui avec l'Umnag Chu forment la Tsarap. Il est temps de se poser (pas trop de choix du lieu de bivouac, une source certes mais diète pour les mules...), mine de rien c'est quand même un tantinet éreintant. Et heureusement que Donitchen est un décrypteur "es méandre de rivière", il n'a pas son pareil pour "sentir" les ondulations des bras d'eau, prévoir qu'il vont ou non frôler une rive et surtout savoir où traverser le plus en sécurité. Une sacrée expérience mise au service de tout le groupe et qui nous permet d'éviter des retours en arrière chronophages...

Malung Chu - Arrivée au confluent des trois rivières

La matinée du troisième jour est la plus humide du parcours car bien que la vallée soit très large elle est plate et de ce fait, selon la puissance du courant, les bras se forment en rapport avec la hauteur d'eau et à l'instar du système de tentacules d'une pieuvre, la rivière se divise en plusieurs bras qui viennent lécher les pentes détritiques de gauche et de droite, à l'envi (le sien surtout...). On surmonte une petite moraine et au-delà on découvre une nouvelle plaine alluviale qui s'en va buter au pied des montagnes glaciaires. Comme indiqué sur la carte Olizane, c'est le moment de quitter la vallée principale de la Malung Chu pour filer en biais traverser des plateaux recouverts de buissons épineux ras. Trop heureux d'avoir trouvé la conformation du terrain identique à celle dessinée sur la carte, j'en perds mes repères de distance et nous nous égarons de l'itinéraire théorique (on ne s'attendait quand même pas à trouver un superbe chemin sur place...) pour aller malgré nous explorer les éboulis sous les falaises pensant que le couloir dans lequel on devait entrer se présentait déjà. Au bout d'une heure à chercher sur le terrain d'hypothétiques traces, je déplie la carte, reprends les coordonnées GPS et m'aperçois de la grosse erreur d'appréciation. En fin de compte, la traversée du plateau morainique ne fait pas moins de 8 à 9kms pour atteindre l'entrée du canyon d'où sort le torrent du Langpo La ; ce n'était pas en 30mn que nous aurions pu effectuer cette distance ! Allez, on redescend rejoindre la caravane de mules bien sagement restée en bas dans l'attente de notre invitation à monter si des fois on avait trouvé un chemin... On finit par trouver l'entrée du canyon qui en le remontant doit nous conduire au pied du col. 3ème bivouac et cette fois-ci herbe à profusion pour les mules... Le lendemain matin nous sommes à pied d'oeuvre dans l'étroit canyon de la Langpo La Chu mais les mules restent bloquées dans l'étroit conduit et doivent redescendre tout ce qu'elles ont monté pour contourner par le haut de la moraine le passage. On perd ainsi deux bonnes heures de marche à les attendre. C'est le lot commun des explorations... On retrouve les mules alors que la vallée s'élargit juste avant de s'engager dans un étroit passage entre deux falaises, passage qu'il faut préalablement paver pour en faciliter la pénétration pour les mules. Et ne voilà-t-il pas que Mutup, notre émérite cuisinier, parti décrypter l'itinéraire un peu plus avant dans la gorge, revient chargé d'outils de terrassement qui nous seront d'une aide inestimable dans notre travail de construction. Incroyable, non ?

Entrée dans le canyon de gauche          Mutup ramenant des outils de terrassement...

On peut désormais continuer notre progression tout heureux de découvrir qu'après 200m de canyon on peut poser le pied au sec sur un chemin parfaitement viabilisé et cairné. On remonte les pentes détritiques par de larges lacets quand tout à coup... plus de cairn ! Je déplie la carte pour constater que l'itinéraire d'accès au col doit remonter par un couloir en RG très délité et dans lequel les mules auront du mal à grimper. Par acquis de conscience je vais exporer le canyon d'où sort la rivière que l'on suit pendant que les "baroudeurs" zanskarpa essaient de trouver un chemin dans le couloir. "Chou blanc" de mon côté où après un goulet que l'on traverse à mi-cuisse la rivière dont je tente de remonter le courant ne propose que des traversées successives de chaos de rochers effondrés dans lesquels il sera pour les mules absolument impossible de progresser. Côté couloir, "chou gris"... Après avoir surmonté les premières pentes, Tundup et Donitchen ont bien identifié une trace horizontale qui partait du milieu du couloir sous la cascade et s'en allait rejoindre un collet dans une arête rocheuse. Mais le passage est vraiment trop dégradé pour que l'on s'y engage, hommes et mules, ne sachant pas de quoi les 300m restants derrière l'arête sont faits pour atteindre le Langpo La.

L'itinéraire supposé du Langpo La

Le temps maximum que je m'étais autorisé pour cette exploration est à présent écoulé :
1) soit on franchissait le col cet après-midi et on pouvait raisonnablement penser qu'on atteindrait le Tsomoriri dans les 3 jours (on disposait d'un matelas de journées en Inde avant notre retour en Europe car nous avions projeté de faire un road-trip de 4 jours au Rajasthan ; on décalerait l'avion de Leh à Delhi et basta du Rajasthan...)
2) soit on était bloqué (et c'était bien le cas...) et on pouvait, au regard de la progression que l'on avait connue pour en arriver jusque là, revenir à notre point de départ en 4 demi-journées pour être au rendez-vous du convoi automobile chargé de nous récupérer.
C'est donc la deuxième alternative qui sera suivie d'un franchissement des "portes" du canyon un peu moins aisé qu'à l'aller et, pour éviter des difficultés complémentaires prévisibles dans la descente de la gorge pour atteindre le camp d'où nous étions partis le matin, on passera par un col panoramique au milieu des alpages d'altitude, une variante de l'itinéraire principal, proposant une vue quasiment circulaire et plongeante sur les vallées au fond desquelles se trouvent quelques unes des sources de la Tsarap Chu. Un bien bel endroit ! Voyez plutôt...

Les sources de la Tsarap chu (versant N des montagnes du Spiti)

Le retour s'effectuera bien comme prévu et on arrivera en temps et en heure à la route pour honorer le rendez-vous prévu. A noter sur le parcours de retour que la Tsarap Chu avait un peu grossi nous proposant de nouvelles traversées de bras de rivière et un suivi du bord de l'eau un peu plus étroit, dirons-nous... Et puis, il y a ce dernier plaisir : à l'approche du dernier camp, que ne voit-on pas venir à notre rencontre ? Un randonneur (anglais, je l'apprendrai par la suite, une fois que j'aurai été lui rendre une visite de courtoisie dans sa tente) et son compagnon indien de Manali, tous deux d'âge respectable, qui souhaitent réaliser en autonomie la liaison de Sarchu à Darcha en remontant la Tsarap Chu et l'Unmag Chu... Sur la carte, on voit bien l'itinéraire qu'ils souhaitent emprunter. Le guide indien m'explique qu'il a suivi ce chemin il y a une trentaine d'années et qu'en autonomie il n'y a pas de problème technique particulier. Je leur fais part de notre expérience avortée et nous convenons qu'il y a matière à composer une liaison Tsomoriri - Darcha d'une dizaine de jours, en autonomie avec porteurs, en franchissant le Langpo La, l'Unmag La et le Panchi La... Tiens, tiens ! Et si je montais cela l'année prochaine ? Ladakh - Zangskar, quand tu nous tiens... En attendant le topo que je ne manquerai pas de mettre en ligne l'année prochaine ("cochon qui s'en dédit"...), vous pouvez visualiser le topo Aux sources de la Tsarap Chu qui est venu rejoindre celui de l'Umasi La au sein de la toute nouvelle rubrique des Explorations en cours.

Diaporama de la problématique du franchissement des rivières sujettes aux crues subites...

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[Maroc] Haute Route n°4

Voilà pratiquement un mois que je suis revenu de cette escapade sur les crêtes du haut-Atlas occidental et je m'aperçois que je n'en ai pas beaucoup fait mention. Il est vrai que je suis parti de suite passer une semaine au bord de la Grande Bleue à Toulon (une nouvelle balade dans les Calanques) puis j'ai enchaîné de suite sur le tour de la Vallée de Chevreuse sur le week-end de l'Ascension... Mais revenons sur la montagne marocaine : cette virée sur les crêtes en autonomie, j'en rêvais depuis 2 ans, au moment où je m'étais rendu dans le coin lors de la GTAM4 et une autre fois l'année dernière lors du passage avec M'hamed alors que nous essayions de décrypter un itinéraire muletier dans cette région et qui s'est révélé devenir la GTAM5.

Le tizi n'Louez au pied du Djbel Erdouz

Pour ce cru du printemps 2014, l'accomplissement d'une haute-route, la quatrième du nom (car venant chronologiquement après les 3 premières Alpi-Toubkal 1, 2 et 3), M'hamed était de la partie, bien sûr, mais avec Martial et Pierre (qui m'avaient accompagnés sur la Kora du Dhaulagiri l'automne dernier) et trois "petits" petits nouveaux : Marielle et Yannick (arrivant de Chambéry avec une solide expérience des raids montagnards de ce genre) et puis Claude, résidant dans la Beauce et qui s'essayait sur ce genre de parcours sur les "injonctions" de Martial, son ancien collègue de travail. Seule possibilité d'avancer : être en autonomie avec 6 jours de nourriture dans le sac pour atteindre Arg, un village situé aux 2/3 du parcours et dans lequel on avait prévu de faire déposer chez l'habitant un ravitaillement.

                                                                                                                                                      Ijoukak (photo M.L-F)

Tout avait bien commencé et les camarades de route qui ne connaissaient pas encore l'accueil berbère ont été enchantés par la soirée que nous avons passée au gîte d'Ijoukak, chez El Mahjoub. Mais, pour Claude, la balade pourtant commencée positivement s'est arrêtée brutalement à la descente du Gourza, dès le 3eme jour, en raison d'un oedème laryngé qui s'est sûrement déclenché du fait d'une montée trop rapide de 1000 à 3300m, en deux jours seulement. A 4000, 5000 ou 6000m, OK ! Mais là c'est la toute première fois que je suis confronté à ce problème à une aussi "basse" altitude... Plus de peur que de mal : du bivouac sous le tizi n'Ouddif, Claude, accompagné de Martial, a pu redescendre jusqu'au premier village. Avec l'aide logistique d'El Mahjoub à distance (via le téléphone mobile, eh oui, ça passe quelquefois là-haut...), le rapatriement a pu avoir lieu jusqu'à Marrakech suivi d'un retour fissa sur la France. Pendant cet épisode de 3 jours nous avons poursuivi notre parcours de crêtes, enchaînant les sommets de l'Imlit, du Tameksaout et de l'Erdouz, ascensions entrecoupées de bivouacs exceptionnels, soit dans les hauts vallons où l'on connaissait la présence de sources (merci les repérages des années précédentes !), soit directement sur la crête voire le sommet, à l'Erdouz par exemple, où de beaux névés tardifs nous ont permis de faire fondre la neige et de disposer d'eau pour le bivouac.

Dans la partie chaotique entre l'Imlit et le tizi Melloult

Martial se rendra directement à Arg avant de nous rejoindre au cours de notre descente de l'Erdouz et nous finirons tous ensemble (à 5 seulement...) le périple en traversant l'Igdet sous une météo très capricieuse, assez inhabituelle pour un mois de mai. Et comme d'hab', des paysages exceptionnels et de nombreuses rencontres avec les bergers qui traquent les moindres coins de verdure au coeur des vallons minéraux. Tout ça grâce à qui ? M'hamed bien entendu. Avec sa gouaille et sa débrouillardise, que de partages avec les locaux n'avons-nous pas connus... Et même des invitations à venir dormir à la maison avec d'excellents mets, tagines et couscous. La fête quoi ! Je l'ai même affublé d'un surnom : M'hamed "les bons tuyaux" à l'instar de Huggy dans la série TV culte Starsky & Hutch.

Avis de mauvais temps sur l'Igdet (départ de la descente en biais dans le creux du vallon)

Le topo [Maroc] Haute-Route n°4 est désormais en ligne. Pour les diaporamas, ils arriveront un peu plus tard (en fait je viens de les mettre en ligne ce 29 août...) et sûrement après le retour de la Grande Traversée du Ladakh n°2, itinéraire alternatif à la Traversée n°1 phagocytée aujourd'hui (pour le bien des habitants) par la piste qui rend désormais cet itinéraire autrefois d'exception bien peu intéressant à présent.

Traversée du Haut-Dolpo (automne 2014)

Trek d'exception prévu du 12 septembre au 7 novembre 2014 mais
REPORTE A L'AUTOMNE 2015 PAR MANQUE DE CANDIDATS

Cet automne 2014, à la suite du trek découverte « hors des sentiers battus » de 2013 que j’avais appelé la Kora du Dhaulagiri et où il n’avait pas été possible de randonner dans le Haut-Dolpo du fait des conditions météorologiques autant déplorables qu’inhabituelles, me voici à proposer une traversée de cette région. Partant de Jumla, village que l’on peut plus aisément que Juphal rejoindre par avion, et se terminant à Jomosom à la porte du Mustang, l’itinéraire que je propose suivra au plus près la frontière népalo-tibétaine : il se dirigera en premier vers le lac Rara puis s’orientera plein E pour atteindre le nord du Haut-Dolpo avant de redescendre au S vers Shey gompa et le lac Phoksundo. Ensuite, toujours vers l’E, il rejoindra Dho Tarap puis Charka Bhot, deux villages emblématiques de la région. Puis ce sera cap au S pour aller explorer l’exceptionnelle vallée de Mukot au pied des faces nord du Dhaulagiri himal pour atteindre Sangtha et le Mustang par le Tuche La. Pour les gens motivés, j’ai prévu de remonter la Hidden valley (une vallée dont Paulo Grobel nous a offert le trousseau de clefs sur son site) jusqu’au camp de base du Dhaulagiri avant de redescendre sur Marpha et Jomosom. Les autres, depuis Sangtha et en deux jours de marche, pourront rentrer tranquillement par le chemin des caravanes, un sentier beaucoup moins problématique et engagé que le précédent...

Il y aura donc trois possibilités de se joindre au projet :
- Option 1 : Jumla – Rara - Bhijer – Shey gompa – Ringmo - Dho Tarap - Chharka Bhot – Mukot – Dhaulagiri BC - Mustang de 47 jours de marche.
- Option 2 : Jumla – Rara – Bhijer – Shey gompa - Ringmo de 24 jours de marche.
- Option 3 : Ringmo – Dho Tarap - Chharka Bhot – Mukot – Dhaulagiri BC - Mustang de 24 jours de marche.

Ci-dessous une représentation géographique de la région où se déroulera le trek présentant un tracé (très) approximatif :

Vous voulez vous joindre au groupe qui va réaliser ce trek d'exception ?

Téléchargez le document d'informations pratiques ici : Traversée du Haut-Dolpo - v1 Traversée du Haut-Dolpo - v1

Grande Traversée du Ladakh n°2

LEGERES MODIFICATIONS DE PROGRAMME ET DATES CONFIRMEES

Modifications :
22/01/2014 : Départ de la Spong Togpo soit 2 jours de plus de rando et donc 2 cols... Chouette, non ?

Allez hop ! C'est parti pour la Grande Traversée du Ladakh – Zanskar n°2. L'itinéraire est à présent défini. Il repose sur les connaissances des zanskarpa parce que côté guides de randonnée, il n'y a pas pléthore d'informations... Bon ! Ce n'est pas grave car, au retour de ce trek d'exception en pays ladakhi, apparaîtra sur le site le topo intégral du circuit (le voir apparaître sera le gage de la réussite de l'expédition...).

47 jours de marche entre le 7 juin (départ de France) et le 31 juillet 2014 (retour en France) sont nécessaires pour effectuer une traversée intégrale du Ladakh et Zanskar (J&K – Inde). Pas celle d’autrefois, que j’ai appelée n°1, non ! Elle est aujourd’hui « mangée » par la piste et de facto est devenue bien moins intéressante qu’avant (voir le billet de blog à ce sujet)... Je vous propose de construire ensemble la n°2, une traversée vraiment hors des sentiers battus, un peu plus alpine, toujours aussi culturelle et de ce fait passionnante à plus d’un titre : je la fais partir de Kanji, au nord et à proximité de la vallée de l’Indus, et espère la terminer à Sarchu de l’autre côté du massif, au sud. Entre temps, que de merveilles à contempler, que de bonheurs à partager avec la même équipe que celle qui m’a permis d’accomplir en 44 jours de marche à l’été 2013 le Grand Tour du Ladakh. Vous choisissez le parcours sur lequel vous souhaitez vous engager, total ou morcelé, selon que vous vous sentez apte à parcourir la totalité (ou non) ou tout simplement que vous ne disposez pas du temps nécessaire à l’accomplissement de la boucle en entier. En rouge, orange et violet le circuit proposé cette année pour la création de la GTZ n°2, en bleu l'itininéraire conventionnel de la GTZ n°1.

Grande Traversée du Ladakh-Zangskar n°2

Ce trek au long cours s’adresse à des randonneurs expérimentés qui ont déjà marché plusieurs jours de suite à des altitudes similaires avec une amplitude horaire de 4 à 6h (exceptionnellement 8h lors du passage de quelques cols). Il permet de parcourir les paysages contrastés du Ladakh entre vallées agraires, gorges profondes creusées par d’impétueuses rivières, hauts cols (entre 4800 et 5800m), plateaux colonisés par les nomades et chaînes de montagnes aux cimes enneigées. Notre caravane traversera quelques villages (la désertification de la montagne est vraiment d’actualité...) où il sera possible d’aller à la rencontre de ce peuple ladakhi. Il est aussi prévu de visiter quelques lieux culturels comme des monastères perdus au fin fond de la montagne. Une expédition bien dans la lignée des treks hors des sentiers battus…

Pour vous donner envie, n’hésitez pas à consulter les topos de randonnées des années précédentes et, quand ils sont disponibles, les diaporamas :

- De la Grande Traversée du Zanskar n°1, avec des paysages de vallées glaciaires et des gorges profondes,
- De la Nubra à la Markha, avec la remontée de trois grandes vallées fluviales pour atteindre des plateaux d’altitude,
- De Likir à Wanla, pour les paysages détritiques au milieu desquels se trouvent des oasis verdoyantes, lieux de vie avec des villages et des monastères,
- De Rumtse au Spiti pour la traversée de hauts plateaux et le passage aux 2 grands lacs de l’est.
- Du Grand Tour du Ladakh auquel on empruntera des passages exceptionnels (Pudzong La, Dibling, Tso Tok, etc.).

Sur place, je m’appuie encore cette année sur les services de l’agence Adventure Travel Mark de Leh dirigée par Sonam Dawa. Elle m’a organisé précédemment les 3 derniers treks à l’été 2012 et le Grand Tour du Ladakh en 2013. Les prix sont tirés au mieux de nos intérêts sans perte de qualité sur les prestations (Sonam me fait un réel prix d’ami).

Si le coeur (affectif et physique...) vous en dit, n'hésitez pas à vous joindre à cette caravane itinérante pour 18, 25 ou 44 jours. Je vous emmène à la découverte des multiples facettes de cette région bouddhiste montagneuse, aussi désert d'altitude, aux paysages contrastés d'une beauté incroyable et aux habitants qui savent ce que veulent signifier les termes accueil et, après, sur le long terme, amitié...

Vous pouvez télécharger le programme au format PDF ici : Grande Traversee du Ladakh Zanskar n2 -v3.pdf Grande Traversee du Ladakh Zanskar n2 -v3.pdf

Festival Tiji 2014 à Lo Monthang

C'est donc la deuxième année que je propose dans la rubrique des Treks en partance, celle qui contient les programmes de randonnée, un trek proposé par mes amis (et qui du fait de mon emploi du temps un peu chargé en ce moment je ne pourrai me joindre). Mais rassurez-vous, ce sont des treks hors des sentiers battus dont l'itinéraire a fait l'objet d'un repérage précis lors d'une de mes explorations et conduits par des accompagnateurs népalais qui connaissent les passages. Comme l'année dernière où 3 groupes ont adhéré à ce programme, revoici le trek de printemps dans une région qui me tient à coeur plus que de raison, je parle du Mustang. L'occasion est belle d'aller assister à la fête bouddhiste de Tiji (c'est à mon avis la plus belle et la plus accomplie de toutes celles auxquelles j'ai pu assister depuis de nombreuses années). Explications et diaporamas sont disponibles en cliquant sur ce lien.

Scène de Tiji à Lo Monthang

L'organisation du jour par jour permet d'optimiser le temps passé sur place (et le permis de séjour sur place de 13 jours) : durant les temps libres que laisse le programme du festival, vous partirez à la découverte des grottes sacrées et sites d'intérêt majeur qui fourmillent aux alentours de Lo Monthang. Et puis, une fois que ce seront tus les flonflons de la fête (je veux dire : une fois le démon immolé et le Mustang protégé pour une année encore...), vous rentrerez par un itinéraire peu touristique empruntant plateaux et canyons, inspiré du circuit que j'ai créé en 2012 et que vous pouvez visualiser ici sur Mustang, canyons et grottes sacrées.

Entrée dans les gorges au niveau de Chele

Mon ami Chhetup Tamang de l'agence népalaise A.R.T avec laquelle je fais souvent équipe vous propose ce circuit à des conditions financières très avantageuses : les "amis de ses amis sont ses amis" et c'est la raison pour laquelle il vous propose un prix très serré, un prix d'ami quoi ! Les dates sont déclinées du calendrier bouddhiste et les 27, 28 et 29e jours du 3e mois fluctuent d'une année sur l'autre. Cette année ce seront (obtenu de source officielle) les 26, 27 et 28 mai 2014. Vous trouverez ci-dessous le programme proposé :

Téléchargez la fiche circuit au format PDF : tiji-2014.pdf tiji-2014.pdf

Une fois que vous aurez lu le topo et que vous vous direz "Bon sang, mais c'est bien sûr, je ne peux pas rater ça...", n'hésitez pas à me solliciter pour des renseignements complémentaires en usant de la rubrique Contact.

Bonnes fêtes de fin d'année (et quel beau cadeau de Noël à s'offrir...).

Pierre

Les chortens de Tangye

PUB : Tiens au fait pour Noël si on ne peut pas se payer ce voyage, on peut toujours se rabattre sur l'achat d'un merveilleux livre qui a pour cadre le Mustang, juste dit comme ça, sans penser à mal...

Diaporama sur les saliks.

Je vous fait partager la découverte de cette année alors que l'on traversait la région du bas-Dolpo (ou inner Dolpo) au Népal. Nous nous sommes arrêtés dans de nombreux villages dans lesquels la mixité ethnique est une réalité. Côté religion, si la région centrale du Népal située entre les rivières Kali Gandaki et Karnali ne vous est pas familière, vous serez étonné d'y découvrir une alternative au bouddhisme et à l’hindouisme avec ce culte chamanique ou oraculaire (celui des oracles) aux autels disposés en pleine nature et reconnaissables à la présence de rubans de couleurs rouge, rose et blanc. Et dans les villages me direz-vous ? Ce culte se traduit par la présence de saliks, ces « drôles » de poteaux en bois sculptés d’une tête « humaine » qui sont sensés protéger le domaine familial. Nous, on les a affectueusement appelés les « Charlie » car cela est très rapidement devenu un jeu de les débusquer, un jeu à l’identique de celui proposé par Martin Handford dans ses livres « Mais où est Charlie ? »… N'hésitez pas à faire défiler ce Diaporama ludique aux légendes toutes personnelles marquées d'humour (ni dénigrant, ni péjoratif bien entendu...). Trois exemples de saliks ci-dessous avec le Charlie métallo, Charlie cocu et Charlie Gremlins...

                   

La Kora du Dhaulagiri

Je suis revenu depuis deux semaines et je ne suis pas encore totalement sorti de mon état second, celui qui m’empêche de totalement me passionner pour la politique, les faits divers, le championnat de foot ou de rugby, les fêtes de Noël qui approchent... bref, tout ce qu’un gars normalement constitué (bon, d’accord pour le foot, ce n’est pas une obligation...) est sensé s’intéresser. Même ma deuxième année d’apprentissage du népali à l’INALCO démarre couci-couça après quasiment 4 mois d’immersion sur place. Je n’arrive pas à rentrer... Si je ne suis pas (vraiment) là, où suis-je donc ? Reprenons depuis le début. Après trois randos de printemps au Maroc tout au début de cette année 2013 avec mon compagnon berbère M’hamed, voilà t’il pas que je me lance, à peine la GTAM 5ème du nom achevée avec succès, dans une randonnée itinérante plutôt longue. L’année dernière, j’avais bien organisé celle des 5 cols de l’Annapurna sur 32 jours suivie d’un petit tour au Mustang pour assister au festival Tiji à Lo Monthang sur une dizaine de jours, mais là, pour 2013, je n’y allais pas « avec le dos de la cuiller », je me lançais pendant l’été dans un voyage pédestre de 47 jours, un Grand Tour du Ladakh, avec au programme le secret désir de découvrir cette région de manière un peu moins superficielle. J’en reviendrai comblé : le programme que j’avais concocté devait parcourir de larges espaces aux paysages exceptionnels et changeant tous les jours, suivre des canyons et traverser des plateaux, alterner vallées fertiles et minéral intégral. Eh bien, c’était cela ! Une bambée d’une cinquantaine de jours, et à la fin même pas fatigué... Et il faut le noter également, la qualité d’organisation de Sonam Dawa, le directeur de l’agence Adventure Travel Mark de Leh, nous n’avons pas eu à déplorer un bémol. Incroyable randonnée !

Mais ce n’était pas tout... La fin de l’année était prévue aller crescendo. Le programme d’automne au Népal promettait d’être lui aussi plutôt dense : une circumambulation avec comme barycentre l’immense chaîne de montagnes du Dhaulagiri qui s’étale du Tukuche à l’est à la Putha Hiu Chuli à l’ouest, il y avait de quoi se faire du souci quand même avec 60 jours de marche : là c’est Chhetup Tamang, directeur de l’agence népalaise Altitude Randonnée Trekking qui s’y colle en me proposant la meilleure équipe de porteurs, cuisiniers et accompagnateurs pour m'épauler dans ce trek « à tiroirs » pendant laquelle on pourra rencontrer de nombreuses embûches qu’il nous faudra contourner.

Au moment de la construction, on a pensé à beaucoup de choses, par exemple :

1) on ne met pas ses « œufs dans le même panier » : il y aura une équipe de porteurs (au fil des jours qui passaient, j’ai fini par les appeler, en népali, les thulo bhariya (strong porters) tant ils ont fait montre d’un professionnalisme exacerbé dans des conditions, comme on le verra un peu plus loin, que l’on a connues délicates...) complémentée par une caravane de mules : si les mules ont des difficultés sur le terrain, les porteurs eux passent partout, et inversement, quand le terrain est facile on peut décharger les porteurs pour charger les mules. On ne sait jamais...

2) on recrute une équipe de porteurs dans une région où le portage fait partie du quotidien des villageois, le Solu-Khumbu par exemple. Dans les régions que l’on allait traverser, tout le portage s’effectue à dos de mules, de chevaux ou de yacks. Aucune possibilité de pouvoir recruter sur place. Certes ils habitent loin du Dolpo, on leur finance les voyages aller et retour, on leur prête l’équipement et cela garantit trois choses : que les personnes qui vont nous accompagner sont rompus à cette tâche du portage, qu’ils connaissent le monde de la haute montagne et ses conditions climatiques rigoureuses, et comme ils sont « délocalisés » ils n’auront pas la tentation de quitter le groupe en pleine pampa...

         

3) on prévoit deux passages dans la région de Dunaï et Juphal car c’est le seul endroit où l’on peut se ravitailler en quantité dans cette région, ailleurs c’est impossible car les villageois vivent en auto-suffisance et les 30kg de pommes de terre ou l’orge qu’ils pourraient nous vendre viendraient à leur manquer pendant l’hiver.

4) on a décidé de réaliser cette randonnée à la saison idoine, le début de l’automne : en démarrant de Beni, les pluies de mousson seront calmées et la nébulosité en train de repartir vers le sud-est asiatique (ça, cela s’est avéré vrai... il n’a que très peu plu sur Dhorpatan sur la deuxième quinzaine de septembre). Après on se dit qu’au Dolpo on y arrivera à la saison sèche et encore chaude, le mois d’octobre, permettant de se balader même dans le nord en gardant des températures agréables et sans craindre les chutes de neige qui pourraient bloquer les cols. Et puis pour traverser vers le Mustang, il ne fera pas trop froid, enfin juste un peu mais sans plus...

         

5) et pour qu’un maximum de personnes puisse se joindre à cette expédition, on a prévu un circuit qui passe et repasse par Juphal, l’altiport du Dolpo. Donc les 5 randonneurs qui ont postulé pour la « totale » retrouveront les 5 autres au tiers du parcours à Dunaï, puis après le passage du Kagmara La l’un(e) d’entre eux  quittera le groupe et rejoindra Juphal, les autres pourvuivant vers le nord traverser le haut-Dolpo. Au retour du haut-Dolpo, on a prévu de revenir à Dunaï où les 2 qui ont « choisi » de ne faire que le tour du haut-Dolpo nous quitteront et reprendront l’avion vers Kathmandou via Nepalganj. Les autres, eux, remonteront vers Chharka Bhot, franchiront un col au pied de l’Araniko Chuli pour passer au Mustang par la route du nord, le long de la frontière tibétaine, avant de rejoindre Lo Monthang puis quelques jours après atteindre Jomosom et son altiport.

6) cette année, comme l’année dernière d’ailleurs, j’aurai à disposition un téléphone satellite. Mais cette fois-ci, je l’emmène avec moi dans le sac à dos de la journée. On ne sait jamais... Et puis, à l’autre bout de la chaîne, il faut un correspondant au niveau de ce que l’on appellera le « camp de base » à Kathmandou et Chhetup, ce rôle, il l’a vraiment joué à la perfection. Je considère que la réussite de ce projet est autant conditionnée par la présence d’une équipe de qualité à mes côtés sur le terrain qu’à distance pour gérer nombre de problématiques auxquelles on ne pense pas : l’obtention des permis d’expédition, les backchichs de tous ordres, le choix des équipes, un répertoire téléphonique dans lequel on y trouve les numéros des personnes dont on aura un jour besoin et à qui on rendra la pareille à notre tour, l’organisation des déplacements terrestres ou aériens, les « coudes à coudes » qui font qu’un groupe se retrouve en tête de liste pour un départ alors qu’il était en dernière position quelques minutes auparavant...,

Confiants dans notre organisation pour ce trek, nous voici donc partis ! Oui, oui, on avait bien pensé à tout, ou presque... :

1) des porteurs et des mules : ce point nous a permis de pallier la défection inopinée du premier muletier qui a décidé d’arrêter, bien entendu alors que l’on était déjà sur le chemin, laissant les bagages en plan à Hurikot. Ce jour-là, les porteurs ont fait double journée en redescendant les chercher après avoir monté leurs charges auparavant... et permettant de monter un camp en haut et pour le sirdar, en bas, d’avoir le temps de chercher un autre muletier qui voudrait bien s’y coller.

          

2) sur la compétence des porteurs (et du reste de l’équipe) : nous avons eu totalement raison puisque le travail réalisé par nos thulo bhariya a été d’un niveau exceptionnel, une abnégation de tous les instants même dans les conditions très difficiles qui ont été celles dans lesquelles on a dû évoluer... J’associe également l’équipe de cuisine au même satisfecit : ils portent et au camp ils changent de métier et se mettent en ordre de marche pour préparer les repas ! En gros, 16 heures de travail par jour...

         

3) côté ravitaillement, « Papa » Chandra Raï (c’est le père du sirdar Chandra qui officiait aux fourneaux), il a disparu pendant 2 jours et 3 nuits entre Dunaï et Chaurikot mais il a organisé pendant cette période toute l’intendance pour les 45 jours qu’il restait à marcher. Un pro, quoi !

4) et malheureusement 5) et la nécessité de disposer du point 6)... les délires de la météo, ses conséquences sur le jour par jour et de l’utilité d’un téléphone satellite là où le mobile pourrait avoir une utilité s’il y avait des antennes : c’était trop beau jusqu’à présent, tout avait marché comme sur des roulettes. Si le temps avait été relativement clément lors de la traversée de la réserve de chasse de Dhorpatan avec quelques ondées d’après-midi et par ci par là un orage, normal pour le district du Rukum aux paysages de végétation primaire (l’humidité doit y être pour quelque chose non... ?), on espérait chaque jour entrer dans le Dolpo pour enfin sentir le soleil réchauffer nos vieux os. C’était  devenu une litanie (que j’alimentais chaque jour d’ailleurs...) « Au Dolpo, vous verrez, il fait toujours beau »... Effectivement, la journée de descente du Jang La jusqu’à Dunaï nous a fait oublier l’humidité omniprésente des jours précédents. Dans la deuxième partie de la descente, il faisait beau et le soleil nous dardait de ses rayons.

A Dunaï, après un début d’après-midi prometteur petite ondée d’après-midi et puis le lendemain quelques cirro-stratus dans un ciel bleu clair presque blanchâtre. C’est pas très bon ça... De plus, les autorités confirment que Juphal est fermé pour travaux un peu plus longtemps que ce qui était annoncé, jusqu’à... : il faut donc se déplacer vers Masinchaur où se trouve l’altiport de secours du Dolpo. Un jour et demi à marcher vers l’ouest pour récupérer nos 5 amis (Marie, Mireille, Luc, Martial et Pierre) mais rien de grave pour le planning car de toutes les manières il était prévu que le circuit passait non loin de là, ce n’était donc pas vraiment un détour... Le transfert pédestre s’effectue sous une couverture nuageuse de plus en plus présente, nuages qui disparaissent le soir avant de réapparaître le lendemain matin et nous immerger dans un épais brouillard. A Masinchaur, la biroute rouge et blanche bien qu’horizontale en raison d’un fort vent ne se voit pas beaucoup, cachée qu'elle est dans le brouillard.

          

Puis les nuages disparaissent aussi soudainement qu’ils étaient apparus pour laisser la place à un chaud soleil. Les officiels, rassurants, nous indiquent qu’il faut juste attendre que la piste du « champ de patates » sèche un peu. On est prêts à accueillir de pied ferme le premier avion en provenance de Nepalganj vers midi. Notre groupe est prévu sur le troisième de la journée. Croisons les doigts... L’avion se pointe bien profitant d’une fenêtre météo clémente, pose ses 9 passagers et repart fissa vers le sud. Le deuxième, déjà en route, n’arrivera jamais : la couche de nuages au-dessus des montagnes qui protègent le Dolpo au sud s’est densifiée et l’avion a fait demi-tour. Clap de fin pour le restant de la journée. On couche sur place, le lendemain c’est pluie fine toute la journée, il n’y aura plus d’avion avant longtemps. Longtemps ? Mais combien de temps ? Qui peut le dire... A l’aide du téléphone satellite (oh, que c’est utile dans ces cas-là...), j’informe Chhetup Tamang, mon « camp de base » à Kathmandou, que j’ai décidé de continuer le circuit avec les 4 personnes qui ont débuté à Beni (Justine, Bernard, Maxime et Michel). Nous partirons le lendemain avec une grande partie de l’équipe de porteurs et de cuisine en laissant juste sur place un assistant guide et un cuisinier. Ils attendront la caravane de mules qui doit venir de Juphal avec le gros du ravitaillement. Quand le groupe arrivera par les airs (demain ou au pire après-demain...), tous ensemble ils rejoindront directement le lac Phoksundo où nous ferons la jonction. Pendant ce temps, histoire de ne pas se morfondre dans ce coin paumé on s’en ira franchir le Balangra Lagna juste avant de repartir en montée passer le Kagmara La avec juste ce qu’il faut de bagages pour ne pas surcharger les porteurs. A Ringmo, pas d’inquiétude, dès que nous serons réunis, on partira plein nord vers le haut-Dolpo. On réduira un peu la longueur du circuit mais on ira bien au haut-Dolpo. Notre départ de Masinchaur s’effectue par une nouvelle journée pluvieuse qui nous voit marcher (ou plutôt glisser...) en forêt sur des sentiers boueux à l’extrême. On ne va pas très loin tant la météo est excécrable. Dagin, c’est le village qui est situé dans le creux de la vallée au-dessus duquel il y a... Masinchaur. Il pleut continuellement. Les tentes n’arrivent plus à garantir l’étancheité tant les toiles sont saturées... C’est ce jour-ci que l’on décidera, Chhetup et moi, sur proposition du groupe en attente depuis 4 jours à Nepalganj, de changer d’aéroport de destination, de laisser tomber l’altiport du Dolpo et de tenter de dérouter le groupe sur Jumla, un altiport un peu plus permissif par temps pluvieux.

Certes, si cela fonctionne on sera tous réunis (enfin...) mais le circuit dans le haut-Dolpo commence à avoir du plomb dans l’aile puisque pour faire la jonction entre les deux groupes, il est nécessaire de nous déporter encore plus à l’ouest avant de revenir vers l’est. Le nombre de jours de trek dont Marie et Martial vont disposer pour être de retour à Dunaï se consume à vitesse grand V et se réduit de jour en jour à peau de chagrin. Pour le reste du groupe qui va poursuivre vers le Mustang, pas d’inquiétude, il reste encore beaucoup beaucoup de temps... Autre facteur à prendre en compte pour Marie et Martial : si Juphal ne rouvre pas, il va falloir qu’ils retournent à Masinchaur, soit deux jours de moins sur leur trek... A partir de ce moment, le haut-Dolpo n’est plus envisageable et je recompose pour la suite un itinéraire qui traversera seulement les cols du bas-Dolpo pour revenir à Dunaï en temps et en heure. Enfin une bonne nouvelle dans la grisaille et l’humidité, les 5 vont pouvoir quitter Nepalganj le lendemain (ils piaffaient d’impatience) et nous décidons de nous retrouver au sommet du Maure Lagna qui sépare le Dolpo du pays de Jumla.

Effectivement et toujours sous la pluie, deux jours plus tard, nous nous retrouvons au Maure Lagna avant de passer enfin notre première nuit ensemble (et au sec...). Au matin, grand beau temps. Ça y est ! Il fait beau sur le Dolpo... Un moment de tristesse avec le départ de Justine qui nous quitte pour rejoindre Jumla dans un premier temps, Nepalganj dans un deuxième et sortir du Népal par voie pédestre pour poursuivre par une quinzaine du côté de Benarès. On s’était bien habitués à vivre ensemble mais bon, on se retrouvera bien un de ces jours lors d’une nouvelle randonnée... On franchit dans une éclatante lumière le Bharbhare Lagna avec des paysages d’une rare beauté et des montagnes « repeintes » en blanc tout frais.

Puis on descend sur Hurikot alors que notre muletier nous quitte comme un « voleur »... Chandra à la peine nous dégotte  un nouveau muletier prêt à en découdre avec notre itinéraire mais surtout avec une ou deux mules très vindicatives et rebelles lors des chargements et déchargements si bien qu’il faut que Bhim, un de nos deux assistants guides leur morde l’oreille jusqu’au sang alors que le (nouveau) muletier par des manœuvres osées tente d’attacher les sacs sur le bât.

La météo repart au mauvais, voire au pire, alors que l’on est posé au camp de base du Kagmara La. Impossible d’engager le groupe sous une telle pluie. On passera la journée à jouer aux cartes, à lire et à goûter... Le lendemain, le soleil semble faire son apparition et nous franchissons le col avec beaucoup de vent mais dans des conditions correctes. La descente du vallon jusqu’à Sumdo révèle de magnifiques paysages de campagne au pied du massif du Kanjelarwa. Puis le temps se dégrade à nouveau alors que l’on doit monter rendre une visite au lac de Phoksundo, lac dont on appréciera malgré tout les couleurs sous une épaisse couche de nuages. Mais même dans ces conditions-là, le site est mythique et il fait bon s’y poser un moment. Pour les jours qui suivent, j’ai décidé de partir plein est vers Do Tarap en franchissant deux cols « tranquilles » le Baga La et le Numa La. Mais la pluie froide ne s’arrête pas et, alors que l’on vient d’arriver au camp de base du premier col, le groupe qui en descend ne nous conseille pas de le passer. Et quand bien même on y arriverait avec la neige (il faut aussi penser aux mules qui ne sont pas expertes de la marche sur un sentier enneigé) il faut penser que l’on va se trouver le lendemain soir pile poil entre deux cols, le Baga La et le Numa La, enfermés sans autre possibilité de s’échapper en cas de précipitation abondante que de revenir en arrière repasser le Baga La à 5100m ou avancer vers Do et passer le Numa La à 5300m... Je préfère ne pas prendre le moindre risque et le groupe redescend vers Dunaï et on suivra la vallée de la Phoksundo khola sous la pluie pendant 3 jours (ou 3 nuits, je ne sais plus, tant il pouvait faire sombre...).

Dunaï ! Après des adieux frustrants car leur trek est raté à 80%, Marie et Martial montent en jeep à Juphal pour passer la nuit dans un lodge où ils s’aperçoivent que 28 personnes sont en attente d’un hypothétique avion depuis plusieurs jours et que le départ du lendemain, c’est pas gagné... Gros coup de blues le soir quand la pluie se remet à tomber de manière plutôt drue. Ça craint pour demain... Et le lendemain il fait beau ! Il a plu toute la nuit mais ce matin il règne un franc soleil, du ciel bleu et pas un nuage. Heureux présage, mais de courte durée : le premier avion se pointe vers midi passe en phase d’atterrissage et larde la piste toute nouvelle de deux trainées bien profondes. Las ! La piste n’était pas assez sèche et il vient de détruire le travail des 3 derniers mois... Le rouleau compresseur essaie bien d’aplanir mais ce n’est pas top. Il y a fort à douter qu’aucun pilote ne souhaitera poser sa machine sur ce désormais nouveau « champ de patates ». Marie et Martial se doutant bien que le problème ne va pas se résoudre à l’instant téléphonent à Chhetup pour qu’il leur propose une solution héliportée. Depuis Kathmandou, il se débrouillera de la meilleure des manières en leur trouvant cet oiseau rare à un prix défiant toute concurrence. Sur place, Marie et Martial ont trouvé trois clients prêts à les accompagner pour partager les US$5000 qui leur permettra de gagner la capitale népalaise en 1h30 de vol. Deux heures plus tard, le frêle oiseau rouge se pose et embarque ses voyageurs. Sauvés !

Quant au groupe de 7 « touristes » qui poursuivent leur avancée vers le Mustang (Mireille, Bernard, Luc, Maxime, Michel, Pierre et Pierre), tout va pour le mieux : il fait beau, même très beau et la vallée de la Thuli Bheri khola qui permet de rejoindre Tarakot est vraiment superbe à remonter. Au camp, on retrouve même le ravitaillement préparé par « Papa » et que des mules ont acheminé quelques jours auparavant. On a repris le fil conducteur du programme avec quelques jours d’avance sur le planning, ce qui permet d’envisager un parcours un peu plus étoffé que prévu lors de la descente de Lo à Jomosom. Pendant une dizaine de jours on va longer les faces nord de la chaîne du Dhaulagiri, nous engager dans la vallée de Kagkot puis de Mukot, franchir un des cols disposant d’un des plus beaux panoramas du Népal, le Mu La à 5700m.

Puis on rejoint par le sentier des caravanes Tibet - Mustang le village de Chharka Bhot. Ensuite, cap à l’est pour franchir le Col des Lacs au pied de l’Araniko Chuli et connaître la rigueur des nuits passées en altitude entourés de dizaines d’hectares de glaciers... Les vallées découvertes par Paulo Grobel dans ses précédents voyages sont réellement superbes et méritent VRAIMENT le déplacement. Ces lacs d’un bleu profond plantés au beau milieu d’un minéral intégral, ce sont des paysages que l’on ne peut pas oublier. Et si on ajoute les horizons composés de montagnes glaciaires, on se dit que l’on est pas loin de la beauté suprême, celle que Mère Nature nous a gratifiée, pour nous tous seuls...

Puis ce sera la « descente » vers Lo Monthang (« descente » car il reste un col très sauvage à surmonter, le Kekyap La à 5600m, avant de rejoindre la capitale du Mustang...) . A Lo, après les 50 jours de marche qu’ils ont effectués, les porteurs souhaitent nous quitter pour rentrer dans leur lointain village. Nous recherchons une solution alternative et demandons les services d’un muletier local. Celui-ci résidant sur Jomosom, c’est l’autre bout de la Terre..., il lui faut trois jours pour nous rejoindre. Grâce à la bonne connaissance des sentiers du Mustang, je pourrai conduire le groupe pour une découverte du district de Chhoser (cette fois-ci à dos de cheval), puis le lendemain avec Pura Sangma Partchya de Bharcha nous monterons jusqu’à Konchok Ling. De retour à Lo, les mules étant arrivées nous pourrons partir vers l’est explorer quelques nouveaux sentiers et entre autres la liaison par les gorges entre Lo et Chudzong gompa via Makhchung, un must de la région avec cette remontée de canyons aux couleurs irisées d’où sortent des parois nombre de sources ferrugineuses. Un double bonheur de retrouver 2 ans après sa découverte lors du trek initiatique Mustang secret le site de Chudzong gompa : double parce que premièrement c’est beau, mais assurément pour une deuxième raison, c’est que du fait que l’intendance s’était trompée de chemin (je pense que le nombre de guides népalais qui savent lire une carte et se repérer sur le terrain doit tenir sur les doigts d’une seule main...) et que nous nous sommes repliés sur la gompa troglodyte, très accueillante, avec sa pièce annexe fermée par une porte et dans laquelle on peut faire un bon feu avec le bois sec qu’ont laissés des gens de passage. Grand merci à eux ! Nous avons passé un excellent moment au chaud en attendant que notre caravane arrive sur le site... Le lendemain, lors de la liaison vers Amaka, nous avons connu une tempête de neige qui a duré l’après-midi et une grande partie de la nuit, laissant au sol une couche de neige d’une dizaine de centimètres qui nous a permis de régaler les photographes avec de splendides clichés bien peu habituels.

Une petite incartade vers Luri puis Yara avant de repasser rive droite de la Kali Gandaki pour aller explorer les plateaux au sud de Tsarang et découvrir une nouvelle « route » rejoignant une crête dominant les falaises de Dhakmar sous un angle bien peu habituel lui aussi. C’est ça le « trekking hors des sentiers battus »... Puis c’est Ghemi et Ghilling avant de repasser rive gauche en suivant l’unique « route » de galets qui remonte le canyon de la Kali Gandaki et rejoindre Tangge. Pas forcément une partie de plaisir tant la « fille du Mustang » était ce jour-là rebelle et qu’elle nous a gratifié à la fois d’une eau froide, d’un débit plutôt musclé et que le vent s’est invité à la fête pour rendre cette petite étape tranquille un exercice de haute voltige très fatigant. De Tangge et son célèbre mur de manis, il me restait à relever les passages du début du sentier du Teri La jusqu’à Kog : c’est la portion qu’il me restait à découvrir après le trek du printemps 2012 celui des 5 cols de l’Annapurna où je m’étais arrêté au pied du vieux village de Kog. C’est quelque chose quand même, et surtout la partie terminale de l’étape qui désescalade, depuis le rebord d’un plateau herbeux, un coteau détritique en zigzags serrés sur un sentier délité. Prudence, prudence ! Et pour l’avant-dernier jour, Chandra a joué au « zazou » et s’est fait une belle foulure à la cheville. Décision a été prise de rentrer au plus tôt et de squizzer la dernière journée qui devait s’en aller explorer le deuxième sentier situé dans le vallon de la Yak khola et qui conduit à Muktinath. Ce sera pour une autre fois, de toutes les manières, la neige tombée 4 jours auparavant étant restée sur les coteaux nord et elle encombrait le chemin, nous n’aurions de toutes les manières pas pu nous y engager avec des mules. Alors... On a sagement pris l’orientation de rejoindre le sentier « touristique » Tangge – Chhusang qui suit la crête de la Siyarko Tangk danda et nous avons terminé une longue, très longue journée puisque achevée à la nuit tombée, voire même déjà bien entâmée, après plus de 9 heures de marche, en glissant les pieds sous la table du lodge et commandant bière sur bière au tenancier. Maintenant on pouvait se lâcher, on rentrait en voiture sur Jomosom...

Pour terminer ce long billet (mais il y en a des choses à raconter en 60 jours de randonnée...), il me reste à remercier les personnes qui m’ont fait confiance sur cet itinéraire d’exception « à tiroirs » quand même un peu perturbé. Soyons galant : place aux « filles » avec Mireille, Justine et Marie, puis aux gars, du plus vieux au plus jeune, de Bernard à Maxime en passant par Pierre, Michel, Luc et Martial.

         

Et puis un coucou à Paulo (Grobel) que je tiens plus particulièrement à remercier (encore une fois...) pour m’avoir permis d’effectuer le circuit que j’avais composé avec les « billes » nécessaires pour que je puisse engager en toute sécurité l’équipe de porteurs, les muletiers et toutes les personnes qui m'avaient fait confiance pour les guider sur ce circuit, et plus particulièrement sur la partie de Dunaï à Lo Monthang, quasiment vierge touristiquement parlant... Grâce à ce qu’il avait posté en ligne et les informations qu’il m’avait données la dernière fois que l’on s’était rencontrés, j’ai pu aisément décrypter le paysage et cela m’a évité de tâtonner alors que j’avançais. Cela m’a également aidé à recomposer l’itinéraire au moment où la météo capricieuse a fait que ce trek devenait un peu moins pépère... 

Vous trouverez ici, découpé en trois circuits, le topo de la totalité de la « Kora du Dhaulagiri ». En complément à la description de cette circumambulation, j’ai aussi rédigé le topo du petit tour campagnard d’attente du bas Dolpo .

Et pour terminer, plus particulièrement à destination de ceux qui m'ont accompagné (et supporté...) pendant ces 25 ou 60 jours, j'ai collecté dans ce petit diaporama quelques uns des moments de la vie du groupe capturés à la volée. Bien heureusement, on s'aperçoit quand même que de francs sourires s'esquissent sur les visages même si la fête n'a pas été pour tous les participants (je pense à Marie et Martial) aussi belle qu'elle eût dû être...

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Les crêtes de l'Atlas occidental

INSCRIPTIONS CLOSES

Ca me chatouillait depuis le retour de la GTAM n°5 accomplie avec succès et reliant Talmakant à Imlil ! Lors de nos pérégrinations de vallée en vallée, M'hamed et moi sommes passés par de multiples cols de haute altitude mais nous avions dû squizzer une partie de l'itinéraire à cause de problèmes de ravitaillement. A l'occasion, nous avions une fois encore confirmé de visu que nombre d'itinéraires potentiels qui suivaient les crêtes pouvaient ultérieurement faire l'objet d'un trek d'exception. Pourquoi d'exception ? Parce que ce coup-ci il ne faudra (vraiment) pas envisager compter sur les mules. Elles sont certes très habiles sur les sentiers de toute catégorie mais cet itinéraire enchaînant les crêtes et passant au sommet de plusieurs pics, il faut raison garder et mieux vaut s'en passer. Donc, ce trek, on va se le "faire" à l'ancienne entre le 29 avril et le 11 mai 2014 !

La haute vallée du Nfis

Avis aux amateurs de trekkings engagés hors des sentiers battus (et même cette fois hors sentier tout court...) ! Regardez bien les paysages traversés lors de la GTAM n°5, ils sont exceptionnels et méritent bien que l'on explore un peu plus profondément cette contrée quasiment délaissée par les tour-opérateurs (et c'est tant mieux d'ailleurs...!).

Vous pouvez télécharger la fiche du circuit : Les crêtes de l'atlas occidental - v1 Les crêtes de l'atlas occidental - v1

Au Ladakh, un itinéraire d'exception est né...

Bonjour,

J’en rêvais depuis quelques années de ce Grand Tour du Ladakh… Vraiment « hors des sentiers battus », il n’avait pour vocation qu’à imaginer un itinéraire qui fasse le tour d’un massif. En Europe, on a bien les tours du Mont-Blanc, de la Vanoise, des Ecrins, du Mont-Rose, etc. Et pourquoi donc le Ladakh n’aurait-il pas non plus le droit à son tour, hein… ? C’est avec Sonam Dawa, directeur de l’agence Adventure Travel Mark de Leh et fin connaisseur de l’Himalaya indien, qu’à l’été 2012, juste avant de partir pour la traversée des plateaux du Rupshu, nous avons imaginé une circambulation (certains parleraient d’une kora…) qui aurait pour barycentre l’épine dorsale de la Zangskar Range, une chaîne de montagne qui s’étend du NW au SE, enserrée entre la Ladakh Range au N et la Great Himalayan Range au S. Nous avons donc tracé sur la carte des croix correspondant aux étapes probables et nous en étions arrivé à 44. En ajoutant 3 jours de repos disséminés tout au long du parcours pour reposer hommes et bêtes (je n’envisageais pas ce tour autrement qu’accompagné d’une caravane de mules) et permettre le ravitaillement à des points où la route venait affleurer le circuit, on comptabilisait 47 jours ! Afin de faire profiter de cet itinéraire à un maximum de personnes, j’avais proposé des points d’entrée-sortie pour rejoindre ou quitter le groupe, comprenant bien que l’on ne puisse pas envisager 47 jours de marche ou s’absenter sur une aussi longue période… J’avais segmenté la boucle en plusieurs sous-ensembles d’une durée de marche de 10 à 47 jours (voir le billet de blog d’annonce du trek en partance).

Notre caravane traverse le plateau de Kharnag

Ce Tour a donc été effectué au cours de l’été 2013 et, en fonction des conditions que nous avons rencontrées sur le chemin (sentiers détruits demandant plus de temps du fait des incessantes traversées de rivières, ou carrément impraticables nécessitant une modification d’itinéraire, ou bien encore l’interprétation des innombrables erreurs de tracé des cartes topographiques en notre possession), je propose in fine la segmentation de ce Grand Tour du Ladakh en 3 parties qui, en les aboutant, permet de recréer l’itinéraire complet :

- la première en 13 jours partant de Sangtha au SE du massif et se terminant à Chilling,
- la seconde en 19 jours de Chilling à Zangla (Padum) via Wanla et Kanji,
- la troisième en 11 jours de Zangla (Padum) à Sangtha.

Ce que je n’avais pas imaginé, c’est que les deuxième et troisième parties allaient sous peu (dans les très prochaines années) être appelées à devenir les seules véritables alternatives à la mort annoncée de l’emblématique Grande Traversée du Zanskar connue des trekkers du monde entier. Celle-ci vit en effet ses dernières années du fait de la réalisation de la piste, réduisant à peau de chagrin l’espace piétonnier sur sentier. On est passé de 20 jours autrefois à seulement 6 jours hors piste aujourd’hui et demain plus rien (voir article de blog à ce sujet).

Un aigle au-dessus du Tarti La (Ladakh)

D’un intérêt majeur au niveau des paysages et caractérisé par son caractère « hors des sentiers battus » affirmé voire à de nombreux moments wilderness total, cette randonnée plus ou moins au long cours (selon la ou les portions sur lesquelles vous vous engagerez…) ne revêt pas plus de difficultés qu’une autre réalisée dans le périmètre himalayen (bien sûr…). Voici quelques chiffres, histoire de ne pas se prendre au sérieux :

- 43 jours de marche (13 + 19 + 11),
- 3 jours de repos,
- 24 cols dont 17 au-dessus de 4800m et 10 au-dessus de 5000m,
- 5300m, l’altitude maximale atteinte au Marang La (41eme jour),
- 183 heures de marche (58 + 72 + 53),
- entre 600 et 800 kms (impossible à comptabiliser en montagne),
- 27000m de dénivelées positive et négative (7330m/8425m + 12060m/11725m + 7750m/6755m),
- 50 guirlandes de drapeaux à prières déposées dans les cols (« Ki ki So so La Gyalo ! »),
- 1 paire de chaussures tige basse à 49,90€ de chez Quechua (Arpenaz 500) photo,
- 4000 photos,
- et seulement 3 jours de viande…

Je vous invite à découvrir cet itinéraire d'exception en cliquant sur le lien suivant Grand Tour du Ladakh. Les aspects pratiques seront comme d'hab' traités dans les rubriques Préparatifs ou Sur place. Bonne lecture et faîtes de beaux rêves... de voyages au Ladakh !

Amicalement.

Pierre

Et pour ceux qui étaient de la fête, un petit diaporama de ces deux mois de trek :

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