topos

Tout, tout, tout sur le Dolpo...

Après le Mustang qu'il a parcouru de long en large (et en hauteur...), Paulo Grobel est tombé amoureux d'une nouvelle région qu'il a entrepris d'explorer, à fond comme d'habitude. Et comme pour le Mustang, il partage la somme d'infos dont il dispose avant (lectures, internet, etc) ou qu'il collecte lors de ses voyages sur un site web. Celui-ci se nomme www.dolpo-news.com et a vu le jour très récemment. Les aspects trekking et ascensions sont renvoyés par des liens vers le site générique www.paulogrobel.com alors que sur le nouveau site une grande place est faite à la culture bouddhiste ou pré-bouddhiste Bön encore très présentes dans ce "Pays caché".

Au fait, bientôt plus si "caché" que ça car on apprend que les travaux de la route entre Jajarkot et Dunaï arrivent à leur terme et que cela va changer beaucoup de choses pour les locaux comme pour les "touristes", et pour une fois, contrairement au Ladakh/Zangskar, en bien pour les deux...

Une grande partie de l'aspect culturel de cette région est traité au travers de la publication de documents concoctés par Etienne Principaud. Vous avez pu prendre connaissance, en avant-première sur mon site, de quelques uns de ces documents insérés ça et là au format PDF dans les descriptifs des jours par jours des topos Dolpo-ouest, La traversée du haut Dolpo ou La Kora du Dhaulagiri (2ème partie). Si vous avez aimé, et que votre réserve de Doliprane ou d'Aspégic est au top..., poursuivez votre apprentissage sur le site de Paulo. On va en prendre plein la gu... mais se remplir le cerveau.

Dolpo news

Retour du Haut-Dolpo

La traversée du Haut-Dolpo (août 2017)

De l'intérêt de solliciter la bienveillance des dieux par la pose de drapeaux à chaque passage de col...


A la demande de mon ami David Ducoin, j'accompagnais cet été 2017 un groupe de 5 personnes sur un trek assez exceptionnel en termes de découverte et d'engagement pour l'agence lyonnaise Tamera. Elle a été la seule au monde à faire partir un groupe de trekkeurs pour une traversée du Haut-Dolpo au Népal. La raison invoquée ? La fermeture de l'altiport de Juphal pour cause de travaux... Il est vrai que l'info a de quoi rebuter une agence de trek ! Mais pas nous, vous allez voir...

On souhaite parcourir la région népalaise la plus enclavée qui soit :
- pas de routes d'accès,
- des liaisons aériennes dangereuses et aléatoires (les petits avions doivent franchir la barrière de l'Himalaya à plus de 5 000 m à cet endroit...) et d'autant plus lorsque la piste de l'altiport n'est pas en conditions. De toutes les manières, cette année, il était fermé, un point c'est tout !
- et « cerise sur le gâteau », c'est l'été et au Népal c'est la période de la mousson. Elle peut être légère (les agriculteurs sont mécontents) mais aussi très marquée (là, ce sont les touristes qui sont chafoins...) On pourra se rendre compte à notre retour que cet été 2017 le Népal a subi de gros cumuls de pluie qui ont occasionné d'énormes dégâts dans le sud du pays.

Champ de sarrasin à Sugugaon

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A très bientôt fidèles abonnés...

Pierre
 

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Mustang - Le chaînon manquant documenté !

Au collet à 4905m, on tient le bon bout !

Exploré et réalisé au printemps 2015 par Anthony Nicolazzi dans le sens Gayu kharka - Damodar kunda, il manquait sur le Net la documentation commentée de cet itinéraire d'exception alternatif au chemin des pélerins qui emprunte depuis Yara crêtes et plateaux en rive droite de la Dhechyang khola. Parcouru en sens inverse, de Damodar kunda à Gayu kharka à la fin du mois d'octobre 2016 (aidé en cela par les repérages et les quelques cairns laissés par Tonio...) dans le cadre du Grand Tour du Mustang, une collaboration Tamera et A.R.T guidée par Bibi..., je vous livre les explications, la carte et les photos commentées de cette liaison pédestre un tantinet sauvage à ne pas mettre entre toutes les mains : même si nous avons renforcé la signalétique sur le terrain, il s'agit, en attendant d'éventuels travaux de viabilisation opérés par les équipes népalaises de l'A.C.A.P, d'un itinéraire REELLEMENT sauvage à suivre avec toute l'attention désirée ! Info de dernière minute : pour 2017, Tamera le propose à nouveau à son catalogue.

Pour clore ce billet de blog, je tiens sincèrement à remercier mes compagnons de route Anne-Marie, Dominique, Eric, Marinus et Martial côté "touristes" qui m'ont fait confiance tout au long de ce trek d'exploration, Bhoras, Thirta, les deux Bhim et Lakpa, mes trois assistants de route, ainsi que la totalité du staff népalais, porteurs et kitchen-boys, qui, par leur travail et leur abnégation de tous les instants, ont permis que ce Grand Tour du Mustang de 26 jours de marche soit une réussite totale. Merci aussi à Chhetup Tamang, directeur d'A.R.T, de m'avoir confié une aussi belle équipe !

Et, à tout seigneur tout honneur, dédicace spéciale à destination de ce baroudeur-découvreur de Paulo Grobel pour la somme de ses repérages au Mustang depuis plus de 10 ans et sa judicieuse idée de "Chaînon manquant" ;-)
Un immense merci !

Pierre

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Salon du Randonneur 2015 à Lyon

Salon randonneur lyon 2

Bonjour à tous mes fidèles lecteurs,

Je serai présent au Salon du Randonneur à Lyon, évènement qui se tient chaque année dans la "capitale des Gaules". En 2015, il se déroule du 20 au 22 mars au Palais des Congrès (à proximité du Parc de la Tête d’or). L'Office du Tourisme marocain m'a gentiment proposé de compléter leur équipe d'accueil sur place. Si vous désirez me rencontrer, j'ai prévu d'être présent toute la journée du dimanche 22 mars mais il est bien possible que j'y aille faire un tour le vendredi ou le samedi aussi, tout dépendra de la météo lyonnaise : s'il fait beau, je partirai à la découverte des sympathiques quartiers entre Saône et Rhône, sinon, je viendrai me mettre à l'abri...

N'hésitez pas à venir me rencontrer sur place (c'est encore mieux si vous me passez un petit mail avant, histoire de réserver un créneau). Vous pourrez me trouver sur le stand du Maroc et cela pourra être une excellente occasion d'échanger sur vos projets de treks, au Maroc bien évidemment, mais pas seulement : je répondrai volontiers à toutes vos questions sur le Népal, le Ladakh, l'île de la Réunion ou même l'Europe...

Enfin, je pourrai dédicacer sur place l'exemplaire de l'ouvrage "Grandes traversées GTAM - Haut-Atlas marocain" que vous aurez préalablement acquis en librairie (voir le précédent billet de blog sur le sujet). Au cas où vous n'en posséderiez pas déjà un, je disposerai de quelques exemplaires avec moi que je pourrai vous céder à un prix spécial salon, 25€ au lieu de 29€70.

A très bientôt !

Pierre

Salon rando lyon 2015 bq2

Népal 2014, c'est bien fini...

Le Népal pour cette année 2014 c'est terminé ! Pratiquement, ces 2 mois à arpenter la campagne et la montagne m'ont donné l'occasion de perfectionner mes rudiments de népali (je l'étudie à l'INALCO à Paris depuis un peu plus de 2 ans), surtout que j'avais implicitement demandé à mon ami Chhetup Tamang, le directeur de l'agence ART, de me confier une équipe de porteurs, kitchen-boys, cuisinier et sirdar qui s'exprimait en V.O... Comme ça, pas de tentation à vouloir dériver vers l'anglais (bon, au cas où, mon sirdar, Boras Tamang, s'exprimait aussi en anglais mais à ma grande surprise je ne me suis vraiment que très peu servi de l'anglais...). Le programme de cette année devait commencer par une semaine de traversée expresse du Namun La dans la région des Annapurnas ; c'est le col que je n'avais pas pu franchir au printemps 2012 en prélude au trek des 5 cols de l'Annapurna à cause des monceaux de neige accumulés et je m'étais dit qu'en automne il y aurait moins de neige... Cette année, en automne, cela aurait pu être le bon moment si... Hudhud ne s'était pas manifesté et avait déposé ce 14 octobre dernier un mètre de neige fraîche sur le massif des Annapurnas. Ayant programmé le début du trek le 19 octobre, je ne savais vraiment pas à quoi m'attendre, sinon à des galères éventuelles... donc prudence et changement de programme, de région et d'altitude aussi.

Sur la Timal danda     Sur la Timal danda     Sur la Timal danda

J'ai cherché dans ma liste de treks en attente ce qui pourrait se réaliser sans grosse programmation et ai trouvé ce mini-trek campagnard de l'Indigenous People Trek créé par le Tourism board népalais en 2011 et dont j'avais acheté une carte à cette époque. Il durait pile-poil une semaine et, qui plus est, se terminait à l'endroit où commençait le deuxième... Charikot. Banco ! Et c'est parti pour une semaine de campagne à la recherche des purano bato, "anciens sentiers" en népali. Ils perdurent bien que les collines soient parcourues de nombreuses pistes. Tracées il y a quelques années, elles sont aujourd'hui désaffectées pour la plupart d'entre elles par manque d'entretien : il a suffi d'attendre deux ou trois saisons de mousson (éboulements, glissement de terrain, ravinements importants, etc.) pour qu'elles retournent à l'état "sauvage"... Déjà, chez nous, en Europe, on trouve de l'argent pour construire mais il est malvenu de budgetter pour la maintenance. Alors ici au Népal... Les villageois continuent donc à faire l'aller-retour au bazar de la vallée en suivant les purano bato construits et empruntés par leurs ancêtres...

Les rizières de Lubughat

Quant à la création de l'Indigenous People Trek, il ne faut pas se leurrer, le Tourism board a fait au plus simple : il a dessiné cet itinéraire en suivant 80% du temps les pistes... Alors, dès que l'on a constaté cet état de fait sur le terrain, chaque jour, on a recherché sur le terrain, interrogé les villageois, les bergers, évalué les points de passage potentiellement intéressants et le résultat, c'est que l'on a réussi à composer un itinéraire vraiment sympa. Scènes de campagne et de village, traversée de belles vallées fluviales encaissées, quelques impressionnants cumuls de dénivelées pour aller franchir, depuis le fond des vallées, des cols disposant de panoramas de premier choix sur la chaîne himalayenne, et pour finir une température pour marcher plutôt sympa, dans les 25 à 30°, le tout dans une ambiance tropicale. Parfois je me serais cru dans les cirques de Cilaos ou de Salazie sur l'île de la Réunion, c'est dire... Le jour par jour de cet itinéraire qui peut s'effectuer toute l'année (éventuellement à l'exception de juillet, août et septembre à cause de la mousson) est disponible ici.

Une fois à Charikot, c'est donc le moment de s'engager sur le programme de La route des kharkas. Tous mes treks ont une histoire : celui-ci ne déroge pas à la règle. L'idée avait germé dans mon esprit la première fois en 2008 lors de la traversée du Tesi Lapsa et la découverte du Rolwaling en compagnie de Marie. Puis elle s'était affirmée l'année suivante au moment du périple que j'avais organisé dans le Rolwaling des campagnes : "il doit bien y avoir possibilité de suivre la base de ces montagnes côté sud, non ?" m'étais-je dit. C'est alors que j'avais déplié la carte et couché sur le papier un jour par jour pour rallier Lukla en une quinzaine de jours de marche. L'itinéraire projeté composait une transversale ouest-est, parallèle à la mythique Route de l'Everest que j'avais suivie en 1998 lors de mon trek initiatique au Népal, mais cette fois-ci en suivant au plus près la base méridionale des montagnes du Rolwaling et du Solu-Khumbu. Pour cela, j'avais prévu de marcher beaucoup plus en altitude en suivant les crêtes et en empruntant des chemins de bergers qui devaient bien évidemment exister entre les kharkas (ce sont les alpages où les villageois viennent faire paître leur cheptel en été).

Lever de soleil à Baramji phedi, l'Himalaya du Langtang au Gaurishankar

Sans connaître a priori si je serais à même de réussir ce pari, à savoir explorer le fond de toutes les vallées glaciaires depuis le Ramdung jusqu'au pied du Karyolung en passant par celles du Numbur et du Khatung, je me doutais bien qu'il me faudrait emprunter quelques sentiers mi-chèvre mi-homme, peu utilisés par les villageois. En effet, ces derniers remontent les vallées et ne les traversent qu'occasionnellement de manière horizontale, les kharkas dépendant "administrativement" de tel ou tel village situé en bas de la chaque vallée. L'itinéraire prévisionnel me conduirait même, je l'avais envisagé, jusqu'au camp de base du Kwonde situé aux sources de la Lumding khola avant de débarquer à Lukla mais... tout ne marche pas "comme sur des roulettes" à chaque fois : l'année dernière c'était la météo très capricieuse qui m'avait empêché de partir à la découverte du haut-Dolpo (lire le billet de blog), eh bien, cette année ce sera un éboulement de terrain, à 4 heures de temps d'une bonne bière à Lukla, qui va me condamner à rebrousser chemin et transformer les heures restant à parcourir en jours de marche ! C'était la seule possibilité qu'il nous restait parce que l'option première "camp de base du Kwonde" avait été juste avant anihilée par ce même gardien de la bhatti de Saharsbeni quand il nous avait annoncé que le sentier d'altitude n'existait plus depuis un bon moment, ayant été détruit en de nombreux endroits ces dernières années...

Descente du Gyajo La face au Numbur

Et pourtant, on avait surmonté quelques épreuves auparavant :
- on avait réussi à trouver un guide-porteur à Chankhu pour nous aider à décrypter le terrain jusqu'aux Panch pokhari (plus que nécessaire d'être accompagné par ce Dal Bahadur Gurung et son fidèle couteau népalais à lame recourbée, le khukuri, bien utile dans le wilderness)
- à Chankhu également, les deux brûleurs à pétrole de la cuisine étaient tombés en panne en même temps. Bien heureusement ici, d'ailleurs, ce qui a permis à deux des kitchen-boys de descendre à la ville faire réparer le premier (qui est retombé en panne tout de suite...) et en acheter un nouveau, alors que le reste de l'équipe s'accordait une journée de repos forcé...
- on avait aussi réussi à traverser le Gyajo La pour l'ascension duquel on avait dû effectuer 200m de dénivelée dans de la poudreuse jusqu'à mi-cuisse,
- on avait évité de "mourir de faim" en respectant l'estimatif du nombre de jours de marche entre Singati et Lachhewar, le seul village que l'on rencontrerait lors du périple et où il serait possible de se ravitailler en riz et en pétrole,
- de crête en crête, on était bien arrivé sans encombre à Saharsbeni au pied du Dudh Kund avant de manquer de se faire écraser par les concurrents d'un trail qui descendaient sur le sentier "à toute berzingue", enfin surtout le candidat népalais tout de fluo vêtu qui caracolait en tête, alors que le reste des participants, au moins une bonne centaine et en majorité des français, s'étirait en longueur sur toute la descente...
- et avec l'aide du gardien de la bhatti de Saharsbeni on avait bien suivi l'itinéraire "hors des sentiers battus" qu'il nous avait conseillé et qui permettait de rejoindre Luza via le col aux chortens, et plus loin au-dessus de Thanga on avait bien trouvé le col dans la Shagmanan Ragpo danda...
- de ce col où se trouve la plus belle "cabine téléphonique" de tout l'Himalaya car disposant d'une vue étendue du Cho Oyu au Naulekh en passant par Sagarmatha (oui, oui, l'Everest en vrai...), on avait même trouvé le départ du sentier de descente qui commence par le franchissement de la "porte de l'Enfer"...

Descente dans la Lumding khola     Descente dans la Lumding khola (la porte de l'Enfer)     Descente dans la Lumding khola (l'Enfer vert bien sûr...)

... juste avant que notre caravane ne se transforme en exploration de type "Indiana Jones" : des rhododendrons aux chênes-verts au-dessus de 3500m (ça c'est cool...), on entre juste après dans l'Enfer vert des bambous et des calumets, un peu envahissants mais bien utiles pour sécuriser quelques descentes pentues et glissantes (à l'exception des vieux bambous, peu recommandables car cassants comme du verre...). Mais la "cerise sur le gâteau" ce sera pour après le bivouac improvisé à mi-pente au pied de la seule falaise (heureusement qu'il ne faisait pas froid...), bivouac sans eau, donc sans manger, conditionné par la nuit tombante (ici, à 17h il fait jour, à 17h20 c'est nuit noire...). Nous avions estimé que la descente des 1200m de dénivelée nous prendrait en gros 1h30 et que nous n'en étions qu'au 1/3 ! Le lendemain, nous voici empétrés dans des amas de ronces qui s'accrochent à tout ce qu'elles trouvent et surtout griffent tout ce qui n'est pas protégé : on sortira de cette épreuve 2h30 plus tard avec des stigmates bien marquées sur les avant-bras. Et heureusement que Dal Bahadur nous avait ouvert le chemin à l'aide de son khukuri-machette ! Mais on était content quand même car on avait tous en tête : "ça y est on a passé le plus dur, il ne reste plus qu'à traverser la rivière et remonter le coteau en face, on passe le Ngotung La et demain soir on est à Lukla..." La Lumding khola, c'est une grosse rivière qui concentre la fonte de nombreux glaciers du massif du Kwonde, du Karyolung et du Numbur, rien que ça ! Le courant peut y être très important. Heureusement qu'à l'endroit choisi pour traverser on se trouvait dans une zone de gros éboulis. Il ne restait plus qu'à construire un pont (ah oui, celui indiqué sur la carte n'existe plus depuis longtemps, voire même qu'il n'a peut-être jamais existé...). Voici la manière de construire un pont en se servant des madriers charriés par la rivière :

Comment construire un pont pour traverser la Lumding khola  Comment construire un pont pour traverser la Lumding khola  Comment construire un pont pour traverser la Lumding khola  Comment construire un pont pour traverser la Lumding khola  Comment construire un pont pour traverser la Lumding khola  Comment construire un pont pour traverser la Lumding khola  Comment construire un pont pour traverser la Lumding khola

Une fois de l'autre côté, on se pose pour un vrai camp et se restaurer. Après le repas, les porteurs décident d'aller apprécier la viabilité du chemin, histoire de ne pas avoir la même surprise en montée que pour la descente, ou du moins d'y être préparé psychologiquement... Après 300m de grimpette sur un bon sentier (on voit que les habitants des villages de la RD de la Dudh kosi viennent ici chercher du bois...), ils s'en viennent buter sur un éboulement d'une trentaine de mètres de large mais surtout qui s'est déclenché dans une pente à 70°. Impossible de le traverser, impossible non plus de le contourner, par le haut ou par le bas... Tout un pan de la montagne s'est effondré, au printemps dernier tant cela paraît frais. L'idée de débarquer demain à Lukla est plus que compromis... Gros coup au moral pour toute l'équipe ! Tout le monde sait qu'il n'y a pas d'autre échappatoire et surtout qu'il va falloir refaire en sens inverse le "chemin" suivi hier. Retour au camp avec le moral dans les chaussures et pendant la nuit des rêves de film d'Indiana Jones. Le lendemain, la remontée nous prendra 5 heures de temps sur un sentier démaquisé a minima mais les ronces, ça doit repousser pendant la nuit... Le khukuri a encore été de sortie. On devra rebrousser chemin jusqu'au col des chortens après la kharka de Luza avant d'en profiter pour découvrir la crête de Kamo et la descente jusqu'à Tragsindo. A l'"échangeur autoroutier", celui de la Route de l'Everest..., je laisserai le staff retourner sur Kathmandou à l'exception d'un porteur, Chamar, celui qui porte les madriers sur les photos au-dessus, et nous rejoindrons ensemble Lukla en deux longues journées de marche.

Sur la carte ci-dessous, le tracé rouge correspond au projet initial, le bleu en pointillé l'extension souhaitée vers le camp de base du Kwonde alors que le jaune représente le circuit effectué. On n'est pas loin, non ? C'est juste la fin qui "déraille"... mais bon, je suis encore en vie pour vous la conter !

Carte de aa route des kharkas

En tout cas, un immense merci, les gars, pour le travail que vous avez accompli dans des conditions pas si faciles que ça ! Que ce soient les porteurs, les kitchen-boys, le cook ou le sirdar, ils ont répondu présent à tout instant. A leur demande (c'est pas si souvent qu'ils ont l'occasion d'accompagner un bideshi qui peut parler avec eux...), ils ont déjà réservé leur place pour  m'assister dans mes prochains treks. C'est donc cette équipe-là que je vais retrouver au printemps prochain sur les Balcons de l'Annapurna et sur le Grand tour du Mustang. Si vous souhaitez les connaître d'un peu plus près, n'hésitez pas à m'accompagner sur place ! Je vous attends... En attendant, pour vous faire saliver, j'ai mis en ligne le topo de La Route des kharkas. Un véritable programme de trek bien dans la lignée "hors des sentiers battus", non ?

L'équipe A.R.T au Gyajo La

Au lieu des 4 jours de repos escomptés avant de m'atteler au dernier trek de l'année, Du Mera peak à l'Everest, un programme typé trek-expédition proposé par l'agence Atalante et auquel je m'étais inscrit, je ne disposerai finalement que d'une nuit de repos... On est le 15 novembre, c'est la fin de l'après-midi et mes camarades de randonnée, Pierre et Rémi, arrivent demain à l'aube par avion. Et le départ vers Chutanga est prévu dans la foulée...La suite de l'histoire dans un nouveau billet de blog. A suivre...

Grandes traversées GTAM

Grandes traversées GTAM (Persée éditions)

Dans une version au format guide de trekking à glisser dans son sac à dos pour une utilisation sur le terrain, il dispose par rapport à la version précédente des dernières corrections sur les itinéraires et de la présence du dernier opus, la GTAM n°5 de Talmakant à Imlil, qui s'en va explorer crêtes et sommets et remonte la vallée de l'assif Tafklast pour rejoindre le Toubkal par un itinéraire totalement abandonné aujourd'hui par les touristes, je veux parler du tizi n'Ouagane. Le jour par jour de chacune des GTAM est illustré de cartes topographiques qui seront, à n'en point douter, d'une aide précieuse sur le terrain (non, non, c'est vrai...).

L’ouvrage que vous aurez entre les mains une fois que vous vous le serez procuré se propose de vous faire découvrir le haut-Atlas marocain au travers de 5 circuits de trekking d’un niveau technique modéré et d’une durée de 20 jours chacun. Ils parcourent la montagne en empruntant les sentiers historiques inter-villages et parfois quelques traces de chèvres sur des crêtes débonnaires. Entre Midelt et l’Atlantique, soit la traversée intégrale du haut-Atlas marocain, ce sont plus de 1000 kms d’itinéraires qui sont décrits représentant de l’ordre de 500 heures de marche, chacune des portions pouvant être réalisée indépendamment l’une de l’autre, en autonomie ou en accompagnement muletier (et c’est vraiment ce qu’il y a de plus sympa !). Je vous y emmène. Alors, bon voyage !

Depuis octobre 2014, on le trouvait en librairie... A présent les éditions Persée l'ont retiré de leur catalogue mais je dispose encore de quelques exemplaires que je peux vous céder au prix de 30€ franco de port (Corse et continent). Il ne vous reste plus qu'à cliquer sur le bandeau ci-dessous :

Commander l'album

Attention En relisant le livre, bien des mois après sa création, j'ai pu constater que mon alimètre s'était dérèglé d'une centaine de mètres vers le haut lors de l'exécution de la GTAM n°5 entre Ijoukak et le tizi n'Ouagane. Si j'ai pu corriger le texte sur le site web, il en va tout autrement sur le papier ("verba volant, scripta manent" disaient les Romains...). Vous pouvez par vous-même effectuer les corrections à la main en minorant toutes les altitudes de 100 mètres. Autrement, vous pouvez télécharger le correctif en PDF ici : Carte GTAM5 de Talmakant à Imlil corrections.pdf et l'insérer en lieu et place dans le livre. Merci de votre compréhension.

Pour ceux qui sont plus attachés aux photos bien mises en valeur car reproduites sur un papier glacé de haute qualité, la version album reste toujours disponible, mais uniquement ici.

Le Vercors, c'est chouette...!

A peine de retour du Ladakh, me voici de nouveau sur les sentiers, ceux du Parc naturel du Vercors, au moment du 15 août. Le Vercors, Marie et moi l'avions découvert en 2004 lors de notre première bambée sur les Hauts-Plateaux. Les 10 jours passés là-haut nous avaient enchantés si bien que quelques années plus tard, en 2010, alors qu'il fallait évacuer de notre esprit ce que nous avions "subi" au Ladakh lors des coulées de boue de la début août, le choix s'était immédiatement porté sur ce massif que nous avions identifié comme un splendide terrain de jeu aux innombrables ressources et qui allait pouvoir captiver notre esprit pour estomper le ressenti a posteriori. Nous étions partis fissa découvrir le nord et l'ouest du massif, la région des Coulmes. Encore une fois, pas déçus par les nouveaux espaces et les types de paysages au milieu desquels nous avions marché, je rédige le topo Vercors N et Tour des Coulmes pour inciter notre communauté de trekkeurs à se pencher un peu plus sur cet espace naturel de premier ordre. Chacun de ces deux circuits durait une dizaine de jours. Le nord, l'ouest, les Hauts-plateaux, la montagne du Glandasse, le cirque d'Archiane, un peu du piémont oriental autour du Mont-Aiguille, que nous restait-il donc à découvrir ? Eh bien, à l'occasion d'un week-end prolongé en juillet de l'année suivante, nous décidons de construire une boucle dans le sud, d'une durée réduite, 4 jours seulement, mais dense. On enchaînera ainsi depuis le village de Rousset la quasi totalité des sommets qui bordent le plateau du Vercors au sud (on les appelle ici les puys, les têtes, les buts...). Là encore, nouveau topo Vercors Sud.

Le GR93 du côté du col du Rousset

Là, quand même, on commence à couvrir une bonne partie du massif, non ? En fait, oui et non... Le constat est que l'on a souvent suivi les sentiers de randonnée en omettant de traverser les riantes vallées de l'intérieur : on ne connaît pas Autrans et Méaudre, Saint-Julien, Saint-Martin et La-Chapelle-en-Vercors, et très superficiellement le plateau de Saint-Nizier... Ce sont les endroits habités. Les villages et leurs alentours doivent aussi être sympas, non ? Et puis, avec tout ça, si on allait découvrir le balcon E ? Sur ce côté du massif où l'on a pour panorama sur la droite quand on remonte vers Grenoble les massifs de Belledonne, de l'Oisans, du Taillefer et du Dévoluy, alors que l'on chemine sur un petit sentier à flanc de pierriers parfois pentus issus des murailles calcaires qui dominent le Trièves, il se pourrait que l'on complète notre exploration vercusienne par la découverte de nouveaux coins sympas. C'est donc le projet de 9 jours de randonnée que j'ai proposé à Georges et à Marie (seulement pour 4 jours pour elle malheureusement, boulot oblige...), que nous avons réalisé avec une météo plutôt contrastée (du très beau, très chaud, au mitigé, voire au franchement dégueu...) et dont je vous livre à présent le topo Vercors centre et balcon E. Une petite merveille, je ne vous en dis pas plus, lisez donc...

Avis de mauvais temps sur le Mont-Aiguille

Et la suite ? Parce qu'il ne peut y avoir qu'une suite, bien sûr... Vous croyiez que j'en aurais fini avec le Vercors après ça ? Les grandes bambées que l'on s'est payées ne nous ont pas rassasié et cette randonnée itinérante, hébergements mi-gîtes, mi-cabanes, nous a ouvert de nouvelles opportunités pour concocter les opus des prochaines années... Peut-être avec un sac un peu moins imposant pour être plus à l'aise dans le franchissement de cols pentus et la grimpette sur quelques sommets, on essaiera sûrement de jouer à saute-crêtes entre le balcon E et le GR91. Le site web de Marielle me donne plein d'idées avec Grande et Petite Moucherolle et aussi Rochers du Ranc des Agnelons. Sinon il y a aussi cet excellent livre de Pascal Sombardier chez Glénat sur les Randonnées du vertige.

Une autre fois, il serait sympa d'effectuer une transversale du massif d'W en E, je ne sais pas, de Saillans à la Mure par exemple, en traversant la Gervanne (les gorges de l'Omblèze) et le sud du plateau du Vercors, puis descendre par le vallon de Combeau, traverser le Jocou et finir en beauté en se mesurant à la Tête de l'Obiou... De beaux programmes, non ? C'est que le Vercors et ses satellites sont si attachants qu'on est bien obligé d'y revenir...

Font d'Urle

Retour du Ladakh (été 2014)

Qu'il est difficile de construire un itinéraire de trekking hors des sentiers battus au Ladakh ! Et surtout, une fois sur place, de le réaliser sur le terrain... Dit comme cela, ça peut faire peur : si on se contente de rester sur les itinéraires conventionnels (c'est d'ailleurs ce que font toutes les agences, hein ?), il y a peu de risques à être bloqué avec sa caravane de mules au pied d'un col enneigé ou à l'entrée du gorge dans laquelle une rivière rugit et charriant des tonnes de cailloux... Mais quand on veut sortir de la vallée de la Markha, du baby trek de Likir à Khalatse, du Stok kangri (pour ceux qui durent moins d'une semaine) ou de la Grande Traversée du Zangskar (l'historique en 20 jours de marche dont aujourd'hui 14 sur piste...), on pénètre dans des espaces quasiment vierges de touristes mais aussi d'autochtones, en rapport avec la nouvelle donne, celle de la désertification des villages de l'intérieur du massif.

Alors, quand je propose un ambitieux itinéréraire de 44 jours de marche entre Honupatta (au centre du Ladakh) et Sarchu (au SE du Zangskar) sensé :
- franchir de nombreux cols tous au-dessus des 5000m : Nigutse La, Yogma La, Timti La, Yoma La, Sapi La, Rasi La, Chardo La, Wakha La, Pudzong La, Marpo La, Kyerse La, Barmi La, Ralakhung La, Umasi La, Muni La, sTongde La et pour finir Surichun La,
- suivre des vallées fluviales à débit variable et imprévisible : Kanji La Togpo, Oma Chu, Shingri Chu, Niri Chu et Tsarap Chu,
- ne pas pouvoir aisément disposer de points ravitaillement d'où la raison de s'adjoindre une caravane de mules,
- de devoir respecter un jour par jour précis pour honorer des rendez-vous car il est quasiment impossible de pouvoir téléphoner (il n'y a que très peu de téléphone satellite fixes dans les villages et le téléphone satellite portatif est interdit d'utilisation au Ladakh même pour appeler les secours !), etc.

et que les aléas de la météo s'y invitent, la problématique devient insoluble. Il faut recomposer en permanence l'itinéraire, être à l'écoute des moindres rumeurs (tant soit peu que l'on rencontre du monde...) quant à l'état d'une portion de route ou d'une autre, si les rivières ont grossi ou non, si le bout de sentier que l'on a prévu de suivre existe encore...

Que c'est long une journée d'attente au pied du Sirsir La...!

Eh bien, c'est ce qui s'est passé courant juin en y greffant une succession de problèmes complémentaires que l'on avait absolument pas envisagé qu'il puissent se produire :
- Le muletier Donitchen avec lequel j'avais réalisé le Grand Tour du Ladakh à l'été 2013 (un homme de confiance) est resté bloqué du côté des grands lacs à l'E du massif alors qu'on attendait sa venue à Honupatta ; pourquoi donc ce retard bien peu coutumier de sa part ? Eh bien, alors qu'il faisait route depuis Manali sur la NH-1, pas encore opérationnelle fin mai et recouverte d'une épaisse couche de neige et de givre (il a quitté sa maison le 27 mai avec ses mules à vide), au passage du Paralatse La, une de ses 7 mules s'est fracturée une jambe et que la mort dans l'âme (je vous passe les détails...). Ca, on ne l'apprendra que 15 jours plus tard...

Donitchen

Ebranlé par cette épreuve, Donitchen poursuit tout de même sa route pour nous rejoindre et descend jusqu'à Pang. Il continue vers Rumtse bien décidé à franchir le plus rapidement possible les 3 cols de l'E : le Nakee La, le Lachulung La et le plus haut d'entre eux le Tanglang La, quand, lors d'un bivouac sur le plateau du Tso Kar, une des mules s'échappe la nuit, attirée qu'elle a été par un groupe d'ânes sauvages, les fameux kiangs. Là, c'en est trop pour un seul homme. Donitchen littéralement "pète un câble", rejoint Rumtse en 2 jours, confie ses 5 mules restantes à un habitant, achète quelques vivres et repart seul à la recherche de sa mule manquante. Ni Sonam le directeur de l'agence A.T.M de Leh qui l'a engagé, ni le responsable de la centrale de réservation de Manali ne recevront de coup de téléphone (le choc...). Pendant plus de 10 jours (il n'y a pas de téléphone satellite fixe dans toute la région), les deux hommes craindront que le pire soit arrivé, se déplaceront même deux fois sur place (la route vient enfin d'être ouverte au trafic ce 15 juin) pour partir sur le terrain à sa recherche... Mais, une fois sur place, où donc chercher ? Les plateaux sont immensément larges, les nomades ne sont pas encore arrivés et toutes les directions de la rose des vents sont envisageables.
- Pendant ce temps, Sonam essaie de nous trouver une caravane de mules de remplacement sur Leh mais c'est là qu'intervient le deuxième "problème" : le Dalaï Lama a décidé cette année de dispenser son enseignement (la 34e édition de Kalachakra) à Leh... La quasi totalité des habitants du Ladakh et du Zangskar vont converger à pied, à cheval, en bus, en voiture depuis leurs villages jusqu'à Leh pour ne pas rater cet évènement. Et nombreux seront ceux qui habitent Leh et sa banlieue proche qui ne voudront pas risquer de manquer ce rendez-vous du 3 au 14 juillet, quitte à refuser un travail rémunérateur 3 semaines à l'avance. Impossible donc de trouver un muletier bouddhiste sur Leh...! Dire qu'avec Donitchen qui est hindouiste on avait une solution de confort... Enfin, Sonam après moult recherches nous en trouve un : ce brave homme demande simplement d'être de retour à Leh pour le début de Kalachakra. On est le 13 juin, on peut commencer le trek à Kanji presque à l'heure, les mules arriveront par camion "express" à Phu deux jours plus tard, et cela laisse du temps à Donitchen pour nous rejoindre où qu'il soit, quoi qu'il fasse, et bien entendu s'il ne lui est pas arrivé malheur... En attendant le "camion à mules", l'intendance se fera par convoyage automobile. Au fait, le 13 juin, nuit de pleine lune, c'est Purnima à Alchi, la plus grande fête de l'année, fête que nous partagerons sur place avec les pèlerins. Et comme il reste un peu de temps, on va faire un tour aux grottes peintes de Saspol avant de revenir dormir au lodge de Lamayuru. Tout a l'air de bien vouloir se remettre en ordre...

Alchi : nous aussi on va fêter Purnima !

Les 10 jours qui suivent sont consacrés à la découverte de l'W du Ladakh (ou l'on découvre que la conformation du terrain a permis la construction de plusieurs pistes et routes...) en effectuant la traversée de Kanji au Rasi La duquel nous constaterons de visu (on est à près de 5000m) que la vallée d'accès au Wakha La est recouverte d'une neige compacte de bas en haut, 5220m tout de même... Les mules ne passeront jamais ! On nous explique que les régions W et SW du massif ont subi de fortes chutes de neige tardives au mois de mars ("c'est inhabituel" nous dit-on...). On abandonne évidemment l'idée d'une traversée du Wakha La mais comme le chemin que l'on a suivi jusqu'à présent est suffisamment intéressant, j'ai tenu à rédiger le topo De Kanji à Bartu : il y a quand même de la matière ! Certes on n'est jamais très loin de la route NH-1 ou d'une piste mais le franchissement du Timti La au tout début et du Rasi La le dernier jour contenteront les amateurs d'espaces vierges et de panoramas étendus.

Le Timti La en introduction...          ...et le Rasi La en conclusion

Quant aux aficionados des sites culturels, ils seront gâtés avec la visite de la gompa de Gyal, celle du site historique de Pokhar Ogyan Rzong et, à la sortie de la vallée de la Phulangpa Togpo, le passage à Kartse pour admirer l'un des trois Bouddhas du futur taillés dans la falaise. De Bartu, nous rallions Rangdum en voiture (Sonam avait prévu de nous ravitailler, ça tombait plutôt bien...), Rangdum où nous patienterons une journée entière, le temps nécessaire pour les mules de nous rejoindre après un parcours en sabots de près de 100kms effectués en 2 jours et demi, belle performance !

La gompa de Rangdum

Rangdum : Une fois la désillusion passée (il n'y a vraiment pas grand chose : un lodge, un téléphone satellite à la gompa, une ou deux boutiques), je suis quand même assez confiant pour la suite du parcours car l'itinéraire envisagé reprend une partie de ce que j'avais réalisé à l'été 2013 entre le camp dans la Kanji La Togpo et Dibling en franchissant le Pudzong La (jours 10 et 11). Mesurant tout de même 5020m mais d'un accès aisé et surtout, à 15 jours près l'année dernière, j'avais franchi sans aucune difficulté technique le Pudzong La entièrement sec. Ca laisse de l'espoir... Eh bien, le signe indien va nous poursuivre également dans cette vallée : nous atteignons la base du col après avoir surmonté moult difficultés dans la gorge, difficultés dues à la présence de neige tassée au pied de quelques couloirs d'avalanche empêchant le passage des mules et les obligeant à faire des détours un peu scabreux. Manque de chance, après une exploration à pied du passage du col entièrement recouvert de neige, on s'aperçoit bien qu'il sera impossible de faire passer les mules là où demeure, sur le plateau morainique qui marque le passage du Pudzong La, une plaque de neige poudreuse de 800m de longueur et d'une épaisseur proche d'un mètre.

Dans la gorge d'accès au Pudzong La          Le Pudzong La tout enneigé vu de la moraine d'en face où on a établi le camp de fortune

Après le gel nocturne les piétons pourront passer, les mules qui sont 7 à 8 fois plus lourdes, qui plus est avec leurs charges, risquent de rester bloquées : plus un pas en avant, plus un pas en arrière... Après une nuit sur la moraine austère qui fait face au col, force est de nous résigner à rebrousser chemin pour revenir à Rangdum. Ce seront 4 jours de perdus, mais surtout il n'est plus question d'effectuer la liaison envisagée vers Phe en suivant l'Oma Chu jusqu'à Dibling puis, en empruntant le Marpo La, le Kyerse La et le Barmi La, retrouver l'Oma Chu pour une journée de marche que l'on envisageait déjà légèrement humide à cause des multiples traversées de rivière avant de s'attaquer au Ralakhung La.

Même les yacks de Dibling qui ont franchi le col le matin-même se demandent ce qu'il se passe...

Pour mettre un peu de "baume au coeur" dans notre "malheur", nous retrouvons la plaine de Rangdum 3 jours et demi après l'avoir quittée au moment précis où Sonam revient de Padum, les sièges de la voiture occupés par des membres de sa famille qu'il achemine vers Leh (et Kalachakra...). Débrouillard comme pas deux, il nous dégote un transport automobile (un copain qui habite le village de Rangdum et qui nous emmènera à Ating dès le lendemain matin). Mais là, sans les mules, puisque nous sommes fin juin et qu'il est temps pour notre muletier de remplacement de rejoindre la capitale du Ladakh (il trouvera rapidement un camion remontant à vide sur Leh dans lequel il prendra place avec ses mules et pourra assister comme demandé aux séances d'enseignement du Dalaï Lama...). Et dire que je n'avais jamais "fait" la route de Kargil à Padum ! Eh bien, ça y est, et je peux attester que les paysages traversés sont en tout point splendides mais qu'on sort de la voiture au bout de la journée le cul tanné par les milliers de cahots. On obtient également plusieurs bonnes nouvelles : on a retrouvé Donitchen qui a réussi à faire revenir la mule qui avait pris la poudre d'escampette. Un camion de passage a conduit tout ce beau monde à Leh où Sonam a fait reprendre à Donitchen goût à la vie en l'accueillant deux jours dans sa maison de Choglamsar. Et depuis quelques jours, Donitchen est en route pour Dibling. Malheureusement cette fois-ci, c'est nous qui ne serons pas au rendez-vous, à cause du Pudzong La... Comme il y a un téléphone satellite fixe au village, Sonam va pouvoir lui indiquer de se diriger vers Padum (il faut 4 jours de marche) et nous nous retrouverons (quand même...) pour la dernière partie du trek de Padum à Sarchu.

Ating, au moment du départ pour l'excursion alpine (plutôt engageante la météo ?)

En attendant, nous sommes accueillis dans la famille de Tundup dont la maison se trouve à Drokhang à côté de Ating, un village situé à une vingtaine de kilomètres avant Padum. On se prépare à se lancer sur le petit circuit alpin sur glacier qui, de Ating à Sani en 7 jours, doit nous permettre de découvrir l'univers glaciaire qui s'inscrit entre les cols de l'Umasi La et des Muni La. Pour cette "escapade" pas besoin de mules mais Sonam a recruté pour l'occasion une dizaine de porteurs zanskarpa conduits par un "papy" de 62 ans, l'oeil vif et le jarret musclé. Il connait les passages qui vont nous permettre de franchir par deux fois la barrière de l'Himalaya dans une ambiance que l'on imagine très haute montagne... Et c'est parti ! On utilise une voiture pour rejoindre la gompa de Dzongkhul avant de remonter la vallée de la Malung Togpo jusqu'au camp de base de l'Umasi La que l'on devine très alpin au milieu des parois rocheuses qui ceignent les bassins d'alimentation de plusieurs glaciers-fleuves. J'ai dit "que l'on devine"... car cette fois-ci ce n'est pas l'enneigement qui pose problème mais une météo franchement pourrie qui nous accueille notre caravane à 5000m. Comment dans ces conditions-là, une averse de grêle toutes les 10mn, envisager de s'engager en haute montagne ? Qui plus est avec une dizaine de porteurs équipés relativement sommairement... Prudence est mère de sûreté et selon l'adage "un bon guide est un guide vivant"..., nous décidons d'attendre une journée de plus au camp de base (pas mieux !) avant de, là aussi, rebrousser chemin et repousser à des années futures cette excursion... C'est, bien au chaud engoncé dans le duvet, que je décide de créer une nouvelle rubrique sur le site : celle des Explorations en cours dans laquelle le premier topo à y entrer sera celui de l'Umasi La...

Dans la tourmente à l'Umasi La BC nord

Maintenant on le sait : il aurait fallu attendre une journée de plus. Car à partir du moment où nous avons commencé à nous replier le beau temps est arrivé, aussi subitement qu'il s'était dégradé... Mais comment opérer des choix de route alors que l'on ne peut disposer d'aucun moyen de communication qui permette, comme au Népal avec le téléphone satellite, de contacter des amis pouvant donner des tendances météo ? C'est assurément LE plus gros problème du trekking au coeur de l'Himalaya indien : il n'y a aucune possibilité de gérer sa sécurité dans ces endroits hostiles a priori et a posteriori !

On est au début juillet et le temps semble se stabiliser au beau, même au très beau. On migre d'Ating vers Padum, un village fantôme puisque abandonné de tout bouddhiste qui se respecte (ou presque...), migration vers Leh pour Kalachakra oblige, et on attend que Marie nous rejoigne sur place pour se lancer sur le trek vers Sarchu. A Padum on retrouve (tout de même...) Donitchen que l'envie de partir en montagne explorer de nouveaux sentiers en ma compagnie démange. J'essaie bien de recomposer un itinéraire partant d'Ating et rejoignant l'Oma Chu via le Ralakhung La mais Sonam au téléphone balaie d'une phrase mes velléités de passer par là : "l'Oma Chu est déchaînée, impossible de faire l'étape de la confluence Ralakhung Togpo - Oma Chu à Lingshed Sumdo" et rajoute-t-il "les quelques groupes engagés dans le passage ont tous rebroussé chemin"... Et de l'autre côté, vers Zingchen et le Parpi La ? "Le sentier tracé dans la gorge vient d'être explosé par des chutes de rochers, on peut le rayer de la carte...". Donc, on attend : limite ambiance de la série TV Le Prisonnier avec Patrick McGoohan ! On prend notre mal en patience en allant rendre une petite visite au palais de Sani et à la gompa de Bardan, mais quelle galère pour trouver la personne qui détient les clefs : les bâtiments sont vides, re-Kalachakra...

Sani          Sani (c'est bien une école drukpa...)

Le 8 juillet dans l'après-midi Marie arrive à Padum et nous envisageons de démarrer notre trek de sTongde à Sarchu dès le lendemain, mais en douceur car, si nous sommes acclimatés en étant sur place depuis 1 mois, Marie, elle, vient tout juste de débarquer... Le 9 au matin, on rejoint la gompa de sTongde en voiture et pendant que l'on visite le monastère perché sur son piton (là aussi, c'est tranquille !), Donitchen nous rejoint avec ses mules. Enfin vers midi c'est le départ, petite étape histoire de ne pas trop monter en altitude pour le premier jour... Le lendemain, Marie pourra quand même franchir le sTongde La, belle performance à 5140m sans acclimatation, et nous nous poserons juste de l'autre côté du col eu égard à son état de fatigue bien compréhensible.

Marie au sTongde La à 5140m

Puis c'est la descente de la haute vallée de la Shingri Chu jusqu'à venir buter à l'entrée du canyon sur la nécessité de traverser la rivière déchaînée : les mules ont du mal à résister au courant, les plus frêles d'entre nous ne peuvent pas lutter et arrivent quand même à passer sur l'autre rive mais au prix d'énormes efforts,... Une fois de l'autre côté, on constate que la traversée suivante devra s'effectuer dans des conditions encore pires que lors de la précédente, nous décidons de ne pas aller plus avant. Mais, rebrousser chemin implique qu'il faut bien évidemment retraverser la rivière pour reprendre pied sur la rive par laquelle nous sommes arrivés. Et là, à peine 1h plus tard, ce n'est plus la même "chanson" : insidieusement le courant a forci et le premier essai de passage des mules se solde par un échec. Force est de devoir les débâter pour qu'elles puissent un peu plus aisément franchir la rivière. Et les 500 kg de bagages, qu'en fait-on ? Avec la corde de 80m que nous avons eu l'intelligence de garder avec nous, nous montons une tyrolienne et, charge après charge, nous transférons tout de l'autre côté (plus de deux heures de manoeuvres éreintantes quand même...). Voir le diaporama des manoeuvres en fin de billet.

Traversée tumultueuse de la Shingri Chu

On établit le camp un peu plus en amont au confluent de la Shingri Chu et de la Leschun Togpo et on commence à étudier les solutions proposées par la carte Olizane. Officiellement, il n'y a rien de dessiné comme "sentier" autre que celui qui descend les gorges de la Shingri Chu et de la Niri Chu. Mais la qualité du fond de plan autorise à pouvoir rechercher des pistes de substitution à l'obligation de retourner jusqu'à Padum (une fois de plus...). Nous identifions deux possibilités d'exploration avec des pentes qui semblent compatibles avec ce que peuvent endurer des mules (bien sûr, rien ne peut présager de l'accessibilité des cols présumés, mais bon on peut essayer...) :
- la première est la vallée de la Ronchil Togpo dont le confluent avec la Shingri Chu se situe à Salang Stagda. Tout au sud, au pied du Garungo, elle semble proposer deux possibilités de franchissement de l'arête pour rejoindre Ychar ou Dordzong dans la vallée de la Lung Nag Chu.
- la seconde est la vallée de la Leschun Togpo qui semble assez large et surtout en RG présentant des pentes détritiques ou d'alpages (nul ne peut savoir avant d'y être allé, Google earth n'est pas disponible sur place...) peu pentues. En remontant cette vallée (il y a même un sentier de bergers au départ) on atteindra un grand bassin d'alimentation qui draine les eaux de fonte en provenance du sommet glaciaire du coin : le Cha.

Au Phuktal La BC

C'est la seconde option qui retiendra notre attention (peut-être aussi à cause du chemin de bergers que l'on a repéré...) et qui nous permettra en deux jours d'atteindre un incroyable alpage d'altitude dont les pentes détritiques qui l'entourent sont colonisées par des dizaines de mouflons, mouflonnes et éterlous de Marco-Polo. Un repérage des alentours permettra à Tundup et Donitchen de découvrir un large col donnant accès à la verdoyante vallée de la Phuktal Chu. Ils feront même l'aller-retour jusqu'à un canal d'irrigation écroulé en RD de la vallée afin de savoir, bien qu'il y ait beaucoup de bergeries le long de la rivière, s'il existait bien, au-delà du col, un sentier muletier. Ils seront les premiers à pouvoir contempler depuis un collet la vallée de la Tsarap Chu et le village de Yugar situé en face de la gompa de Phuktal. De retour au camp alors que la nuit était tombée depuis un bout de temps, il ne leur restait plus le lendemain qu'à nous guider sur leurs traces de la veille.

Le Phuktal La (ne le cherchez pas sur les cartes, c'est une nouvelle route !)

C'est ce que nous ferons avec un plaisir non dissimulé et le sentiment, après avoir subi des nombreux revers sur cette campagne d'été 2014, d'avoir accompli un "truc" de grand... Et pas seulement nous, les touristes : quand on voit la mine réjouie de nos "baroudeurs" zangskarpa, on a peine à croire que ça les a laissés insensibles... En tous les cas, c'est une belle variante panoramique au parcours du bas le long de la Lung Nag Chu. Moins de bière dans les boutiques, certes, mais à la place un grand bol d'air frais !

Après le passage du phuktal La, Sonam, Donitchen et Mutup tout sourire...

La suite de l'itinéraire passe par la gompa de Phuktal (y arriver par le haut, ça change tout !), Kalachakra oblige il ne reste sur place qu'un moine et un gardien dans le monastère... Par contre, le chemin de descente le long de la Tsarap Chu est en travaux : le chemin est en train d'être remplacé par une piste financée par le monastère et réalisée par des népalais... Vous en penserez ce que vous voulez ! On rejoint Purne puis Testa puis Kargyak (c'est l'itinéraire de la GTZ "canal historique") et on laisse les touristes franchir le Shingo La pour nous engager dans une gorge étroite en direction du Surichun La, dernier écueil d'importance sur la route de Sarchu. On suivra le nouveau chemin tracé dans les alpages pour rejoindre Wathang, le camp de base du col, mais là encore il faudra croiser les indications erronnées du tracé de la carte Olizane avec celles présentes sur le terrain : heureusement qu'on dispose parfois de cairns pour se guider sur le terrain parce que si on devait faire confiance à ce qui est dessiné sur les cartes, même celles qui semblent les plus fiables parce que disposant d'un fond de plan de qualité, on serait mort depuis bien longtemps ! Une erreur d'1cm sur la carte, c'est 1500m sur le terrain au 1/150.000e soit une vallée de différence, et ça peut tout changer... Dans le brouillard par exemple ? Un peu de sérieux, Messieurs les concepteurs !

Olizane kargyak

La descente sur Sarchu ne posera pas de problème si ce n'est la longueur des plateaux morainiques, interminables, le long de la Lingti Chu. La traversée de Padum à Sarchu est accomplie avec une réussite au-delà de nos espérances alors que cela aurait pu tourner au 3ème rebroussement de chemin. Le topo est en ligne et a rejoint les autres randonnées au sein de la rubrique Treks en Asie : De Padum à Sarchu.

La plaine alluviale de Sarchu (Lingti Chu en face avec au fond le sommet du Khamberop, Yunam Chu à G)

On arrive donc 6 jours en avance à la route puisqu'on a squizzé le détour prévu depuis Testa par les vallées de la Lenak et de la Gyambal du fait que les habitants de Testa nous ont déconseillé de faire ce détour par cet itinéraire depuis longtemps abandonné par les bergers du village. Ils craignent que les mules qui nous accompagnent ne puissent pas disposer de conditions optimales pour pratiquer cette traversée. Et puis, la météo s'est remise au moche et nous pouvons aussi craindre des chutes de pierres. Comme nous l'avions envisagé depuis notre étape à Testa (en ayant joint Sonam par le seul téléphone satellite fixe de la vallée), nous décidons de tenter d'effectuer la liaison de Sarchu au lac Tsomoriri, histoire de finir en beauté dans un site exceptionnel. Le sentier tracé sur la carte Olizane édition 2008 partant du pont sur la Tsarap Chu 8 kms au N de Sarchu semblait remonter une vallée fluviale « assez » large. Et, alors que nous allions nous mettre en route, nous avons le bonheur de rencontrer un berger de l’Himachal Pradesh qui nous rassure sur le fait qu’il y a bien un chemin, parfois un peu délité, mais que pour atteindre les grandes étendues de galets sur laquelle la Tsarap Chu se constitue, nous aurions à débâter deux fois pour franchir des béquets rocheux, parfois tracé en hauteur sur des moraines détritiques et souvent à même le lit de la rivière. Et dernière précisions : selon le moment de la journée, nous pourrions avoir à traverser de nombreuses fois la rivière, peut-être même avec quelques difficultés du fait du fort courant... Quant à la liaison vers le lac Tsomoriri passant par le Langpo La, il n’avait pas d’informations puisqu’il était toujours resté avec des troupeaux au niveau des alpages qui bordent la Tsarap Chu et qu’il n’avait jamais eu l’occasion d’emprunter ce chemin. Nous avions repéré sur la carte que si nous franchissions le col, côté E, nous aurions à traverser un plateau d’altitude très vaste pour atteindre la vallée de la Phirtse Chu à Manechan où nous retrouverions l’itinéraire muletier arrivant de Pang (emprunté par quelques groupes de randonneurs). Après, on serait en « terrain connu » puisque rejoignant Kyangdam en une journée de marche puis le lendemain, en suivant la rive W du Tsomoriri, on débarquerait vers midi à Korzok. Nous voici donc en route, hommes et mules, le long de la Tsarap Chu, remontant vers ses sources situées en face N des montagnes du Spiti.

Le long de la Tsarap Chu

Le "chemin" existe, on ne peut pas le nier, mais on sent qu'il n'est pas très emprunté. Au tout début il y a pas mal de crottes d'ovins et de caprins mais au bout d'1h de route il n'y a plus que des "traces" d'une ou deux mules qui ont dû passer par là il y a un bout de temps. On trouve quelques cairns deci de là et, histoire de participer à la pérennisation d'un futur itinéraire de randonnée (puisqu'à la suite de cet article vous ne manquerez pas d'y aller faire un tour, hein...? surtout après tout ce que je vais vous raconter par la suite), chacun d'entre nous participe au renforcement d'un bout de sentier (il faut bien que les mules passent en sécurité) ou du balisage (indiquer les bons passages à emprunter donne plus de chances qu'il reste un chemin). Toute la première partie de l'itinéraire se situe entre la traversée de plateaux morainiques à mi-hauteur de la rivière (quand même quelques passages délités dans les thalwegs sableux) ou alors directement en bordure sur des galets.

Donitchen au travail

On avance vers l'inconnu (même si le berger rencontré au début nous a assuré de la "viabilité" de l'itinéraire). Le premier bivouac se situe sur une plage de galets un peu en retrait de la rivière (au cas où...) disposant juste au-dessus d'une prairie (les mules disent merci !) et où je découvre une petite source d'eau fraîche sortant d'un couloir d'éboulis. La matinée du deuxième jour est la copie conforme de l'après-midi de la veille jusqu'au franchissement d'un col marqué de nombreux cairns et dont le balisage minéral de la descente est pléthorique. Mais pourquoi donc une telle "débauche" de moyens alors que jusqu'à présent le balisage était plutôt confidentiel ? C'est que ce passage marque une transition sans pareille : avant, ce n'étaient que moraines délitées et parois peu amènes ; de ce belvédère, on découvre que la suite de l'itinéraire empruntera une large vallée fluviale sur laquelle la progression pourra être beaucoup moins chaotique, exception faite de nécessaires traversées de bras de rivière... La large vallée fluviale que nous allons remonter à présent directement sur le lit de galets nous permet d'avancer réellement plus vite. Il y a certes des traversées de bras de rivières (le régime sandales est préconisé...) et  plus le soleil tape plus on se dit qu'à un moment on ne va plus pouvoir traverser à cause d'un courant trop fort. C'est ce qui se produit au moment d'une Nième trempette où la corde qui avait servi dans la Shingri Chu fait sa réapparition pour sécuriser le franchissement de la Malung Chu, l'un des deux bras qui avec l'Umnag Chu forment la Tsarap. Il est temps de se poser (pas trop de choix du lieu de bivouac, une source certes mais diète pour les mules...), mine de rien c'est quand même un tantinet éreintant. Et heureusement que Donitchen est un décrypteur "es méandre de rivière", il n'a pas son pareil pour "sentir" les ondulations des bras d'eau, prévoir qu'il vont ou non frôler une rive et surtout savoir où traverser le plus en sécurité. Une sacrée expérience mise au service de tout le groupe et qui nous permet d'éviter des retours en arrière chronophages...

Malung Chu - Arrivée au confluent des trois rivières

La matinée du troisième jour est la plus humide du parcours car bien que la vallée soit très large elle est plate et de ce fait, selon la puissance du courant, les bras se forment en rapport avec la hauteur d'eau et à l'instar du système de tentacules d'une pieuvre, la rivière se divise en plusieurs bras qui viennent lécher les pentes détritiques de gauche et de droite, à l'envi (le sien surtout...). On surmonte une petite moraine et au-delà on découvre une nouvelle plaine alluviale qui s'en va buter au pied des montagnes glaciaires. Comme indiqué sur la carte Olizane, c'est le moment de quitter la vallée principale de la Malung Chu pour filer en biais traverser des plateaux recouverts de buissons épineux ras. Trop heureux d'avoir trouvé la conformation du terrain identique à celle dessinée sur la carte, j'en perds mes repères de distance et nous nous égarons de l'itinéraire théorique (on ne s'attendait quand même pas à trouver un superbe chemin sur place...) pour aller malgré nous explorer les éboulis sous les falaises pensant que le couloir dans lequel on devait entrer se présentait déjà. Au bout d'une heure à chercher sur le terrain d'hypothétiques traces, je déplie la carte, reprends les coordonnées GPS et m'aperçois de la grosse erreur d'appréciation. En fin de compte, la traversée du plateau morainique ne fait pas moins de 8 à 9kms pour atteindre l'entrée du canyon d'où sort le torrent du Langpo La ; ce n'était pas en 30mn que nous aurions pu effectuer cette distance ! Allez, on redescend rejoindre la caravane de mules bien sagement restée en bas dans l'attente de notre invitation à monter si des fois on avait trouvé un chemin... On finit par trouver l'entrée du canyon qui en le remontant doit nous conduire au pied du col. 3ème bivouac et cette fois-ci herbe à profusion pour les mules... Le lendemain matin nous sommes à pied d'oeuvre dans l'étroit canyon de la Langpo La Chu mais les mules restent bloquées dans l'étroit conduit et doivent redescendre tout ce qu'elles ont monté pour contourner par le haut de la moraine le passage. On perd ainsi deux bonnes heures de marche à les attendre. C'est le lot commun des explorations... On retrouve les mules alors que la vallée s'élargit juste avant de s'engager dans un étroit passage entre deux falaises, passage qu'il faut préalablement paver pour en faciliter la pénétration pour les mules. Et ne voilà-t-il pas que Mutup, notre émérite cuisinier, parti décrypter l'itinéraire un peu plus avant dans la gorge, revient chargé d'outils de terrassement qui nous seront d'une aide inestimable dans notre travail de construction. Incroyable, non ?

Entrée dans le canyon de gauche          Mutup ramenant des outils de terrassement...

On peut désormais continuer notre progression tout heureux de découvrir qu'après 200m de canyon on peut poser le pied au sec sur un chemin parfaitement viabilisé et cairné. On remonte les pentes détritiques par de larges lacets quand tout à coup... plus de cairn ! Je déplie la carte pour constater que l'itinéraire d'accès au col doit remonter par un couloir en RG très délité et dans lequel les mules auront du mal à grimper. Par acquis de conscience je vais exporer le canyon d'où sort la rivière que l'on suit pendant que les "baroudeurs" zanskarpa essaient de trouver un chemin dans le couloir. "Chou blanc" de mon côté où après un goulet que l'on traverse à mi-cuisse la rivière dont je tente de remonter le courant ne propose que des traversées successives de chaos de rochers effondrés dans lesquels il sera pour les mules absolument impossible de progresser. Côté couloir, "chou gris"... Après avoir surmonté les premières pentes, Tundup et Donitchen ont bien identifié une trace horizontale qui partait du milieu du couloir sous la cascade et s'en allait rejoindre un collet dans une arête rocheuse. Mais le passage est vraiment trop dégradé pour que l'on s'y engage, hommes et mules, ne sachant pas de quoi les 300m restants derrière l'arête sont faits pour atteindre le Langpo La.

L'itinéraire supposé du Langpo La

Le temps maximum que je m'étais autorisé pour cette exploration est à présent écoulé :
1) soit on franchissait le col cet après-midi et on pouvait raisonnablement penser qu'on atteindrait le Tsomoriri dans les 3 jours (on disposait d'un matelas de journées en Inde avant notre retour en Europe car nous avions projeté de faire un road-trip de 4 jours au Rajasthan ; on décalerait l'avion de Leh à Delhi et basta du Rajasthan...)
2) soit on était bloqué (et c'était bien le cas...) et on pouvait, au regard de la progression que l'on avait connue pour en arriver jusque là, revenir à notre point de départ en 4 demi-journées pour être au rendez-vous du convoi automobile chargé de nous récupérer.
C'est donc la deuxième alternative qui sera suivie d'un franchissement des "portes" du canyon un peu moins aisé qu'à l'aller et, pour éviter des difficultés complémentaires prévisibles dans la descente de la gorge pour atteindre le camp d'où nous étions partis le matin, on passera par un col panoramique au milieu des alpages d'altitude, une variante de l'itinéraire principal, proposant une vue quasiment circulaire et plongeante sur les vallées au fond desquelles se trouvent quelques unes des sources de la Tsarap Chu. Un bien bel endroit ! Voyez plutôt...

Les sources de la Tsarap chu (versant N des montagnes du Spiti)

Le retour s'effectuera bien comme prévu et on arrivera en temps et en heure à la route pour honorer le rendez-vous prévu. A noter sur le parcours de retour que la Tsarap Chu avait un peu grossi nous proposant de nouvelles traversées de bras de rivière et un suivi du bord de l'eau un peu plus étroit, dirons-nous... Et puis, il y a ce dernier plaisir : à l'approche du dernier camp, que ne voit-on pas venir à notre rencontre ? Un randonneur (anglais, je l'apprendrai par la suite, une fois que j'aurai été lui rendre une visite de courtoisie dans sa tente) et son compagnon indien de Manali, tous deux d'âge respectable, qui souhaitent réaliser en autonomie la liaison de Sarchu à Darcha en remontant la Tsarap Chu et l'Unmag Chu... Sur la carte, on voit bien l'itinéraire qu'ils souhaitent emprunter. Le guide indien m'explique qu'il a suivi ce chemin il y a une trentaine d'années et qu'en autonomie il n'y a pas de problème technique particulier. Je leur fais part de notre expérience avortée et nous convenons qu'il y a matière à composer une liaison Tsomoriri - Darcha d'une dizaine de jours, en autonomie avec porteurs, en franchissant le Langpo La, l'Unmag La et le Panchi La... Tiens, tiens ! Et si je montais cela l'année prochaine ? Ladakh - Zangskar, quand tu nous tiens... En attendant le topo que je ne manquerai pas de mettre en ligne l'année prochaine ("cochon qui s'en dédit"...), vous pouvez visualiser le topo Aux sources de la Tsarap Chu qui est venu rejoindre celui de l'Umasi La au sein de la toute nouvelle rubrique des Explorations en cours.

Diaporama de la problématique du franchissement des rivières sujettes aux crues subites...

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[Maroc] Haute Route n°4

Voilà pratiquement un mois que je suis revenu de cette escapade sur les crêtes du haut-Atlas occidental et je m'aperçois que je n'en ai pas beaucoup fait mention. Il est vrai que je suis parti de suite passer une semaine au bord de la Grande Bleue à Toulon (une nouvelle balade dans les Calanques) puis j'ai enchaîné de suite sur le tour de la Vallée de Chevreuse sur le week-end de l'Ascension... Mais revenons sur la montagne marocaine : cette virée sur les crêtes en autonomie, j'en rêvais depuis 2 ans, au moment où je m'étais rendu dans le coin lors de la GTAM4 et une autre fois l'année dernière lors du passage avec M'hamed alors que nous essayions de décrypter un itinéraire muletier dans cette région et qui s'est révélé devenir la GTAM5.

Le tizi n'Louez au pied du Djbel Erdouz

Pour ce cru du printemps 2014, l'accomplissement d'une haute-route, la quatrième du nom (car venant chronologiquement après les 3 premières Alpi-Toubkal 1, 2 et 3), M'hamed était de la partie, bien sûr, mais avec Martial et Pierre (qui m'avaient accompagnés sur la Kora du Dhaulagiri l'automne dernier) et trois "petits" petits nouveaux : Marielle et Yannick (arrivant de Chambéry avec une solide expérience des raids montagnards de ce genre) et puis Claude, résidant dans la Beauce et qui s'essayait sur ce genre de parcours sur les "injonctions" de Martial, son ancien collègue de travail. Seule possibilité d'avancer : être en autonomie avec 6 jours de nourriture dans le sac pour atteindre Arg, un village situé aux 2/3 du parcours et dans lequel on avait prévu de faire déposer chez l'habitant un ravitaillement.

                                                                                                                                                      Ijoukak (photo M.L-F)

Tout avait bien commencé et les camarades de route qui ne connaissaient pas encore l'accueil berbère ont été enchantés par la soirée que nous avons passée au gîte d'Ijoukak, chez El Mahjoub. Mais, pour Claude, la balade pourtant commencée positivement s'est arrêtée brutalement à la descente du Gourza, dès le 3eme jour, en raison d'un oedème laryngé qui s'est sûrement déclenché du fait d'une montée trop rapide de 1000 à 3300m, en deux jours seulement. A 4000, 5000 ou 6000m, OK ! Mais là c'est la toute première fois que je suis confronté à ce problème à une aussi "basse" altitude... Plus de peur que de mal : du bivouac sous le tizi n'Ouddif, Claude, accompagné de Martial, a pu redescendre jusqu'au premier village. Avec l'aide logistique d'El Mahjoub à distance (via le téléphone mobile, eh oui, ça passe quelquefois là-haut...), le rapatriement a pu avoir lieu jusqu'à Marrakech suivi d'un retour fissa sur la France. Pendant cet épisode de 3 jours nous avons poursuivi notre parcours de crêtes, enchaînant les sommets de l'Imlit, du Tameksaout et de l'Erdouz, ascensions entrecoupées de bivouacs exceptionnels, soit dans les hauts vallons où l'on connaissait la présence de sources (merci les repérages des années précédentes !), soit directement sur la crête voire le sommet, à l'Erdouz par exemple, où de beaux névés tardifs nous ont permis de faire fondre la neige et de disposer d'eau pour le bivouac.

Dans la partie chaotique entre l'Imlit et le tizi Melloult

Martial se rendra directement à Arg avant de nous rejoindre au cours de notre descente de l'Erdouz et nous finirons tous ensemble (à 5 seulement...) le périple en traversant l'Igdet sous une météo très capricieuse, assez inhabituelle pour un mois de mai. Et comme d'hab', des paysages exceptionnels et de nombreuses rencontres avec les bergers qui traquent les moindres coins de verdure au coeur des vallons minéraux. Tout ça grâce à qui ? M'hamed bien entendu. Avec sa gouaille et sa débrouillardise, que de partages avec les locaux n'avons-nous pas connus... Et même des invitations à venir dormir à la maison avec d'excellents mets, tagines et couscous. La fête quoi ! Je l'ai même affublé d'un surnom : M'hamed "les bons tuyaux" à l'instar de Huggy dans la série TV culte Starsky & Hutch.

Avis de mauvais temps sur l'Igdet (départ de la descente en biais dans le creux du vallon)

Le topo [Maroc] Haute-Route n°4 est désormais en ligne. Pour les diaporamas, ils arriveront un peu plus tard (en fait je viens de les mettre en ligne ce 29 août...) et sûrement après le retour de la Grande Traversée du Ladakh n°2, itinéraire alternatif à la Traversée n°1 phagocytée aujourd'hui (pour le bien des habitants) par la piste qui rend désormais cet itinéraire autrefois d'exception bien peu intéressant à présent.