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Du Mera peak à l'Everest, le plus beau trek de montagne ?

Au retour de ce trek d'exception, une mini-expédition, on peut raisonnablement se poser la question... Avoir pu réaliser cette "balade" au coeur du massif du Khumbu me laisse encore des frissons tant elle se propose de nous immerger dans un coin du Népal dont on a l'impression d'être à mille lieues d'un coin civilisé alors que l'on se trouve dans les vallées voisines de celles où passent des milliers de touristes chaque année, je fais référence à celles qui conduisent au camp de base de l'Everest. Certes, durant ce trek et bien que les ascensions étaient prévues au programme, j'ai été contraint de laisser de côté des deux trekking peaks qui dépassent largement les 6000m. Je ne me suis pas senti la force, le mot le plus approprié serait motivation, de me rendre si bien au sommet du Mera peak qu'à celui de l'Island peak. Passer des cols, même à 6000m et plus, afin de poursuivre de l'autre côté un périple en itinérance, "aller voir ce qu'il y a derrière"... est vraiment ma motivation, mais "faire" un sommet pour l'accrocher "à mon tableau de chasse", non ce n'est pas ma "tasse de thé" ! Trekkeur (engagé) je suis, summiter je ne suis pas et (je crois...) ne le serai jamais. Surtout quand les panoramas obtenus depuis les cols, ou même depuis les camps avancés, ont pleinement assouvi mon désir de contempler des espaces naturels que je ne connaissais pas auparavant. Pourtant, le reportage web qu'Anthony avait mis en ligne sur trekmag.com avait été le déclencheur pour m'inscrire sur le programme d'Atalante, mais sur place, bien que parfaitement acclimaté après les deux treks Indigenous People Trek et La route des kharkas (lire aussi le billet de blog sur la première partie de la saison 2014), j'ai connu, comme souvent à l'approche de ce genre de performance à réaliser, "un coup de moins bien..."

Mera peak BC (Mera La)

Ce trek d'une grosse quinzaine de jours permet d'explorer les vallées de l'Hinku, de l'Hunku et de l'Imja, trois vallées himalayennes dans lesquelles les touristes ne se rendent que très rarement. Pourquoi donc ? Eh bien, il y a un "os" juste au milieu du périple : c'est l'Amphu Lapsa, un col à 5800m que l'on rejoint en louvoyant entre les séracs d'un glacier et duquel on descend en face N par un "sentier" souvent enneigé et glacé sur lequel on est quasiment obligé de poser des cordes fixes et faire un petit rappel. Et quand la queue d'un typhon comme Hudhud le 14 octobre 2014 s'en vient déposer une couche de neige fraîche de 40 à 50cm en une nuit, neige qui gèle immédiatement derrière sous l'effet du froid (il y a un peu beaucoup de glaciers tout autour...) et des rafales de vent, on peut s'inquiéter sur la manière de désescalader une telle pente... Oh ! Il n'y a juste "que" 200m de dénivelée, comparés aux 15 jours de trek, ce ne sont que 2 heures de galère, mais... Alors, pour profiter des exceptionnels paysages que propose cette circumambulation, autant bien s'entourer : il y a suffisamment d'agences népalaises qui sont capables de vous accompagner pour sécuriser votre expédition dans les passages glaciaires et qui connaissent parfaitement LEURS montagnes (je ne parle pas des 1500 "agences" qui pullulent dans Thamel mais des 4 ou 5 vraies agences de qualité dont vous saurez débusquer des références en parcourant les sous-rubriques Préparatifs attachées à chaque topo de trek mis en ligne sur ce site.

Un des deux guides sherpas de l'agence Khumbi Ila qui ont encadré le groupe sur ce périple (dans la montée vers le Mera La avec en face le Charpote himal)

Le départ de Lukla est rude : face W et brouillard, on ne doit pas voir souvent le soleil dans le coin en cette saison. En plus, il fait froid et humide. Quand on lève les yeux et que les nuages nous laissent voir les pentes qui conduisent au Zatr Og, le col qui permet de passer dans la vallée de l'Hinku khola, on s'aperçoit de suite que dès demain, toute l'équipe, staff népalais compris bien évidemment..., sera "dans le dur" car Hudhud nous a laissé sur 400m de dénivelée une belle couche de neige qui assurément sera bien glacée. Crampons aux pieds ? On se prépare... Le lendemain, le plus dur n'est pas de remonter sur une pente glacée surtout quand on dispose du matériel et qu'on l'utilise (je suis désolé mais il n'y a pas plus c... que de mourir d'une glissade sur un chemin glacé alors que le piolet et les crampons sont accrochés au sac à dos !). Pour les porteurs c'est un peu plus délicat car, bien entendu, les agences ne les dotent pas de crampons pour affronter avec leur charge ce genre de terrain. Le "crampon" népalais des porteurs c'est une cordelette nouée plusieurs fois autour de la basket chinoise et qui permet de "moins glisser" en montée. Par contre, en descente, c'est aussi casse-gueule que de ne rien avoir...

Crampons népalais...          Montée de Chutanga au Zatr Og alors que le soleil est revenu

Et pourtant, une simple paire de crampons forestiers (ça se positionne autour des chaussures avec un caoutchouc et les petites pointes accrochent bien même sur de la glace à contition que la pente ne soit pas trop relevée quand même... à Thamel, on peut acheter des modèles chinois à moins de 15€ la paire, chez nous, au Vieux Campeur par exemple, ça vient de Chine, de Corée ou d'Italie et selon les modèles on est entre 20 et 40€). C'est ce que j'utilise sur les terrains non techniques et je peux vous dire que "l'essayer c'est l'adopter !", ça se positionne sur n'importe quel type de chaussures, même les basses, c'est léger à transporter en permanence au fond du sac à dos et c'est vraiment solide. Plutôt que de jouer "la fille de l'air" dans des figures improvisées typées "Lac des Cygnes" et tomber ou de se faire un tour de reins, n'hésitez plus, adoptez-en une paire !

La bhatti de Kharkateng

Avec le retour du soleil, dès le deuxième jour, on se doutait bien que le trek risquait d'être beau, en tout cas moi j'étais venu pour ça..., mais qu'il allait demander d'être en bonne forme... On commence à voir que le peuple sherpa a "humanisé" cet axe très couru que les alpinistes parcourent en aller-retour (je le rappelle, le Mera peak est avec ses 6470m l'un des deux plus hauts trekking peaks du Népal avec le Tharpu chuli du côté de l'Annapurna) en assurant tout au long du chemin un service de buvette, la bhatti (souvent 4 murs recouverts d'une bâche en plastique de couleur flashy, identifiable même par temps de brouillard...) qui fait aussi mini-boutique où l'on peut se faire servir un repas local avant de pouvoir s'allonger sur un bon lit (de branchages séchés... ne rêvez pas !) à l'abri du vent et à proximité d'un poêle à bois ou plus simplement d'un âtre. Et jusqu'au pied du Mera peak, vous en trouverez à peu près toutes les 2 heures de marche. Sympa non ? Dans les structures fermées (dans les vraies maisons en pierre), on vous sollicitera entre Rs200 à plus de Rs2000 par personne pour "participer" à une petite chauffe dans le poêle central de l'unique pièce à vivre, poêle très vite phagocyté par la troupe népalaise présente. Pourquoi de tels écarts de prix ? Parce qu'à partir de 4000m, il n'y a plus de forêt et que les propriétaires des lodges doivent organiser des coupes de bois en aval et les faire convoyer parfois sur 2 ou 3 jours à dos de yack. Quelques photos suivent des différents types d'habitation qui "équipent" la montagne.

La bhatti du Zatrwa La     Le lodge de Thuli kharka     La bhatti de Taktor

Après le Zatr Og et son compère le Zatrwa La qui suit, on descend dans la vallée de l'Hinku khola et on découvre le massif du Mera peak juste avant de se retrouver immergé dans une forêt quasi primaire et dans les nuages qui en cette saison remontent les vallées de l'Himalaya chaque début d'après-midi. En gros, tant que l'on se trouve en dessous de 4500m, il est préférable de marcher d'une traite le matin sous les rayons du soleil, d'arriver à l'étape en tout début d'après-midi, de manger au chaud avant d'aller se payer une petite sieste réparatrice au fond du duvet et revenir pour le repas alors que la température intérieure du lodge se réchauffe un peu. A partir de Khote, le matin de 4e jour, le minéral devient le lot commun et on se dirige plein N en direction du Cervin local, le Kyashar. C'est qu'il a de la gueule ! Le Zermatt local se dénomme Thangnag mais le train n'arrive pas jusqu'ici... On peut s'élever à pieds jusqu'à une crête qui s'inscrit 700 à 800m au-dessus du village, le Thangnag Ri, et qui a le mérite d'offrir un superbe panorama à 360° sur le cirque de montagnes jusqu'au Mera La, le col qu'il est prévu de franchir dans deux jours. Par contre, pas de Mera peak, juste les contreforts W, en gros une falaise verticale "abomi-freuse" de près de 2000m, juste le double de celle hyper connue de l'Eiger en Suisse... On peut contempler à loisir cette face austère "qui fait froid dans le dos" depuis le belvédère du Thangnag Ri jusqu'au moment où les nuages vont décider d'envelopper la vallée. Et là, c'est "clap de fin"...

Depuis le Thangnag Ri, les contreforts W du Mera peak

Maintenant que l'on est bien acclimaté, on poursuit en direction du Mera La jusqu'au village de lodges de Khare, un endroit assez incroyable de modernité que l'on n'attend pas trouver ici même : à 5000m d'altitude, il y a tout pour passer un bon séjour qui plus est avec un niveau de services proposés au clients : d'abord les technologies de la communication, du téléphone satellite au WiFi, de l'électricité fournie par une "batterie" de panneaux photovoltaïques, une boutique bien achalandée à des prix qui restent corrects, des chambres proprettes équipées de fenêtres à double vitrage (mais le courant d'air passe sous la porte...), un poêle à bois dans lequel on peut enfourner du bois, certes c'est fait pour cela, mais les branches doivent être serties de pierres précieuses au prix demandé... Il y a même en bas et en haut du village deux DZ pour hélicoptère (hélicoptère qui a malheureusement été appelé pour un de mes camarades de cordée qui avait contracté une mauvaise bronchite, altitude et bronchite ne font vraiment pas bon ménage...).

Le village de Khare, camp de base technologique de la région du Mera peak

La montée vers le Mera La est assez aisée si on ne tient pas compte de l'altitude, juste 400m sur un bon sentier puis une grimpette dans une moraine détritique "dré dans la pente" avant de rejoindre le large col sur un glacier débonnaire. Une petite descente d'une vingtaine de mètres sur de la glace vive dans laquelle sont fichés des petits cailloux pour rejoindre l'emplacement du camp de base du Mera peak. Ah, la vue est exceptionnelle sur ce beau massif entièrement recouvert de glace aux plusieurs sommets qui s'inscrivent entre 6000 et 6500m. Recouvert de glace certes, à l'exception d'un béquet rocheux au pied duquel les gens du coin ont aménagé un camp avancé sur lequel on peut y dresser plusieurs tentes. C'est d'ailleurs là que nous nous rendons avec Rémi le lendemain, un "saut de puce" de 400m de dénivelée, pour atteindre 5800m. Mais le parcours, très facile techniquement (c'est une pente entre 20 et 30° sur de la neige bien tassée), se révèlera être pour moi une épreuve titanesque en devant lutter de face contre un vent glacial de 100km/h. Trois heures dans ces conditions-là m'ont laissé exangue et sans force jusqu'au lendemain matin (minuit trente le départ prévu vers le sommet...). 45mn après le départ du camp, il m'a été impossible de suivre le rythme. Et pourtant, il ne restait que 500m pour atteindre le sommet... Mon camarade de cordée connaîtra la même mésaventure moins d'une heure plus tard. Même pas question de se reposer une journée et de re-tenter le sommet le lendemain. Nous n'avons qu'une idée en tête : descendre retrouver un peu de verdure sur les pelouses alpines. C'est ce que nous ferons en cours de matinée en revenant au camp de base où la quasi totalité du staff était restée et en descendant jusqu'à Kongme dingma. On est 1000m plus bas et ça change tout ! Et en plus avec une météo revenue au beau qui va nous offrir une descente de toute beauté avec le livre d'images du Khumbu ouvert devant les yeux. Les quatre 8000 du coin : Makalu, Lhotse, Sagarmatha et Cho Oyu en face de nous... Et, pour compléter, en tournant un peu la tête sur la droite, le cinquième 8000 qui n'est autre que le lointain Kangchenjunga. Vision régérénatrice !

Les quatre 8000 en arrière-plan de G à D : l'arête sommitale du Cho Oyu, Sagarmatha, Lhotse et Makalu (au milieu le Peak 41 et à droite du Makalu le Chamlang)

La suite de l'itinéraire remonte la vallée de l'Hunku khola (ne pas confondre avec la précédente !) et le seigneur des lieux va se trouver être le Chamlang, un massif assez complexe avec plein de vallons morainiques et des lacs bleu pétrole tout autour. A proximité du Kali himal, notre itinéraire partira sur la gauche rejoindre une immense cuvette caillouteuse qui héberge les lacs de Panch pokhari. Là, c'est un peu beau ! On est au pied de l'Amphu Lapsa, ce col qui va nous permettre de "sortir par le haut" de cette vallée plutôt profonde puisque l'endroit où l'on va passer la nuit se trouve à plus de 100kms à vol d'oiseau (mais qu'est-ce qu'il viendrait f... ici, le piaf !) si l'on suit la Hunku khola vers l'aval jusqu'à Kharbari, le plus haut village relié au réseau routier népalais... Aux Panch pokhari, le seigneur des lieux, maintenant que Sagarmatha et les Lhotse ont été occultés par le Kali himal, c'est le Baruntse et c'est un sacré morceau. Au fait, juste sur sa droite, il y a le West col à travers lequel passe l'itinéraire du Great Himalayan Trail, eh bien, il ne parait pas vraiment sympa, sympa...

Depuis la montée aux Panch pokhari, de G à D, Kali himal, Baruntse et West col

Nous, on va se mesurer à l'Amphu Lapsa. On doit être le dernier groupe de la saison à vouloir le franchir : la trace est bien tassée, impossible de se tromper ou de tomber dans une crevasse... C'est au moins ça de gagné. Sur une neige comme celle-là et une pente en fin de compte assez peu relevée, les crampons forestiers font merveille (au cas où, j'ai quand même en réserve les "officiels" dans le sac...). On atteint le col sans difficulté notable si ce n'est que nous revoilà à 5800m. Il n'y a plus que 50% d'O² dans l'air. D'ailleurs les anglophones parlent de breathtaking pour qualifier un paysage "stupéfiant de beauté" ou mieux "à couper le souffle"... Là c'est au premier degré qu'il faut le comprendre : on a doublement le souffle coupé, suite à la grimpette assurément, mais lorsque l'on va découvrir la beauté de ce qui se présente de l'autre côté du col, on ne respire plus : c'est exceptionnel ! On domine un bassin minéral où de multiples glaciers convergent pour partir vers la gauche sous les pentes S des Lhotse. Une petite photo souvenir pour illustrer "ce dont je vous cause..."

Depuis l'Amphu Lapsa

Je ne m'en suis pas encore remis, tant c'est beau ! Juste une petite inquiétude toutefois, le gars en se retournant cherche vainement l'itinéraire de descente... et ne trouve vraiment pas grand chose comme solution ! "Damned, mais où c'est t'y donc ?" C'est bien d'être arrivé jusque là, mais encore faudrait-il que l'on puisse en descendre, et du côté opposé à la montée si possible, non ? Le "sentier" suit une petite vire et on reprend confiance avant de voir que toute l'équipe est affairée en contrebas, qui les guides en train de poser des cordes fixes, qui deux porteurs en train de faire glisser les paniers à l'aide d'une corde jusqu'à une plateforme 30m plus bas, qui d'autres désescaladant un goulet rocailleux gelé en moulinette... Ca ressemble de loin à une armée mexicaine mais, en fin de compte, si l'on s'intéresse à l'ordonnancement des tâches, pas du tout : c'est super bien organisé et le "chantier" avance positivement. Bon ! C'est vrai, on n'a pas envie d'y rester trop longtemps car on se trouve en contrebas de l'arête côté N et le soleil, c'est prévu le midi pour être au S... Donc, il fait frisquet pour ne pas dire plus ! En se penchant un peu sur le vide, on peut constater que le  "cher" typhon Hudhud nous a laissé une belle couche de neige que le vent s'est empressé de façonner jusqu'à devenir une glace bien lisse et casse-gu... Mais positivons ! Il fait grand beau, les paysages sont splendides, nos guides ont sécurisé le passage pour tout le monde, un travail de qualité. C'est quand même impressionnant ce que peut contenir un sac de guide : on dénombre sur le terrain 2 cordes fixes de 100m, une corde en 8mm de 80m (peut-être même un peu plus longue...) et des pieux à neige "en veux-tu, en voilà..." + toute la quincaillerie mousquetons, sangles, broches à glace, etc. Avec tout ça, l'équipe en totalité va se retrouver en sécurité, moins de deux heures après, sur le plateau morainique 400m en dessous. Maintenant commence la descente sur le fil de la moraine pour un long long (long) chemin jusqu'à Chukhung que l'on espère atteindre pas trop tard... Heureusement qu'il y a de la matière à voir sur le chemin parce qu'on pourrait finir par trouver le temps longuet : la découverte s'initialise au détour d'un virage où se dévoile le fameux lac de l'Imja Tsho que tous les analystes prédisent qu'il va faire exploser sa moraine frontale un de ces jours et commettre un massacre en aval (il est vrai qu'il y a 20 ans, il n'existait pas, alors je peux comprendre qu'il puisse faire peur quand on constate la masse qu'il représente aujourd'hui...). Puis c'est le passage au pied des faces S des Lhotse, impressionnantes de verticalité. Encore inviolées à ce jour... Après, c'est côté gauche que cela se passe avec le passage au pied d'un bassin glaciaire de taille gigantesque, celui qui se trouve au pied de l'Ombigaichan. Et pour finir, c'est la découverte de l'Ama Dablam, pas sous son plus beau profil, en contre-jour (on a failli la rater...), mais bon, c'est ma montagne préférée... A Chukhung que l'on finit par atteindre quelques minutes avant que la nuit ne tombe (c'est brutal ici...), Rémi et moi devisons dans la salle du lodge sur la suite du programme et avons le sentiment commun de ne pas "avoir envie" de remonter la vallée pour faire l'ascension de l'Island peak alors qu'il nous semble que l'on a eu accès aux plus beaux panoramas sur ce bassin de l'Imja glacier. Il reste 6 jours avant le rendez-vous avec notre avion à Lukla. Seulement 3 sont nécessaires pour rejoindre l'altiport. "के गर्ने‍‍‌" (Ke garne ?) diraient des népalais ?

L'Ama-Dablam depuis le sommet du Chukhung Ri

Je propose que nous allions le lendemain escalader le sommet du Chukhung Ri qui s'élève directement au-dessus du village et dont le panorama sur l'Ama Dablam doit "valoir le coup" puis sur les deux jours qui suivent de lui faire découvrir le Khumbu glacier et le sommet de Sagarmatha depuis le Kalapattar. On traversera le massif sous le Pokalde en franchissant le Kongma La (que je ne connais pas), un col un peu délaissé au profit des deux autres Cho La et Renjo La, mais le Kongma La va se révéler le plus spectaculaire des trois cols du Khumbu (j'avais franchi Cho La et Renjo La en 2008 lors du trek Du Khumbu au Rolwaling passant par le Tesi Lapsa). A plus de 5500m, le chemin d'accès au Kongma La traverse de nombreuses moraines aux cuvettes lacustres du plus bel effet lorsque que l'on se retourne et que l'on a sous les yeux des larges panoramas vers le S et le SE. Du col, rejoindre Lobuche est aussi une partie de "plaisir" avec la traversée en toute fin de journée du glacier du Khumbu (alors que la nuit est en train de tomber...), ce gigantesque fleuve de glace recouvert de blocs morairiques arrachés aux pentes des plus hauts sommets du Monde et sur lequel, comme sur l'Imja glacier du côté de Chukhung ou le Ngozumpa glacier de la vallée de Gokyo, des lacs glaciaires occupent les cuvettes qui se sont creusées au milieu des séracs.

Traversée du Khumbu glacier au soleil couchant. Vite, vite...!

On retrouve l'"autoroute de l'Everest" à Lobuche, c'en est fini de notre tranquillité mais il reste quand même un "truc" superbe à voir : le triptyque Lho La - Sagarmatha - Nuptse depuis le sommet de la bosse du Kalapattar. On est début décembre, il y a (un peu) moins de touristes qu'en haute saison et on termine ce trek "Du Mera peak à l'Everest" par ce petit aller-retour panoramique qui me fascine toujours autant. Une nuit à Gorakshep, un lieu que j'ai découvert il y a 16 ans lors de mon premier trek et où il n'y avait qu'un seul lodge, qui aujourd'hui est devenu un endroit hyper connecté (3G+ et WiFi), qui dispose d'une impressionnante capacité de logement, etc. Enfin... De là-haut, 400m au-dessus de Gorakshep, au pied de l'arête S du Pumori, c'est très sympa surtout en fin d'après-midi où l'ensoleillement est parfait (on se demande pourquoi 80% des touristes y vont tôt le matin alors que l'on est à contre-jour...), et puis comme cela, j'ai pu enfin disposer de photos numériques (en 98, j'étais en diapos et les diapos scannées, c'est pas tout-à-fait ça...)

Depuis le Kalapattar, le somptueux triptyque Lho La, Sagarmatha et Nuptse

De Gorakshep, la descente jusqu'à Lukla via Namche est loin d'être passionnante : ce ne sont qu'enfilades de lodges et de commerces et à partir de Namche on retrouve les caravanes de mules qui nous laissent cet olfactif souvenir de leur passage. C'est absolument dégoûtant mais il faut bien faire manger tout ce beau monde de touristes en convoyant depuis Jiri les tonnes de ravitaillement et les bouteilles de bière... Mais où sont donc mes petits sentiers de la Route des kharkas et dans une moindre mesure ceux que j'ai pu fouler durant ce merveilleux trek Du Mera peak à l'Everest dont je viens de vous conter (seulement) quelques anecdotes ? Il ne vous reste plus qu'à vous y rendre pour vivre les mêmes aventures en suivant le jour par jour que j'ai eu grand plaisir à vous décrire dans le topo que j'ai mis en ligne sur le site ici. Bonne lecture, beaux diaporamas à faire défiler (juste après que j'ai eu le temps de les ordonnancer...) et faites de beaux rêves ! Du rêve à la réalité, il ne faut des fois que quelques clics de souris sur un ordinateur et on se retrouve avec un billet d'avion aller-retour pour Kathmandou, un contact avec une agence népalaise qui va vous organiser ce qui deviendra le "voyage de votre vie" avant de se transformer l'année suivante en "c'était mon premier voyage dans l'Himalaya népalais" alors que vous êtes en train de vous engager sur le deuxième... Je peux en attester après mon seizième voyage cette année... : Le Népal, ça vous gagne (vraiment) !

Népal 2014, c'est bien fini...

Le Népal pour cette année 2014 c'est terminé ! Pratiquement, ces 2 mois à arpenter la campagne et la montagne m'ont donné l'occasion de perfectionner mes rudiments de népali (je l'étudie à l'INALCO à Paris depuis un peu plus de 2 ans), surtout que j'avais implicitement demandé à mon ami Chhetup Tamang, le directeur de l'agence ART, de me confier une équipe de porteurs, kitchen-boys, cuisinier et sirdar qui s'exprimait en V.O... Comme ça, pas de tentation à vouloir dériver vers l'anglais (bon, au cas où, mon sirdar, Boras Tamang, s'exprimait aussi en anglais mais à ma grande surprise je ne me suis vraiment que très peu servi de l'anglais...). Le programme de cette année devait commencer par une semaine de traversée expresse du Namun La dans la région des Annapurnas ; c'est le col que je n'avais pas pu franchir au printemps 2012 en prélude au trek des 5 cols de l'Annapurna à cause des monceaux de neige accumulés et je m'étais dit qu'en automne il y aurait moins de neige... Cette année, en automne, cela aurait pu être le bon moment si... Hudhud ne s'était pas manifesté et avait déposé ce 14 octobre dernier un mètre de neige fraîche sur le massif des Annapurnas. Ayant programmé le début du trek le 19 octobre, je ne savais vraiment pas à quoi m'attendre, sinon à des galères éventuelles... donc prudence et changement de programme, de région et d'altitude aussi.

Sur la Timal danda     Sur la Timal danda     Sur la Timal danda

J'ai cherché dans ma liste de treks en attente ce qui pourrait se réaliser sans grosse programmation et ai trouvé ce mini-trek campagnard de l'Indigenous People Trek créé par le Tourism board népalais en 2011 et dont j'avais acheté une carte à cette époque. Il durait pile-poil une semaine et, qui plus est, se terminait à l'endroit où commençait le deuxième... Charikot. Banco ! Et c'est parti pour une semaine de campagne à la recherche des purano bato, "anciens sentiers" en népali. Ils perdurent bien que les collines soient parcourues de nombreuses pistes. Tracées il y a quelques années, elles sont aujourd'hui désaffectées pour la plupart d'entre elles par manque d'entretien : il a suffi d'attendre deux ou trois saisons de mousson (éboulements, glissement de terrain, ravinements importants, etc.) pour qu'elles retournent à l'état "sauvage"... Déjà, chez nous, en Europe, on trouve de l'argent pour construire mais il est malvenu de budgetter pour la maintenance. Alors ici au Népal... Les villageois continuent donc à faire l'aller-retour au bazar de la vallée en suivant les purano bato construits et empruntés par leurs ancêtres...

Les rizières de Lubughat

Quant à la création de l'Indigenous People Trek, il ne faut pas se leurrer, le Tourism board a fait au plus simple : il a dessiné cet itinéraire en suivant 80% du temps les pistes... Alors, dès que l'on a constaté cet état de fait sur le terrain, chaque jour, on a recherché sur le terrain, interrogé les villageois, les bergers, évalué les points de passage potentiellement intéressants et le résultat, c'est que l'on a réussi à composer un itinéraire vraiment sympa. Scènes de campagne et de village, traversée de belles vallées fluviales encaissées, quelques impressionnants cumuls de dénivelées pour aller franchir, depuis le fond des vallées, des cols disposant de panoramas de premier choix sur la chaîne himalayenne, et pour finir une température pour marcher plutôt sympa, dans les 25 à 30°, le tout dans une ambiance tropicale. Parfois je me serais cru dans les cirques de Cilaos ou de Salazie sur l'île de la Réunion, c'est dire... Le jour par jour de cet itinéraire qui peut s'effectuer toute l'année (éventuellement à l'exception de juillet, août et septembre à cause de la mousson) est disponible ici.

Une fois à Charikot, c'est donc le moment de s'engager sur le programme de La route des kharkas. Tous mes treks ont une histoire : celui-ci ne déroge pas à la règle. L'idée avait germé dans mon esprit la première fois en 2008 lors de la traversée du Tesi Lapsa et la découverte du Rolwaling en compagnie de Marie. Puis elle s'était affirmée l'année suivante au moment du périple que j'avais organisé dans le Rolwaling des campagnes : "il doit bien y avoir possibilité de suivre la base de ces montagnes côté sud, non ?" m'étais-je dit. C'est alors que j'avais déplié la carte et couché sur le papier un jour par jour pour rallier Lukla en une quinzaine de jours de marche. L'itinéraire projeté composait une transversale ouest-est, parallèle à la mythique Route de l'Everest que j'avais suivie en 1998 lors de mon trek initiatique au Népal, mais cette fois-ci en suivant au plus près la base méridionale des montagnes du Rolwaling et du Solu-Khumbu. Pour cela, j'avais prévu de marcher beaucoup plus en altitude en suivant les crêtes et en empruntant des chemins de bergers qui devaient bien évidemment exister entre les kharkas (ce sont les alpages où les villageois viennent faire paître leur cheptel en été).

Lever de soleil à Baramji phedi, l'Himalaya du Langtang au Gaurishankar

Sans connaître a priori si je serais à même de réussir ce pari, à savoir explorer le fond de toutes les vallées glaciaires depuis le Ramdung jusqu'au pied du Karyolung en passant par celles du Numbur et du Khatung, je me doutais bien qu'il me faudrait emprunter quelques sentiers mi-chèvre mi-homme, peu utilisés par les villageois. En effet, ces derniers remontent les vallées et ne les traversent qu'occasionnellement de manière horizontale, les kharkas dépendant "administrativement" de tel ou tel village situé en bas de la chaque vallée. L'itinéraire prévisionnel me conduirait même, je l'avais envisagé, jusqu'au camp de base du Kwonde situé aux sources de la Lumding khola avant de débarquer à Lukla mais... tout ne marche pas "comme sur des roulettes" à chaque fois : l'année dernière c'était la météo très capricieuse qui m'avait empêché de partir à la découverte du haut-Dolpo (lire le billet de blog), eh bien, cette année ce sera un éboulement de terrain, à 4 heures de temps d'une bonne bière à Lukla, qui va me condamner à rebrousser chemin et transformer les heures restant à parcourir en jours de marche ! C'était la seule possibilité qu'il nous restait parce que l'option première "camp de base du Kwonde" avait été juste avant anihilée par ce même gardien de la bhatti de Saharsbeni quand il nous avait annoncé que le sentier d'altitude n'existait plus depuis un bon moment, ayant été détruit en de nombreux endroits ces dernières années...

Descente du Gyajo La face au Numbur

Et pourtant, on avait surmonté quelques épreuves auparavant :
- on avait réussi à trouver un guide-porteur à Chankhu pour nous aider à décrypter le terrain jusqu'aux Panch pokhari (plus que nécessaire d'être accompagné par ce Dal Bahadur Gurung et son fidèle couteau népalais à lame recourbée, le khukuri, bien utile dans le wilderness)
- à Chankhu également, les deux brûleurs à pétrole de la cuisine étaient tombés en panne en même temps. Bien heureusement ici, d'ailleurs, ce qui a permis à deux des kitchen-boys de descendre à la ville faire réparer le premier (qui est retombé en panne tout de suite...) et en acheter un nouveau, alors que le reste de l'équipe s'accordait une journée de repos forcé...
- on avait aussi réussi à traverser le Gyajo La pour l'ascension duquel on avait dû effectuer 200m de dénivelée dans de la poudreuse jusqu'à mi-cuisse,
- on avait évité de "mourir de faim" en respectant l'estimatif du nombre de jours de marche entre Singati et Lachhewar, le seul village que l'on rencontrerait lors du périple et où il serait possible de se ravitailler en riz et en pétrole,
- de crête en crête, on était bien arrivé sans encombre à Saharsbeni au pied du Dudh Kund avant de manquer de se faire écraser par les concurrents d'un trail qui descendaient sur le sentier "à toute berzingue", enfin surtout le candidat népalais tout de fluo vêtu qui caracolait en tête, alors que le reste des participants, au moins une bonne centaine et en majorité des français, s'étirait en longueur sur toute la descente...
- et avec l'aide du gardien de la bhatti de Saharsbeni on avait bien suivi l'itinéraire "hors des sentiers battus" qu'il nous avait conseillé et qui permettait de rejoindre Luza via le col aux chortens, et plus loin au-dessus de Thanga on avait bien trouvé le col dans la Shagmanan Ragpo danda...
- de ce col où se trouve la plus belle "cabine téléphonique" de tout l'Himalaya car disposant d'une vue étendue du Cho Oyu au Naulekh en passant par Sagarmatha (oui, oui, l'Everest en vrai...), on avait même trouvé le départ du sentier de descente qui commence par le franchissement de la "porte de l'Enfer"...

Descente dans la Lumding khola     Descente dans la Lumding khola (la porte de l'Enfer)     Descente dans la Lumding khola (l'Enfer vert bien sûr...)

... juste avant que notre caravane ne se transforme en exploration de type "Indiana Jones" : des rhododendrons aux chênes-verts au-dessus de 3500m (ça c'est cool...), on entre juste après dans l'Enfer vert des bambous et des calumets, un peu envahissants mais bien utiles pour sécuriser quelques descentes pentues et glissantes (à l'exception des vieux bambous, peu recommandables car cassants comme du verre...). Mais la "cerise sur le gâteau" ce sera pour après le bivouac improvisé à mi-pente au pied de la seule falaise (heureusement qu'il ne faisait pas froid...), bivouac sans eau, donc sans manger, conditionné par la nuit tombante (ici, à 17h il fait jour, à 17h20 c'est nuit noire...). Nous avions estimé que la descente des 1200m de dénivelée nous prendrait en gros 1h30 et que nous n'en étions qu'au 1/3 ! Le lendemain, nous voici empétrés dans des amas de ronces qui s'accrochent à tout ce qu'elles trouvent et surtout griffent tout ce qui n'est pas protégé : on sortira de cette épreuve 2h30 plus tard avec des stigmates bien marquées sur les avant-bras. Et heureusement que Dal Bahadur nous avait ouvert le chemin à l'aide de son khukuri-machette ! Mais on était content quand même car on avait tous en tête : "ça y est on a passé le plus dur, il ne reste plus qu'à traverser la rivière et remonter le coteau en face, on passe le Ngotung La et demain soir on est à Lukla..." La Lumding khola, c'est une grosse rivière qui concentre la fonte de nombreux glaciers du massif du Kwonde, du Karyolung et du Numbur, rien que ça ! Le courant peut y être très important. Heureusement qu'à l'endroit choisi pour traverser on se trouvait dans une zone de gros éboulis. Il ne restait plus qu'à construire un pont (ah oui, celui indiqué sur la carte n'existe plus depuis longtemps, voire même qu'il n'a peut-être jamais existé...). Voici la manière de construire un pont en se servant des madriers charriés par la rivière :

Comment construire un pont pour traverser la Lumding khola  Comment construire un pont pour traverser la Lumding khola  Comment construire un pont pour traverser la Lumding khola  Comment construire un pont pour traverser la Lumding khola  Comment construire un pont pour traverser la Lumding khola  Comment construire un pont pour traverser la Lumding khola  Comment construire un pont pour traverser la Lumding khola

Une fois de l'autre côté, on se pose pour un vrai camp et se restaurer. Après le repas, les porteurs décident d'aller apprécier la viabilité du chemin, histoire de ne pas avoir la même surprise en montée que pour la descente, ou du moins d'y être préparé psychologiquement... Après 300m de grimpette sur un bon sentier (on voit que les habitants des villages de la RD de la Dudh kosi viennent ici chercher du bois...), ils s'en viennent buter sur un éboulement d'une trentaine de mètres de large mais surtout qui s'est déclenché dans une pente à 70°. Impossible de le traverser, impossible non plus de le contourner, par le haut ou par le bas... Tout un pan de la montagne s'est effondré, au printemps dernier tant cela paraît frais. L'idée de débarquer demain à Lukla est plus que compromis... Gros coup au moral pour toute l'équipe ! Tout le monde sait qu'il n'y a pas d'autre échappatoire et surtout qu'il va falloir refaire en sens inverse le "chemin" suivi hier. Retour au camp avec le moral dans les chaussures et pendant la nuit des rêves de film d'Indiana Jones. Le lendemain, la remontée nous prendra 5 heures de temps sur un sentier démaquisé a minima mais les ronces, ça doit repousser pendant la nuit... Le khukuri a encore été de sortie. On devra rebrousser chemin jusqu'au col des chortens après la kharka de Luza avant d'en profiter pour découvrir la crête de Kamo et la descente jusqu'à Tragsindo. A l'"échangeur autoroutier", celui de la Route de l'Everest..., je laisserai le staff retourner sur Kathmandou à l'exception d'un porteur, Chamar, celui qui porte les madriers sur les photos au-dessus, et nous rejoindrons ensemble Lukla en deux longues journées de marche.

Sur la carte ci-dessous, le tracé rouge correspond au projet initial, le bleu en pointillé l'extension souhaitée vers le camp de base du Kwonde alors que le jaune représente le circuit effectué. On n'est pas loin, non ? C'est juste la fin qui "déraille"... mais bon, je suis encore en vie pour vous la conter !

Carte de aa route des kharkas

En tout cas, un immense merci, les gars, pour le travail que vous avez accompli dans des conditions pas si faciles que ça ! Que ce soient les porteurs, les kitchen-boys, le cook ou le sirdar, ils ont répondu présent à tout instant. A leur demande (c'est pas si souvent qu'ils ont l'occasion d'accompagner un bideshi qui peut parler avec eux...), ils ont déjà réservé leur place pour  m'assister dans mes prochains treks. C'est donc cette équipe-là que je vais retrouver au printemps prochain sur les Balcons de l'Annapurna et sur le Grand tour du Mustang. Si vous souhaitez les connaître d'un peu plus près, n'hésitez pas à m'accompagner sur place ! Je vous attends... En attendant, pour vous faire saliver, j'ai mis en ligne le topo de La Route des kharkas. Un véritable programme de trek bien dans la lignée "hors des sentiers battus", non ?

L'équipe A.R.T au Gyajo La

Au lieu des 4 jours de repos escomptés avant de m'atteler au dernier trek de l'année, Du Mera peak à l'Everest, un programme typé trek-expédition proposé par l'agence Atalante et auquel je m'étais inscrit, je ne disposerai finalement que d'une nuit de repos... On est le 15 novembre, c'est la fin de l'après-midi et mes camarades de randonnée, Pierre et Rémi, arrivent demain à l'aube par avion. Et le départ vers Chutanga est prévu dans la foulée...La suite de l'histoire dans un nouveau billet de blog. A suivre...

Traversée du Haut-Dolpo (automne 2014)

Trek d'exception prévu du 12 septembre au 7 novembre 2014 mais
REPORTE SANS DATE PRECISE

PAR MANQUE DE CANDIDATS

Cet automne 2014, à la suite du trek découverte « hors des sentiers battus » de 2013 que j’avais appelé la Kora du Dhaulagiri et où il n’avait pas été possible de randonner dans le Haut-Dolpo du fait des conditions météorologiques autant déplorables qu’inhabituelles, me voici à proposer une traversée de cette région. Partant de Jumla, village que l’on peut plus aisément que Juphal rejoindre par avion, et se terminant à Jomosom à la porte du Mustang, l’itinéraire que je propose suivra au plus près la frontière népalo-tibétaine : il se dirigera en premier vers le lac Rara puis s’orientera plein E pour atteindre le nord du Haut-Dolpo avant de redescendre au S vers Shey gompa et le lac Phoksundo. Ensuite, toujours vers l’E, il rejoindra Dho Tarap puis Charka Bhot, deux villages emblématiques de la région. Puis ce sera cap au S pour aller explorer l’exceptionnelle vallée de Mukot au pied des faces nord du Dhaulagiri himal pour atteindre Sangtha et le Mustang par le Tuche La. Pour les gens motivés, j’ai prévu de remonter la Hidden valley (une vallée dont Paulo Grobel nous a offert le trousseau de clefs sur son site) jusqu’au camp de base du Dhaulagiri avant de redescendre sur Marpha et Jomosom. Les autres, depuis Sangtha et en deux jours de marche, pourront rentrer tranquillement par le chemin des caravanes, un sentier beaucoup moins problématique et engagé que le précédent...

Il y aura donc trois possibilités de se joindre au projet :
- Option 1 : Jumla – Rara - Bhijer – Shey gompa – Ringmo - Dho Tarap - Chharka Bhot – Mukot – Dhaulagiri BC - Mustang de 47 jours de marche.
- Option 2 : Jumla – Rara – Bhijer – Shey gompa - Ringmo de 24 jours de marche.
- Option 3 : Ringmo – Dho Tarap - Chharka Bhot – Mukot – Dhaulagiri BC - Mustang de 24 jours de marche.

Ci-dessous une représentation géographique de la région où se déroulera le trek présentant un tracé (très) approximatif :

Vous voulez vous joindre au groupe qui va réaliser ce trek d'exception ?

Téléchargez le document d'informations pratiques ici : Traversée du Haut-Dolpo - v1 Traversée du Haut-Dolpo - v1

La Kora du Dhaulagiri

Je suis revenu depuis deux semaines et je ne suis pas encore totalement sorti de mon état second, celui qui m’empêche de totalement me passionner pour la politique, les faits divers, le championnat de foot ou de rugby, les fêtes de Noël qui approchent... bref, tout ce qu’un gars normalement constitué (bon, d’accord pour le foot, ce n’est pas une obligation...) est sensé s’intéresser. Même ma deuxième année d’apprentissage du népali à l’INALCO démarre couci-couça après quasiment 4 mois d’immersion sur place. Je n’arrive pas à rentrer... Si je ne suis pas (vraiment) là, où suis-je donc ? Reprenons depuis le début. Après trois randos de printemps au Maroc tout au début de cette année 2013 avec mon compagnon berbère M’hamed, voilà t’il pas que je me lance, à peine la GTAM 5ème du nom achevée avec succès, dans une randonnée itinérante plutôt longue. L’année dernière, j’avais bien organisé celle des 5 cols de l’Annapurna sur 32 jours suivie d’un petit tour au Mustang pour assister au festival Tiji à Lo Monthang sur une dizaine de jours, mais là, pour 2013, je n’y allais pas « avec le dos de la cuiller », je me lançais pendant l’été dans un voyage pédestre de 47 jours, un Grand Tour du Ladakh, avec au programme le secret désir de découvrir cette région de manière un peu moins superficielle. J’en reviendrai comblé : le programme que j’avais concocté devait parcourir de larges espaces aux paysages exceptionnels et changeant tous les jours, suivre des canyons et traverser des plateaux, alterner vallées fertiles et minéral intégral. Eh bien, c’était cela ! Une bambée d’une cinquantaine de jours, et à la fin même pas fatigué... Et il faut le noter également, la qualité d’organisation de Sonam Dawa, le directeur de l’agence Adventure Travel Mark de Leh, nous n’avons pas eu à déplorer un bémol. Incroyable randonnée !

Mais ce n’était pas tout... La fin de l’année était prévue aller crescendo. Le programme d’automne au Népal promettait d’être lui aussi plutôt dense : une circumambulation avec comme barycentre l’immense chaîne de montagnes du Dhaulagiri qui s’étale du Tukuche à l’est à la Putha Hiu Chuli à l’ouest, il y avait de quoi se faire du souci quand même avec 60 jours de marche : là c’est Chhetup Tamang, directeur de l’agence népalaise Altitude Randonnée Trekking qui s’y colle en me proposant la meilleure équipe de porteurs, cuisiniers et accompagnateurs pour m'épauler dans ce trek « à tiroirs » pendant laquelle on pourra rencontrer de nombreuses embûches qu’il nous faudra contourner.

Au moment de la construction, on a pensé à beaucoup de choses, par exemple :

1) on ne met pas ses « œufs dans le même panier » : il y aura une équipe de porteurs (au fil des jours qui passaient, j’ai fini par les appeler, en népali, les thulo bhariya (strong porters) tant ils ont fait montre d’un professionnalisme exacerbé dans des conditions, comme on le verra un peu plus loin, que l’on a connues délicates...) complémentée par une caravane de mules : si les mules ont des difficultés sur le terrain, les porteurs eux passent partout, et inversement, quand le terrain est facile on peut décharger les porteurs pour charger les mules. On ne sait jamais...

2) on recrute une équipe de porteurs dans une région où le portage fait partie du quotidien des villageois, le Solu-Khumbu par exemple. Dans les régions que l’on allait traverser, tout le portage s’effectue à dos de mules, de chevaux ou de yacks. Aucune possibilité de pouvoir recruter sur place. Certes ils habitent loin du Dolpo, on leur finance les voyages aller et retour, on leur prête l’équipement et cela garantit trois choses : que les personnes qui vont nous accompagner sont rompus à cette tâche du portage, qu’ils connaissent le monde de la haute montagne et ses conditions climatiques rigoureuses, et comme ils sont « délocalisés » ils n’auront pas la tentation de quitter le groupe en pleine pampa...

         

3) on prévoit deux passages dans la région de Dunaï et Juphal car c’est le seul endroit où l’on peut se ravitailler en quantité dans cette région, ailleurs c’est impossible car les villageois vivent en auto-suffisance et les 30kg de pommes de terre ou l’orge qu’ils pourraient nous vendre viendraient à leur manquer pendant l’hiver.

4) on a décidé de réaliser cette randonnée à la saison idoine, le début de l’automne : en démarrant de Beni, les pluies de mousson seront calmées et la nébulosité en train de repartir vers le sud-est asiatique (ça, cela s’est avéré vrai... il n’a que très peu plu sur Dhorpatan sur la deuxième quinzaine de septembre). Après on se dit qu’au Dolpo on y arrivera à la saison sèche et encore chaude, le mois d’octobre, permettant de se balader même dans le nord en gardant des températures agréables et sans craindre les chutes de neige qui pourraient bloquer les cols. Et puis pour traverser vers le Mustang, il ne fera pas trop froid, enfin juste un peu mais sans plus...

         

5) et pour qu’un maximum de personnes puisse se joindre à cette expédition, on a prévu un circuit qui passe et repasse par Juphal, l’altiport du Dolpo. Donc les 5 randonneurs qui ont postulé pour la « totale » retrouveront les 5 autres au tiers du parcours à Dunaï, puis après le passage du Kagmara La l’un(e) d’entre eux  quittera le groupe et rejoindra Juphal, les autres pourvuivant vers le nord traverser le haut-Dolpo. Au retour du haut-Dolpo, on a prévu de revenir à Dunaï où les 2 qui ont « choisi » de ne faire que le tour du haut-Dolpo nous quitteront et reprendront l’avion vers Kathmandou via Nepalganj. Les autres, eux, remonteront vers Chharka Bhot, franchiront un col au pied de l’Araniko Chuli pour passer au Mustang par la route du nord, le long de la frontière tibétaine, avant de rejoindre Lo Monthang puis quelques jours après atteindre Jomosom et son altiport.

6) cette année, comme l’année dernière d’ailleurs, j’aurai à disposition un téléphone satellite. Mais cette fois-ci, je l’emmène avec moi dans le sac à dos de la journée. On ne sait jamais... Et puis, à l’autre bout de la chaîne, il faut un correspondant au niveau de ce que l’on appellera le « camp de base » à Kathmandou et Chhetup, ce rôle, il l’a vraiment joué à la perfection. Je considère que la réussite de ce projet est autant conditionnée par la présence d’une équipe de qualité à mes côtés sur le terrain qu’à distance pour gérer nombre de problématiques auxquelles on ne pense pas : l’obtention des permis d’expédition, les backchichs de tous ordres, le choix des équipes, un répertoire téléphonique dans lequel on y trouve les numéros des personnes dont on aura un jour besoin et à qui on rendra la pareille à notre tour, l’organisation des déplacements terrestres ou aériens, les « coudes à coudes » qui font qu’un groupe se retrouve en tête de liste pour un départ alors qu’il était en dernière position quelques minutes auparavant...,

Confiants dans notre organisation pour ce trek, nous voici donc partis ! Oui, oui, on avait bien pensé à tout, ou presque... :

1) des porteurs et des mules : ce point nous a permis de pallier la défection inopinée du premier muletier qui a décidé d’arrêter, bien entendu alors que l’on était déjà sur le chemin, laissant les bagages en plan à Hurikot. Ce jour-là, les porteurs ont fait double journée en redescendant les chercher après avoir monté leurs charges auparavant... et permettant de monter un camp en haut et pour le sirdar, en bas, d’avoir le temps de chercher un autre muletier qui voudrait bien s’y coller.

          

2) sur la compétence des porteurs (et du reste de l’équipe) : nous avons eu totalement raison puisque le travail réalisé par nos thulo bhariya a été d’un niveau exceptionnel, une abnégation de tous les instants même dans les conditions très difficiles qui ont été celles dans lesquelles on a dû évoluer... J’associe également l’équipe de cuisine au même satisfecit : ils portent et au camp ils changent de métier et se mettent en ordre de marche pour préparer les repas ! En gros, 16 heures de travail par jour...

         

3) côté ravitaillement, « Papa » Chandra Raï (c’est le père du sirdar Chandra qui officiait aux fourneaux), il a disparu pendant 2 jours et 3 nuits entre Dunaï et Chaurikot mais il a organisé pendant cette période toute l’intendance pour les 45 jours qu’il restait à marcher. Un pro, quoi !

4) et malheureusement 5) et la nécessité de disposer du point 6)... les délires de la météo, ses conséquences sur le jour par jour et de l’utilité d’un téléphone satellite là où le mobile pourrait avoir une utilité s’il y avait des antennes : c’était trop beau jusqu’à présent, tout avait marché comme sur des roulettes. Si le temps avait été relativement clément lors de la traversée de la réserve de chasse de Dhorpatan avec quelques ondées d’après-midi et par ci par là un orage, normal pour le district du Rukum aux paysages de végétation primaire (l’humidité doit y être pour quelque chose non... ?), on espérait chaque jour entrer dans le Dolpo pour enfin sentir le soleil réchauffer nos vieux os. C’était  devenu une litanie (que j’alimentais chaque jour d’ailleurs...) « Au Dolpo, vous verrez, il fait toujours beau »... Effectivement, la journée de descente du Jang La jusqu’à Dunaï nous a fait oublier l’humidité omniprésente des jours précédents. Dans la deuxième partie de la descente, il faisait beau et le soleil nous dardait de ses rayons.

A Dunaï, après un début d’après-midi prometteur petite ondée d’après-midi et puis le lendemain quelques cirro-stratus dans un ciel bleu clair presque blanchâtre. C’est pas très bon ça... De plus, les autorités confirment que Juphal est fermé pour travaux un peu plus longtemps que ce qui était annoncé, jusqu’à... : il faut donc se déplacer vers Masinchaur où se trouve l’altiport de secours du Dolpo. Un jour et demi à marcher vers l’ouest pour récupérer nos 5 amis (Marie, Mireille, Luc, Martial et Pierre) mais rien de grave pour le planning car de toutes les manières il était prévu que le circuit passait non loin de là, ce n’était donc pas vraiment un détour... Le transfert pédestre s’effectue sous une couverture nuageuse de plus en plus présente, nuages qui disparaissent le soir avant de réapparaître le lendemain matin et nous immerger dans un épais brouillard. A Masinchaur, la biroute rouge et blanche bien qu’horizontale en raison d’un fort vent ne se voit pas beaucoup, cachée qu'elle est dans le brouillard.

          

Puis les nuages disparaissent aussi soudainement qu’ils étaient apparus pour laisser la place à un chaud soleil. Les officiels, rassurants, nous indiquent qu’il faut juste attendre que la piste du « champ de patates » sèche un peu. On est prêts à accueillir de pied ferme le premier avion en provenance de Nepalganj vers midi. Notre groupe est prévu sur le troisième de la journée. Croisons les doigts... L’avion se pointe bien profitant d’une fenêtre météo clémente, pose ses 9 passagers et repart fissa vers le sud. Le deuxième, déjà en route, n’arrivera jamais : la couche de nuages au-dessus des montagnes qui protègent le Dolpo au sud s’est densifiée et l’avion a fait demi-tour. Clap de fin pour le restant de la journée. On couche sur place, le lendemain c’est pluie fine toute la journée, il n’y aura plus d’avion avant longtemps. Longtemps ? Mais combien de temps ? Qui peut le dire... A l’aide du téléphone satellite (oh, que c’est utile dans ces cas-là...), j’informe Chhetup Tamang, mon « camp de base » à Kathmandou, que j’ai décidé de continuer le circuit avec les 4 personnes qui ont débuté à Beni (Justine, Bernard, Maxime et Michel). Nous partirons le lendemain avec une grande partie de l’équipe de porteurs et de cuisine en laissant juste sur place un assistant guide et un cuisinier. Ils attendront la caravane de mules qui doit venir de Juphal avec le gros du ravitaillement. Quand le groupe arrivera par les airs (demain ou au pire après-demain...), tous ensemble ils rejoindront directement le lac Phoksundo où nous ferons la jonction. Pendant ce temps, histoire de ne pas se morfondre dans ce coin paumé on s’en ira franchir le Balangra Lagna juste avant de repartir en montée passer le Kagmara La avec juste ce qu’il faut de bagages pour ne pas surcharger les porteurs. A Ringmo, pas d’inquiétude, dès que nous serons réunis, on partira plein nord vers le haut-Dolpo. On réduira un peu la longueur du circuit mais on ira bien au haut-Dolpo. Notre départ de Masinchaur s’effectue par une nouvelle journée pluvieuse qui nous voit marcher (ou plutôt glisser...) en forêt sur des sentiers boueux à l’extrême. On ne va pas très loin tant la météo est excécrable. Dagin, c’est le village qui est situé dans le creux de la vallée au-dessus duquel il y a... Masinchaur. Il pleut continuellement. Les tentes n’arrivent plus à garantir l’étancheité tant les toiles sont saturées... C’est ce jour-ci que l’on décidera, Chhetup et moi, sur proposition du groupe en attente depuis 4 jours à Nepalganj, de changer d’aéroport de destination, de laisser tomber l’altiport du Dolpo et de tenter de dérouter le groupe sur Jumla, un altiport un peu plus permissif par temps pluvieux.

Certes, si cela fonctionne on sera tous réunis (enfin...) mais le circuit dans le haut-Dolpo commence à avoir du plomb dans l’aile puisque pour faire la jonction entre les deux groupes, il est nécessaire de nous déporter encore plus à l’ouest avant de revenir vers l’est. Le nombre de jours de trek dont Marie et Martial vont disposer pour être de retour à Dunaï se consume à vitesse grand V et se réduit de jour en jour à peau de chagrin. Pour le reste du groupe qui va poursuivre vers le Mustang, pas d’inquiétude, il reste encore beaucoup beaucoup de temps... Autre facteur à prendre en compte pour Marie et Martial : si Juphal ne rouvre pas, il va falloir qu’ils retournent à Masinchaur, soit deux jours de moins sur leur trek... A partir de ce moment, le haut-Dolpo n’est plus envisageable et je recompose pour la suite un itinéraire qui traversera seulement les cols du bas-Dolpo pour revenir à Dunaï en temps et en heure. Enfin une bonne nouvelle dans la grisaille et l’humidité, les 5 vont pouvoir quitter Nepalganj le lendemain (ils piaffaient d’impatience) et nous décidons de nous retrouver au sommet du Maure Lagna qui sépare le Dolpo du pays de Jumla.

Effectivement et toujours sous la pluie, deux jours plus tard, nous nous retrouvons au Maure Lagna avant de passer enfin notre première nuit ensemble (et au sec...). Au matin, grand beau temps. Ça y est ! Il fait beau sur le Dolpo... Un moment de tristesse avec le départ de Justine qui nous quitte pour rejoindre Jumla dans un premier temps, Nepalganj dans un deuxième et sortir du Népal par voie pédestre pour poursuivre par une quinzaine du côté de Benarès. On s’était bien habitués à vivre ensemble mais bon, on se retrouvera bien un de ces jours lors d’une nouvelle randonnée... On franchit dans une éclatante lumière le Bharbhare Lagna avec des paysages d’une rare beauté et des montagnes « repeintes » en blanc tout frais.

Puis on descend sur Hurikot alors que notre muletier nous quitte comme un « voleur »... Chandra à la peine nous dégotte  un nouveau muletier prêt à en découdre avec notre itinéraire mais surtout avec une ou deux mules très vindicatives et rebelles lors des chargements et déchargements si bien qu’il faut que Bhim, un de nos deux assistants guides leur morde l’oreille jusqu’au sang alors que le (nouveau) muletier par des manœuvres osées tente d’attacher les sacs sur le bât.

La météo repart au mauvais, voire au pire, alors que l’on est posé au camp de base du Kagmara La. Impossible d’engager le groupe sous une telle pluie. On passera la journée à jouer aux cartes, à lire et à goûter... Le lendemain, le soleil semble faire son apparition et nous franchissons le col avec beaucoup de vent mais dans des conditions correctes. La descente du vallon jusqu’à Sumdo révèle de magnifiques paysages de campagne au pied du massif du Kanjelarwa. Puis le temps se dégrade à nouveau alors que l’on doit monter rendre une visite au lac de Phoksundo, lac dont on appréciera malgré tout les couleurs sous une épaisse couche de nuages. Mais même dans ces conditions-là, le site est mythique et il fait bon s’y poser un moment. Pour les jours qui suivent, j’ai décidé de partir plein est vers Do Tarap en franchissant deux cols « tranquilles » le Baga La et le Numa La. Mais la pluie froide ne s’arrête pas et, alors que l’on vient d’arriver au camp de base du premier col, le groupe qui en descend ne nous conseille pas de le passer. Et quand bien même on y arriverait avec la neige (il faut aussi penser aux mules qui ne sont pas expertes de la marche sur un sentier enneigé) il faut penser que l’on va se trouver le lendemain soir pile poil entre deux cols, le Baga La et le Numa La, enfermés sans autre possibilité de s’échapper en cas de précipitation abondante que de revenir en arrière repasser le Baga La à 5100m ou avancer vers Do et passer le Numa La à 5300m... Je préfère ne pas prendre le moindre risque et le groupe redescend vers Dunaï et on suivra la vallée de la Phoksundo khola sous la pluie pendant 3 jours (ou 3 nuits, je ne sais plus, tant il pouvait faire sombre...).

Dunaï ! Après des adieux frustrants car leur trek est raté à 80%, Marie et Martial montent en jeep à Juphal pour passer la nuit dans un lodge où ils s’aperçoivent que 28 personnes sont en attente d’un hypothétique avion depuis plusieurs jours et que le départ du lendemain, c’est pas gagné... Gros coup de blues le soir quand la pluie se remet à tomber de manière plutôt drue. Ça craint pour demain... Et le lendemain il fait beau ! Il a plu toute la nuit mais ce matin il règne un franc soleil, du ciel bleu et pas un nuage. Heureux présage, mais de courte durée : le premier avion se pointe vers midi passe en phase d’atterrissage et larde la piste toute nouvelle de deux trainées bien profondes. Las ! La piste n’était pas assez sèche et il vient de détruire le travail des 3 derniers mois... Le rouleau compresseur essaie bien d’aplanir mais ce n’est pas top. Il y a fort à douter qu’aucun pilote ne souhaitera poser sa machine sur ce désormais nouveau « champ de patates ». Marie et Martial se doutant bien que le problème ne va pas se résoudre à l’instant téléphonent à Chhetup pour qu’il leur propose une solution héliportée. Depuis Kathmandou, il se débrouillera de la meilleure des manières en leur trouvant cet oiseau rare à un prix défiant toute concurrence. Sur place, Marie et Martial ont trouvé trois clients prêts à les accompagner pour partager les US$5000 qui leur permettra de gagner la capitale népalaise en 1h30 de vol. Deux heures plus tard, le frêle oiseau rouge se pose et embarque ses voyageurs. Sauvés !

Quant au groupe de 7 « touristes » qui poursuivent leur avancée vers le Mustang (Mireille, Bernard, Luc, Maxime, Michel, Pierre et Pierre), tout va pour le mieux : il fait beau, même très beau et la vallée de la Thuli Bheri khola qui permet de rejoindre Tarakot est vraiment superbe à remonter. Au camp, on retrouve même le ravitaillement préparé par « Papa » et que des mules ont acheminé quelques jours auparavant. On a repris le fil conducteur du programme avec quelques jours d’avance sur le planning, ce qui permet d’envisager un parcours un peu plus étoffé que prévu lors de la descente de Lo à Jomosom. Pendant une dizaine de jours on va longer les faces nord de la chaîne du Dhaulagiri, nous engager dans la vallée de Kagkot puis de Mukot, franchir un des cols disposant d’un des plus beaux panoramas du Népal, le Mu La à 5700m.

Puis on rejoint par le sentier des caravanes Tibet - Mustang le village de Chharka Bhot. Ensuite, cap à l’est pour franchir le Col des Lacs au pied de l’Araniko Chuli et connaître la rigueur des nuits passées en altitude entourés de dizaines d’hectares de glaciers... Les vallées découvertes par Paulo Grobel dans ses précédents voyages sont réellement superbes et méritent VRAIMENT le déplacement. Ces lacs d’un bleu profond plantés au beau milieu d’un minéral intégral, ce sont des paysages que l’on ne peut pas oublier. Et si on ajoute les horizons composés de montagnes glaciaires, on se dit que l’on est pas loin de la beauté suprême, celle que Mère Nature nous a gratifiée, pour nous tous seuls...

Puis ce sera la « descente » vers Lo Monthang (« descente » car il reste un col très sauvage à surmonter, le Kekyap La à 5600m, avant de rejoindre la capitale du Mustang...) . A Lo, après les 50 jours de marche qu’ils ont effectués, les porteurs souhaitent nous quitter pour rentrer dans leur lointain village. Nous recherchons une solution alternative et demandons les services d’un muletier local. Celui-ci résidant sur Jomosom, c’est l’autre bout de la Terre..., il lui faut trois jours pour nous rejoindre. Grâce à la bonne connaissance des sentiers du Mustang, je pourrai conduire le groupe pour une découverte du district de Chhoser (cette fois-ci à dos de cheval), puis le lendemain avec Pura Sangma Partchya de Bharcha nous monterons jusqu’à Konchok Ling. De retour à Lo, les mules étant arrivées nous pourrons partir vers l’est explorer quelques nouveaux sentiers et entre autres la liaison par les gorges entre Lo et Chudzong gompa via Makhchung, un must de la région avec cette remontée de canyons aux couleurs irisées d’où sortent des parois nombre de sources ferrugineuses. Un double bonheur de retrouver 2 ans après sa découverte lors du trek initiatique Mustang secret le site de Chudzong gompa : double parce que premièrement c’est beau, mais assurément pour une deuxième raison, c’est que du fait que l’intendance s’était trompée de chemin (je pense que le nombre de guides népalais qui savent lire une carte et se repérer sur le terrain doit tenir sur les doigts d’une seule main...) et que nous nous sommes repliés sur la gompa troglodyte, très accueillante, avec sa pièce annexe fermée par une porte et dans laquelle on peut faire un bon feu avec le bois sec qu’ont laissés des gens de passage. Grand merci à eux ! Nous avons passé un excellent moment au chaud en attendant que notre caravane arrive sur le site... Le lendemain, lors de la liaison vers Amaka, nous avons connu une tempête de neige qui a duré l’après-midi et une grande partie de la nuit, laissant au sol une couche de neige d’une dizaine de centimètres qui nous a permis de régaler les photographes avec de splendides clichés bien peu habituels.

Une petite incartade vers Luri puis Yara avant de repasser rive droite de la Kali Gandaki pour aller explorer les plateaux au sud de Tsarang et découvrir une nouvelle « route » rejoignant une crête dominant les falaises de Dhakmar sous un angle bien peu habituel lui aussi. C’est ça le « trekking hors des sentiers battus »... Puis c’est Ghemi et Ghilling avant de repasser rive gauche en suivant l’unique « route » de galets qui remonte le canyon de la Kali Gandaki et rejoindre Tangge. Pas forcément une partie de plaisir tant la « fille du Mustang » était ce jour-là rebelle et qu’elle nous a gratifié à la fois d’une eau froide, d’un débit plutôt musclé et que le vent s’est invité à la fête pour rendre cette petite étape tranquille un exercice de haute voltige très fatigant. De Tangge et son célèbre mur de manis, il me restait à relever les passages du début du sentier du Teri La jusqu’à Kog : c’est la portion qu’il me restait à découvrir après le trek du printemps 2012 celui des 5 cols de l’Annapurna où je m’étais arrêté au pied du vieux village de Kog. C’est quelque chose quand même, et surtout la partie terminale de l’étape qui désescalade, depuis le rebord d’un plateau herbeux, un coteau détritique en zigzags serrés sur un sentier délité. Prudence, prudence ! Et pour l’avant-dernier jour, Chandra a joué au « zazou » et s’est fait une belle foulure à la cheville. Décision a été prise de rentrer au plus tôt et de squizzer la dernière journée qui devait s’en aller explorer le deuxième sentier situé dans le vallon de la Yak khola et qui conduit à Muktinath. Ce sera pour une autre fois, de toutes les manières, la neige tombée 4 jours auparavant étant restée sur les coteaux nord et elle encombrait le chemin, nous n’aurions de toutes les manières pas pu nous y engager avec des mules. Alors... On a sagement pris l’orientation de rejoindre le sentier « touristique » Tangge – Chhusang qui suit la crête de la Siyarko Tangk danda et nous avons terminé une longue, très longue journée puisque achevée à la nuit tombée, voire même déjà bien entâmée, après plus de 9 heures de marche, en glissant les pieds sous la table du lodge et commandant bière sur bière au tenancier. Maintenant on pouvait se lâcher, on rentrait en voiture sur Jomosom...

Pour terminer ce long billet (mais il y en a des choses à raconter en 60 jours de randonnée...), il me reste à remercier les personnes qui m’ont fait confiance sur cet itinéraire d’exception « à tiroirs » quand même un peu perturbé. Soyons galant : place aux « filles » avec Mireille, Justine et Marie, puis aux gars, du plus vieux au plus jeune, de Bernard à Maxime en passant par Pierre, Michel, Luc et Martial.

         

Et puis un coucou à Paulo (Grobel) que je tiens plus particulièrement à remercier (encore une fois...) pour m’avoir permis d’effectuer le circuit que j’avais composé avec les « billes » nécessaires pour que je puisse engager en toute sécurité l’équipe de porteurs, les muletiers et toutes les personnes qui m'avaient fait confiance pour les guider sur ce circuit, et plus particulièrement sur la partie de Dunaï à Lo Monthang, quasiment vierge touristiquement parlant... Grâce à ce qu’il avait posté en ligne et les informations qu’il m’avait données la dernière fois que l’on s’était rencontrés, j’ai pu aisément décrypter le paysage et cela m’a évité de tâtonner alors que j’avançais. Cela m’a également aidé à recomposer l’itinéraire au moment où la météo capricieuse a fait que ce trek devenait un peu moins pépère... 

Vous trouverez ici, découpé en trois circuits, le topo de la totalité de la « Kora du Dhaulagiri ». En complément à la description de cette circumambulation, j’ai aussi rédigé le topo du petit tour campagnard d’attente du bas Dolpo .

Et pour terminer, plus particulièrement à destination de ceux qui m'ont accompagné (et supporté...) pendant ces 25 ou 60 jours, j'ai collecté dans ce petit diaporama quelques uns des moments de la vie du groupe capturés à la volée. Bien heureusement, on s'aperçoit quand même que de francs sourires s'esquissent sur les visages même si la fête n'a pas été pour tous les participants (je pense à Marie et Martial) aussi belle qu'elle eût dû être...

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Voyages d'exception au Dolpo

- Mise à jour du bulletin de blog au 8 septembre 2013 -

Inscriptions closes

Cet automne 2013, à la suite des treks découverte « hors des sentiers battus » en 2010 Du Mustang à Phu, en 2011 Mustang secret et en 2012 Les 5 cols de l’Annapurna et Mustang, canyons et grottes sacrées, il ne reste plus que la partie NW du Mustang qui me reste totalement inconnue (je parle au niveau du périmètre de la randonnée car côté montagne tout est quasiment à faire, n’est-ce pas Paulo ?…). Comme elle jouxte les territoires du Dolpo que je ne connais absolument pas, un trek qui traverserait ces deux régions pourrait « avoir de la gueule »… Mais comment construire un périple qui allierait découvertes du Dolpo et de l’ouest du Mustang dans la foulée ? Y a-t-il des personnes qui ont déjà accompli tout ou partie de cette traversée ? Quand on a ce genre de problématique il n’y a vraiment qu’une adresse sur le web et voici ce qu’on y déniche : Paulo Grobel en 2009 était parti de Jomosom et avait rejoint Charkka Bhot avant d’entamer la traversée vers Lo Monthang. Une autre fois il avait traversé le Lower-Dolpo et s’était échappé vers Jomosom via Sangda et avait permis de nous faire découvrir la vallée de Mukot située au pied des faces nord des montagnes glacées du Dhaulagiri himal. Ces deux treks laissaient tout de même de côté le High-Dolpo…

Ce qui est génial avec Paulo c’est que ses topos sont illustrés de nombreuses photos commentées et annotées de sa main. On dispose donc d’une base solide sur les endroits qu’il a explorés. En déployant la carte du coin on s’aperçoit rapidement que ses deux itinéraires se « côtoient » à un grand jour de marche près au niveau de la vallée de la Thasan khola. Ça donnerait presque des idées… Chez moi, il ne faut pas très longtemps pour que les idées passent du végétatif à la germination pour faire éclore une fleur d’automne : je combine les deux circuits pour créer un trek partant de Juphal et qui se terminerait à Lo en passant par Mukot. Bien séduisant n’est-il pas mais cette fois-ci c’est à mon tour de laisser le High-Dolpo de côté. Non ! Je ne peux pas décemment (me) faire cela…

L’ambition de découverte.

Reprenons la carte : si pendant que je suis dans le coin, j’aboutais à cette liaison Juphal – Mukot - Lo un tour du High-Dolpo d’une durée de 25 jours ? On suivrait un itinéraire quasi conventionnel avec des petits plus par rapport aux circuits conventionnels des agences, hé, hé… Cela ferait un Juphal – Shey Gompa – Saldang - Do Tarap – Mukot – Lo bien séduisant n’est-ce pas ? Quelques 45 jours de marche au cœur de paysages d’exception.

Imaginez un peu : l’arrivée dans le Dolpo par le Kagmara La face au Kanjeraluwa sur le lac de Phoksumdo puis la remontée plein nord jusqu’à Yangster gompa pour explorer la partie centrale du High-Dolpo avant de revenir dans la vallée de la Thuli Bheri Nadi via Saldang et surtout Do Tarap. Ce serait une bien belle première partie de circuit d’une vingtaine de jours de marche explorant en profondeur ces vallées minérales. A l’occasion de notre passage, on découvrirait outre les paysages la vie qui règne ici haut en traversant quelques minuscules villages et en rendant visite à des monastères de religion bön, le fondement du bouddhisme. De retour à la « civilisation » au niveau de Tarakot, on s’engagerait dans les vallées fluviales de la Mukot khola puis de la Thasan khola jusqu’à Chharka Bhot. On retrouverait alors à cet endroit le chemin vers le Mustang qui en direction du nord-est s’en va buter sur la frontière tibétaine au pied de l’Araniko Chuli. On pourrait même en profiter  pour se poser deux jours à un camp de base situé à 5800m au pied des sommets de l’Araniko Chuli et de l’Anije Chuli que nous tenterions de vaincre : le premier c’est « fingers in the nose »…, la tentative sur le second dépendant grandement des conditions de neige et glace (et puis aussi de la météo tout court !). Enfin, à peine 3 jours plus tard, on retrouverait la « civilisation » à Lo Monthang (et le plaisir d’une douche chaude dans un lodge…). Ne resteraient plus que les cinq jours de marche pas rébarbatifs du tout, je peux vous l’affirmer…, au milieu des paysages d’exception du Mustang, juste avant de s’immerger dans le chaos indescriptible de l’urbanisation à outrance de Jomosom. De là retour sur Katmandou via Pokhara… Ouf !

Et si on voyageait à l’ancienne... ?

Au fait, comment fait-on pour atteindre Juphal depuis le dernier mètre de goudron à Beni, un village du piémont de l’Annapurna situé à 3 heures de route de Pokhara ? Eh bien comme cela :
- le plus commode : en avion depuis Katmandou jusqu’à Nepalganj via Pokhara le premier jour puis le saut de puce vers Juphal le lendemain.
- le plus sympa si on a le temps : à pieds bien évidemment. On longe le versant sud du Dhaulagiri himal avant d’obliquer vers le nord pour aller traverser la réserve de chasse de Dhorpatan et atteindre en une douzaine de jours Juphal aux confins du Dolpo. C’est d’ailleurs le chemin que devront emprunter les porteurs pour se rendre au rendez-vous du trek High Dolpo – Mustang. Alors, pourquoi ne pas les accompagner ?

Entre campagne et forêts avec de splendides panorama sur le Dhaulagiri, la région peu parcourue par les groupes de touristes mérite une visite. On suivra ainsi les traces de Peter Matthiessen lors de sa quête du léopard des neiges (qui était plutôt l’objet d’une introspection personnelle). Une « cerise sur le gâteau » qui ressemble à s’y méprendre à une période d’acclimatation en douceur d’une durée de 13 jours en prélude aux 45 jours qui suivent d’une toute autre ampleur...

Eh bien, voilà qui est dit, ma traversée Dolpo – Mustang commencera de Beni et finira à Jomosom. Afin que « je me sente moins seul », j’ouvre ce périple en permettant à des personnes motivées et habituées de ce genre de trekking engagé à m’accompagner.

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Grand Tour du Ladakh été 2013

Allez hop ! C'est parti pour le Grand Tour de la Zanskar range au Ladakh. L'itinéraire est défini. Il repose sur les connaissances des zanskarpa parce que côté guides de randonnée, il n'y a pas pléthore d'informations... Bon ! C'est pas grave car, au retour de ce trek d'exception en pays ladakhi, apparaîtra sur le site le topo intégral du circuit (le voir apparaître sera le gage de la réussite de l'expédition...).

47 jours de marche entre le 21 juin (départ de France) et le 18 août 2013 (retour en France) sont nécessaires pour effectuer le tour de cette chaîne de montagnes qui barre d'W en E la région autonome du Ladakh (J&K – Inde). Vous choisissez le parcours sur lequel vous souhaitez vous engager, total ou morcelé, selon que vous vous sentez apte à parcourir la totalité (ou non) ou tout simplement que vous ne disposez pas du temps nécessaire à l’accomplissement de la boucle en entier.

Ce trek au long cours s’adresse à des randonneurs expérimentés qui ont déjà marché plusieurs jours de suite à des altitudes similaires avec une amplitude horaire de 4 à 6h (exceptionnellement 8h lors du passage de quelques cols). Il permet de parcourir les paysages contrastés du Ladakh entre vallées agraires, gorges profondes creusées par d’impétueuses rivières, hauts cols (entre 4800 et 5700m), plateaux colonisés par les nomades (Kharnag, Nyimaling) et les chaînes de montagnes aux cimes enneigées. Notre caravane traversera de nombreux villages où il sera possible d’aller à la rencontre de ce peuple ladakhi. Il est aussi prévu de visiter quelques lieux culturels comme des monastères perdus au fin fond de la montagne. Une expédition bien dans la lignée des treks hors des sentiers battus…

Pour vous donner envie, n’hésitez pas à consulter les topos de randonnées des années précédentes et, quand ils sont disponibles, les diaporamas :

- la Grande Traversée du Zanskar, avec des paysages de vallées glaciaires et des gorges profondes
- De la Nubra à la Markha, avec la remontée de trois grandes vallées fluviales pour atteindre des plateaux d’altitude,
- De Likir à Wanla, pour les paysages détritiques au milieu desquels se trouvent des oasis verdoyantes, lieux de vie avec des villages et des monastères,
- De Rumtse au Spiti et la traversée des hauts plateaux

Je m’appuie sur les services de l’agence Adventure Travel Mark de Leh dirigée par Sonam Dawa et qui m’a organisé précédemment les 3 derniers treks à l’été 2012. Les prix sont tirés au maximum du possible sans perte de qualité sur les prestations (Sonam me fait un réel prix d’ami).

Si le coeur (affectif et physique...) vous en dit, n'hésitez pas à vous joindre à cette caravane itinérante pour 12, 20, 30 ou 45 jours. On va partir à la découverte des multiples facettes de cette région montagneuse et aussi désert d'altitude aux paysages contrastés d'une beauté incroyable.

Vous pouvez télécharger le programme au format PDF ici : grand tour du ladakh v4.pdf grand tour du ladakh v4.pdf

Premier camp à Chorten Sumdo sous un ciel d'orage

Retour gagnant du Mustang...

Eh bien mes amis, pesons bien les mots, faisons bien attention à ne pas tomber dans l'excès, comment qualifier ce qui vient de se passer ? Il n'y a qu'un mot : ce fut GIGANTESQUE ! Nous l'avons faite et bien faite cette traversée le long de la frontière tibéto-népalaise du Mustang à la vallée de Naar-Phu dont je vous parlais à la mi-septembre.

A cette réussite, je tiens tout d'abord à complimenter l'organisatrice de cette expédition, Martine Marsigny de l'agence Allibert, qui a su mettre à notre disposition toute sa compétence acquise au fil des années à parcourir nombre de sentiers au Népal comme ailleurs... Dans sa tâche, elle a été idéalement épaulée par François, son mari. Le groupe de 8 "touristes" que nous étions a pu profiter de son expérience de guide de (très...) haute montagne. Un immense merci à tous les deux pour les précieux conseils qu'ils nous ont distillés ! A ces satisfecits, il faut y associer bien évidemment l'agence népalaise Thamserku et en priorité Khansa, notre omniprésent sirdar, et ses deux sherpas d'altitude, Ang Babu et Sang (dit Forrest...), qui se sont mis pleinement au service du groupe et se sont dépensés sans compter les heures et les efforts. L'équipe de cuisine a été en tout point remarquable côté support logistique (il faut bien alimenter la "machine" pour qu'elle avance...) et point notable, il n'y a eu pendant ces 26 jours aucun incident gastrique quelconque dans le groupe. Un seul bémol à ce panégyrique : les porteurs recrutés à Katmandu se sont révélés pour moitié d'entre eux un peu "tendres" (sauf du côté de l'ingestion de rakshi...) dès qu'il s'est agi d'attaquer la partie montagne de l'itinéraire. Seule exception : les 3 ou 4 jeunes étudiants népalais dont c'était leur premier trek et qui nous ont impressionné par la qualité de leur prestation même en très haute altitude. Un personnage incroyable a épaulé sans relâche son équipe de porteurs, le fameux Naiké (chef de l'équipe de plus de 20 porteurs) : il s'est constamment investi dans le portage (parfois en double charge...) lorsque qu'il fallait pallier une défaillance momentanée de l'un ou de l'autre de ses "ouailles". Il a donné à tous une grande leçon d'abnégation ! Et puis, la réussite d'un projet passe aussi par la tolérance, le respect de chacun et l'entraide : notre groupe de 8 "touristes" s'est constamment investi dans notre projet commun et a composé une équipe performante et solidaire avec le but affiché de la réussite de notre entreprise. Merci donc à mes compagnons de voyage : Florence (dite Laurence) et Alain, Dominique, Joseph, Jean-Michel, Pierrot et Bernard (dit Babar) pour ce grand moment d'humanité que nous avons vécu, tout là-bas, au fin fond d'un des nombreux TDC du Monde, mais si beau qu'on a déjà envie d'y retourner...

Pourtant cela n'a pas été facile tous les jours : si l'acclimatation dans le royaume du Mustang entre 3 et 4000m a été une formalité (dix jours à enchaîner les sites historiques à nuls autres pareils au Népal), cela a commencé à se corser lorsque nous commençâmes à nous diriger vers l'E pour rejoindre le camp de base avancé au pied du col du Saribung. Nous sommes passés par 3 cols à plus de 5200m avant de remonter pendant 2 jours une moraine himalayenne de roche et de glace et nous poser à 5700m, assurément dans un tiroir d'un congélateur professionnel... La seule 1/2 journée de mauvais temps que nous avions connue en début de séjour alors que nous arrivions à Lo Manthang et qui avait blanchi les collines alentours, s'est révélée funeste pour l'ascension du Saribung Peak qui culmine à 6328m : la marche dans une neige fraîche d'une quarantaine de centimètres d'épaisseur a été exténuante par la constante nécessité de faire la trace du camp de base avancé jusqu'au col à 6022m (un peu moins de 4 heures de galère...). Il n'était bien sûr plus question de tenter le sommet, recouvert lui aussi de ce manteau immaculé... Las, nous avons encouragé et aidé les porteurs à passer le col afin que cette aventure commune se conclue de la meilleure des manières, tous ensemble, tous ensemble, avant comme après...

Passage du col du Saribung à 6022m

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Ladakh, l'amertume...

Je n’ai pas pour habitude sur ce site de vous raconter ma vie. Je mets à votre disposition des topos de randonnées que j’ai construits et exécutés sur le terrain afin de vous proposer le meilleur niveau de détail et que vous puissiez randonner avec des informations les plus précises possibles. Tout le monde n’a pas la chance ou simplement le temps de pouvoir préparer avec autant de minutie ses vacances et sur le genre de destinations couvertes, il n’y a pas de place pour l’à peu près… Les topos vous apportent toutes « les billes » pour que vous puissiez monter vos propres itinéraires « hors des sentiers battus ». Le blog était jusqu’à ce jour uniquement utilisé comme lettre d’information : des nouveaux topos qui sortent, des diaporamas qui viennent illustrer des topos existants, le programme de randonnées à venir ou bien les bons plans que j’avais pu glaner sur le web, ou transmis par des amis, et que je voulais vous faire partager. Je vous avais donc annoncé dans un précédent billet de blog que Marie et moi avions décidé de partir cet été pour l’Inde du Nord. Paysages splendides, cols de haute altitude, air pur, il n’en fallait pas plus pour que nous rejoignions les nombreux trekkeurs de tous pays qui s’y rendent chaque été s’adonner à leur passion. Cette région a pour nom le Ladakh. Elle se situe dans la province du Jammu-Kashmir en Inde du Nord, coincée entre le Pakistan à l’W et la Chine (Province du Tibet) à l’E. La capitale s’appelle Leh. Même si le drame vécu au Pakistan a souvent monopolisé (à raison) les bulletins d’information pendant l’été, l’Inde du Nord ne doit pas vous être totalement inconnue côté faits divers. Rappelez-vous…

Revenons quelques mois en arrière : au printemps, Marie et moi cherchions donc une destination pour notre grand voyage de l’année, destination qui puisse concilier nos impératifs d’emplois du temps bien différents. Une chose était sûre : il lui serait impossible de se libérer comme à l’habitude soit en novembre pour le Népal soit en décembre pour la Réunion à cause du programme chargé de cours qu’elle suit à l’université. Comme les voyages c’est plus sympa à deux… je n’envisageais pas non plus de partir seul faire un trek techniquement « dans ses cordes ». Nous tombâmes d’accord que la seule période envisageable était le mois d’août et, pour randonner dans la chaîne de l’Himalaya, la destination du Ladakh s’imposait d’elle-même. Cette région désertique d’altitude présente des paysages désolés et se caractérise par un climat sec de juin à septembre, une particularité dans la chaîne de l’Himalaya à cette époque, puisque la mousson reste cantonnée sur la plaine indienne, bloquée qu’elle est par les premiers contreforts montagneux (il ne tombe que 100mm d’eau par an dans la région…). Marie avait déjà expérimenté cette destination en 1995 pour une randonnée du village d’Hémis au lac Tsomoriri. Elle en gardait un souvenir ému. Quant à moi, cette région m’était inconnue et, bien évidemment, je souhaitais ardemment la découvrir. Si fait ! Nous recherchons comme à notre habitude une agence locale pour nous aider à monter notre trek et décidons de partir avec Shanti Travels, agence franco-indienne installée à Delhi, présentant un large panel de treks sur son site web. Contact hyper rapide, très professionnel, devis dans les deux jours qui suivent, réponse immédiate aux demandes d’explications, bref, de la belle ouvrage… Les premiers contacts par mail semblent vraiment très prometteurs. Qui plus est, les prix annoncés sont dans nos cordes. Tout baigne ! Date est prise pour le circuit de la Grande Traversée du Zanskar et une extension vers Agra et Jaïpur en fin de séjour pour un prix total de 3000€ pour deux, hors voyages aériens internationaux, entre le 1er et le 29 août 2010. A fond la forme comme disent certains… On se prépare du feu de dieu sur la GTAM3 au Maroc en juin que je complète d’un Alpi-Toubkal3 début juillet. Plus affiné tu meurs !

Voici donc le jour par jour de ce voyage merveilleux qui s’est malheureusement transformé en voyage au bout de l’enfer… Si je n’écris ce billet qu’aujourd’hui, c’est que nous en sommes revenus profondément touchés de ce que nous avons vécu sur place. Il nous a été impossible de coucher les mots plus tôt bien que rentrés sur Paris depuis la mi-août. Il fallait d’abord se reconstruire…

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Mal Aigu des Montagnes (MAM)

Juste une info pour vous indiquer cet excellent dossier sur le site web de Trek Magazine. Le trekking en altitude (au-delà de 3000m) doit être abordé sérieusement et il est indispensable de s'autoévaluer en permanence tout au long de la montée, marche d'approche dans les basses vallées comprise... Un petit désagrément dès le début peut s'amplifier de jour en jour. Quelques conseils que je peux vous apporter : ne forcez pas dans les premiers jours, acclimatez-vous en douceur, si possible avec une marche d'approche composée de montées et de descentes (c'est assez souvent le cas lorsque l'on suit la rive d'une vallée glaciaire), protégez les parties sensibles de votre corps (tête, mains, pieds) dès que les conditions atmosphériques l'imposent et couvrez-vous au moment des pauses (celle de midi est parfois assez longue). Si malgré toutes ces précautions vous ressentez un léger mal de tête, n'hésitez pas à ingérer 1g de Paracétamol, cela suffit bien souvent à calmer la migraine naissante.